Page images
PDF
EPUB

pondre, pris Athénaïs dans mes bras, et devant sa mère je lui répétois encore à vous pour toujours.-Elle me demanda si je la verrois le lendemain. Dans cet instant où il étoit question de toute la durée de la vie, combien mon cæur lui sut gré d'attacher la même importance au plaisir de nous voir un moment! Je ne pouvois me séparer d'Athénaïs ; elle étoit devenue la compagne de toutes mes heures, celle dont l'image se mêloit à toutes mes idées d'avenir, à toutes mes espérances de bonheur; et seul, en la quittant, je renouvelois le serment d'amour pour la vie.

CHAPITRE VII.

EN

N revenant chez mon père j'éprouvois une tranquillité, une force d'ame qui m'étoit inconnue. Sûr de mon respect pour lui, de mon affection pour elle, je me croyois à l'abri de tout reproche, supérieur à toutes les injustices. Ils pouvoient m'affliger sans que je leur donnasse le droit de se plaindre. Dé. cidé à me sacrifier à leur bonheur, je n'aurois pas permis à madame de Rieux de me demander un seul des instants que je devois consacrer à mon père ; et assurément je ne lui sacrifierois pas non plus mes sentiments pour elle.

* n'ai

Il se promena assez long-temps dans sa chambre sans me parler; enfin il me dit: “ Quoique je n'aime point ma. “ dame d’Estouteville, je crois devoir,

en honnête homme, vous avertir “ qu'aujourd'hui votre humeur a com“ promis madame de Rieux.”—“ Je

pu me défendre d'un moment “ de surprise, que votre bonté auroit

pu m'éviter.”—De mon temps les surprises, la passion même, n'étoient

pas reçues comme excuses pour une “ indiscrétion.”—“Il me semble, mon

père, que vous auriez pu me préparer à će voyage.”—“Ce n'est pas vous que j'ai voulu y préparer; ce sont les

personnes chez lesquelles je vous trouvois.”

“ Mon père, depuis quatre mois je « vois tous les jours madame de Rieux;

VOL. II.

с

“ il n'est pas une de ses actions que je

ne connoisse et n'aie approuvée, pas co

un de ses sentiments qui ne me pro“ mette du bonheur. Voici la lettre " qu'elle m'a écrite la veille de votre " arrivée; lisez-la, mais sachez que depuis, il n'est pas de jour où nous “ n'ayons renouvelé l'engagement de

vous rendre heureux." -“ Grand “ dieu! s'écria-t-il, madame de Rieux “ seroit-elle libre? Ah! si je ne l'avois

pas su mariée, jamais vous n'auriez “ été chez madame d'Estouteville." “ Mon père, Athénaïs n'est plus libre, " elle a promis d'être à moi.”_" Hé “ bien, moi je promets que jamais.....” -Je pris ses mains dans les miennes. “ Mon père, m'écriai-je, ne promettez

rien, mon serment a précédéle vôtre; - il est irrévocable.”_". Imprudent! " connoissez-vous les raisons invin“ cibles qui m'éloignent de cette fa" mille?”Vous n'avez pas voulu me “ les dire, lorsqu'elles pouvoient pré“ venir mon ceur et l'empêcher de se “ donner...... Malgré cet éloignement,

vous ne m'en avez pas moins con“ duit chez madame d'Estouteville ;

j'y ai vu madame de Rieux, et fouvois-je la voir sans l'aimer?..... Mon « père, je me suis lié par tous les ser

ments qui engagent l'honneur; j'ai promis le bonheur d'Athénaïs, mais je vous confie le mien.”—“Hé! que puis-je faire pour le vôtre, quand

vous vous êtes engagé sans mon « aveu?”“Il est vrai, j'ai promis mon caur et ma main, mais aussi j'ai jure d'attendre votre consentement."

“Tant que j'existerai je ne

« PreviousContinue »