Page images
PDF
EPUB
[merged small][merged small][merged small][ocr errors]

NOUVELLE ÉDITION

COLLATIONNÉE SUR LES MEILLEURS TEXTES

ET PRÉCÉDÉE D'USE INTRODUCTION

PAR M. JULES SIMON

Professeur à la Faeulté des Lettres.

[merged small][ocr errors][ocr errors][graphic][merged small][merged small][graphic]
[ocr errors]

INTRODUCTION',

L'autorité de la raison, la distinction de l'esprit et du corps, la création continue, tout Descartes est dans ces trois points. Par le premier, ilforjdeJa-pbilosophiemoderne;jiar le second, le spiritualisme moderne; par lc.troisième, la ftimille 3ës.ûejâggurs snjritualistesqui porteplusspccialernent jLJlSJÏl-ji^écMeXJUlésienne. Dogmatique et positif dans sa méthode et dans sa métaphysique, puisqu'il admet la lOgitimité_dèjiosfaeultésjeUaréalité de^substâncëFcorpqrcllcs . cîjïpirituelles et deJejaS-aUxibuts, il est négatil dans tout

1 René Descartes, né en )596 à la Haye en Touraine, fils d'un conseiller au parlement de Rennes, servit quelque temps comme volontaire au siège de la Rochelle, et en Hollande sous le prince Maurice. Il quitta les armées pour se livrer uniquement à sa passion pour In philosophie. Obligé de quitter Paris, où il ne trouvait pas une libellé assez ample de philosopher, il se rendit auprès d'Egmont en Hollande, et il y resta vingt-cinq ans. L'université d'î'trecht, que l'influence de Régis, l'un des disciples de Descaries, avait rendue cartésienne des sa fondation, devint son ennemie, grâce aux intrigues du recteur Voël, qui l'accusa d'athéisme, et lui rendit odieux et même dangereux le séjour de la Hollande. De retour à Paris, il n'y trouva qu'une demi-libertë et une protection équivoque, ce qui le détermina à se rendre aux instances de la reine Christine, qui l'appelait en Suède. Mais les honneurs qu'il y trouva, les respects dont il y fut entouré, ne purent préserver sa santé des atteintes du climat; il mourut en 1650. Son corps fut rapporté en France et inhumé dans l'église de Sainte-Geneviève à Paris. Parmi les disciples qui contribuèrent le plus à répandre sa doctrine, il faut citer Clerselier, Rohault, de la Forge, Sylvain Régis, ce qui touche à l'idée de la création et aux développemenlsde celte idée fondamentale. Sur les rapports de l'âme et du corps, ou plus généralement de l'esprit et de la matière, ou plus généralement encore de Dieu et de la création, trois questions qui au fond n'en sont qu'une, sa philosophie et celle de son école est hypothétique et négative.

A chaque pas que fait Descartes dans la philosophie, il met aux prises deux principes, la raison et la fo|, la matière et l'esprit, et, par sa théorie sur la création, la mécanique et la dynamique. C'est là seulement, dans la question des rapports, qu'il prend le parti étroit et négatif. Dcscarles a séparé les deux termes; il a solidement démontré, profondément étudié chacun d'eux, et, après avoir excellé dans cette œuvre de séparation, il a échoué quand il a fallu combler l'intervalle.

Geulincs, Clauberg. Malgré les précautions que Descai tes avait prises pour ne pas blesser la susceptibilité du clergé, précautions que Bossuet déclare excessives, ses livres furent mis à l'index; il est vrai que ce fut avec la formule donec corrigantur. Les jésuites excitèrent la Sorbonne contre Descartes, et l'on demanda la proscription de sa philosophie, d'abord au parlement, qui refusa d'intervenir; ensuite au conseil du roi, qui la proscrivit en effet. L'ordre de l'Oratoire, d'abord favorable aux idées nouvelles, fut obligé d'y renoncer; et l'attachement du P. Lami au cartésianisme lui valut dans cet ordre les mêmes persécutions qu'eut à souffrir dans la compagnie de Jésus le P. André comme malebranchiste. La meilleure édition des œuvres de Descartes est celle qu'a donnée M. Cousin en 11 volumes in-8°. Les principaux ouvrages de Descartes sont : le Discours de la Méthode, les Méditations, les Réponses aux Objections, le Traité des passions de l'âme, les Principes, les Règles pour la direction de l'esprit, la Recherche de la vérité par les lumières naturelles, une quantité considérable de lettres, divers traités de géométrie, etc. Le volume que nous publions pour la seconde fois renferme tout ce qui est nécessaire pour donner une connaissance complète de la philosophie de Descartes; cl le succès de la première édition, enlevée en moins de deux ans à trois mille exemplaires, prouve suffisamment que le cartésianisme est aujourd'hui aussi vivant et aussi puissant que jamais.

INDÉPENDANCE DE LA PHILOSOPHIE.

Le commencement de la philosophie pour Descaries, c'est le doute; cela seul est toute sa méthode. C'est la proclamation du droit de libre examen. L'avenir de la philosophie était attaché à ce principe. Faire une revue exacte de toules les idées qui se sont introduites dans l'esprit sans examen et sans contrôle ; rapporter les diverses notions de l'esprit aux facultés qui nous les ont données; discuter la légitimité de ces facultés, et ne l'admettre que sur des raisons invincibles; en général, prendre pour criterium de la vérité la clarté et l'évidence des conceptions, n'est-ce pas rejeter en principe toute autorité, pour ne conserver que celle de la raison, ou, ce qui revient au même, subordonner toute autre autorité à ceMe-làl?

Lorsque Descartes se résout à douter de toutes ses idées jusqu'à ce qu'il les ait rapportées à leur source, et de toutes ses facultés jusqu'à ce qu'il ait éprouvé s'il existe des raisons invincibles d'y ajouter foi, il consomme la ruine de l'ancienne philosophie; et lorsqu'après avoir ainsi tout ébranlé il s'arrête devant l'autorité de la conscience, et déclare qu'il s'y soumet par nécessité, qu'il ne peut plus feindre que celte faculté le trompe, qu'elle échappe à tous les motifs de septicisme que l'histoire et l'imagination lui peuvent fournir, alors il établit le fondement de la spéculation moderne. Je pense, donc je suis; dans ce principe, qui résiste seul au doute méthodique, Descartes place tout ensemble la proscription de toute autorité étrangère et un acte de foi à l'au

1 « 11 faut chercher sur l'objel de noire étude, non pas ce qu'en ont pensé les autres ni ce que nous soupçonnons nous-mêmes, mais ce que nous pouvons voir clairement et avec évidence ou déduire d'une manière certaine. C'est le seul moyen d'arriver à la science. »

(Règle 3 pour la direction de l'esprit.)

« PreviousContinue »