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sein contre la république, ceux-ci se rendent qui le haïssent, pour se soutenir contre d'autres garants de son innocence, sollicitent pour lui grands dont il est craint. Il tient aux plus puisquand il est accusé, et détournent contre ses sants par ses alliances, par ses charges et par délateurs l'indignation publique. Il s'est fait ses menées. Quoiqu'il soit né fier, impérieux et d'ailleurs à la guerre une haute réputation qui peu abordable, il ne néglige pourtant pas le orne ses autres vertus : car il a compris de peuple. Il lui donne des fêtes et des spectacles; bonne heure que ceux qui commandoient avec et lorsqu'il se montre dans les rues, il fait jeter succès dans les armées, éclipsoient aisément les de l'argent autour de sa litière, et ses émissaipolitiques, et faisoient tomber leur crédit; et res, postés en différents endroits sur son pasde plus il n'ignore pas que l'on ne peut rien en- sage, excitent la canaille à l'applaudir. Ils l'extreprendre d'extraordinaire sans faire la guerre. cusent de ne pas se montrer plus souvent, sur Mais, malgré le nom qu'il s'y est fait, les plus ce qu'il est trop occupé des besoins de la répuvils citoyens sont moins modestes et moins po- blique, et qu'un travail sévère et sans relâche pulaires, et l'on ne rencontre que lui dans ne lui laisse aucun jour de libre. Il est en effet les places, sous les portiques et dans les plus surchargé par la diversité et la multitude des humbles maisons. Ainsi, sans orgueil et sans affaires qui l'appliquent, et ces occupations labofaste, il est à la tête d'un parti puissant , avant rieuses le suivent par-tout: car même à l'armée, que ceux qui le composent sachent eux-mêmes où il y a tant de distractions inévitables, les que c'est un parti. Aucun n'a son secret, mais troupes le voient rarement; et pendant qu'il il est sûr de tous; et lorsqu'il sera temps d'agir, est obsédé de ses créatures, qu'il donne des ornul ne manquera à son chef, à son bienfaiteur, dres ou qu'il médite des intrigues, le soldat à son ami ; et si cependant la fortune, qui peut murmure de ne pas le voir et blâme ce genre tout contre la prudence, fait qu'il est prévenu de vie trop austère. Lentulus emploie sa retraite dans ses desseins, il avoue la plupart des faits à traverser secrètement les entreprises du conqu'on lui impute, et les justifie par les lois ou sul, qui commande en chef; et il fait si bien, par la force de son éloquence. Ses juges sont que le pain, le fourrage et même l'argent manétonnés de sa sécurité et attendris de ses dis- quent au quartier-général, pendant que tout cours. La cabale qui veut sa perte n'ose le lais- abonde dans son propre camp. S'il arrive alors ser reparoitre ni l'interroger en public. Quoi que les troupes de la république reçoivent qu'il soit convaincu d'avoir attenté contre la quelque échec de l'ennemi, aussitôt les courliberté, on est obligé de le faire mourir secrè- riers de Lentulus font retentir la capitale de tement, et le peuple qui l'adoroit demeure per- ses plaintes contre le consul. Le peuple s'assemsuadé de son innocence.

ble dans les places par pelotons, et les créatures

de Lentulus ont grand soin de lire des lettres XXVI.

par lesquelles il paroît qu'il a sauvé l'armée Lentulus, ou le factieux.

d'une entière défaite. Toutes les gazettes répé

tent les mêmes bruits, et tous les nouvellistes Lentulus se tient renfermé dans le fond d'un sont payés d'avance pour les confirmer. Le vaste édifice qu'il a fait båtir, et où son ame consul est forcé d'envoyer des mémoires pour austère s'occupe en secret de projets ambitieux justifier sa conduite contre les artifices de son et téméraires. Là, il travaille le jour et la nuit ennemi. Celui qu'il a chargé de cette affaire, qui pour tendre des piéges à ses ennemis, pour est un homme instruit et hardi, arrive dans la eblouir le peuple par des écrits , et amuser les capitale, où il est attendu avec impatience, et on grands par des promesses. Sa maison quelque- s'attend qu'il révèlera bien des mystères ; mais fois est pleine de gens inconnus qui attendent le lendemain, le sénat s'étant extraordinairement pour lui parler, qui vont, qui viennent; on les assemblé, on vient lui annoncer que cet envoyé voit fort souvent entrer la nuit dans son appar- a été trouvé mort dans son lit et qu'on a détement, et en sortir un peu devant l'aurore. tourné tous ses papiers. Les gens de bien, Lentulus fait des associations avec des grands consternés, gémissent secrètement de cet atten

lat; mais les partisans de Lentulus en triom- ruine, il excite les conjurés à l'avancer, et leur phent publiquement, et la république est me- dit qu'il faut que tout change, que c'est une nacée d'une horrible servitude.

fatalité inevitable; que les opinions et les moeurs

qui dépendent des opinions, les hommes en XXVII.

place et les lois qui dépendent des hommes en

place, les bornes des États et leur puissance, Clodius, ou le séditieux.

l'intérêt des États voisins, tout varie nécessaireClodius assemble chez lui une troupe de ment. Et, dit-il, de ces changements il n'y en a libertins et de jeunes gens accablés de dettes. Le aucun qui ne se fasse par la force: car la séducsenat a fait une loi pour réprimer le luxe de ces tion et l'artifice ne méritent pas moins ce nom jeunes gens et l'énormité des emprunts. Clodius que la violence déclarée et manifeste. Mes amis, leur dit : Mes amis, pouvez-vous souffrir la continue-t-il, qui peut retenir vos courages rigueur, la hauteur et la dureté d'un gouver- craignez-vous de troubler la paix de la patrie? nement si austère? On défend aux uns les plaisirs, Quelle paix, qui avilit les hommes dans un miséon ferme aux autres les chemins de la fortune; rable esclavage! Estimez-vous tant le repos ? et on s'efforce d'anéantir le courage et l'esprit de la guerre est-elle plus rude que la servitude? tous, en tenant sous des lois étroites leur génie Ainsi Clodius met tout en feu par ses discours captif; et cette servitude de chaque particulier, séditieux, et cause de si grands désordres dans on ose la nommer liberté publique! Mes amis, la république, qu'on ne peut y remédier que on hait les tyrans qui veulent régner par la for- par sa perte. ce; et qu'importe d'être l'esclave des hommes

XXVIII. ou des lois, quand les lois sont plus tyranniques

L'orateur chagrin. que ceux qui les violent? Est-ce à nous à subir le joug de quelques vieillards languissants? La Celui qui n'est connu que par les lettres, nature auroit-elle fait les foibles pour l'autorité n'est pas infatue de celle gloire, s'il est ambiet les forts pour leur obéir? Les foibles ne sont tieux. Bien loin de vouloir faire entrer les jeupoint à plaindre dans la dépendance des forts; nes gens dans sa propre carrière, il leur montre mais les forts ne peuvent souffrir la servitude lui-même une route plus noble , s'ils osent la sans une insupportable violence. Donnons à ce suivre. Le riche insolent , leur dit-il, méprise peuple abattu quelque exemple qui le réveille; les talents les plus sublimes, et le vertueux ignoles ambitieux sont l'ame des corps politiques ; le rant ne les connoit pas..... O mes amis! penrepos en est la langueur... Ainsi s'explique dant que des hommes médiocres exécutent de Clodius avec ses amis. Quand il est avec des per- grandes choses, ou par un instinct particulier, sonnes qui l'obligent à plus de retenue, il leur ou par la faveur des occasions, voulez-vous dit qu'on fait bien de réprimer le vice, mais vous réduire à les écrire? Si vous faites altenqu'il faut avoir attention que le remède qu’on tion aux hommages qu'on met aux pieds d'un y apporte ne soit pas lui-même un plus grand homme que le prince élève à un poste, croimal. La vertu, dit-il, est aimable par elle-même; rez-vous qu'il y ait des louanges pour un écrique sert d'employer la force pour la persuader? vain , qui approchent de ces respects? Qui ne La force est toujours odieuse, quelque juste peut aider la vertu, ni punir le crime, ni venger qu'en soit le motif. Voyez, dit-il encore, la di- l'injure du mérite, ni confondre l'orgueil des versité que la nature a mise entre les hommes : riches, se contentera-t-il d'un peu d'estime? Il est-il juste d'assujettir à la même règle tant de appartient à un artisan d'être enivré de régner différents caractères ? Peut-on obliger tous les au barreau, ou sur nos théâtres, ou dans les hommes à marcher dans la même voie? et faut- écoles des philosophes ; mais vous qui aspirez à il tenir la nature prosternée sous un joug si la gloire, pouvez-vous la mettre à ce prix ? Rerude? Tels sont les discours les plus modérés gardez de près, mes amis : celui qui a gagné de Clodius. Mais s'il se forme un parti dans la des batailles, qui a repoussé l'ennemi des fronrépublique qui ne send rien moins qu'à sa l tières qu'il ravageoit, et donnéaux peuples l'espé

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rance d'une paix glorieuse, s'il fait tout-à-coup

U. disparoître la réputation des ministres et le faste des favoris, qui daignera encore jeter les

L'esprit de l'homme est plus pénétrant que yeux sur vos poëtes et vos philosophes ? Mes conséquent, et embrasse plus qu'il ne peut lier. amis, ce n'est point par des paroles qu'on peut

III. s'élever sur les ruines de l'orgueil des grands et forcer l'hommage du monde, c'est par la vertu

Lorsqu'une pensée est trop foible pour poret l'audace, c'est par le sacrifice de la santé et ter une expression simple, c'est la marque pour des plaisirs , c'est par le mépris du danger. Ce- la rejeter: . lui qui compte sa vie pour quelque chose, ne

IV. doit pas prétendre à la gloire. Ainsi parle un esprit chagrin que la réputation des lettres ne La clarté orne les pensées profondes. peut satisfaire. Il parut quelquefois chercher à s'affermir lui-même contre les déplaisirs de son état, et combattre avec violence. C'est peu, mes L'obscurité est le royaume de l'erreur. amis, reprend-il, de souffrir d'extrêmes besoins et d'être privé des plaisirs. Quel est celui qui a

VI. été pauvre et qui a évité le mépris? Qui n'a pas été opprimé par les puissants, moqué par les Il n'y auroit point d'erreurs qui ne périssent foibles, fui et abandonné par tous les hommes d'elles-mêmes, rendues clairement. A-t-on estimé ses talents ? a-t-on fait attention à

VII. sa vertu? La nécessité l'a tenté, l'infortune l'a avili, et le sort s'est joué de sa prudence. Tou

Ce qui fait souvent le mécompte d'un écritefois ni l'adversité, ni la honte, ni la misère, vain, c'est qu'il croit rendre les choses telles ni ses fautes, s'il en a faites, ni l'injustice de ses ennemis, ne lui ont ôté son courage. Qui vou- qu'il les aperçoit ou qu'il les sent. droit être riche mais avare, respecté mais foible, craint mais hai ? Mais qui ne voudroit être pauvre avec de la vertu et du courage?

On proscriroit moins de pensées d'un ouCelui qui peut vivre sans crime, et qui sait vrage, si on les concevoit comme l'auteur. oser et souffrir, sait aussi se passer de la fortune

IX. qu'il a méritée : les heureux et les insensés pourront insulter sa misère; mais l'injure de la Lorsqu'une pensée s'offre à nous comme folie ne sauroit flétrir la vertu. L'injure et l'op- une profonde découverte, et que nous prenons probre du fort qui abuse des dons du hasard, la peine de la développer, nous trouvons souest l'arme du lâche insolent... Ces discours d'un vent que c'est une vérité qui court les rues. esprit inquiet, qui s'est fait un nom par les lettres, échauffe l'esprit des jeunes gens prompts

X. à s'enflammer; mais la fortune laisse rarement

Il est rare qu'on approfondisse la pensée d'un aux hommes le choix de leurs vertus et de leur autre; de sorte que s'il arrive dans la suite qu'on travail.

fasse la même réflexion, on se persuade aisé

ment qu'elle est nouvelle, tant elle offre de cirRÉFLEXIONS ET MAXIMES.

constances et de dépendances qu'on avoit laissé échapper.

• Une pensée qui porte une expression est hardi et beau. I.

C'est la marque; expression négligée. M.

? Il n'y auroit point d'erreurs, etc. L'auteur veut parler Il est plus aisé de dire des choses nouvelles peut s'appliquer aux erreurs de fait. L'expression est trop géné

VIII.

erreurs de raisonnement, de spéculation; cette maxime ne que de concilier celles qui ont été dites.

ralc. s.

XI.

XXII.

XIII.

Si une pensée ou un ouvrage n'intéressent La servitude abaisse les hommes jusqu'à s'en que peu de personnes, peu en parleront. faire aimer.

XXIII.
XI.

Les prospérités des mauvais rois sont fatales C'est un grand signe de médiocrité de louer aux peuples. loujours modérément.

XXIV.
Il n'est pas donné à la raison de réparer tous

les vices de la nature.
Les fortunes promptes en tout genre sont les
moins solides, parcequ'il est rare qu'elles soient

XXV. l'ouvrage du mérite. Les fruits mûrs mais laborieux de la prudence sont toujours tardifs.

Avant d'attaquer un abus , il faut voir si on

peut ruiner ses fondements. XIV.

XXVI. L'espérance anime le sage, et leurre le pré

Les abus inevitables sont des lois de la nature. somptueux et l'indolent, qui se reposent inconsidérément sur ses promesses.

XXVII.
XV.

Nous n'avons pas droit de rendre misérables Beaucoup de défiances et d'espérances rai- ceux que nous ne pouvons rendre bons. sonnables sont trompées.

XXVIII.
XVI.

On ne peut être juste si on n'est humain '. L'ambition ardente exile les plaisirs dès la jeunesse pour gouverner seule.

XXIX.
XVII.

Quelques auteurs traitent la morale comme

on traite la nouvelle architecture, où l'on cherLa prospérité fait peu d'amis.

che avant toutes choses la commodité. XVIII.

XXX. Les longues prospérités s'écoulent quelquefois en un moment: comme les chaleurs de l'été

Il est fort différent de rendre la vertu facile sont emportées par un jour d'orage.

pour l'établir, ou de lui égaler le vice pour la

détruire. XIX.

XXXI.

Le courage a plus de ressources contre les disgraces que la raison.

Nos erreurs et nos divisions, dans la morale, viennent quelquefois de ce que nous considérons les hommes comme s'ils pouvoient être tout-à-fait vicieux ou tout-à-fait bons.

XX.

La raison et la liberté sont incompatibles avec la foiblesse.

XXI. La guerre n'est pas si onéreuse que la servilude.

"On ne peut être, etc. Il y a pourtant des exemples d'hommes durs qui sont justes. M. Voltaire a dit : Qui n'est que juste est dur, qui n'est que sage est triste.

ÉPITRE L au roi de Prusse, édition de Renouard ,

T. XI, p. 115. Paris, 1819. B.

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Il n'y a peut-être point de vérité qui ne soit Le secret des moindres plaisirs de la nature à quelque esprit faux matière d'erreur.

passe la raison.

XLIII.
XXXU.

C'est une preuve de petitesse d'esprit, lorsLes générations des opinions sont conformes qu’on distingue toujours ce qui est estimable de à celles des hommes, bonnes et vicieuses tour

ce qui est aimable. Les grandes ames aiment à-tour.

naturellement ce qui est digne de leur estime '. XXXIV.

XLIV. Nous ne connoissons pas l'attrait des violenles agitations. Ceux que nous plaignons de leurs

L'estime s'use comme l'amour ». embarras méprisent notre repos.

XLV.
XXXV.

Quand on sent qu'on n'a pas de quoi se faire Personne ne veut être plaint de ses erreurs.

estimer de quelqu'un, on est bien près de le
haïr.

XLVI.
XXXVI.

Ceux qui manquent de probité dans les plaiLes orages de la jeunesse sont environnés de sirs n'en ont qu'une feinte dans les affaires. jours brillants.

C'est la marque d'un naturel féroce, lorsque le XXXVII.

plaisir ne rend point humain 3.

Les jeunes gens connoissent plutôt l'amour

XLVII. que la beauté.

Les plaisirs enseignent aux princes à se faXXXVIIT.

miliariser avec les hommes. Les femmes et les jeunes gens ne séparent

XLVIII. point leur estime de leurs goûts.

Le trafic de l'honneur n'enrichit pas.
XXXIX.

XLIX.
La coutume fait tout, jusqu'en amour.

Ceux qui nous font acheter leur probité, ne XL.

nous vendent ordinairement que leur honneur4. Il y a peu de passions constantes; il y en a beaucoup de sincères : cela a toujours été ainsi. lorsqu'on distingue toujours ce qui

est estimable de ce qui est

• VARIANTE. C'est une preuve d'esprit et de mauvais goût, Mais les hommes se piquent d'être constants ou aimable ; rien n'est si aimable que la vertu pour les cæurs bien indifférents, selon la mode, qui excède tou- faits.

2 Non pas l'estime, mais l'admiration. S. jours la nature.

3 Ceux qui manquent de probité, etc. C'est la marque

d'un naturel, etc. Ces deux pensées ne semblent pas bien liées XLI.

l'une à l'autre. Probité et humanité n'ont pas un rapport assez

immédiat. s. La raison rougit des penchants dont elle ne 4 Ceux qui nous font acheter leur probité, etc. On pourroit peut rendre compte ".

peut-être accuser cette pensée d'un peu de subtilité venant d'un défant de précision dans les termes. Il est sûr que celui qui vend

sa probité n'en a déja plus, puisqu'il consent à la vendre. Ainsi VARIANTE. La raison rougit des inclinations de la nature, on ne vend point sa probité ; mais on se fait payer de n'en point parce qu'elle n'a pas de quoi connoitre la perfection de ses plaisirs. I avoir. S.

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