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(5) Voyez le chapitre II, de la Flatterie. ( La Bruyère.) | va, par ses ordres, savoir des nouvelles des (6) Avec des huiles de senteur! (La Bruyère. ) (Voyez ennemis, observe quelle roule ils ont prise, et

v, note 4. ) Le manuscrit du Vatican ajoute , con où en sont les affaires ; et, dès qu'il voit appor« lorsqu'il se lave. »

ter au camp quelqu'un tout sanglant d'une bles

súre qu'il a reçue, il accourt vers lui, le console CHAPITRE XXV.

et l'encourage (7), étanche le sang qui coule de

sa plaie , chasse les mouches qui l'importunent, De la peur, ou du défaut de courage.

ne lui refuse aucun secours, et se mêle de tout,

excepté de combattre. Si, pendant le temps Celle crainte est un mouvement de l'ame qui qu'il est dans la chambre du malade, qu'il ne s'ébranle , ou qui cède en vue d'un péril vrai ou perd pas de vue, il entend la trompeule qui imaginaire; et l'homme timide est celui dont je sonne la charge : Ah! dit-il avec imprecation, vais faire la peinture. S'il lui arrive d'être sur la puisses-tu être pendu (8), maudit sonneur qui mer, et s'il aperçoit de loin des dunes ou des cornes incessamment, et fais un bruit enragé qui promontoires, la peur lui fait croire que c'est le empèche ce pauvre homme de dormir ! Il arrive débris de quelques vaisseaux qui ont fait nau- même que, tout plein d'un sang qui n'est pas frage sur cette côte (1): aussi tremble-t-il au le sien, mais qui a rejailli sur lui de la plaie du moindre flot qui s'élève, et il s'informe avec blessé, il fait accroire (9) à ceux qui reviennent soin si tous ceux qui naviguent avec lui sont du combat qu'il a couru un grand risque de sa initiés (2) ; s'il vient à remarquer que le pilote vie pour sauver celle de son ami : il conduit fait une nouvelle mancuvre, ou semblese détour- vers lui ceux qui y prennent intérêt , ou comme ner comme pour éviter un écueil, ill'interroge, il ses parents, ou parcequ'ils sont d'un même lui demande avec inquiétude s'il ne croit pas pays (10); et là il ne rougit pas de leur raconter s'être écarté de sa route, s'il tient toujours la quand et de quelle manière il a tiré cet homme baute mer, et si les dieux sônt propices (3) : après des ennemis, et l'a apporté dans sa tente, cela il se met à raconter une vision qu'il a eue pendant la nuit, dont il est encore tout épou

NOTES, vanté, et qu'il prend pour un mauvais présage.

(1) Le grec dit : « Sur mer, il prend des promontoires Ensuite, ses frayeurs venant à croitre, il se « pour des galères de pirates. » déshabille et ôle jusqu'à sa chemise , pour pou

(2) Les anciens naviguoient rarement avec ceux qui pasvoir mieux se sauver à la nage; et après cette

soient pour impies ; et ils se faisoient initier avant de parprécaution il ne laisse pas de prier les nautonniers

tir, c'est-à-dire instruire des mystères de quelque divinité, de le mettre à terre (4). Que si cet homme foible, pour se la rendre propice dans leurs voyages. (Voyez le dans une expédition militaire où il s'est engagé, chap. xvi, de la Superstition. La Bruyère.) entend dire que les ennemis sont proches, il

Les mystères dont il s'agit ici sont ou ceux d'Éleusis,

dans lesquels, d'après la religion populaire des Grecs, tout appelle ses compagnons de guerre, observe leur

le monde devoit être initié; ou bien ceux de Samothrace, contenance sur ce bruit qui court, leur dit qu'il qui étoient censés avoir la vertu particulière de préserver est sans fondement, et que les coureurs n'ont leurs initiés des naufrages. pu discerner si ce qu'ils ont découvert à la cam- (5) Ils consultoient les dieux par les sacrifices , ou par pagne sont amis ou ennemis (5) : mais si l'on les augures, c'est-à-dire par le vol, le chant et le manger n'en peut plus douter par les clameurs que l'on des oiseaux, et encore par les entrailles des bêtes. ( La entend, et s'il a vu lui-même de loin le commen

Bruyère.) Le grec porte, « Il lui demande ce qu'il pense cement du combat, et que quelques hommes veut dire « ce qu'il présume de l'état du ciel. » Jupiter, ou

« du dieu ; » et je crois, avec Fischer et Coray, que cela aient paru:

tomber à ses yeux, alors, feignant le dieu par excellence , présidoit sur-tout aux résolutions que la précipitation et le tumulte lui ont fait de l'atmosphère. On peut même observer en général que oublier ses armes (6), il court les querir dans la météorologie paroit avoir été la base primitive ou da sa tente, où il cache son épée sous le chevet de moins la première occasion de la religion des Grecs. C'est

ce qui devoit arriver dans un pays entrecoupé par des son lit, el emploie beaucoup de temps à la cher- montagnes et entouré de la mer. Les religions antiques cher, pendant que, d'un autre côté, son valet des grands continents ouverts et plats devoient au con

3

il ap

traire ètre fondées principalement sur l'astronomie. Des point la domination de plusieurs (4); et de tous
traditions historiques se sont ensuite confondues avec les les vers d'Homère il n'á retenu que celui-ci :
sentiments vagues de crainte, de reconnoissance et d'ad-
miration que produisoient les révolutions de la nature.

Les peuples sont heureux quand un seul les gouverne.
Des allégories et des idées morales y ont été jointes dès les
commencements de la civilisation ; mais la suite des siè-

Son langage le plus ordinaire est tel : Reticles, et sur-tout les temps de malheurs et d'oppression, ont plongé les peuples dans les superstitions les plus grossières, rons - nous de celte multitude qui nous envitandis qu'un petit nombre de sages s'élevoit à des senti- ronne; tenons ensemble un conseil particulier ments plus purs, et à des conceptions plus vastes et plus où le peuple ne soit point admis; essayons même lumineuses.

de lui fermer le chemin à la magistrature (5). Et (4) Le grec porte : « Il se déshabille , donne sa tunique s'il se laisse prévenir contre une personne d'une a à son esclave, et prie qu'on l'approche de la terre, pour condition privée, de qui il croit avoir reçu quel« la gagner à la nage, et se mettre ainsi en sûreté. » que injure, « Cela , dit-il, ne se peut souffrir,

« et il faut que lui ou moi abandonnions la ville.» (5) D'après le manuscrit du Vatican, il faut traduire ce

Vous le

voyez se promener dans la place, sur passage : « S'il fait une campagne dans l'infanterie, i « pelle à soi ceux qui courent aux armes pour commencer

le milieu du jour, avec des ongles propres, la « l'attaque , et leur dit de s'arrêter d'abord , et de regarder barbe et les cheveux en bon ordre (6); repous« autour d'eux; car il est difficile de discerner si ce sont ser fièrement ceux qui se trouvent sur ses pas; « les ennemis. »

dire avec chagrin aux premiers qu'il rencontre (6) Plus littéralement : « Mais quand il entend le bruit que la ville est un lieu où il n'y a plus moyen de « du combat, quand il voit des hommes tomber, alors il vivre (7); qu'il ne peut plus tenir contre l'hor• dit à ceux qui l'entourent, qu'à force d'empressement il rible foule des plaideurs, ni supporter plus « a oublié son épée, etc. »

long-temps les longueurs, les crieries et les (7) Le manuscrit du Vatican ajoute : « Essaie de le por- mensonges des avocats (8); qu'il commence à « ter, et puis s'assied à côté de lui, etc.)

avoir honte de se trouver assis dans une assem(8) Le grec dit : « Puisses-tu devenir la påture des con- d'un homme mal babillé, sale et qui dégoûte ;

blée publique, ou sur les tribunaux, auprès « beaux ! »

et qu'il n'y a pas un seul de ces orateurs dévoués (9) Le texte porte : « Il va à la rencontre de ceux qui au peuple qui ne lni soit insupportable (9). Il c reviennent du combat, et leur dit, etc. »

ajoute que c'est Thésée qu'on peut appeler le (10) D'après le manuscrit du Vatican : « Il conduit vers premier auteur de tous ces maux (10); et il fait « lui ceux de sa bourgade ou de sa tribu. )

de pareils discours aux étrangers qui arrivent

dans la ville, comme à ceux (14) avec qui il symCHAPITRE XXVI.

pathise de moeurs et de sentiments.

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Des grands d'une république (1).

NOTES.

(1) J'aurois intitulé ce chapitre, de l'Ambition oligarLa plus grande passion de ceux qui ont les

chique. premières places dans un état populaire n'est

(2) D'après les différentes corrections dont ce passage pas le desir dugain ou de l'accroissement de leurs

est susceptible , il faut traduire, ou « L'oligarchie est une revenus, mais une impatience de s'agrandir, et

« ambition qui desire un pouvoir fixe, » ou bien « qui de se fonder, s'il se pouvoit , une souveraine « desire vivement de s'enrichir. » Les deux versions prépuissance sur la ruine de celle du peuple (2). sentent une opposition à l'ambition des démagogues, qui S'il s'est assemblé pour délibérer à qui des ci- ne briguent qu'une autorité passagère, et qui recherchent

plutôt l'autorité que les richesses. Selon Aristote, l'oligartoyens il donnera la commission d'aider de ses chie est une aristocratie dégénérée par le vice des gousoins le premier magistrat dans la conduite vernants, qui administrent mal, et s'approprient injusted'une fête ou d'un spectacle, cet homme ambi- ment la plupart des droits et des biens de l'état, conservent tieux, et tel que je viens de le définir, se lève, toujours les mêmes personnes dans les places, et s'occudemande cet emploi, et proteste que

nul autre

pent sur-tout à s'enrichir. ne peut si bien s'en acquitter (5). Il n'approuve (3) La fin de cette phrase étoit très mutilée dans l'ancien

v. 204.

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texte, et La Bruyère l'a traduite d'après les conjectures de Casaubon. Le manuscrit du Vatican, en y faisant une

CHAPITRE XXVII. légère correction que le sens exige impérieusement, porte: « Le partisan de l'oligarchie s'y oppose , et dit qu'il faut

D'une tardive instruction. « donner à l'archonte un pouvoir illimité; et si l'on pro« posoit d'adjoindre à ce magistrat dix citoyens , il persis

Il s'agit de décrire quelques inconvénients où a teroit à dire qu'un seul suffit. On peut voir dans le tombent ceux qui, ayant méprisé dans leur jeuchap. XXXIV du Voyage du jeune Anacharsis les formalités ordinaires de la direction des cérémonies publiques.

nesse les sciences et les exercices, veulent répa

rer cette négligence, dans un âge avancé, par (6) Le traducteur a ajouté ces mots : Théophraste n'in un travail souvent inutile (1). Ainsi un vieillard dique cette opinion que par le vers d'Homère, dont la de soixante ans s'avise d'apprendre des vers par traduction littérale est : « La multiplicité des chefs ne « vaut rien ; il faut qu'un seul gouverne. » Iliad., !!! où, la mémoire venant à lui manquer, il a la

cour, et de les réciter à table dans un festin (2),

confusion de demeurer court. Une autre fois, (5) Le grec

dit : : « Cessons de fréquenter les gens en il apprend de son propre fils les évolutions qu'il a place. » Et d'après le manuscrit du Vatican la phrase faut faire dans les rangs à droite ou à gauche, continue, a Et, s'il en a été offensé ou mortifié person« nellement, il dit : Il faut qu'eux ou nous abandonnions le maniement des armes (3), et quel est l'usage « la ville. » On se rappelle que, du temps méme de Théo à la guerre de la lance et du bouclier. S'il monie phraste , le gouvernement d'Athènes fut changé deux fois un cheval (4) que l'on lui a prêté, il le presse de par des chefs macédoniens. L'exil des chefs du parti l'éperon , veut le manier ; et, lui faisant faire vaincu étoit une suite ordinaire des révolutions de ce

des voltes ou des caracoles, il tombe lourdegenre.

ment et se casse la tête (5). On le voit tantôt (6) Le grec dit : « D'une coupe moyenne. » ( Voyez pour s'exercer au javelot le lancer tout un jour chap. iv, note 9.) Le manuscrit du Vatican ajoute : « Re- contre l'homme de bois (6), tantôt tirer de l'arc, « levant élégamment son manteau. » (Voyez la note 10 du Discours sur Théophraste. )

et disputer avec son valet lequel des deux don

nera mieux dans un blanc avec des flèches; vou(7) Le manuscrit du Vatican ajoute : « A cause des dé- loir d'abord apprendre de lui, se mettre en« lateurs. »

suite à l'instruire et à le corriger, comme s'il (8) Le même manuscrit ajoute ici : « Qu'il ne sait ce étoit le plus habile. Enfin, se voyant tout nu au « que pensent les hommes qui se mêlent des affaires de sortir d'un bain , il imite les postures d’un lut« l'état, tandis que les fonctions publiques sont si désa- teur; et, par le défaut d'habitude, il les fait de « gréables à cause de l'espèce de gens qui les confère et mauvaise grace; et il s'agite d'une manière ria en dispose. » C'est ainsi du moins que je crois que l'on

dicule (7). peut expliquer la fin de cette phrase, très obscure dans le grec.

NOTES. (9) Nous trouvons encore dans la même source l'addi (1) Le texte définit ce caractère , a un goût pour des tion suivante : « Quand cesserons-nous d'être ruinés par

« exercices qui ne conviennent pas à l'âge où l'on se a des charges onéreuses qu'il faut supporter, et des ga

« trouve. » « lères qu'il faut équiper? »

(2) Voyez le chapitre de la Brutalité. ( La Bruyère. ) (10) Thésée avoit jeté les fondements de la république Chapitre xv, note 5. d'Athènes , en établissant l'égalité entre les citoyens. ( La Bruyère.) Le manuscrit du Vatican ajoute au texte : « Car (3) Aulieu de la fin de cette phrase que La Bruyère a ajou« c'est lui qui a réuni les douze villes, et qui a aboli la tée au texte , le manuscrit du Vatican ajoute , d'après une « royauté; mais aussi , par une juste punition, il en fut conjecture ingénieuse de M. Coray : « Et en arrière. Ce a la première victime. » Mais ces traditions appartien- manuscrit continue : « Il se joint à des jeunes gens pour nent plutôt à la fable qu’à l'histoire. (Voyez Pausanias, in « faire une course avec des flambeaux en l'honneur de Atticis, chap. I.)

« quelque héros. S'il est invité à un sacrifice fait à Her

« cule, il jette son manteau, et saisit le taureau pour (11) « De ses concitoyens. » – M. Barthélemy a imité « le terrasser; et puis il entre dans la palestre pour s'y ce caractère presque en entier dans son chap. XXVII, et y « livrer encore à d'autres exercices. Dans ces petits théâa inséré fort ingénieusement plusieurs traits semblables « tres des places publiques, où l'on répète plusieurs fois pris dans d'autres auteurs anciens.

« de suite le même spectacle, il assiste à trois ou quatre « représentations consécutives pour apprendre les airs

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« par cæur. Dans les mystères de Sabasius, il cherche « à être distingue particulièrement par le prétre. Il aime

CHAPITRE XXVIII. « des courtisanes, enfonce leurs portes, et plaide pour a avoir été battu par un rival. » On peut consulter sur les

De la médisance. courses de flambeaux le chapitre xxiv du jeune Anacharsis; et l'on peut voir au vol. II, pl. 3, des vases de Hamilton, un sacrifice fait par de jeunes athlètes qui cher Je définis ainsi la médisance, une pente sechent á terrasser un taureau. Cette explication du dessin crète de l'ame à penser mal de tous les hommes, que représente cette planche est du moins bien plus na

laquelle se manifeste turelle que celle qu'en domme le texte de Hamilton ; et

par

les paroles. Et pour Pausanias parle quelque part d'un rit de ce genre. Les

ce qui concerne le médisant, voici ses meurs. distinctions que brigue ce vieillard dans les mystères Sion l'interroge sur quelque autre, et qu'on lui de Sabasius , c'est-à-dire de Bacchus, sont d'autant plus demande quel est cet homme, il fait d'abord sa ridicules, que les femmes concouroient à ces mystères: généalogie : son père, dit-il, s'appeloit So(Voyez Aristophane, in Lysistrata , v. 388; voyez aussi

sie (1), que l'on a connu dans le service, et parDémosth., pro Cor., page 314.)

J'ai suivi, dans la dernière phrase de cette addition, mi les troupes, sous le nom de Sosistrale; il a les corrections du critique anonyme de la Gazette littéraire été affranchi depuis ce temps, et reçu dans d'Iéna.

l'une des tribus de la ville (2) : pour sa mère, - (4) Le gree porte : « S'il va à la campagne avec un che c'étoit une noble Thracienne ; car les femmes #val, etc. »

de Thrace, ajoute-t-il, se piquent la plupart

d'une ancienne noblesse (5): celui-ci, né de si (5) Le manuscrit du Vatican ajoute ici une phrase vrai- honnêtes gens, est un scélérat qui ne mérite semblablement altérée par les copistes. D'après Schneider, que le gibet. Et retournant à la mère de cet il faudroit traduire : «Il fait des pique-niques de onze « litres, » c'est-à-dire de onze oboles. « Reste à savoir, homme qu'il peint avec de si belles couleurs (4): « dit cet éditeur, pourquoi cela est ridicule. » Peut-être Elle est, poursuit-il, de ces femmes qui épient faut-il rapporter le fragment de l'auteur comique Sophron, sur les grands chemins (5) les jeunes gens au « Le décalitre en est le prix , » aux Femmes mimes, titre

passage, et qui, pour ainsi dire, les enlèvent de la pièce d'où ce fragment nous est conservé par Pollux,

et les ravissent. Dans une compagnie où il se 1. IV, segm. 175, et supposer que le décalitre fût le prix ordinaire des jeux indécents ou des complaisances de ces

trouve quelqu'un qui parle mal d'une personne femmes , et une espèce de surnom qu'on leur donnoit. absente, il relève la conversation : Je suis, lui On pourroit alors corriger ce passage èv dexcedit paes et dit-il, de votre sentiment; cet homme m'est traduire : « Il fait des pique-niques chez des danseuses. »

odieux, et je ne le puis souffrir : qu'il est inMais peut-être aussi faut-il traduire tout simplement : « Il rassemble , à force de prières, des convives pour supportable par sa physionomie! y a-t-il un plus a manger avec lui à frais communs. »

grand fripon et des manières plus extravagan

ies? Savez-vous combien il donne à sa femme 6) (6) Une grande statue de bois qui étoit dans le lieu des pour la dépense de chaque repas? trois oboexercices pour apprendre à darder. (La Bruyère. Cette les (7), et rien davantage; et croiriez-vous que explication est une conjecture ingénieuse de Casaubon ; elle est confirmée en quelque sorte par une lampe antique dans les rigueurs de l'hiver, et au mois de désur laquelle M. Visconli a vu le palus contre lequel s'exer- cembre (8), il l'oblige de se laver avec de l'eau çoient les gladiateurs, revêtus d’habillements militaires.froide? Si alors quelqu'un de ceux qui l'écoutent La traduction littérale de ce passage, tel que le donne le

se lève et se retire, il parle de lui manuscrit du Vatican , seroit : « Il joue à la grande statue

presque dans « avec son esclave; » ce qui, par une suite de la même les mêmes termes (9). Nul de ses plus familiers esplication, pourroit etre rendu par l'expression mo- amis n'est épargné : les morts même dans le derne : « Il tire au mur avec son esclave. » Ce manuscrit tombeau ne trouvent pas un asile contre sa maucontinue : « Il tire de l'arc ou lance le javelot avec le pé- vaise langue (10). . « dagogue de ses enfants. )

NOTES. (7) Littéralement : « Il s'exerce à la lutte, et agite beaut « coup les hanches. » Le manuscrit du Vatican ajoute : (1) C'étoit chez les Grecs un nom de valet ou d'esclave. « Afin de paroître instruit ; » et continue : « Quand il se (La Bruyère.) Le grec porte : « Son père s'appeloit d'aa trouve avec des femmes , il se met à danser en chantant « bord Sosie; dans les troupes il devint Sosistrate; en« entre les dents pour marquer la cadence. »

« suite il fut inserit dans une bourgade. » Le service militaire , quand la république y appeloit des esclaves ou

page 314.

leur permettoit d'y entrer, étoit un moyen de s'affranchir, (10) 11 étoit défendu chez les Athéniens de parler mal dit l'auteur du Voyage du jeune Anacharsis, chap. vi, des morts, par une loi de Solon, leur législateur. (La sur des autorités anciennes.

Bruyère. ) Il paroît en général par ces caractères, et par

d'autres autorités, que les lois de Solon n'étoient plus (2) Le peuple d'Athènes étoit partagé en diverses tribus.

guère observées du temps de Théopbraste. Le manuscrit (La Bruyère. ) Le texte parle de bourgades, sur lesquel

du Vatican ajoute : « Et ce vice, il l'appelle franchise, les on peut voir le chap. x, note 7. C'étoit là que se faisoit

« esprit démocratique, liberté, et en fait la plus douce la première inscription. Voyez Démosthène, pro Cor.,

« occupation de sa vie. » Le même manuscrit place en

core ici une phrase fort singulière, que je crois, avec (3) Cela est dit par dérision des Tbraciennes, qui ve

M. Schneider, avoir été ajoutée par un lecteur chrétien noient dans la Grèce pour être servantes, et quelque chose qui n'avoit pas bien saisi l'esprit dans lequel ces caractères de pis. (La Bruyère.) M. Barthélemy, qui a imité ce ca

ont été écrits. Je corrige le verbe inintelligible de cette ractère dans le chap. xxviu du Voyage du jeune Ana- phrase en ĉoteployévos et je traduis : « C'est ainsi que celui charsis , fait dire au médisant : « Sa mère est de Thrace, « qui est privé de la véritable doctrine rend les hommes « et sans doute d'une illustre origine ; car les femmes qui « maniaques, et leur donne des mœurs dépravées. Dans « viennent de ce pays éloigné ont autant de prétentions à les manuscrits numérotés 1679, 2830 et 1389 de la Bi« la naissance que de facilité dans les meurs. » Le ma

bliothèque du roi, et dans un manuscrit de la Bibliothèque nuscrit du Vatican ajoute : « Et cette chère maitresse s'ap- Palaline, on ajoute de même, à la suite des Caractères « pelle Krinocorax, » nom dont la composition bizarre de Théophraste qui existent dans ces manuscrits, quelpouvoit faire rire aux dépens de cette femme : il signifie ques phrases d'un grec barbare, qui ne peuvent pas être corbeau de fleur de lis.

attribuées à l'auteur, et qui contiennent des réflexions sur

les obstacles qu'éprouve la vertu. On trouvera ce mor(4) C'est le traducteur qui a ajouté cette transition; et ceau dans l'édition de Fischer, page 240. le manuscrit du Vatican indique clairement qu'il faut commencer ici un nouveau trait, et traduire : « Il dit mé

CHAPITRE XXIX. « cbamment à quelqu'un : Ah! je connois bien les femmes « dont tu me parles , et sur lesquelles tu te trompes fort; « ce sont de celles qui épient sur les grands chemins, etc. »

Du goût qu'on a pour les vicieux (1). Le même manuscrit fait ensuite une autre addition fort obscure, et qui exige plusieurs corrections : on peut la

Le goût que l'on a pour les méchants est le traduire : « Celle-ci est sur-tout très habile au métier; desir du mal. L'homme infecté de ce vice est « et ce que je vous dis des autres n'est pas un conte en capable de fréquenter les gens qui ont été con« l'air: elles se prostituent dans les rues, sont toujours damnés pour leurs crimes par tout le peuple (2), « à la poursuite des hommes, et ouvrent elles-mênies la dans la vue de se rendre plus expérimenté et « porte de leur maison. » Ce dernier trait a déja été cité comme une rusticité de la part d'un homme ; mais c'étoit plus formidable par leur commerce. Si on lui sans doute un signe de prostitution dans une femme , qui cite quelques hommes distingués par leurs verdevoit rester dans l'intérieur de son gynécée, et n'en sortir tus, il dira : « Ils sont vertueux comme tant que bien accompagnée.

« d'autres. Personne n'est homme de bien, tout (5) La Bruyère, en supposant qu'il est question de la

« le monde se ressemble, et ces honnêtes gens Thracienne, fait ici la note suivante : « Elles tenoient hô « ne sont que des hypocrites. » « Le méchant « tellerie sur les chemins publics , où elles se méloient « seul, dit-il une autre fois, est vraiment libre. « d'infames commerces. »

Si quelqu'un le consulte au sujet d'un méchant (6) Le manuscrit du Vatican ajoute : « Qui lui a ap- homme (3), il convient que ce que l'on en dit « porté plusieurs talents en dot, et qui lui a donné un est vrai : Mais, ajoute-t-il, ce que l'on ne sait « enfant. »

« pas, c'est que c'est un homme d'esprit, fort (7) Il y avoit au-dessous de cette monnoie d'autres en

« attaché à ses amis, et qui donne de grandes core de moindre valeur. (La Bruyère.) Aussi le grec

« espérances. » Et il soutiendra qu'il n'a jamais parle-t-il de trois petites pièces de cuivre dont huit font vu un homme plus habile. Il est toujours dispo une obole. L'obole est évaluée par M. Barthélemy à trois sé en faveur de l'accusé traduit devant l'assemsous de notre monnoie.

blée du peuple, ou devant quelque tribunal par(8) Le grec dit : « Le jour de Neptune, » fête qui étoit ticulier ; il est capable de s'asseoir à côté de lui, au milieu de l'hiver, et où peut-être on se baignoit en et de dire qu'il ne faut point juger l'homme, l'honneur du dieu auquel elle étoit consacrée.

mais le fait. Je suis, dit-il, le chien du peu(9) Le manuscrit du Vatican insère ici : « Une fois qu'il ple, car je garde ceux qui essuient des injus« a commencé. »

tices (4). Nous finirions par ne plus trouver

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