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cause du flux & du reflux,dans l'impuls autres , sans que leur mouvement noch
fion des eaux causée par le mouvement soit troublé & accéléré, en raison di-
de la terre autour du soleil,& dans leur recte de leur proximité.
répercussion par leur propre ressort, & Quelques auteurs modernes présen-
par le ressort de l'air. Mais suivant dent [] que le flux & reflux est une ef-
ce principe , pourquoi la mer Caspien- fervescence excitée dans le fond de la
ne n'a-t-elle pas lop flux & lon reflux mer , par les ražons du soleil & de la lu-
comme l'Océan? On peut répondre, ce ne, qui pénétrent jusqu'au fond de la
me semble , à cette objection, qui est mer, de quelque côté du globe que se
dans les niémoires de Trévoux [g], qu'il rencontrent ces altres. Car le bitume &
faut une très vaste étenduë , telle que les autres matiéres sulphureuses , qui
des eaux de l'Océan, pour que leur fe trouvent au fond de la mer, étant
impulsion puisse vaincre la résistance de supposées encore plus inflammables
de l'air, qui les presse de tout côté. Le que la poudre à canon, elles peuvent
même astronome donne la théorie de recevoir l'impression des ražons du so-
prévoir certains vents, qui selon lui leil & de la lune même, soit que ces
doivent régner périodiquement sur la altres soient au dessus ou au-dessous de
mer , & qu'il attribuë à la Lune , à Ve- l'hémisphére. Ces philosophes soutien-
nus,à Jupiter, à Sacurne même malgré nent que cette caufe explique très clai-
son grand éloignement, lorsque plu- rement, pourquoi le flux & le reflux
fieurs planétes se trouvent en même arrivent deux fois en vingt-quatre hcu-
temps en conjonction ou en opposition. res: ils répondent aisément aux irrégu-
Quand la lune est nouvelle ou pleine, larités de ce phénoméne, par une direc-
son globe se trouve pressé contre le glo- tion plus ou moins perpendiculaire des
be terrestre; l'air céde rapidement, & raions du soleil & de la lune,& par une
ébranle la surface des eaux. La lune disposicion plus ou moins inflammable
étant en conjonction avec le soleil, fi du fond de la mer:& il faut avouer que
Venus s'y rencontre en conjonction fi cesystéme n'est pas des plus fatisfai-
dans le même intervalle, la pression est sants, il a au moins l'avantage de tran-
plus grande, & les vents plus sensibles. cher les difficultés, & de ne pouvoir
Jupiter en opposition avec le soleil, ou être attaqué par d'aussi fortes objec-
en conjonction avec la pleine lune aug- tions, que le systéme Cartésien, qui est
mente la violence des vents. Saturne le plus généralement suivi, & que je
même dans une ficuation semblable, vais expliquer ,
produit le même effet , à proporcion de Descartes a mis le principe de ce
Jon éloignement. Sur ce principe l'aue grand phénoméne , dans la prellion de
teur annonce dans une table, la diffé- l'air , & par conséquent des eaux de la
rence des vents qui devront se faire sen- mer par le globe lunaire, lorsque dans
tir chaque mois sur la mer.

la révolution que la terre fait en vingt Ces raisonnements sont fortifiés par quatre heures sur son axe, la mer se les observations astronomiques[b], sui- trouve directement sous la lane.Il convant lesquelles plusieurs corps célestes clut, de ce que la mer est alors pressée ne sçauroient passer les uns près des dans le milieu par l'air , qui est en cet ëndroit plus resserré qu'ailleurs, que ses quarante-neuf minutës, [ cèqui fait la eaux doivent nécessairement se répan.. différence de l'année solaire &de l'année dre vers les bords, & que ces mêmes lunaire ] puisque les marées sont aussi caux n'étant plus pressées vers le mi- touts les jours plus tardives du même in lieu , lorsque par la continuation du tervalle de temps, c'est une apparence mouvement que la terre achéve en de plus vraisemblables, que les marées vingt-quatre heures, la mer n'est plus d'un lieu déterminé, par exemple de en ligne perpendiculaire sous la lune, Brest, dépendent du passage de la luelles doivent retourner des bords dans ne par un certain méridien, leur lit ordinaire, & qu'alors le reflux C'est dommage que les Cartésiens se fait

srs 2 (8) Mémoir. de Trév. Nov. 1730.

C) Joann.Jonfton thaumatographinarural. 1) Memoir, de l'Acarte des scienc, ann. claf, 2.6.6. arf. s. 1727.p.87.

aïent bien de la peine à ne pas demeurer Ce qui rend les marées plus fortes sans réponse, lorsqu'on leur objecte que dans la conjonction, ou opposition le milieu de l'Océan ne palle qu'une fois de la lune au soleil, c'est que la lune chaque jour perpendiculairement aufait son tour , par une maniére d'el- dessous de la lune, & que cependant le lipse ou de cercle plusovale que rond, flux & le reflux arrive de douze en douensorte que dans l'opposition ou la con- ze heures. Ils sont obligés de dire que la jonction avec le soleil , elle est dans son compression de la lune est assez forte[] périgée, c'est-à-dire, dans la plus grande pour faire descendre perpendiculaireproximité de la terre, & dans le plusé- ment de quelque cspace le globe de la croit de l'ovale, où la pression de l'air & terre,qui nage dans la matiérc Auide de par conséquent des eaux de la mer est son athmosphére, de sorte que les eaux plus grande; & dans les quadrats elle est de la mer en repassant dans la particopdans son apogée , ou dans son plus grand posée à la pression de la lune,y trouvent éloignement de la terre, & dansl'une des encore une fois leur passage retresli; &la deux extrémités de l'ovale, où ce globe même compression du milieu de l'Océan trouvant plus de largeur , presse moins s'y fait une seconde fois en vingt-quatre l'air & les eaux. Les retours des grandes heures. &moindres marées doivent donc suivre, On fait d'autres objections très fortes, & suiventeffe&tivement les diverses pha. contre l'explication Cartésienne du flux ses de la lune. Les grandes marées arri. & du reflux. On prétend qu'il est dévent d'ordinaire, un jour ou deux envi- montré par les oblervations des distanron après les nouvelles & pleines lunes, ces des lunes[m], qu'on détermine par les moindres marées,un jour ou deux en- leurs diamécres apparents, que cet altre viron après les quadracures;& ce qui pa- eft autant éloigné dans plufieurs conroît dans cette explication,d'une justesse jonctions & oppofitions,que dans quelextrême, c'est que les marées retardent ques quadratures, & aussi proche dans d'un jour à l'autre d'environ quarante- quelques quadratures , que dans quelneuf minutes, comme le retour de la ques conjonctions ou oppositions. Donc June au même méridien. Car le cours il est faux que l'apogée de la lune foit fynodique [k]de la lune étant touts les toujours dans les quadratures & le péjours plus lent d'un espace d'environ rigée dans les conjonctions & oppofi

(k) Le cours Synodigue de la lune est le progrés de cette planéte comparé à celui du som leil dans le lyféme de Prolémée de TychoBrahé, do à celui de la rerre dans le sytéme de Copernic,

Synodique signifie en grec tenant une même route.

(1) Le Nobl. tabl. des philos.

(m) Le P. Daniel, zoiage du monde de Descartes, part.4.p.413.

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tions:donc on ne peut pas supposer, que plusieurs autres causes qui peuvent fe
la lune étant en conjonction & en oppo- combiner en mille maniéres :
fition , soit toujours dans le petit dia- : Dans un des derniers ouvrages de
métre de l'ellipse, & que dans les qua- physique qui ait paru, l'auteur[o]re-
dratures elle foit toujours dans le grand nouvelle le sentiment de Pline, qui ad
diamétre.

mettoit la concurrence du soleil avec
Cette objection ébranle moins le sys la lune , dans le phénoméne du flux &
téme de Descartes, sur le flux & le re- du reflux. Il se fonde sur ce qu'on y re-
fux, qu'elle ne porte sur une remar- marque aussi des variations, suivant
que, qui est simplement de précision & les distances du soleilà la terre ; que les
de justesse:les Cartésiens ne demeurent marées des solstices d'hiver sont plus
pas même sans quelques solutions de hautes, que celles des solstices, d'etés
cette difficulté, par les divers accidents parce qu'aux folstices d'hiver le soleil
de la transparence aërienne, qui cause est à son périgée [p], & qu'il est à son
pluseurschangements à l'apparence da apogée aux follices d'été : que la
disque lunaire.

distance du soleil contribuë donc aux
Plusieurs ont rejetté[n] l'opinion de marées,& qu'effectivement le soleil doit
Descartes,du flux & du reflux, par l'ex. aufli bien que la lune, faire quelque
périence qu'ils alléguent, que les par- impression sur le globe terrestre, à pro-
ties de l'eau, qui se rencontrent sous la portion de son éloignement.
lune, s'élévent au lieu de s'enfoncer, & François Bacon de Vérulam', chan.
qu’on remarque qu'il n'y a point de flux, celier d'Angleterre, témoigne que les
ou du moins très-peu, sous la ligne & maisons d'Ecofle bâtics de pierre ; lučnt
entre les deux tropiques, où l'impress réguliérement deux fois par jour, aux
Sion du globe lunaire sur les eaux de heures du flux & du reflux, quelque
la mer devroit être beaucoup plus éloignées qu'elles foient de la mer.
forte.

La mer Méditerranée à fon flux &
Les Cartésiens se cirenc d'affaire, en son reflux dans l'Euripe. Ce mouve-
disant que les variations du flux & du ment alternatif y est bizarre., tantôt ré-
reflux en certains lieux particuliers, ne gulier, tantôt irrégulier . Les courants
font d'aucune consequence pour le sys- de la mer, les caux qui viennent par
téme général; ces variations ou ces ir- des canaux foûterrains s'y dégorger ,
régularités qui sont des exceptions du les vents opposés qui foufflent des mon-
phénoméne, étant les effets ou de la sic tagnes voilinçs, & s'engouffrent entre
tuation des lieux, qui donne plus ou

les rives d'un canal fort étroit, peuvent
moins d'accés aux eaux de la mer & aux produire ces bizarreries.
vents; ou des changements qui arri- L'incertitude des Physiciens fur les

Variations vent dans le fond de la mer; ou des au- explications qu'ils donnent, les en. des Phys. tres marées extraordinaires , qui in- gage à changer souvent de principes .ciens lukir la

. fluënt d'un lieu sur un autre ; & de Les expériences attribuées pendant

src

3

(n)Le P. Rapin. réftéx. Sur la Physiq..10leur beaucoup plus grande en été, c'est que les
fo) Le P. Regnauli. Entrer. Phylig. raïons du foleil qui viennent à la vérité d'une

(p) Il semble dabord étonnant", que le for distance plus éloignée, ont alors une dire&tion
leil soir plus près de la terre en hiver , qu'en plus perpendiculaire sur la partie de l'hé-
été : mais ce qui cause la différence de la cha misphére,que nous habirons.

94. Nouveau

tour

95.

longtemps à la pesanteur de l'air, le partisans de la pesanteur de l'air, aux rapportent plus communément [9] poids de la colonnc perpendiculaire, je aujourd'hui à son ressort', ou à l'effet suppose tout le tour du caveau envide la matiére subcile qui l'étend ou le ronné d'un mur auffi épais, & aufli imresserre.

pénétrable à la colonne latérale de l'air, Le pére Castel fait confifter[r]la pe- que la voute l'est à la colonne perpenfyféme fur fanteur des corps solides dans l'hétéros diculaire. la pelan

généité de la matiére céleste & de la ma. Si l'on répond que la matiére sub tiére terrestre, dans le combat perpé- tile , qui traverse les voutes & les murs, tuel qui est entre la matiére céleste qu'il cause la chute du corps solide élevé à compose des globules du second elé: dix piés dans ce caveau, qui n'a que ment , & la matiére terrestre quälcomdouze piés de hauteur , cette réponse pose de la mariére plus compacte du sera bientôt détruite par toutes les ex. troisiéme élément, pénétrée de la ma- périences de la machine pneumatique, tiére subtile du prémier:en forteque ce dans laquelle un animal enfermé s'en. combat de ces deux mariéres produit file, la peau d'un fruit rides'étend & se une opposition & une répercussion, qui dilace , apès que l'air groffier en a été poufle les corps folides vers le centre. pompé : car fi la matiére subtile , qui

Si la pesanteur de l'air causoit la chu- s'insinuë à travers les pores du verre La pesanteur de l'air te des corps, il s'ensuivroit qu'un corps dans le récipient de la machine pneune peut être solide placé à la moitié de la colonne matique, n'a pas la force de remettre de la chute d'air, demeureroit fuspendu comme un cefruit & cet animal dans l'état où ils des corps oiseau qui plane dans les airs; consé- étoient auparavant; la matiére subti

quence qu'aucun Physicien ne voudroit le qui pénétre une voute & un mur, avouer , quoiqu'il fût impossible de le peut beaucoup

moins vaincré par sapeconvaincre par l'expérience du contrai- fanteur la rélistance de l'air grossier, re. Voici une objection plus forte, fon- qui soutient un corps solide à dix piés dée sur une expérience très aisée. On de hauteur dans un caveau élevé feufuppose une cave élevée de douze piés; lement de douze piés. dont la voute épaisse de quatre pics se- Il paroit évident que dans cette exroit faite de pierres de taille bien mastic périence la pesanteur des corps ne peut quées. Un corps solide élevé à la hau. être expliquée par la pesanteur de l'air, ceur de dix piés fous cette voute, tom- & qu'il faut nécessairement avoir reberoit à terre tout aussi pesamment, que cours à un principe, qui est d'autant dans un lieu découvert ; & cependant plus satisfaisant , qu'il est le principe il n'auroit au-dessus de lui que deux général du méchanisme de la nature; piés d’air, tandis qu'il seroit soutenu de ce principe est la force de tout mou. dix; & pour ôter le subterfuge du poids vement circulaire, pour s'éloigner vers de la colonne latérale égal, suivant les la circonférence , & pour repousser

[9:] Thom. Hobbes in Physicis. Le pére Boyle rienr l'air pesant , quoiqu'il attribuë Faber, dans ses dialog. philosophiq. Le pére plus généralement les expériences à son élasZucchius dans la physiq. Le Pelletier sur ticise. l'arche. Rob. Boyle nova experimenta phyfico- (1) Mémoir. de Trev. de Decemb. 1731. mechanica de vi këris elaftica ,

o de Janv. 1732.

vers le centre tout ce qui fe rencontré mouvement droit de la matiére subcile dans dans la sphére qui a moins de au milieu du fluide circulaire, qui obli. mouvement , & par conséquent moins ge 'les corps solides de tomber à plomb de force centrifuge qu'il n'en a lui mês & perpendiculairement au centre de la me. Ce mouvement circulaire péné- terre , non par le poids de la colonne, trant parcout avec la matiére subcile, la mais par la force centrifuge. Si la matiegravité des corps se trouve aussi parcout re éthérée a différents mouvements dans la même.

cette hypothéle, cette diversité procéde On objecte à cette explication de la des luix mêmes du mouvement. In pesanteur, 1. que les corps solides ses La prélsion de l'air, causée par le 96. roient entraînés par une impulsion cira mouvement circulaire de touts les

Effets de

la pression culaire vers l'horizon: 2:que les cercles corps , & par l'effort des tourbillons qui ou du tel décrits par le fluide circulaire, allant environnent le nôtre, et la cause de son cort de l'air. toujours en diminuant depuis l'équas ressort , & elle se fait appercevoir en teur jusqu'aux poles, la force centrifuge mille maniéres différentes [.]. Si j'approáuroit des centres différents dans des che une bougie allumée d'un autre bou: cercles inégaux, & que les corps y fes gie qu'on vient d'éteindre , & qui fume roient repoussés non pas perpendiculai- encore, la flamme va la rallumer , patrement au centre de la terre, mais à des ceque l'air qui se trouve entre la bougie parties de son axe, plus ou moins éloi- allumée & la bougie éteinte, étant ra: gnées du centre. Ces objections seront réfié par la chaleur , & sa prelfion par levées,fi l'on conçoit que suivant les toix conséquent n'écant pas égale à la prefa du mouvement la matiére subtile quia fion de l'air , qui environne l'autre côce beaucoup plus de force centrifuge, s'é- de la bougie, où la force de massc est Jance en laut par un ligne directe dans jointe à la force de vitesse, cet air extéchaque tourbillon , & qu'au milieu du rieur pousse la flamme vers la bougice fluide circulaire composé des trois élé- teinte avec plus de force, que l'air in ments , une grande quantité de mariére termédiaire ne lui résifte, & la flamme fubtile conserve toujours un mouvé et portée vers la bougie éteinte, qui se ment droit, autant que les interstices des rallume aufli-tôt, fes parties étant endeux autres éléments peuvent le lui per. cote fort agitées, & n'ažant besoin pour mettre ; car l'impénétrabilité est une s'enflammer, que d'un teger accroillepropriété de la matiére dans touts lesment d'agitation. Si le feupreid dans Fystemeš. La matiére fubeile traverse une cheminée, 'un drap mouillééteitmême les tourbillons par un mouve du devant cette cheminéey fuffio pour ment en ligne directe, avec plus de fan l'éteindre, La' raison est que la cir. cilité que la matiére globuleuse qui doit culation de l'air interceptée par ce nécessairement passer d'un courbillon drap mouillé augmente la préssion dans un autre , pour que les écoiles ou de l'air sur la faye eviflammée, & les soleils des autres tourbillons puisent que cette pression plus forte étouffe être apperçus du nôtre. C'est donc de la saye , en comprimant le mou

Lab

[s] Les exemples que je rapporte ici fort iic arrribuë à la pesanteur de l'air , te que j'explirés pour la plupart des entreriens Physiques, que par la pression de le reffort de l'air, suite du du pére Regnault, avec cerre différence qu'il mouvement circulaire de tours les corps o

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