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pas finie

avait amené la débâcle de février. L'année 1848 n'était

finie que déjà l'on maudissait ouvertement cette révolution intempestive, stérile, sans motifs plausibles, et dont l'unique résultat était de livrer la France en proie aux ambitieux de l'espèce la plus méprisable. Après cette courte orgie, les forces vives de la société se réveillèrent, et la littérature ne fut pas la dernière à rentrer dans la lice pour soutenir la cause de l'ordre et des principes conservateurs, avec un courage dont il est juste de lui savoir gré. Elle reconnut franchement ses erreurs, et sa conversion précéda même celle du public. Se pliant aux exigences de l'époque, elle entreprit une guerre de pamphlets, de chansons, de vaudevilles, de bluettes satiriques, dont l'effet contribua beaucoup à la prompte défaite du socialisme. Ses coups hardis et répétés criblèrent la mauvaise guenille sur laquelle, en guise de drapeau, l'auteur du Système des contradictions économiques avait inscrit sa fameuse devise : « La propriété c'est le vol. » Bientôt la réaction acquit assez de consistance pour qu'une assemblée législative issue du suffrage universel osât songer à réprimer la licence de la presse. Dès lors il devint évident

que

la république improvisée au milieu du lumulte de février, ne tarderait pas à disparaître devant l'énergique volonté de l'homme fort et résolu qui, possédant la confiance du peuple, saurait se meltre au-dessus des partis, dont les efforts impuissants ne semblaient pouvoir aboutir qu'à la

guerre civile.

Maintenant l'opinion publique profitera-t-elle des leçons de l'expérience, ou bien faudra-t-il que la liberté soit complétement sacrifiée au maintien de l'état social ? Je ne prétends point résoudre cette question, seulement je crois qu’on aurait lort d'attacher trop d'importance aux symptômes que présente le moment actuel. A la suite du déplorable chaos intellectuel qui régnait naguère, il était tout simple que les esprits, las du doute et de l'anarchie, se montrassent enclins à chercher le repos sous l'égide du seul pouvoir qui fût resté debout. L'autorité de l'Eglise a rendu et peut rendre encore de grands services ; mais, comme toute hiérarchie puissante, elle est sujette à des prétentions exagérées, et ce sont les résultats de cette tendance, exaltée chez elle par le succès, qui inspirent aujourd’hui des craintes. Cependant d'un autre côté les traditions impériales qui gouvernent la France sont plutôt rassurantes à cet égard, et si elles-mêmes ont débuté par des actes de rigueur contre les abus d'une liberté sans frein, l'on doit bien reconnaître que le désordre, la révolte, les convoitises de toutes sortes, surexcitées par tant de déclamations violentes, de tableaux imaginaires et de contrastes trop réels, ne pouvaient être réprimés que de cette manière. Maintenue dans de sages limites, dirigée par une force intelligente et morale, cette répression sera plutôt salutaire, et à la littérature en particulier elle rendra l'éminent service d'épurer ses æuvres, de la dégager du fâcheux alliage des idées subversives et des vues socialistes. Mais il est nécessaire

que le goût public reçoive une direction ferme, honnête, et propre à seconder le mouvement ainsi qu'à prévenir ses excès. Il faul que les hommes éclairés qui forment l'élite de la nation acceptent sérieusement la part de responsabilité qui leur incombe dans l’quvre du temps présent; qu'ils donnent l'exemple d'un zèle ardent et désintéressé pour le bien, d'un amour sincère du vrai ; qu'animés de cette noble indépendance qui inspire le courage civil, ils se dévouent sans-arrière pensée à la défense des principes d'une saine liberté fondée sur le respect de la loi, favorisant le bienfaisant essor de la famille et de la propriété, conciliant la sécurité des intérêts sociaux avec le plus grand développement des facultés individuelles.

pour cela

L'autorité a besoin de trouver un contre-poids dans le libre examen, comme celui-ci ne saurait sans danger s'affranchir de tout contrôle supérieur. Sans doute l'accord de ces deux tendances est le problème le plus difficile, et depuis l'origine du monde l'esprit humain en cherche vainement la solution. Mais si, dans cette éternelle tâche imposée à son activité, chaque siècle a sa mission, celle du nôtre a du moins l'avantage d'être clairement tracée. Jamais peut-être l'ennemi qu'il s'agit de combattre de leva plus audacieusement sa bannière, sur laquelle se lisent, en traits de feu, ces mots intelligibles pour tous : « Orgueil et mensonge. »

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HISTOIRE DE FRANCE

SPECIALEMENT AUX SEIZIÈME ET DIX-SEPTIÈME SIÈCLES

PAR

LÉOPOLD RANKE.

Französische Geschichte vornehmlich im sechszehnten und sieb

zehnten Jahrhundert, von Leopold Ranke. - Erster Band. Stuttgardt und Tübingen, 1852.

Ce beau volume, sorti des presses de M. Cotta, renferme d'abord un aperçu très rapide sur les éléments qui composent la nation française, sur la formation de la monarchie et ses premières vicissitudes; puis, dans le second livre, un résumé suivi des règnes de Louis XII, François Jer, Henri II; dans le troisième, le récit du mouvement opéré, parmi les populations de langue française, vers une réforme de l'Eglise; dans le quatrième, le tableau des premières guerres de religion; dans le cinquième, l'histoire de la Ligue; dans le sixième enfin, celle de Henri IV jusqu'à la métamorphose politique qui fit entrer ce prince dans le sein de l'Eglise à laquelle la masse du peuple français se trouvait, définitivement, vouloir adhérer.

Notre époque est riche en véritables historiens : c'est sa principale gloire ; ce sera le profit de l'époque qui suivra. L'histoire, écrite avec loyauté et impartialement étudiée, est l'école principale, pour ne pas dire unique, de l'homme d'Etat. Au milieu de la confusion des partis, égarées par

les funestes conseils de la vengeance et de la convoitise, les générations qui ont occupé la scène politique pendant la première moitié du dix-neuvième siècle, peuvent bien avoir méconnu le sens de ces leçons que la curiosité seule leur faisait accueillir; mais nous ne pouvons nous résigner à croire que ce soit sans la volonté d'améliorer un jour, d'une manière sensible, l'esprit public dans les nations de langues germaniques et romanes, que la Providence a donné à notre époque des historiens tels que Thiers, Mignet, Barante, Macaulay, Prescott, Ranke et beaucoup d'autres, dont chacun connaît les mérites. Celui dont nous allons parler rassemble toutes les qualités dont l'union est nécessaire pour former l'historien complet et donner de l'autorité aux jugements sortis de sa plume : ardeur infatigable dans le travail; sagacité dans l'interprétation des textes et la comparaison des témoignages; ordre lumineux dans l'arrangement de ses matériaux; sévère impartialité dans la peinture des caractères; réprobation inflexible du mal, indulgence pour l'humanité; style pur, lucide, d'une simplicité élevée, ne hasardant aucune expression équivoque ou forcée, évitant également la bassesse et l'enflure, ne cherchant à produire d'effet que par la splendeur de la raison.

Ce nouvel ouvrage ne peut qu'ajouter encore à une réputation universellement répandue déjà el solidement établie. Nous souhaitons qu'il soit transporté bientôt dans notre langue; nous voudrions qu'il y eût un succès populaire; nous ne connaissons aucun travail contemporain qui soit plus propre à faire pénétrer dans les consciences, et adopter par les esprits, un plus grand nombre de principes sains et de dispositions profitables.

Dans le préambule de son histoire, M. Ranke expose

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