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SCENE V.

3

ELISE, MARIANE, FROSINE, HAR.
PAGON, VALERE, M. JACQUES,
LE COMMISSAIRE, SON

CLERC.

H A RP AG ON.
H! fille scelerate! filie indigne d'un Pere comme
Amoy ! c'est ainsi que tu pratiques les leçons

que je t’ay données! Tute laises prendre d'amour pour un voleur infame, & tuluy engages ta foy fans mon consentement? Mais vous serez trompez l'un & l’autre. Quatre bonnes murailles me répondront de ta conduite ; & une bonne potence, pendart effconté, me fera raison de ton audace.

V ALER E. - Ce ne sera point vôtre passion qui jugera l'affaire, & l'on n'écoutera , au moins, avant que de me condamner.

HAR PAGO N. Je me fuis abusé de dire une potence, & tu feras foüé tout vif.

ELISE, à genous devant son Pere. Ah! mon Pere, prenez des sentimens un peu plus humains, je vous prie , & ,'allez point pousser les choses dans les dernieres violences du pouvoir paternel: Ne vous laissez point entraîner aux premiers mouvemens de votre passion, & donnez-vous le temps de considérer ce que vous voulez faire. Prenez la peine de mieux voir celuy dont vous vous of fencez: Il est tout autre que vos yeux ne le jugent, & vous trouverez moins étrange que je me fois donnée à luy,lors que vous sçaurez que sans luy vous ne m'auriez plus il y a long-temps. Oui', mon Pere, c'est celuy qui me sauva de ce grand péril que vous fçavez que je courus dans l'eau, & à qui vous devez la vie de cette même fille, dont...,

HARPAGO N. Tout cela n'est rien ; & il valoit bien mieux pour moy, qu'il te laissât noyer, que de faire ce qu'il a fait.

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ELI

ELISE Mon Pere , je vous conjure, par l'amour paternel, de me...

HARPA GO N. Non, non, je ne veux rien entendre ; & il faut que la justice fasse son devoir.

M. JACQUES. Tu me payeras mes coups de bâton.

FROSINE. Voici un étrange embarras.

SCE NE V.
ANSELME, HARPAGON, ELISE, MARIANES

FROSINE, VALERE, M. JACQUES,
LE COMMISSAIRE, SON CLERC.

ANSELM E. Quem

U'est-ce, Seigneur Harpagon, je vous vois tout émeu?

HARPAGO N. Al! Seigneur Anselme, vous me voyez le plus infortuné de tous les hommes; & voici bien du trou. ble & du désordre au contrat que vous venez faire ! On m'allalline dans le bien, on m'assalline dans l'honneur; & voilà un traître, un scelerat, qui a violé tous les droits les plus faints ; qui s'est coulé chez moy sous le titre de domestique, pour me dérober mon argent, & pour me suborner ma fille.

V A L E R E. Qui fonge à votre argent, dont vous me faites un galimathias ?

HARPAGO N. Oüi,ils se font donnez l'un & l'autre une promesse de mariage. Cet affront vous regarde Seigneur Anfelme ; & c'eft vous qui devez vous rendre partie contre luy, & faire à vos dépens toutes les poursuites de la justice, pour vous vanger de son insolence.

ANSELM E. Ce n'est mon dessein de me faire épouser par force, & de rien prétendre à un cæur qui se feroit donné; mais pour vos intérêts, je suis prêt à les embraffer ainfi que les miens propres.

HAR

t pas

HAR PAGO N.' Voilà Monsieur , qui est un honnête Commiffaire, qui n'oubliera rien, à ce qu'il m'a dit, de la fonction de fon Office. Chargez-le comme il faut, Montieur, & rendez les chofes bien criminelles.

VALERE. Je ne vois pas quel crime on me peut faire de la pafsion que j'ay pour votre fille , & le fupplice où vouscroyez que je puisse être condaminé pour notre engagement, lors qu'on sçaura ce que je suis....

HARPA GO N. Je me moque de tous ces contes; & le monde auljourd'huy n'est plein que de ces larrons de noblesle, que de ces impofteurs, qui tirent avantage de leur obfcurité, & s'habillent intolemment du premier nom illuftre qu'il s'avisent de prendre.

VALE R E. Sçachez que j'ay le coeur trop bon , pour me parer de quelque chose qui ne soit point à moy,& que tout Naples peur rendre témoignage de ma naissance.

ANSELM E. Tout beau. Prenez garde à ce que vous allez dire. Vous risquez ici plus que vous ne pensez; & vous parlez devant un homme à qui tout Naples et connu, & qui peut aisément voir clair dans l'histoire que vous ferez

VALERE, en mettant fiérement son chapean. Je ne fuis point homme à rien craindre; & li Na. ples vous eft connu, vous sçavez qui étoit D. Thoinas d'Alburci.

ANSELME. Sans doute je le sçay; & peu de gens l'ont connu mieux que moy.

HAR PAGO N. Je ne me soucie, ny de D. Thomas, ny de Dom Martin.

ANSELM E. De grace , laissez-le parler , nous verrons ce qu'ils en veut dire.

VALER E.
Je veux dire que c'est luy qui m'a donné le jour.

ANSELME,
Luy?

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VAL ER E. Oui.

ANSELM E. Allez. Vous vous moquez. Cherchez quelque autre histoire, qui vous puisse mieux réussir; &ne prétendez pas vous sauver sous cette imposture.

VALERE. Songez à mieux parler. Ce n'est point une imposture ; & je n'avance rien ici qu'il ne me foit aisé de justifier.

ANSELM E. Quoy vous olez-vous dire fils de D. Thomas d'Ala burcia

VAL ER E. Ouy , je l'ose; & je suis prêt de loûtenir cette vérité concre qui que ce soit.

ANSELM E. · L'audace cst merveilleuse. Apprenez, pour vous confondre, qu'il y a seize ans pour le moins, que l'homme dont vous nous parlez, périt sur mer avee fes enfans & sa femme, en voulant Jerober leur vie aux cruelles persécutions qui ont accompagné les désordres de Naples, & qui en firent éxiler plusieurs nobles familles,

V A LER E. Oüi:Mais apprenez, pour vous confondre, vous que son fils âge de sept ans, avec un demestique, fut fauve de ce naufrage par un Vaisseau Espagnol, & que ce fils sauvé est celuy qui vous parle. Apprenez que le Capitaine de ce Vaisseau , touche de ma fortu. ne , prit amitié pour moy; qu'il me fit élever comme son propre fils, & que les armes furent mon employ · dés que je m'en trouvay capable. Que j'ay fçeu depuis peu, que mon Pere n'étoit point mort comme je l'avois toujours crû; que passant ici pour l'alter chercher, une avanture par le Ciel concertée, me fio voir la charmante Elise ; que cette veuë me rendit esclave de ses beautez ; & que la violence de mon amour, & les sévéritez de son Pere, me firent prendre la résolution de m'introduire dans son logis, & d'envoyer un autre à la queste de mes parens.

ANSEL ME. Mais quels témoignages encore, autres que vos

pa.

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paroles nous peuvent assurer que ce ne soit point une fable que vous ayez bâtie sur une vérite?

VALERE. Le Capitaine Espagnol; un cachet de rubis qui étoit à mon Pere, un bracelet d'agathe que ma Mere m'avoit mis au bras; le vieux Pedro, ce domestique, qui se lauva avec moy du naufrage.

M A RIAN E.
Hélas ! à vos paroles, je puis ici répondre, moy,
que vous n'imposez point; & tout ce que vous di-
tes, me sait connoitre clairement que vous étes,
mon Frere.

VALER E.
Vous, ma Sæur!

MARIAN E.
Ouy, mon coeur s'est émeu, dés le moment que
vous avez ouvert la bouche ; & nôtre Mere que vous
allez ravir, m'a mille fois, entretenuë des disgraces
de notre famille. Le Ciel ne nous fit point aussi peric
dans cz triste naufrage; mais il ne nous sauva la vie
que par la perte de notre liberté; & ce furent des
Corsaires qui nous recueillirent, ma Mere, & moy,
sur un débris de notre vaisseau. Aprés dix ans d'er-
clavage, une heureuse fortune nous rendit nôtre
liberté, & nous retournâmes dans Naples, où nous
trouvâmes cout nôtre bien vendu, Tans y pouvoir
trouver des nouvelles de nôtre Pere. Nous paffâmes
à Gennes, où ma Mere alla ramaffer quelques mal-
heureux restes d'une succession qu'on avoit déchirée;
& de là, fuyant la barbare injustice de ses parens
elle vint en ces lieux, où elle n'a. presque vêcu que
d'une vie languissante.

ANSELME.
o Ciel! quels sont les traits de ta puissance!& que
tu fais bien voir qu'il n'appartient qu'à toy de faire
des miracles. Embrassez moy, mes enfans,& mêlez
tous deux vos traniports à ceux de vôtre Pere.

V A L E RE,
Vous étes nôtre Pere?

MARIAN E.
C'est vous que ma Mere a tant pleuré?

ANSELME.
Oni, ma Fille , oüimon Fils , je suis D. Thomas

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d'Al

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