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AVERTISSEMENT.

Je me suis proposé, en publiant cet ouvrage, de donner à la jeunesse un livre utile, intéressant et sans danger pour les mœurs.

L'étude de la littérature a pour but de former le goût, de développer l'intelligence et d'enrichir l'imagination; et par là même qu'elle est destinée à agrandir la sphère des idées, elle ne doit être ni étroite ni exclusive, mais large et universelle: elle doit embrasser tous les âges et tous les peuples.

La littérature grecque et la littérature romaine, si riches en chefs-d'oeuvre et en grands modèles, sont généralement connues. Les oeuvres d'Homère et des autres poëtes grecs, celles de Virgile, d'Horace, etc., sont entre les mains de la jeunesse; il serait donc inutile de citer, dans un recueil comme celui-ci, des fragments d'ouvrages que l'on possède et que l'on étudie dans leur entier. J'ai parlé de toutes les autres littératures, parce qu'elles sont moins connues, sans être moins intéressantes. Je pourrais même dire qu'elles ont pour nous plus d'intérêt, puisqu'elles appartiennent à notre religion, à notre patrie, aux peuples qui nous environnent, et avec lesquels nous avons de fréquents rapports.

Enfin, je ferai observer qu'une attention sévère aux principes de la morale chrétienne m'a guidé dans le choix des morceaux dont cet ouvrage est composé. Les maisons religieuses peuvent l'adopter sans crainte; les mères de famille les plus scrupuleuses, le mettre entre les mains de leurs enfants.

INTRODUCTION.

La poésie est de tous les peuples. - Elle subit l'influence des différentes

institutions et révolutions sociales. — Trois époques distinctes dans son histoire, son origine, son développement, sa décadence.- Première époque de la poésie européenne, le moyen âge.—Deuxième époque, la renaissance des lettres grecques et latines. - Troisième époque, la poésie moderne, école romantique. - Caractères des différentes littératures européennes : France, Angleterre, Allemagne, Italie, Espagne.

La poésie est de tous les âges et de tous les peuples : sa cause première est dans la nature humaine. Il est impossible, en effet, de parcourir une grande réunion d'homines, et de l'observer pendant plusieurs siècles, sans y rencontrer quelque âme dont les pensées soient originales, les sentiments exaltés et les passions violentes. Or, la poésie n'est autre chose que l'expression spontanée de l'enthousiasıne et de l'exaltation de la pensée.

Mais si l'on peut dire que Dieu dispense le génie à loutes les races humaines, il faut ajouter que l'action de cette faculté créatrice, ses conceptions et ses quvres, ont été différentes chez tous les peuples. Les uns ont une littérature plus riche et plus brillante ; ils ont légué à la postérité une suite plus nombreuse de noms glorieux. D'autres, au contraire, ne peuvent citer qu'un petit nombre de génies qui, paraissant de loin en loin et comme par hasard, surmontant tous les obstacles, les opinions et les coutumes, ainsi que

la rudesse et les aspérités du langage, ont éclairé leur pays dans des siècles d'ignorance, semblables à ces météores étincelants que l'on voit passer dans les cieux au milieu des ténèbres de la nuit, sans que personne puisse dire d'où ils viennent et quand ils reparaîtront.

Pourquoi cette dissemblance entre les productions littéraires des différentes nations ? La cause en est dans la constitution des Etats, dans le gouvernement des souverains, dans les rapports sociaux, dans les coutumes, les moeurs, les opinions; en un mot, dans une civilisation plus ou moins développée. Si les Grecs, les Romains, les Italiens, les Français, les Anglais et les Allemands, se sont créé une littérature originale, riche, noble et majestueuse; si ces peuples ont tenu le sceptre du génie et ont toujours exercé une action intellectuelle sur les autres nations de l'Europe, ils durent ces grands avantages à la sagesse de leurs lois, au caractère vraiment national de leurs institutions, à la perfection de leur langue, au développement de leur civilisation.

Voyez, d'un autre côté, les tribus nomades de l'Amérique et les peuplades barbares de l'antique Germanie; la poésie n'a dû germer qu'avec peine au milieu de ces nations sauvages ; car une population rare, isoléc ct disséminée sur un immense territoire, ne peut avoir ni science, ni industrie, caractères d'une société civilisée et qui ne se développent que par l’union étroite des intelligences, Cependant la Providence a donné sans doute à plusieurs de ces hommes isolés une imagination vive, une âme élevée. Aux jours obscurs de la paix, les pensées de ces génies inconnus ont dû mourir avec eux, et leurs voix rester silencieuses dans ces vastes déserts ; mais lorsque le besoin d'union s'est fait

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