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ils montrent à leur tour par là les limites de | hommes, si l'on retranchoit de leur vie tout ce
leur esprit. L'être et la vérité n'étant, de leur qui n'est pas à sa place, et ce n'est pas en tous
aveu, qu'une même chose sous deux expres- defaut de jugement, mais impuissance d'assor-
sions, il faut tout réduire au néant ou admettre tir les choses.
des vérités indépendantes de nos conjectures et

VI. de nos frivoles discours. Or, s'il y a des vérités

De l'ame. réelles, comme il me paroît hors de doute, il s'ensuit qu'il y a des principes qui ne peuvent

Il sert peu d'avoir de l'esprit lorsqu'on n'a être arbitraires; la difficulté, je l'avoue, est à les connoitre ! Mais pourquoi la même raison point d'ame. C'est l'ame qui forme l'esprit et qui nous fait discerner le faux , ne pourroit-elle dans les sociétés , qui fait les orateurs, les nénous conduire jusqu'au vrai? L'ombre est-elle plus sensible que le corps, l'apparence que la les conquérants. Voyez comme on vit dans le

gociateurs, les ministres, les grands hommes, réalité ? Que connoissons-nous d'obscur par sa monde. Qui prime chez les jeunes gens , chez les nature, sinon l'erreur ? Que connoissons-nous femmes, chez les vieillards, chez les hommes d'évident, sinon la vérité? N'est-ce pas l'évi- de tous les élats, dans les cabales et dans les dence de la vérité qui nous fait discerner le faux, partis ? Qui nous gouverne nous-mêmes, est-ce comme le jour marque les ombres ? Et qu'est- l'esprit ou le cour? Faute de faire cette réce en un mot que la connoissance d'une erreur, flexion, nous nous élonnons de l'élévation de sinon la découverte d'une vérité? Toute priva- quelques hommes, ou de l'obscurité de queltion suppose nécessairement une réalité; ainsi

ques autres, et nous attribuons à la fatalité ce la certitude est démontrée par le doute, la dont nous trouverions plus aisément la cause dans science par l'ignorance, et la vérité par l'erreur. leur caractère; mais nous ne pensons qu'à l'es

prit, et point aux qualités de l'ame. Cependant V.

c'est d'elle avant tout que dépend notre destinée:

on nous vante en vain les lumières d'une belle Du défaut de la plupart des choses.

imagination; je ne puis ni estimer, ni aimer, Le défaut de la plupart des choses dans la ni baïr, ni craindre ceux qui n'ont que de l'esprit

. poésie, la peinture, l'éloquence, le raisonnement, etc., c'est de n'être pas à leur place. De là le mauvais enthousiasme ou l'emphase dans

Des romans. le discours, les dissonances dans la musique ?, la confusion dans les tableaux, la fausse poli

Le faux en lui-même nous blesse et n'a pas tesse dans le monde, ou la froide plaisanterie. de quoi nous toucher. Que croyez-vous qu'on Qu'on examine la morale même, la profusion cherche si avidement dans les fictions? L'image n'est-elle pas aussi le plus souvent une généro- d'une vérité vivante et passionnée. sité hors de sa place; la vanité, une hauteur

Nous voulons de la vraisemblance dans les hors de sa place 3; l'avarice, une prévoyance fables mêmes, et toute fiction qui ne peint pas hors de sa place ? la témérité, une valeur hors la nature est insipide. de sa place, etc. ? La plupart des choses ne sont

Il est vrai que l'esprit de la plupart des homfortes ou foibles, vicieuses ou vertueuses, dans mes a si peu d'assiette, qu'il se laisse entraîner la nature ou hors de la nature, que par cet en- au merveilleux, surpris par l'apparence du droit : on ne laisseroit rien à la plupart des grand. Mais le faux, que le grand leur cache

dans le merveilleux, les dégoûte au moment qu'il * Il faut , je crois, de les connoître. s.

se laisse sentir; on ne relit point un roman '. Les dissonances dans la musique ne sont pas un défaut, et font souvent beauté. Il faudroit ici discordances.

Je crois que dirige vaudroit mieux. Former est vague et 3 Ce n'est pas , je crois, une hauteur, mais un orgueil hors impropre. S. de sa place. La bauteur n'est jamais bien placée ; au lieu qu'on · Cette assertion est trop générale. Beaucoup de gens ont relu dit un orgueil bien place un juste ou noble orgueil. S. Télémuque, clarisse, Grandisson , et les poèmes d'Homère

.

VII.

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que

J'excepte les gens d'une imagination frivole d'une grande ame, dans une fortune médiocre. et déréglée, qui trouvent dans ces sortes de lectures l'histoire de leurs pensées et de leurs chi

IX. mères. Ceux-ci, s'ils s'attachent à écrire dans

Sur la noblesse. ce genre, travaillent avec une facilité rien n'égale : car ils portent la matière de l'ouvrage dans leur fonds; mais de semblables puérilites les diamants. Ceux qui regrettent que la con

La noblesse est un héritage, comme l'or et n'ont pas leur place dans un esprit sain; il ne sidération des grands emplois et des services peut les écrire, ni les lire. Lors donc que les premiers s'attachent aux

passe au sang des hommes illustres, accordent fantômes qu'on leur reproche, c'est parcequ'ils davantage aux hommes riches, puisqu'ils ne

contestent y trouvent une image des illusions de leur es- leur fortune bien ou mal acquise. Mais le peuple

à leurs neveux la possession de

pas prit, et par conséquent quelque chose qui tient à la vérité, à leur égard; et les autres qui les

en juge autrement; car au lieu que la fortune

des rejettent, c'est parcequ'ils n'y reconnoissent leurs enfants, la considération de la noblesse se

gens riches se détruit par la dissipation de pas le caractère de leurs sentiments : tant il est manifeste de tous les côtés que le faux connu

conserve après que la mollesse en a souillé la nous dégoûte, et que nous ne cherchons tous

source. Sage institution qui, pendant que le

prix de l'intérêt se consume et s'appauvrit, ensemble

que
la vérité et la nature'.

rend la récompense de la vertu éternelle et

ineffaçable! VII.

Qu'on ne nous dise donc plus que la mémoire

d'un mérite doit céder à des vertus vivantes. Contre la médiocrité.

Qui mettra le prix au mérite? C'est sans doute Si l'on pouvoit dans la médiocrité n'être ni à cause de cette difficulté, que les grands, qui glorieux, ni timide, ni envieux, ni flatteur, ni ont de la hauteur, ne se fondent que sur leur préoccupé des besoins et des soins de son état, naissance, quelque opinion qu'ils aient de leur lorsque le dédain et les manières de tout ce qui génie. Tout cela est très raisonnable, si l'on nous environne concourent à nous abaisser; si excepte de la loi commune de certains talents l'on savoit alors s'élever, se sentir, résister à la qui sont trop au-dessus des règles. multitude !... Mais qui peut soutenir son esprit

X. et son coeur au-dessus de sa condition? Qui peut se sauver des foiblesses que la médiocrité

Sur la fortune. traîne avec soi?

Dans les conditions éminentes, la fortune au Ni le bonheur ni le mérite seul ne font l'émoins nous dispense de fléchir devant ses idoles. lévation des hommes. La fortune suit l'occasion Elle nous dispense de nous déguiser, de quitter qu'ils ont d'employer leurs talents. Mais il n'y notre caractère, de nous absorber dans les a peut-être point d'exemple d'un homme à qui riens : elle nous élève sans peine au-dessus de le mérite n'ait servi pour sa fortune ou contre la vanité, et nous met au niveau du grand, et l'adversité; cependant la chose à laquelle un si nous sommes nés avec quelques vertus, les homme ambitieux pense le moins, c'est à méinoyens et les occasions de les employer sont riter sa fortune. Un enfant veut étre évêque,

veut être roi, conquérant, et à peine il connoît Enfin, de même qu'on ne peut jouir d'une l'étendue de ces noms. Voilà la plupart des grande fortune avec une ame basse et un petit hommes; ils accusent continuellement la foryenie, on ne sauroit jouir d'un grand génie ni tune de caprice, et ils sont si foibles, qu'ils lui

abandonnent la conduite de leurs prétentions, et de Virgile, dont les fictions sont bien plus éloignées de la vérité que les romans de l'immortel Richardson. P.

et qu'ils se reposent sur elle du succès de leur · Expression impropre pour ni les uns ni les autres. S.

ambition.

en nous.

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XI.

coup de finesse, c'est l'imperfection de la na

ture, qui est l'origine de l'art. . Contre la vanité.

XIII, La chose du monde la plus ridicule et la plus inutile, c'est de vouloir prouver qu'on est ai

Du pouvoir de l'activité. mable, ou que l'on a de l'esprit. Les hommes sont fort pénétrants sur les petites adresses Qui considérera d'où sont partis la plupart qu'on emploie pour se louer ; et soit qu'on leur des ministres verra ce que peut le génie , l'amdemande leur suffrage avec hauteur, soit qu'on bition et l'activité. Il faut laisser parler le monde, tàche de les surprendre, ils se croient ordinai- et souffrir qu'il donne au hasard l'honneur de rement en droit de refuser ce qu'il semble qu'on toutes les fortunes, pour autoriser sa mollesse. ait besoin de tenir d'eux. Heureux ceux qui La nature a marqué à tous les hommes, dans sont nés modestes, et que la nature a remplis leur caractère, la route naturelle de leur vie, et d'une noble et sage confiance ! Rien ne présente personne n'est ni tranquille, ni sage, ni bon, les hommes si petits à l'imagination , rien ne les ni heureux, qu'autant qu'il connoît son instinct fait paroître si foibles que la vanité. Il semble et le suit bien fidèlement. Que ceux qui sont qu'elle soit le sceau de la médiocrité; ce qui nés pour l'action suivent donc hardiment le n'empêche pas qu'on n'ait vu d'assez grands leur; l'essentiel est de faire bien; s'il arrive génies accusés de cette foiblesse, le cardinal de qu'après cela le mérite soit méconnu et le Retz, Montaigne, Cicéron, etc. Aussi leur a- bonheur seul honoré, il faut pardonner à l'ert-on disputé le titre de grands hommes, et non reur. Les hommes ne sentent les choses qu'au sans beaucoup de raison.

degré de leur esprit, et ne peuvent aller plus

loin. Ceux qui sont nés médiocres n'ont point XII.

de mesure pour les qualités supérieures ; la ré

putation leur impose plus que le génie, la gloire Ne point sortir de son caractère.

plus que la vertu; au moins ont-ils besoin que Lorsqu'on veut se mettre à la portée des au- le nom des choses les avertisse et réveille leur tres hommes, il faut prendre garde d'abord à attention. ne pas sortir de la sienne : car c'est un ridicule

XIV. insupportable, et qu'ils ne nous pardonnent

Sur la dispute. point; c'est aussi une vanité mal entendue de croire que l'on peut jouer toute sorte de per- Où vous ne voyez pas le fond des choses, ne sonnages , et d'être toujours travesti. Tout parlez jamais qu'en doutant et en proposant homme qui n'est pas dans son véritable carac- vos idées. C'est le propre d'un raisonneur de tère n'est pas dans sa force : il inspire la déprendre feu sur les affaires politiques, ou sur fiance, et blesse par l'affectation de cette supé- tel autre sujet dont on ne sait pas les principes ; riorité. Si vous le pouvez, soyez simple, naturel, c'est son triomphe, parce qu'il n'y peut être modeste, uniforme; ne parlez jamais aux hom- confondu. mes que de choses qui les intéressent, et qu'ils Il y a des hommes avec qui j'ai fait væu de puissent aisément entendre. Ne les primez point n'avoir jamais de dispute : ceux qui ne parlent avec faste. Ayez de l'indulgence pour tous leurs que pour parler ou décider, les sophistes,

les défauts, de la pénétration pour leurs talents, ignorants, les dévots et les politiques. Cependes égards pour leurs délicatesses et leurs pré-dant tout peut être utile, il ne faut que se posjugés, etc. Voilà peut-être comme un homme séder. supérieur se monte ' naturellement et sans ef

XV. fort à la portée de chacun. Ce n'est pas la marque d'une grande habileté d'employer beau- Sujétion de l'esprit de l'homme.

Quand on est au cours des grandes affaires,

Se monte. Il faut se met. M.

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rårement tombe-t-on à de certaines petitesses : sur la foi de ces grands témoignages, et ne les grandes occupations élèvent et soutiennent nous laissons pas abattre au sentiment de nos l'ame; ce n'est donc pas merveille qu'on y fasse foiblesses, jusqu'à perdre le soin irréprochable bien. Au contraire, un particulier qui a l'esprit de la gloire et l'ardeur de la vertu. naturellement grand, se trouve resserré et à l'étroit dans une fortune privée; et comme il

XVI. n'y est pas à sa place, tout le blesse et lui fait violence. Parcequ'il n'est pas né pour les pe- On ne peut être dupe de la vertu. tites choses, il les traite moins bien qu'un autre, ou elles le fatiguent davantage, et il ne lui est Que ceux qui sont nés pour l'oisiveté et la pas possible , dit Montaigne, de ne leur donner mollesse y meurent et s'y ensevelissent; je ne que l'attention qu'elles méritent, ou de s'en re- prétends pas les troubler, mais je parle au reste tirer à sa volonté ; s'il fait tant que de s'y livrer, des hommes, et je dis : On ne peut être dupe elles l'occupent tout entier et l'engagent à des de la vraie vertu ; ceux qui l'aiment sincèrepetitesses dont il est lui-même surpris. Telle ment y goûtent un secret plaisir, et souffrent à est la foiblesse de l'esprit humain, qui se ma- s'en détourner : quoi qu'on fasse aussi pour la nifeste encore par mille autres endroits, et qui gloire, jamais ce travail n'est perdu, s'il tend à fait dire à Pascal": L'esprit du plus grand homme nous en rendre dignes. C'est une chose étrange du monde n'est pas si indépendant, qu'il ne soit que tant d'hommes se défient de la vertu et de sujet à être troublé par le moindre tintamarre la gloire, comme d'une route hasardeuse, et qui se fait autour de lui. Il ne faut pas le bruit qu'ils regardent l'oisiveté comme un parti sûr d'un canon pour empêcher ses pensées : il ne faut et solide. Quand même le travail et le mérite que le bruit d'une girouette ou d'une poulie. Ne pourroient nuire à notre fortune, il y auroit vous étonnez pas, continue-t-il, s'il ne raisonne toujours à gagner à les embrasser. Que sera-ce pas bien à présent; une mouche bourdonne à ses s'ils y concourent? Si tout finissoit

par

la mort, oreilles : c'en est assez pour le rendre incapable ce seroit une extravagance de ne pas donner de bon conseil. Si vous voulez qu'il trouve la vé- toute notre application à bien disposer notre rité, chassez cet animal qui tient sa raison envie, puisque nous n'aurions que le présent ; échec , et trouble cette puissante intelligence qui mais nous croyons un avenir, et l'abandonnons gouverne les villes et les royaumes. Rien n'est au hasard : cela est bien plus inconcevable. Je plus vrai, sans doute, que cette pensée ; mais laisse tout devoir à part, la morale et la reliil est vrai aussi, de l'aveu de Pascal, que cette gion, et je demande : L'ignorance vaut-elle mieux même intelligence, qui est si foible, gouverne que la science, la paresse que l'activité, l'incales villes et les royaumes : aussi le même auteur pacité que les talents ? Pour peu que l'on ait de remarque que plus on approfondit l'homme, raison, on ne met point ces choses en paralplus on y demele de foiblesse et de grandeur; lèle : Quelle honte donc de choisir ce qu'il y et c'est lui qui dit encore dans un autre en- a de l'extravagance à égaler ?? S'il faut des droit ?, après Montaigne : Celle duplicité de exemples pour nous décider, d'un côté Coligny, l'homme est si visible, qu'il y en a qui ont cru Turenne, Bossuet, Richelieu, Fenelon , etc.; que nous avions deux ames 3 : un sujet simple de l'autre, les gens à la mode, les gens du paroissant incapable de telles et si soudaines va- bel air, ceux qui passent toute leur vie dans riétés, d'une présomption démesurée à un hor- la dissipation et les plaisirs. Comparons ces rible abattement de cæur. Rassurons-nous donc deux genres d'hommes, et voyons ensuite

auquel d'eux nous aimerions mieux ressem' Pensées de Pascal , Ire partie , art. VI, pensée XII. B. bler.

Pensées de Pascul, lle partie, art. V, pensée V. B. ? C'est Platon, qui admettoit deux ames, l'une non engendrée par Dieu. qui n'est qu'une faculté imaginative, privée Lorsque Vauvenargues écrivoit, J.-J. Rousseau n avoit d'ordre et de raison ; l'autre engendrée et disposée par Dieu, qui point encore soutenu ses brillants paradoxes. F. l'a établie maitresse et ordonnatrice du monde qu'il a formé. > Pour égaliser', estimer égales. S. Voyez Plutarque , Dela Créution de l'Ame. F.

3 Il faut, auquel d'entre eux. S.

XVII.

de se découvrir"; ceux qui pénétreront ses

foibles tâcheront de s'en prévaloir, mais ils le Sur la familiarité.

pourront rarement. Le cardinal de Retz disoit

à ses principaux domestiques : « Vous êtes deux Il n'est point de meilleure école ni plus né- ou trois à qui je n'ai pu me dérober; mais cessaire que la familiarité. Un homme qui s'est « j'ai si bien établi ma réputation , et par vousretranché toute sa vie dans un caractère réser- « mêmes, qu'il vous seroit impossible de me vé, fait les fautes les plus grossières lorsque les « nuire quand vous le voudrieza. » Il ne menoccasions l'obligent d'en sortir et que les af- toit pas : son historien rapporte qu'il s'étoit faires l'engagent. Ce n'est que par la familiarité battu avec un de ses écuyers, qui l'avoit accaque l'on guérit de la présomption, de la timi- blé de coups, sans qu'une aventure si bumidité, de la sotte hauteur; ce n'est que

dans un

liante pour un homme de ce caractère et de ce commerce libre et ingénu qu'on peut bien con- rang ait pu lui abattre le coeur ou faire aucun noître les hommes; qu'on se tâte, qu'on se dé- tort à sa gloire; mais cela n'est pas surprenant : mêle, et qu'on se mesure avec eux : là on voit combien d'hommes déshonorés soutiennent par l'humanité nue avec toutes ses foiblesses et tou- | leur seule audace la conviction publique de leur tes ses forces; là se découvrent les artifices dont infamie, et font face à toute la terre? Si l'efon s'enveloppe pour imposer en public; là pa- fronterie peut autant, que ne fera pas la conroît la stérilité de notre esprit, la violence et la stance? Le courage surmonte tout. petitesse de notre amour-propre, l'imposture de nos vertus.

XIX. Ceux qui n'ont pas le courage de chercher la vérité dans ces rudes épreuves, sont profon

Sur la libéralité. dément au-dessous de tout ce qu'il y a de grand; surtout c'est une chose basse que de craindre Un homme très jeune peut se reprocher la raillerie ', qui nous aide à fouler aux pieds comme une vanité onéreuse et inutile la secrète notre amour-propre, et qui émousse, par l'ha- complaisance qu'il a à donner. J'ai eu celle bitude de souffrir, ses honteuses délicatesses, crainte moi-même ayant de connoître le monde ;

quand j'ai vu l'étroite indigence où vivent la XVIII.

plupart des hommes, et l'énorme pouvoir de

l'intérêt sur tous les cours, j'ai changé d'avis, Nécessité de faire des fautes.

et j'ai dit : Voulez-vous que tout ce qui vous

environne vous montre un visage content, vos Il ne faut pas être timide de peur de faire enfants, vos domestiques, votre femme, vos des fautes; la plus grande faute de toutes est amis et vos ennemis, soyez libéral; voulez-vous de se priver de l'expérience. Soyons très per- conserver impunément beaucoup de vices, suadés qu'il n'y a que les gens foibles qui aient avez - vous besoin qu'on vous pardonne des cette crainte excessive de tomber et de laisser mæurs singulières ou des ridicules; voulez-vous voir leurs défauts; ils évitent les occasions où ils pourroient broncher et être humiliés ; ils ra- · Pour se laisser abattre; c'est une négligence. Se décourrir sent timidement la terre, n'osent rien donner signifie ici laisser apercevoir ses fautes. S.

2 Guy Joly, conseiller au Châtelet, rapporte en effet dans ses au hasard, et meurent avec toutes leurs foi- Mémoires , que, lorsqu'il reprochoit au cardinal sa vie licenblesses qu'ils n'ont pu cacher. Qui voudra se

cieuse, ce prélat lui faisoit cette réponse. F.

3 Dans cet article, Vauvenargues sembleroit mettre au nomformer au grand , doit risquer de faire des fau- bre des avantages de la libéralité le droit de conserver impunétes, et ne pas s'y laisser abattre, ni craindre ment beaucoup de vices ; ce qui n'est ni ne peut ètre son pro

jet, comme on peut s'en convaincre par la pureté du reste de sa

morale. Mais ayant à démontrer les avantages que procure la · Expression négligée. Ce mot vague de chose doit êlre em- libéralité, il a voulu commencer par démontrer le pouvoir ployé très sobrement. Je ne sais si l'on peut appeler bassesse, qu'elle a de tout obtenir des hommes, et n'a pas assez distingué en aucun sens, la crainte de la raillerie. S. - Bassesse est ici, ce qui sert de preuve de son pouvoir d'avec la démonstration de je crois, pour foiblesse. M.

ses avantages. S.

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