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u Cependant, plus tremblante qu'elle même, je l'accompagnai à l'autel; mais, Amélie pria, et j'espérai.

“Je ne me fais qu'un reproche, c'est de n'avoir pas lutté plus fortement contre la volonté de monsieur d'Estouteville. Toutefois, aujourd'hui même je suis encore persuadée que, loin de le convaincre, je n'aurois fait que l'irriter.

“ Votre père emnena sa femme: Alfred revint; son coeur étoit rempli de: souffrance et d'amour; nous passâmes. six mois ensemble ; monsieur d'Estouteville menant dans le monde son fils. ainé, moi, restant avec mon cher Alfred.

La guerre se déclara: mon fils, mon Alfred, fut mortellement blessé ; je ne puis encore tracer ce mot sans frémir! Je l'adorois, a'existois que pour kui, et mon Alfred n'étoit plus ! Moue", rante moi-même, je m'occupai d'Amélie. - Mon cæur vouloit: se persuader que mon fils me verroit encore soigner celle qu'il avoit aimée; je lui envoyai ma fille. Sophie près de moi, Sophie absente, ma douleur, mes regrets, étoient les mêmes: je ne pouvois être consolée. .'"En apprenant sa fin, je-la pleurai comme si je perdois Alfred une seconde fois. A son retour, Sophie m'avoua qu'après la mort d'Amélie, votre père désespéré m'accusoit de son malheun Ma fille ne pouvoit me justifier sans accuser son père ; entre deux devoirs également sacrés, le silence seul est permis.

“Cependant, à genoux près de votre petit berceau, couvrant votre visage de

Jarmes, apaisant vos premiers cris, elle dit à votre père : "Je vous conjure, au

nom d'Amélie, de m'avertir si jamais

cet enfant est malade et a besoin " d'une mère. Je demande à Dieu que ،،،

cet enfant respecte son père, comme “ dans ce moment je respecte le mien... • Si Amélie vivoit, je prierois pour " qu'il aimât sa mère comme j'aime la.

mienne.”- Elle s'en alla, et dans la suite ce respect qui empêchoit Sophie de blâmer son père vint encore augmenter les préventions du vôtre contre moi.

“Depuis lors, monsieur de Rothelin, pour me fuir, s'éloigna de toute société. Nous cessâ mes de nous voir, mais sans nous permettre un mot qui pût éveiller l'attention du public. Le silence étuit un devoir plus impérieux pour moi que pour lui..... Je le savois tournente par un sentiment de haine, et je ne pous vois me défendre; cependant il y a tant de confiance dans une ame pure, que j'étois encore plus surprise qu'affligée de son injustice. Sûre de sa conduite, avec quelle espérance, quelle certitude on se fie à l'avenir pour être mieux connue. Souvent même il m'arrivoit de plaindre votre père, et de me dire, qu'il se reprochera.de m'avoir mal jugée !

“ La campagne suivante mon fils ainé nous fut enlevé. C'est alors que je sentis combien je l'aimois ! Les espérances de monsieur d'Estouteville étoient anéanties : je ne me permis pas de lui dire que nous avions contribué à notre malheur; j'avois trop su qu’Alfred s'étoit exposé en homme qui veuti mourir.

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Monsieur d'Estouteville maria Sophie à un homme de son nom. Toujours souffrante depuis la mort des deux amis de son enfance, peu d'années après je le vis dépérir, s'éteindre, et finir ;. mes soins ne purent la sauver. Elle me confia sa fille, mon Athénaïs, qui ne me consola point de la perte de mes enfants, mais me promit une destinée nouvelle à rendre heureuse.

« Vous savez que mon premier désir fut de vous la donner; car j'espérois. que le temps adouciroit la haine de votre père, et le rendroit capable de se demander, si moi, qui n'avois jamais affligé personne au monde, j'aurois pu navrer de douleur mon Alfred, celle qu'il aimoit, et que j'avois élevée comme ma fille : j'ai attendu long-temps :. je me flatte encore.

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