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OEUVRES

POSTHUMES

DE JACQUES-HENRI-BERNARDIN

ᎠᎬ

SAINT-PIERRE.

0291.6

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A PARIS,

CHEZ LEDENTU, LIBRAIRE-ÉDITEUR,

QUAI DES AUGUSTINS, No 3!.

M DCCC XL.

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PRÉFACE.

Avant d'écrire cet Essai, il nous a fallu approfondir les ouvrages, le caractère et les mœurs de Bernardin de Saint-Pierre. Plus de quatre années ont été consacrées à cette étude.

Il n'a pas dépendu de nous d'être meilleur juge et plus habile historien; mais il a dépendu de nous d'ètre toujours vrai, et nous l'avons toujours été.

::

L'auteur des Études paraît ici avec ses faiblesses et ses vertus aimable dans son enfance; inquiet, présomptueux, ambitieux dans sa jeunesse ; puis mûri par le malheur, et se refaisant homme dans la solitude. Heureux parcequ'il était devenu sage, il éprouvait alors la vérité de cette maxime d'un ancien, que lorsque Dieu, pour nos fautes, nous abat d'une main, il nous relève des deux.

La vie de Bernardin de Saint-Pierre jette un grand❘ jour sur ses ouvrages. Comme Montaigne, il a étudié les hommes dans lui-même. Ses fautes lui ont montré les vices de nos institutions, et ses maux lui ont appris à connaître ceux du genre humain. Il a condamné nos éducations de collége, parcequ'elles l'avaient fait ambitieux; et il a tâché, par ses écrits, de ramener son siècle à Dieu et à la nature, parceque là seulement il a trouvé le bonheur.

Les hommes les plus sages reçoivent toujours quelques impressions des objets qui les environnent. Pénétré de cette vérité, nous avons cru devoir esquisser quelquesunes des sociétés où Bernardin de Saint-Pierre ne fit, il est vrai, qu'apparaître. L'aspect du monde a été pour nous comme ces fonds de tableaux sur lesquels les peintres font ressortir leurs figures principales.

Quant aux matériaux de cet Essai, ils sont assez nombreux. On sait que l'auteur a disséminé dans ses ouvrages des souvenirs sur les principales époques de sa vie : nous les avons recueillis pour servir de base à notre travail. Ses manuscrits et les notes informes qu'il avait préparées lorsqu'il conçut le projet d'écrire ses Mémoires, nous ont également fourni plusieurs faits intéressants.

Une correspondance immense, mise en ordre pour le mėme objet, nous a fait connaître les aventures de sa jeunesse. Nous avons eu sous les yeux les lettres de ses deux frères et de sa sœur, et une grande partie de celles de Duval, de Taubenheim, du chevalier de Chazot, de M. de OEUVRES POSTHUMES.

Littus ama.

Altum alii teneant.
ENEID., lib. V.

La Roche, du prince Dolgorouki, du baron de Breteuil,
de M. Poivre, de Rulhière, des généraux de Vilbois et
du Bosquet, et du maréchal Munich. Plusieurs billets de
la princesse Marie M..... nous ont également été remis,
avec les lettres écrites par d'Alembert, mademoiselle de
Lespinasse, M. et madame Necker, Vernet, l'archevêque
d'Aix, l'abbé Fauchet, Ducis, etc. Cependant, malgré
de si nombreux matériaux, une multitude de faits nous
eussent échappé, si la veuve de Bernardin de Saint-Pierre
n'eût pris soin de les recueillir. Devenue à dix-huit ans,
et par son choix, la compagne d'un homme célèbre, elle
reçut de la Providence la double mission de le rendre
heureux dans cette vie et de le faire honorer après sa
mort. Nous lui devons les circonstances les plus tou-
chantes de cet Essai : confidente de toutes les pensées de
cet illustre écrivain, il semble lui avoir légué les souve-
nirs de sa vie entière et son ame pour les exprimer.
Le 11 novembre 1820.

Jacques-Henri-Bernardin de Saint-Pierre naquit au Havre le 19 janvier 1757. Son père, Nicolas de SaintPierre, avait la prétention de descendre d'une famille noble; il comptait au nombre de ses aïeux le célèbre Eustache de Saint-Pierre, maire de Calais; et quoiqu'il ne pût donner des preuves bien claires de cette illustration, il ne cessait d'en parler à ses enfants comme d'une gloire appartenant à sa famille. Le jeune Henri avait deux frères, Dutailly et Dominique, et une sœur nommée Catherine. Cette dernière était spirituelle et jolie, mais vaine et précieuse. Elle resta fille par pruderie, refusant tous les partis qui se présentaient, et s'irritant de l'oubli de ceux qui ne s'empressaient pas de se faire refuser. Sa mère, qui était une femme de grand sens, voulut inutilement tempérer cette vanité. Catherine persista dans ses dédains, ne voyant rien autour d'elle qui fût digne de son amour. Ce qu'il y a de singulier, c'est que vers l'âge de trente ans une révolution inespérée s'opéra dans son esprit : aussi accorte qu'elle avait été revèche, elle semblait ne plus vivre que pour se faire aimer. Ainsi, dans sa jeunesse, elle eut toute la mauvaise humeur, toute l'acrimonie d'une vieille fille, et sa maturité s'embellit de la douceur et des grâces prévenantes

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