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plus basse. Ils sont si aveugles qu'ils ne sentent cis de leurs connoissances et le fruit de leurs pas que c'est la gloire qu'ils cherchent si curieu- longues veilles. L'étude d'une vie entière s'y sement, et si vains qu'ils osent la mettre dans peut recueillir dans quelques heures; c'est un les choses les plus frivoles. La gloire, disent- grand secours. ils, n'est ni vertu, ni mérite; ils raisonnent bien Deux inconvénients sont à craindre dans cette en cela : elle n'est que leur récompense; mais passion : le mauvais choix et l'excès. Quant au elle nous excite donc au travail et à la vertu, et mauvais choix, il est probable que ceux qui nous rend souvent estimables afin de nous faire s'attachent à des connoissances peu utiles ne estimer.

seroient pas propres aux autres; mais l'excès Tout est très abject dans les hommes, la se peut corriger. vertu, la gloire, la vie; mais les plus petits ont Si nous étions sages, nous nous bornerions à des proportions reconnues. Le chêne est un un petit nombre de connoissances, afin de les grand arbre près du cerisier ; ainsi les hommes mieux posséder. Nous tâcherions de nous les à l'égard les uns des autres. Quelles sont les rendre familières et de les réduire en pratique : vertus et les inclinations de ceux qui méprisent la plus longue et la plus laborieuse théorie n'éla gloire? L'ont-ils méritée ?

claire qu'imparfaitement. Un homme qui n'au

roit jamais dansé posséderoit inutilement les XXVIII.

règles de la danse; il en est sans doute de même

des métiers d'esprit'. De l'amour des sciences et des lettres. Je dirai bien plus : rarement l'étude est utile,

lorsqu'elle n'est pas accompagnée du commerce La passion de la gloire et la passion des du monde. Il ne faut pas séparer ces deux chosciences se ressemblent dans leur principe ; car ses : l'une nous apprend à penser, l'autre à agir; elles viennent l'une et l'autre du sentiment de l'une à parler, l'autre à écrire; l'une à disposer notre vide et de notre imperfection. Mais l'une nos actions, l'autre à les rendre faciles. voudroit se former comme un nouvel étre hors

L'usage du monde nous donne encore de pende nous, et l'autre s'attache à étendre et à cul- ser naturellement, et l'habitude des sciences, tiver notre fonds. Ainsi la passion de la gloire de penser profondément. veut nous agrandir au-dehors, et celle des

Par une suite naturelle de ces vérités, ceux sciences au-dedans.

qui sont privés de l'un et l'autre avantage par On ne peut avoir l'ame grande, ou l'esprit leur condition fournissent une preuve incontesun peu pénétrant, sans quelque passion pour table de l'indigence naturelle de l'esprit humain. les lettres. Les arts sont consacrés à peindre les Un vigneron, un couvreur, resserrés dans un traits de la belle nature; les sciences à la vérité. pelit cercle d'idées très communes, connoissent Les arts et les sciences embrassent tout ce qu'il à peine les plus grossiers usages de la raison , y a dans la pensée de noble ou d'utile; de sorte et n'exercent leur jugement, suppose qu'ils en qu'il ne reste à ceux qui les rejettent que ce qui aient reçu de la nature, que sur des objets très est indigne d'être peint ou enseigné, etc. palpables. Je sais bien que l'éducation ne peut

La plupart des hommes honorent les lettres suppléer le génie; je n'ignore pas que les dons comme la religion et la verlu "; c'est-à-dire de la nature valent mieux que les dons de l'art": comme une chose qu'ils ne peuvent ni connoitre, cependant l'art est nécessaire pour faire fleurir ni pratiquer, ni aimer,

les talents. Un beau naturel négligé ne porte Personne néanmoins n'ignore que les bons jamais de fruits mûrs. livres sont l'essence des meilleurs esprits, le pré

i Il en est sans doute de même des métiers d'esprit. Il fau1 La plupart des hommes honorent les lettres comme la droit, ce me semble, des métiers de l'esprit. M. religion et la rertu. Il faut: comme ils honorent. On avoit 2 Je n'ignore pas que les dons de la nature valent mieux copié cette pensée dans l'Encyclopédie , sans en citer l'auteur. que les dons de l'urt. Je ne sais si l'on peut dire les dons de Les journalistes de Trévoux, qui avoient fort loué l'ouvrage de l'art comme les dons de la nature. La nature donne, dote, Vauvenargues lorsqu'il parut, firent un erime de celte maxime doue; l'art ne fait rien de tout cela : il vend et ne donne pas, et aux encyclopédistes. M.

l'on achète ses biens avec l'étude et le travail. M.

Peut-on regarder comme un bien un génie à pour les sens et un plaisir pour l'ame. Les sens peu près stérile? Que servent à un grand sei- sont flattés d'agir, de galoper un cheval -, d’engneur les domaines qu'il laisse en friche? Est-il lendre un bruit de chasse dans une forêt; l'ame riche de ces champs incultes?

jouit de la justesse de ses sens, de la force et de

l'adresse de son corps, etc. Aux yeux d'un phiXXIX.

losophe qui médite dans son cabinet , celte gloire De l'avarice.

est bien puérile; mais, dans l'ébranlement de

l'exercice, on ne scrute pas tant les choses. En Ceux qui n'aiment l'argent que pour la dé- approfondissant les hommes, on rencontre des pense ne sont pas véritablement avares. L'ava- vérités humiliantes, mais incontestables. rice est une extrême défiance des évènements,

Vous voyez l'ame d'un pêcheur qui se détache qui cherche à s'assurer contre les instabilités de

en quelque sorte de son corps pour suivre un la fortune par une excessive prévoyance, et poisson sous les eaux, et le pousser au piège manifeste cet instinct avide qui nous sollicite que sa main lui tend. Qui croiroit qu'elle s'apd'accroitre, d'étayer, d'affermir notre étre. plaudit de la défaite du foible animal, el triomBasse et déplorable manie, qui n'exige ni con- phe au fond du filet? Toutefois rien n'est si noissance, ni vigueur d'esprit, ni jeunesse, et sensible. qui prend par cette raison, dans la défaillance

Un grand, à la chasse, aime mieux tuer un des sens, la place des autres passions.

sanglier qu'une hirondelle : par quelle raison? XXX.

Tous la voient.

XXXII.
De la passion du jeu.

De l'amour paternel.
Quoique j'aie dit que l'avarice naît d'une dé-
fiance ridicule des événements de la fortune, et

L'amour paternel ne diffère pas de l'amourqu'il semble que l'amour du jeu vienne au con

propre.

Un enfant ne subsiste que par ses patraire d'une ridicule confiance aux mêmes évè- renis, dépend d'eux, vient d'eux, leur doit nements, je ne laisse pas de croire qu'il y a des tout ; ils n'ont rien qui leur soit si propre. joueurs avares et qui ne sont confiants qu'au

Aussi un père ne sépare point l'idée d'un fils jeu : encore ont-ils, comme on dit, un jeu ti- de la sienne, à moins que le fils n'affoiblisse mide et serré.

cette idée de propriété par quelque contradicDes commencements souvent heureux rem- tion; mais plus un père s'irrite de cette contraplissent l'esprit des joueurs de l'idée d'un gain diction, plus il s’aftlige, plus il prouve ce que très rapide qui paroît toujours sous leurs mains:

je dis. cela détermine.

XXXIII. Par combien de motifs d'ailleurs n'est - on pas porté à jouer? par cupidité, par amour du

De l'amour filial et fraternel. faste, par goût des plaisirs, etc. Il suffit donc

Comme les enfants n'ont nul droit sur la vo d'aimer quelqu'une de ces choses pour aimer le jeu ; c'est une ressource pour les acquérir,

lonté de leurs pères, la leur élant au contraire hasardeuse à la vérité, mais propre à toute sorte toujours combattue, cela leur fait sentir qu'ils

sont des êtres à part, et ne peut pas leur inspid'hommes, pauvres, riches, foibles, malades,

rer de l'amour-propre; parceque la propriété jeunes et vieux , ignorants et savants, sols et habiles, etc.: aussi n'y a-t-il point de passion ne sauroit être du côté de la dépendance : cela plus commune que celle-ci.

est visible. C'est par cette raison que la tendresse

des enfants n'est pas aussi vive que celle des XXXI.

pères; mais les lois ont pourvu à cet inconvé

nient. Elles sont un garant au père contre l'inDe la passion des exercices.

· Les sens sont flattés d'ugir, de galoper un cheval. Négligė. Il y a dans la passion des exercices un plaisir | Les sens ne galopent pas un cheval. N.

gratitude des enfants, comme la nature est aux accordons sur lui. Quel empire ! mais c'est là enfants un ôtage assuré contre l'abus des lois. l'homme. Il étoit juste d'assurer à la vieillesse les secours

XXXV. qu'elle avoit prêtés à la foiblesse de l'enfance.

De l'amitié. La reconnoissance prévient, dans les enfants bien nés, ce que le devoir leur impose. Il est

C'est l'insuffisance de notre être qui fait naidans la saine nature d'aimer ceux qui nous aiment et nous protégent; et l'habitude d'une tre l'amitié, et c'est l'insuffisance de l'amitié

même, qui la fait périr. juste dépendance en fait perdre le sentiment :

Est-on seul? on sent sa misère, on sent qu'on mais il suffit d'être homme pour être bon père; et si l'on n'est homme de bien, il est rare qu'on goûts, un compagnon de ses plaisirs et de ses

a besoin d'appui; on cherche un fauteur de ses soit bon fils. Du reste, qu'on mette à la place de ce que je séder le coeur et la pensée. Alors l'amitié pa

on veut dis la sympathie ou le sang, et qu'on me fasse entendre pourquoi le sang ne parle pas autant A-t-on ce qu'on a souhaité, on change bientôt

roît être ce qu'il y a de plus doux au monde. dans les enfants que dans les pères ; pourquoi

de pensée. la sympathie perit quand la soumission diminue; pourquoi des frères souvent se haissent d'abord nos desirs ; et lorsqu'on y parvient, on

Lorsqu'on voit de loin quelque bien, il fixe sur des fondements si légers, etc.

en sent le néant. Notre ame, dont il arrêtoit la Mais quel est donc le noeud de l'amitié des

vue dans l’éloignement, ne sauroit s'y reposer frères ? Une fortune, un nom communs,

mêine

quand elle voit au-delà : ainsi l'amitié, qui de naissance et même éducation, quelquefois même caractère; enfin l'habitude dese regarder comme borner de près; elle ne remplit pas le vide

loin bornoit toutes nos prétentions, cesse de les appartenant les uns aux autres, et comme n'ayant qu'un seul étre. Voilà ce qui fait que des besoins qui nous distraient et nous portent

qu'elle avoit promis de remplir; elle nous laisse l'on s'aime, voilà l'amour-propre; mais trouvez

vers d'autres biens. le moyen de séparer des frères d'intérêt, l'a

Alors on se néglige, on devient difficile, on mitié lui survit à peine; l'amour-propre qui en exige bientôt comme un tribut les complaisanétoit le fonds se porte vers d'autres objets.

ces qu’on avoit d'abord reçues comme un don.

C'est le caractère des hommes de s'approprier XXXIV.

peu à peu jusqu'aux graces dont ils jouissent;

une longue possession les accoutume natuDe l'amour que l'on a pour les bêtes.

rellement à regarder les choses qu'ils possèIl peut entrer quelque chose qui flatte les sens

dent comme eux; ainsi l'habitude les persuade dans le goût qu'on nourrit pour certains ani- qu'ils ont un droit naturel sur la volonté de

leurs amis. Ils voudroient s'en former un titre maux, quand ils nous appartiennent. J'ai toujours pensé qu'il s'y mele de l'amour-propre : pour les gouverner; lorsque ces prétentions rien n'est si ridicule à dire, et je suis fâché qu'il sont réciproques, comme on voit souvent?, l'asoit vrai"; mais nous sommes si vides, que, produit de l'aigreur, des froideurs, et d'amères

mour-propre s'irrite et crie des deux côtés, s'il s'offre à nous la moindre ombre de

pro

explications, etc. priété, nous nous y allachons aussitôt. Nous

On se trouve aussi quelquefois mutuellement prêtons à un perroquet des pensées et des sen

des défauts ciments ; nous nous figurons qu'il nous aime, dans des passions qui dégoûtent de l'amitié',

qu on s'étoit cachés; ou l'on tombe qu'il nous craint , qu'il sent nos faveurs, etc. Ainsi nous aimons l'avantage que nous nous

1 L'habitude les persuade qu'ils ont un droit naturel sur

la volonté de leurs amis. Il faut, je crois , leur persuadc. S. * Rien n'est si ridicule à dire, et je suis fâché qu'il soit 2 Lorsque ces pretentions sont réciproques, comme on orui. C'est la seconde fois qu'on relève cette façon de parler, voit souvent, l'amour-propre s'irrite. Il faudroit, comme on qu'il soit vrai , pour que cela soit vrai; c'est une faute. S.

le voit souvent. S.

comme les maladies violentes dégoûtent des par des endroits opposés. Je suppose que pluplus doux plaisirs.

sieurs hommes s'attachent à la même femme: Aussi les hommes les plus extrêmes ne sont les uns l'aiment pour son esprit, les autres pour pas les plus capables d'une constante amitié. sa vertu, les autres pour ses défauts, etc.; et il On ne la trouve nulle part si vive et si solide se peut faire encore que tous l'aiment pour des que dans les esprits timides et sérieux, dont choses qu'elle n'a pas, comme lorsque l'on aime l'ame modérée connoît la vertu; car elle sou- une femme légère que l'on croit solide. N'imlage leur coeur oppressé sous le mystère et sous porte; on s'attache à l'idée qu'on se plait à le poids du secret, détend leur esprit, l'élargit, s'en figurer, ce n'est même que cette idée que les rend plus confiants et plus vifs, se mêle à l'on aime, ce n'est pas la femme légère : ainsi leurs amusements, à leurs affaires et à leurs plai- l'objet des passions n'est pas ce qui les désirs mystérieux : c'est l'ame de toute leur vie. grade ou ce qui les ennoblit, mais la manière

Les jeunes gens sont aussi très sensibles et dont on envisage cet objet. Or j'ai dit qu'il étoit très confiants; mais la vivacité de leurs passions possible que l'on cherchât dans l'amour quelles distrait et les rend volages. La sensibilité et que chose de plus que l'intérêt de nos sens. la confiance sont usées dans les vieillards; mais Voici ce qui me le fait croire. Je vois tous les le besoin les rapproche, et la raison est leur jours dans le monde qu'un homme environné lien; les uns aiment plus tendrement, les au- de femmes auxquelles il n'a jamais parlé, comme tres plus solidement.

à la messe, au sermon, ne se décide pas touLe devoir de l'amitié s'étend plus loin qu'on jours pour celle qui est la plus jolie, et qui ne croit : nous suivons notre ami dans ses dis- même lui paroît telle. Quelle est la raison de graces; mais, dans ses foiblesses, nous l'aban- cela ? c'est que chaque beauté exprime un cadonnons : c'est être plus foible que lui. ractère tout particulier; et celui qui entre le

Quiconque se cache, obligé d'avouer les dé- plus dans le nôtre, nous le préférons. C'est donc fauts des siens, fait voir sa bassesse . Etes-vous le caractère qui nous détermine quelquefois ; exempt de ces vices, déclarez-vous donc hau- c'est donc l'ame que nous cherchons : on ne tement; prenez sous votre protection la foiblesse peut me nier cela. Donc tout ce qui s'offre à des malheureux; vous ne risquez rien en cela : nos sens ne nous plaît alors que comme une mais il n'y a que les grandes ames qui osent se image de ce qui se cache à leur vue; donc nous montrer ainsi. Les foibles se désavouent les uns n'aimons alors les qualités sensibles que comme les autres, se sacrifient lâchement aux jugements les organes de notre plaisir, et avec subordinasouvent injustes du public, ils n'ont pas de quoi | tion aux qualités insensibles dont elles sont résister, etc.

l'expression; donc il est au moins vrai que XXXVI.

l'ame est ce qui nous touche le plus. Or ce n'est

pas aux sens que l'ame est agréable, mais à l'esDe l'amour.

prit; ainsi l'intérêt de l'esprit devient l'intérêt Il entre ordinairement beaucoup de

principal , et si celui des sens lui étoit opposé,

sympathie dans l'amour, c'est-à-dire une inclination nous le lui sacrifierions. On n'a donc qu'à nous dont les sens forment le næud; mais, quoiqu'ils persuader qu'il lui est vraiment opposé, qu'il en forment le neud, ils n'en sont pas toujours est une tache pour l'ame : voilà l'amour pur. l'intérêt principal; il n'est pas impossible qu'il confondre avec l'amitié : car, dans l'amitié, c'est

Amour cependant véritable, qu'on ne sauroit y ait un amour exempt de grossièreté.

Les mêmes passions sont bien différentes l'esprit qui est l'organe du sentiment; ici ce dans les hommes. Le même objet peut leur plaire par les sens sont infiniment plus puissantes que

sont les sens. Et comme les idées qui viennent siens, fuit voir sa bassesse. Toute

cette pensée est mal expri- passion. L'amitié ne va pas si loin; et, malgre Quiconque se cache, obligé d'avouer les défauts des les vues de la réflexion, ce qu'elles inspirent est mée et obscure. Quiconque se cache d'avoir des amis dont il est obligé d'avouer les défauts, fuit voir sa bassesse. Je crois

tout cela , je ne décile pas; je le laisse à ceux que c'est ainsi qu'il faut l'expliquer. M.

qui ont blanchi sur ces importantes questions.

XXXVII.

C'est une tristesse qui nous donne , pour la De la physionomie.

cause qui l'excite, une secrète aversion : on

appelle cette tristesse jalousie, lorsqu'elle est un La physionomie est l'expression du caractère effet du sentiment de nos désavantages compaet celle du temperament. Une solle physiono- rés au bien de quelqu'un. Quand il se joint à mie est celle qui n'exprime que la complexion, cette jalousie de la haine , une volonté de vencomme un tempérament robuste, etc.; mais il geance dissimulée par foiblesse, c'est envie. ne faut jamais juger sur la physionomie : car Il y a peu de passions où il n'entre de l'ail y a tant de traits mâles sur le visage et dans mour et de la haine. La colère n'est qu'une le maintien des hommes, que cela peut souvent aversion subite et violente, enflammée d'un desir confondre; sans parler des accidents qui défi- aveugle de vengeance; l'indignation, un sentigurent les traits naturels, et qui empêchent que ment de colère et de mépris; le mépris, un senl'ame ne s'y manifeste, comme la petite-vérole, timent mêlé de haine et d'orgueil; l'antipathie, la maigreur, etc.

ne haine violente et qui ne raisonne pas. On pourroit conjecturer plutôt sur le carac

Il entre aussi de l’aversion dans le dégoût; il tère des hommes, par l'agrément qu'ils atta- n'est pas une simple privation comme l'indifféchent à de certaines figures qui répondent à rence; et la mélancolie, qui n'est communément leurs passions; mais encore s'y tromperoit-on : qu'un dégoût universel sans espérance , tient

encore beaucoup de la haine. XXXVIII.

A l'égard des passions qui viennent de l'aDe la pilié.

mour, j'en ai déja parlé ailleurs; je me contente

donc de répéter ici que tous les sentiments que La pitié n'est qu'un sentiment mêlé de tris- le desir allume sont mêlés d'amour ou de haine. tesse et d'amour ?; je ne pense pas qu'elle ait besoin d'être excitée par un retour sur nous

XL. mêmes, comme on le croit. Pourquoi la misère

De l’estime, du respect et du mépris. ne pourrait-elle sur notre cour ce que fait la vue d'une plaie sur nos sens? N'y a-t-il pas des

L'estime est un aveu intérieur du mérite de choses qui affectent immédiatement l'esprit? quelque chose ; le respect est le sentiment de L'impression des nouveautés ne prévient-elle

la supériorité d'autrui. pas toujours nos réflexions ? Notre ame est-elle

Il n'y a pas d'amour sans estime ; j'en ai dit incapable d'un sentiment desinteresse?

la raison. L'amour étant une complaisance dans XXXIX.

l'objet aimé, et les hommes ne pouvant se de

fendre de trouver un prix aux choses qui leur De la haine.

plaisent, peu s'en faut qu'ils ne règlent leur esLa haine est une déplaisance dans l'objet haï?.

time sur le degré d'agrément que les objets

ont pour eux. Et s'il est vrai que chacun s'es· On pourroit conjecturer plutót sur le caractère des time personnellement plus que tout autre, c’esi, hommes, par l'agrément qu'ils attachent à de certaines ainsi que je l'ai déja dit, parcequ'il n'y a rien figures qui répondent à leurs passions. Cette phrase est obscure et négligée ; il faudroit , ce me semble, conjecturer du qui nous plaise ordinairement tant que nous

mêmes. mour. Vauvenargues entend ici par amour, toute disposition. Ainsi, non seulement on s'estime avant tout, qui nous porte vers un objet; comme il entend par haine, toute mais on estime encore toutes les choses que disposition qui nous en éloigne. Autrement il seroit impossible l'on aime, comme la chasse, la musique, les d'expliquer le chapitre suivant, où il dit qu'il y a peu sions il n'entre de l'amour et de la haine ; que le mépris ciievaux, etc.; et ceux qui méprisent leurs

proest un sentiment mélé de haine et d'orgu

caractère. M.

de

pas

S.

3 La haine est une déplaisance dans l'objet haï. C'est plu- prend plutôt ici la haine pour ce sentiment même de déplaitot l'effet de cette déplaisance. Il faudroit, ce semble , la haine sance qui nous éloigne d'un objet. Cette expression n'est pas nait du déplaisir que nous cause, etc. M.

usitée en ce sens; cipcnulant je crois bieu que c'est celui qu'il Je crois, comme je l'ai dit plus haut, que Vauvenargues

lui donne. S.

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