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GÉNIE

DU CHRISTIANISME.

PRÉFACE

saint Louis suspendue au-dessus de l'autel du Dieu de

saint Louis. Les François apprirent à porter avec regret Lorsque le Génie du Christianisme parut, la France leur regard sur le passé; les voies de l'avenir furent présortoit du chaos révolutionnaire; tous les éléments de la parées, el des espérances presque éteintes se ranimèrent. société étoient confondus : la terrible main qui commen

Buonaparte, qui désiroit alors fonder sa puissance sur çoit à les séparer n'avoit point encore achevé son ouvrage;

la première base de la société, et qui venoit de faire des l'ordre n'étoit point encore sorti du despotisme et de la

arrangements avec la cour de Rome, ne mit aucun obstacle gloire.

à la publication d'un ouvrage utile à la popularité de ses desCe fut donc, pour ainsi dire, au milieu des débris de seins. Il avoit à lutter contre les hommes qui l'entounos temples que je publiai le Génie du Christianisme,

roient , contre des ennemis déclarés de toutes concessions pour rappeler dans ces temples les pompes du culte et les

religieuses : il fut donc heureux d'être défendu au dehors serviteurs des autels. Saint-Denis étoit abandonné : le par l'opinion que le Génie du Christianisme appeloit. moment n'étoit pas venu où Buonaparte devoit se souve.

Plus tard il se repentit de sa méprise; et au moment de sa nir qu'il lui falloit un tombeau; il lui eût été difficile de chate il avoua que l'ouvrage qui avoit le plus nuià son poudeviner le lieu où la Providence avoit marqué le sien.

voir étoit le Génie du Christianisme. Partout on voyoit des restes d'églises et de monastères Mais Buonaparte, qui aimoit la gloire, se laissoit prenque l'on achevoit de démolir : c'étoit même une sorte

dre à ce qui en avoit l'air; le bruit lui imposoit; et quoiqu'il d'amusement d'aller se promener dans ces ruines.

devint promptement inquiet de toute renommée, il cher. Si les critiques du temps, les journaux, les pamphlets, choit d'abord à s'emparer de l'homme dans lequel il reconles livres, n'attestoient l'effet du Génie du Christianisme,

noissoit une force. Ce fut par cette raison que l'Institut il ne me conviendroit pas d'en parler; mais n'ayant jamais n'ayant pas compris le Génie du Christianisme dans les sien rapporté à moi-même, ne m'étant jamais considéré ouvrages qui concouroient pour le prix décennal, reçut que dans mes relations générales avec les destinées de

l'ordre de faire un rapport sur cet ouvrage; et, bien qu'a. mon pays, je suis obligé de reconnoltre des faits qui ne

lors j'eusse blessé mortellement Buonaparte, ce maitre du sont contestés de personne : ils ont pu être différemment monde entretenoit tous les jours M. de Fontanes des plajugés; leur existence n'en est pas moins avérée.

ces qu'il avoit l'intention de créer pour moi, des choses La littérature se teignit en partie des couleurs du Génie extraordinaires qu'il réservoit à ma fortune. du Christianisme : des écrivains me firent l'honneur

Ce temps est passé : vingt années ont fui, des généra. d'imiter les phrases de René et d’Atala, de même que

tions nouvelles sont survenues, et un vieux monde qui la chaire emprunta et emprunte encore tous les jours ce

étoit hors de France y est rentré. que j'ai dit des cérémonies, des missions et des bienfaits

Ce monde a joui des travaux achevés par d'autres que du christianisme.

par lui , et n'a pas connu ce qu'ils avoient couté : il a trouvé Les fidèles se crurent sauvés par l'apparition d'un livre le ridicule que Voltaire avoit jeté sur la religion effacé , les qui répondoit si bien à leurs dispositions intérieures : on

jeunes gens osant aller à la messe, les prêtres respectés avoit alors un besoin de foi, une avidité de consolations

au nom de leur martyre; et ce vieux monde a cru que cela religieuses, qui venoit de la privation même de ces consola.

étoit arrivé tout seul, que personne n'y avoit mis la main. tions depuis longues années. Que de force surnaturelle à

Bientôt même on a senti une sorte d'éloignement pour demander pour tant d'adversités subies! Combien de fa

celui qui avoit rouvert la porte des temples, en préchant milles mutilées avoient à chercher auprès du Père des

la modération évangélique, pour celui qui avoit voulu faire hommes les enfants qu'elles avoient perdus! Combien de

aimer le christianisme par la beauté de son culte, par le ceurs brisés, combien d'âmes devenues solitaires, appe- génie de ses orateurs , par la science de ses docteurs, par Joient une main divine pour les guérir! On se précipitoit les vertus de ses apôtres et de ses disciples. Il auroit fallu dans la maison de Dieu comme on entre dans la maison

aller plus loin. Dans ma conscience, je ne le pouvois pas. du médecin le jour d'une contagion. Les victimes de nos

Depuis vingt-cinq ans, ma vie n'a été qu'un combat entre troubles (et que de sortes de victimes!) se sauvoient à

ce qui m'a paru faux en religion , en philosophie, en politil'autel, de même que les naufragés s'altachent au rocher

que, contre les crimes ou les erreurs de mon siècle, contre sur lequel ils cherchent leur salut.

les hommes qui abusoient du pouvoir pour corrompre Rempli des souvenirs de nos antiques meurs, de la

ou pour enchainer les peuples. Je n'ai jamais calculé le deBloure et des monuments de nos rois, le Génie du Chris. gré d'élévation de ces hommes ; et depuis Buonaparte, tianisme respiroit l'ancienne monarchie tout entière :

qui faisoit trembler le monde, et qui ne m'a jamais fait l'héritier légitime étoit pour ainsi dire caché au fond du

trembler, jusqu'aux oppresseurs obscurs qui ne sont consanctuaire dont je soulevois le voile, et la couronne de

nus que par mon mépris, j'ai osé tout dire à qui osoit tout

entreprendre. Partout où je l'ai pu j'ai tendu la main à ' Cette préface a été composée pour l'édition de 1828. l'infortune; mais je ne comprends rien à la prospérité ; CHATEAUBRIAND.

1

4

TOME I.

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toujours prêt à me dévouer aux malheurs, je ne sais point | hommes en apparence frivoles, qui détruisent
servir les passions dans leur triomphe.

Auroit-on bien fait de suivre le chemin que j'avois tracé tout en riant. De nombreux apologistes ont victo-
pour rendre à la religion sa salutaire influence? Je le crois. rieusement répondu aux subtilités et aux men-
En entrant dans l'esprit de nos institutions, en se péné. songes ; mais ils ont été moins heureux contre
trant de la connoissance du siècle, en tempérant les vertus
de la foi par celle de la charité, on seroit arrivé sûrement la dérision. Saint Ignace d'Antioche ', saint Ire-
au but. Nous vivons dans un temps où il faut beaucoup née, évêque de Lyon ?, Tertullien, dans son
d'indulgence et de miséricorde. Une jeunesse généreuse est

Traité des Prescriptions, que Bossuet appelle
prête à se jeter dans les bras de quiconque lui prêchera
les nobles sentiments qui s'allient si bien aux sublimes divin, combattirent les novateurs, dont les in-
préceptes de l'Évangile ; mais elle fuit la soumission ser terprétations superbes corrompoient la simplicité
vile, et, dans son ardeur de s'instruire, elle a un goût de la foi.
pour la raison tout à fait au-dessus de son âge.

Le Génie du Christianisme paroit maintenant dégagé La calomnie fut repoussée d'abord par Quades circonstances auxquelles on auroit pu attribuer une

drat et Aristide, philosophes d’Athènes : on ne partie de son succès. Les autels sont relevés, les prêtres sont revenus de la captivité , les prélats sont revêtus des connoit rien de leurs apologies, hors un fragment premières dignités de l'État. L'espèce de défaveur qui, en de la première, conservé par Eusebe. Saint Jégénéral, s'attache au pouvoir, devroit pareillement s'atla. cher à toul ce qui a favorisé le rétablissement de ce pouvoir: rôme et l'évêque de Césarée parlent de la seconde on est ému du combat; on porte peu d'intérêt à la vic- comme d'un chef-d'æuvre 3. toire.

Les païens reprochoient aux fidèles l'athéisme, Peut-être aussi l'auleur nuiroit-il, à présent, dans un certain monde, à l'ouvrage. Je ne sais comment il arrive l'inceste, et certains repas abominables où l'on que les services que j'ai eu le bonheur de rendre aient ra- mangeoit, disoit-on, la chair d'un enfant nourement élé une cause de bienveillance pour moi auprès de veau-né. Saint Justin plaida la cause des chrétiens ceux à qui je les ai rendus ; tandis que les hommes que après Quadrat et Aristide : son style est sans orj'ai combattus ont toujours, au contraire, montré du penchant pour mes écrits et même pour ma personne : ce ne nement, et les actes de son martyre prouvent sont pas mes ennemis qui m'ont calomnié. Y auroit-il qu'il versa son sang pour sa religion avec la même dans les opinions que j'ai appuyées, parce que, sous beaucoup de rapports, elles sont les miennes, y auroit-il un cer. simplicité qu'il écrivit pour elle 4. Athénagore a lain fonds d'ingratitude naturelle ? Non, sans doule, et mis plus d'esprit dans sa défense; mais il n'a ni toute faute est de mon côté.

la manière originale de Justin, ni l'impétuosité
Par les diverses considérations de temps, de lieux, de
personnes, je suis obligé de conclure que si le Génie du de l'auteur de l’Apologétique. Tertullien est le
Christianisme continue à trouver des lecteurs , on ne peut | Bossuet africain et barbare; Théophile, dans les
plus en chercher les raisons dans celles qui firent son pre trois livres à son ami Autolyque, montre de l'i-
mier succès : autant les chances lui furent favorables au-
trefois, autant elles lui sont contraires aujourd'hui. Cepen. | magination et du savoir ; et l'Octave de Minucius
dant l'ouvrage se réimprime malgré la multitude des Félix présente le beau tableau d'un chrétien et
anciennes éditions, el je le regarde toujours comme mon
premier titre à la bienveillance du public.

de deux idolâtres, qui s'entretiennent de la reli-
gion et de la nature de Dieu, en se promenant
au bord de la mer 5.

Arnobe le rhéteur, Lactance, Eusébe, saint
Cyprien, ont aussi défendu le christianisme; mais

ils se sont moins attachés à en relever la beauté
DOGMES ET DOCTRINE.

qu'à développer les absurdités de l'idolatrie.

Origène combattit les sophistes; il semble avoir

eu l'avantage de l'érudition, du raisonnement et LIVRE PREMIER. du style, sur Celse son adversaire. Le grec d'O

rigène est singulièrement doux; il est cependant
MYSTÈRES ET SACREMENTS.

mêlé d'hébraïsmes et de tours étrangers, comme
il arrive assez souvent aux écrivains qui possè-

dent plusieurs langues.
CHAPITRE PREMIER.

PREMIÈRE PARTIE.

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IGNAT., in Patr. apost. Epist. ad Smyrn., n° 1.
INTRODUCTION.

3 In Hæres., lib. VI.

* Evs. , lib. iv, 3 ; HIERONYM., Epist. 80 ; FLEURY, Hist, ecDepuis que le christianisme a paru sur la

clés., tom. 1; TILLEMONT, Mém. pour l’Hist. eccl., tom. I.

* JUST. terre, trois espèces d'ennemis l'ont constamment 5 Voyez, avec les auleurs cités ci-dessus, DUPIN, Dom

CELLIER, et l'élégante traduction des anciens Apologistes, par attaqué : les hérésiarques, les sophistes, et ces M. l'abbé DE GOUncy.

1

L'Église, sous l'empereur Julien, fut exposée sées n'y manquent pas d'un certain éclat. * Si les à une persécution du caractère le plus dangereux. philosophes anciens, dit Abbadie, adoroient les On n'employa pas la violence contre les chrétiens, vertus, ce n'étoit après tout qu'une belle idolamais on leur prodigua le mépris. On commença trie. » par dépouiller les autels, on défendit ensuite aux Tandis que l'Église triomphoit encore , déjà fidèles d'enseigner et d'étudier les lettres '. Mais Voltaire faisoit renaître la persécution de Julien. l'empereur, sentant l'avantage des institutions Il eut l'art funeste, chez un peuple capricieux et chrétiennes, voulut, en les abolissant, les imiter : aimable, de rendre l'incrédulité à la mode. Il il fonda des hôpitaux et des monastères; et, à enrôla tous les amours-propres dans cette ligue l'instar du culte évangélique, il essaya d’unir la insensée ; la religion fut attaquée avec toutes les morale à la religion, en faisant prononcer des es- armes, depuis le pamphlet jusqu'à l'in-folio, de pèces de sermons dans les temples a.

puis l'épigramme jusqu'au sophisme. Un livre Les sophistes dont Julien étoit environné se religieux paroissoit-il, l'auteur étoit à l'instant déchalnèrent contre le christianisme; Julien couvert de ridicule , tandis qu'on portoit aux même ne dédaigna pas de se mesurer avec les nues des ouvrages dont Voltaire étoit le premier Galiléens. L'ouvrage qu'il écrivit contre eux ne à se moquer avec ses amis : il étoit si supérieur nous est pas parvenu; mais saint Cyrille, pa- à ses disciples, qu'il ne pouvoit s'empêcher de triarche d'Alexandrie, en cite des fragments rire quelquefois de leur enthousiasme religieux. dans la réfutation qu'il en a faite et que nous Cependant le système destructeur alloit s'étenavons encore. Lorsque Julien est sérieux, saint dant sur la France. Il s'établissoit dans ces acaCyrille triomphe du philosophe; mais lorsque démies de province, qui ont été autant de foyers l'empereur a recours à l'ironie, le patriarche de mauvais goût et de factions. Des femmes de perd ses avantages. Le style de Julien est vif, la société, de graves philosophes avoient leurs animé, spirituel : saint Cyrille s'emporte, il est chaires d'incrédulité. Enfin, il fut reconnu que bizarre, obscur et contourné. Depuis Julien jusqu'à le christianisme n'étoit qu'un système barbare Luther, l'Église, dans toute sa force, n'eut plus dont la chute ne pouvoit arriver trop tôt pour la besoin d'apologistes

. Quand le schisme d'Occi- liberté des hommes, le progrès des lumières, les dent se forma , avec les nouveaux ennemis paru- douceurs de la vie et l'élégance des arts. rent de nouveaux défenseurs. Il le faut avouer,

Sans parler de l'abime où ces principes nous les protestants eurent d'abord la supériorité sur ont plongés, les conséquences immédiates de cette les catholiques , du moins par les formes, comme haine contre l'Évangile furent un retour plus afle remarque Montesquieu. Érasme même fut foi- fecté que sintère vers ces dieux de Rome et de la ble contre Luther, et Théodore de Bèze eut une Grèce, auxquels on attribua les miracles de l'anlégèreté de style qui manqua trop souvent à ses tiquité !. On ne fut point honteux de regretter ce adversaires.

culte , qui ne faisoit du genre humain qu'un trouMais lorsque Bossuet descendit dans la carrière, peau d'insensés, d'impudiques, ou de bêtes férola victoire ne demeura pas longtemps indécise; ces. On dut nécessairement arriver de là au mél'hydre de l'hérésie fut de nouveau terrassée. pris des écrivains du siècle de Louis XIV, qui L'Histoire des Variations et l'Exposition de la ne s'élevèrent toutefois à une si haute perfection Doctrine catholique sont deux chefs-d'æuvre que parce qu'ils furent religieux. Si l'on n'osa qui passeront à la postérité.

pas les heurter de front à cause de l'autorité de Il est naturel que le schisme mène à l'incré- eur renommée, on les attaqua d'une manière dulité, et que l'athéisme suive l’hérésie. Bayle indirecte. On fit entendre qu'ils avoient été seet Spinosa s'élevèrent après Calvin ; ils trouvè- crètement incrédules, ou que du moins ils fusrent dans Clarke et Leibnitz deux génies capa-sent devenus de bien plus grands hommes s'ils bles de réfuter leurs sophismes. Abbadie écrivit avoient vécu de nos jours. Chaque auteur bénit en faveur de la religion une apologie remarqua- son destin de l'avoir fait naître dans le beau sièble par la méthode et le raisonnement. Malheu- cle des Diderot et des d'Alembert, dans ce siècle reusement le style en est foible, quoique les pen- où les documents de la sagesse humaine étoient

Sock. 3, cap. Xu; GREG. NAZ. 3, pag. 61-97, etc.
Voyez FLEURY, Hist. eccl.

1 Le siècle de Louis XIV aimoit et connoissoit l'antiquité mieux que nous, et il étoit chrétien.

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rangés par ordre alphabétique dans l'Encyclo-tienne est la plus poétique, la plus humaine, la pédie, cette Babel des sciences et de la raison (1). plus favorable à la liberté, aux arts et aux lettres;

Des hommes d'une grande doctrine et d'un es- que le monde moderne lui doit tout, depuis l'agriprit distingué essayèrent de s'opposer à ce tor- culture jusqu'aux sciences abstraites, depuis les rent; mais leur résistance fut inutile : leur voix hospices pour les malheureux jusqu'aux temples se perdit dans la foule, et leur victoire fut ignorée batis par Michel-Ange, et décorés par Raphaël. d'un monde frivole, qui cependant dirigeoit la On devoit montrer qu'il n'y a rien de plus divin France, et que, par cette raison, il étoit nécessaire que sa morale, rien de plus aimable, de plus de toucher'.

pompeux que ses dogmes, sa doctrine et son culte: Ainsi cette fatalité qui avoit fait triompher les on devoit dire qu'elle favorise le génie, épure le sophistes sous Julien se déclara pour eux dans goût, développe les passions vertueuses, donne notre siècle. Les défenseurs des chrétiens tombèn de la vigueur à la pensée , offre des formes norent dans une faute qui les avoit déjà perdus : bles à l'écrivain, et des moules parfaits à l'artiste; ils ne s'aperçurent pas qu'il ne s'agissoit plus de qu'il n'y a point de honte à croire avec Newdiscuter tel ou tel dogme, puisqu'on rejetoit ab- ton et Bossuet, Pascal et Racine; enfin il falloit solument les bases. En parlant de la mission de appeler tous les enchantements de l'imagination Jésus-Christ, et remontant de conséquence en et tous les intérêts du coeur au secours de cette conséquence, ils établissoient sans doute fort so- même religion contre laquelle on les avoit armés. lidement les vérités de la foi ; mais cette manière Ici le lecteur voit notre ouvrage. Les autres d'argumenter, bonne au dix-septième siècle , lors- genres d'apologies sont épuisés, et peut-être seque le fond n'étoit point contesté, ne valoit plus roient-ils inutiles aujourd'hui. Qui est-ce qui lirien de nos jours. Il falloit prendre la route con- roit maintenant un ouvrage de théologie ? queltraire : passer de l'effet à la cause, ne pas prouver ques hommes pieux qui n'ont pas besoin d'être que le christianisme est excellent parce qu'il vient convaincus, quelques vrais chrétiens déjà persuade Dieu, mais qu'il vient de Dieu parce qu'il est dés. Mais n'y a-t-il pas de danger à envisager la excellent.

religion sous un jour purement humain ? Et pour C'étoit encore une autre erreur que de s'atta- quoi ? Notre religion craint-elle la lumière ? Une cher à répondre sérieusement à des sophistes, grande preuve de sa céleste origine, c'est qu'elle espèce d'hommes qu'il est impossible de convain- souffre l'examen le plus sévère et le plus minucre, parce qu'ils ont toujours tort. On oublioit tieux de la raison. Veut-on qu'on nous fasse éterqu'ils ne cherchent jamais de bonne foi la vérité, nellement le reproche de cacher nos dogmes dans et qu'ils ne sont même attachés à leur système une nuit sainte, de peur qu'on n'en découvre qu'en raison du bruit qu'il fait, prêts à en chan- la fausseté? Le christianisme sera-t-il moins vrai ger demain avec l'opinion.

quand il paraîtra plus beau? Bannissons, une Pour n'avoir pas fait cette remarque, on per- frayeur pusillanime'; par excès de religion, ne dit beaucoup de temps et de travail. Ce n'étoit laissons pas la religion périr. Nous ne sommes pas les sophistes qu'il falloit réconcilier à la reli- plus dans le temps où il étoit bon de dire: Croyez, gion , c'étoit le monde qu'ils égaroient. On l'avoit et n'examinez pas; on examinera malgré nous; séduit en lui disant que le christianisme étoit un et notre silence timide, en augmentant le triomculte né du sein de la barbarie, absurde dans ses phe des incrédules, diminuera le nombre des dogmes, ridicule dans ses cérémonies, ennemi fidèles. des arts et des lettres, de la raison et de la beauté; Il est temps qu'on sache enfin à quoi se réduiun culte qui n'avoit fait que verser le sang, en

sent ces reproches d'absurdité, de grossièreté, chaîner les hommes et retarder le bonheur et les de petitesse, qu'on fait tous les jours au chrislumières du genre humain : on devoit donc cher- tianisme; il est temps de montrer que loin de cher à prouver au contraire que, de toutes les rapetisser la pensée, il se prête merveilleusement religions qui ont jamais existé, la religion chré-aux élans de l'âme, et peut enchanter l'esprit (1) Voyez , pour cette note et les suivantes,

indiquées par mère. Nos raisons auront du moins cet avantage

aussi divinement que les dieux de Virgile et d'Hodes chiffres entre parenthèses, à la fin de cet ouvrage.

Les Lettres de quelques Juifs portugais eurent un mo- qu'elles seront à la portée de tout le monde, et ment de succès ; mais elles disparurent bientôt dans le tour- 1 qu'il ne faudra qu'un bon sens pour en juger. On bülon irréligieux.

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ག་ཏུ

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