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sard , laissez-vous instruire de toute la puissance que de vouloir imaginer la solidité du globe dont de votre Dieu. Savez-vous que cette distance de ce cercle n'est qu'une section? Serons-nous trente millions de lieues qu'il y a de la terre au encore surpris que ces mêmes étoiles , si démesoleil, et celle de trois cents millions de lieues surées dans leur grandeur, ne nous paroissent de la terre à Saturne, sont si peu de chose, néanmoins que comme des étincelles ? N'admicomparées à l'éloignement qu'il y a de la terre rerons-nous pas plutôt que d'une hauteur si proaux étoiles, que ce n'est pas même s'énoncer digieuse elles puissent conserver une certaine assez juste que de se servir, sur le sujet de ces apparence, et qu'on ne les perde pas toutes de distances, du terme de comparaison ? Quelle vue? Il n'est pas aussi imaginable combien il proportion à la vérité de ce qui se mesure, quel- nous en échappe. On fixe le nombre des étoiles, que grand qu'il puisse être, avec ce qui ne se oui, de celles qui sont apparentes; le moyen de mesure pas ? On ne connoît point la hauteur compter celles qu'on n'aperçoit point, celles, d'une étoile; elle est , si j'ose ainsi parler, im- par exemple, qui composent la voie de lait, mensurable ; il n'y a plus ni angles, ni sinus, ni cette trace lumineuse qu'on remarque au ciel parallaxes , dont on puisse s'aider:si un homme dans une nuit sereine du nord au midi , et qui, observoit à Paris une étoile fixe, et qu'un autre par leur extraordinaire élévation, ne pouvant la regardât du Japon, les deux lignes qui parti- percer jusqu'à nos yeux pour être vues chacune roient de leurs yeux pour aboutir jusqu'à cet en particulier, ne font au plus que blanchir astre ne feroient pas un angle, et se confon- celle route des cieux où elles sont placées ? droient en une seule et même ligne, tant la Me voilà donc sur la terre comme sur un grain terre entière n'est pas espace par rapport à cet de sable qui ne tient à rien, qui est suspendu éloignement. Mais les étoiles ont cela de com- au milieu des airs : un nombre presque infini mun avec Saturne et avec le soleil : il faut dire de globes de feu d'une grandeur inexprimable quelque chose de plus. Si deux observateurs, et qui confond l'imagination, d'une hauteur qui l'un sur la terre, et l'autre dans le soleil, ob- surpasse nos conceptions, tournent, roulent servoient en même temps nne étoile, les deux autour de ce grain de sable, et traversent charayons visuels de ces deux observateurs ne for- que jour, depuis plus de six mille ans, les vasmeroient point d'angle sensible. Pour concevoir tes et immenses espaces des cieux. Voulez-vous la chose autrement : si un homme étoit situé

un autre système, et qui ne diminue rien du dans une étoile, notre soleil, notre terre, et les merveilleux ? La terre elle-même est emportée trente millions de lieues qui les séparent , lui avec une rapidité inconcevable autour du soleil, paroitroient un même point : cela est démontré. le centre de l'univers. Je me les représente,

On ne sait pas aussi la distance d'une étoile tous ces globes, ces corps effroyables qui sont d'avec une autre étoile, quelque voisines qu'elles en marche; ils ne s'embarrassent point l'un l'aunous paroissent. Les Pléiades se touchent pres- tre; ils ne se choquent point, ils ne se déranque, à en juger par nos yeux : une étoile paroît gent point : si le plus petit d'eux tous venoit à assise sur l'une de celles qui forment la queue se démentir et à rencontrer la terre, que

dede la Grande Ourse; à peine la vue peut-elle viendroit la terre? Tous au contraire sont en alleindre à discerner la partie du ciel qui les leur place, demeurent dans l'ordre qui leur est sépare, c'est comme une étoile qui paroît dou- prescrit, suivent la route qui leur est marquée, ble. Si cependant tout l'art des astronomes est et si paisiblement à notre égard, que personne inutile pour en marquer la distance, que doit- n'a l'oreille assez fine pour les entendre maron penser de l'éloignement de deux étoiles qui cher, et que le vulgaire ne sait pas s'ils sont au en effet paroissent éloignées l'une de l'autre, et monde. O économie merveilleuse du hasard ! à plus forte raison des deux polaires ? quelle est l'intelligence même pourroit-elle mieux réussir ? donc l'immensité de la ligne qui passe d'une po- Une seule chose, Lucile, me fait de la peine : laire à l'autre? et que sera-ce que le cercle dont ces grands corps sont si précis et si constants cette ligne est le diamètre ? Mais n'est-ce pas dans leur marche, dans leurs révolutions, et quelque chose de plus que de sonder les abymes, dans tous leurs rapports, qu'un petit animal relégué en un coin de cet espace immense qu'on seroit toujours reçu à demander qui a fait ces appelle le monde, après les avoir observés, corps , comme on peut s'informer qui a fait ces s'est fait une méthode infaillible de prédire à roues ou cette boule; et quand chacun de ces quel point de leur course tous ces astres se trou- grands corps seroit supposé un amas fortuit veront d'aujourd'hui en deux, en quatre, en d'atomes qui se sont liés et enchaînés ensemble vingt mille ans : voilà mon scrupule, Lucile; par la figure et la conformation de leurs parties, si c'est par hasard qu'ils observent des règles je prendrois un de ces atomes, et je dirois : Qui si invariables , qu'est-ce que l'ordre? qu'est-ce a créé cet atome? est-il matière ? est-il intellique la règle?

gence? a-t-il eu quelque idée de soi-même avant Je vous demanderai même ce que c'est que le que de se faire soi-même? il étoit donc un mohasard : est-il corps ? est-il esprit? est-ce un ment avant que d'être; il étoit et il n'étoit pas être distingue des autres êtres , qui ait son exis- tout à-la-fois; et s'il est auteur de son être et de tence particulière, qui soit quelque part? ou

soit quelque part? ou sa manière d'être, pourquoi s'est-il fait corps plutôt n'est-ce pas un mode, ou une façon d'être ? plutôt qu'esprit? bien plus, cet atome n'a-t-il Quand une boule rencontre une pierre, l'on dit: point commence? est-il éternel? est-il infini? C'est un hasard; mais est-ce autre chose que ferez-vous un Dieu de cet atome? ces deux corps qui se choquent fortuitement ? Le ciron a des yeux, il se détourne à la renSi par ce hasard ou cette rencontre la boule ne contre des objets qui lui pourroient nuire; va plus droit, mais obliquement; si son mouve quand on le met sur de l'ébène pour le mieux re ment n'est plus direct, mais réfléchi; si elle ne marquer, si, dans le temps qu'il marche vers roule plus sur son axe, mais qu'elle tournoie et un côté, on lui présente le moindre felu, il qu'elle pirouette; conclurai-je que c'est par ce change de route : est-ce un jeu du hasard que même hasard qu'en général la boule est en mou-son cristallin, sa rétine, et son nerf optique? ? vement? ne soupçonnerai-je pas plus volontiers L'on voit dans une goutte d'eau, que le poivre qu'elle se meut, ou de soi-même, ou par l'im- qu'on y a mis tremper a altérée, un nombre pulsion du bras qui l'a jetée ? Et parceque les presque innombrable de petits animaux, dont roues d'une pendule sont déterminées l'une par le microscope nous fait apercevoir la figure, et l'autre à un mouvement circulaire d'une telle qui se meuvent avec une rapidité incroyable, ou telle vitesse, examinerai-je moins curieuse- comme autant de monstres dans une vaste mer: ment quelle peut être la cause de tous ces mou- chacun de ces animaux est plus petit mille fois vements; s'ils se font d'eux-mêmes ou par la qu’un ciron, et néanmoins c'est un corps qui force mouvante d'un poids qui les emporte? vit, qui se nourrit, qui croit, qui doit avoir des Mais ni ces roues ni ces boules n'ont pu se don- muscles, des vaisseaux équivalents aux veines, ner le mouvement d'elles-mêmes, ou ne l'ont aux nerfs, aux artères, et un cerveau pour dispoint par leur nature, s'ils peuvent le perdre tribuer les esprits animaux. sans changer de nature; il y a donc apparence Une tache de moisissure de la grandeur d'un qu'ils sont mus d'ailleurs, et par une puissance grain de sable paroit dans le microscope comme qui leur est étrangère. Et les corps célestes, un amas de plusieurs plantes très distinctes, s'ils venoient à perdre leur mouvement, chan-dont les unes ont des fleurs, les autres des geroient-ils de nature? servient-ils moins des fruits ; il y en a qui n'ont que des boutons à corps ? je ne l'imagine pas ainsi : ils se meuvent demi ouverts; il y en a quelques unes qui sont cependant, et ce n'est point d'eux-mêmes et par fanées : de quelle étrange petitesse doivent être leur nature. Il faudroit donc chercher, Ô Lucile! les racines et les filtres qui séparent les aliments s'il n'y a point hors d'eux un principe qui les de ces petites plantes ! et si l'on vient à consifait mouvoir : qui que vous trouviez, je l'appelle dérer que ces plantes ont leurs graines , ainsi Dieu.

que les chênes et les pins , et que ces petits aniSi nous supposions que ces grands corps sont maux dont je viens de parler se multiplient par sans mouvement, on ne demanderoit plus, à la voie de génération, comme les éléphants et les vérité, qui les met en mouvement, mais on baleines ; où cela ne mène-t-il point ? Qui a su travailler à des ouvrages si délicats, si fins , qui nous savons que nous l'habitons; nous avons échappent à la vue des hommes, et qui tiennent nos preuves, notre évidence, nos convictions de l'infini comme les cieux, bien que dans l'au- sur lout ce que nous devons penser de Dieu et tre extrémité? Ne seroit-ce point celui qui a fait de nous-mêmes : que ceux qui peuplent les globes les cieux, les astres, ces masses énormes, épou- célestes , quels qu'ils puissent être, s'inquiètent vantables par leur grandeur, par leur élévation, pour eux-mêmes; ils ont leurs soins, et nous par la rapidité et l'étendue de leur course, et les nôtres. Vous avez, Lucile, observé la lane; qui se joue de les faire mouvoir ?

vous avez reconnu ses taches, ses abymes, ses Il est de fait que l'homme jouit du soleil, des inégalités, sa hauteur, son étendue, son cours, astres, des cieux et de leurs influences, comme ses éclipses; tous les astronomes n'ont pas été il jouit de l'air qu'il respire, et de la terre sur plus loin : imaginez de nouveaux instruments, laquelle il marche, et qui le soutient; et s'il observez-la avec plus d'exactitude : voyez-vous falloit ajouter à la certitude d'un fait la conve- qu'elle soit peuplée, et de quels animaux ? resnance ou la vraisemblance, elle y est tout en- semblent-ils aux hommes ? sont-ce des hommes ? tière, puisque les cieux et tout ce qu'ils contien- Laissez-moi voir après vous, et si vous sommes nent ne peuvent pas entrer en comparaison, convaincus l'un et l'autre que des hommes hapour la noblesse et la dignité, avec le moindre bitent la lune , examinons alors s'ils sont chrédes hommes qui sont sur la terre; et que la tiens, et si Dieu a partagé ses faveurs entre eux proportion qui se trouve entre eux et lui est et nous. celle de la matière incapable de sentiment, qui Tout est grand et admirable dans la nature; est seulement une étendue selon trois dimen- il ne s'y voit rien qui ne soit marqué au coin de sions à ce qui est esprit, raison, ou intelligence. l'ouvrier : ce qui s'y voit quelquefois d'irréguSi l'on dit que l'homme auroit pu se passer à lier et d'imparfait suppose règle et perfection. moins pour sa conservation, je réponds que Homme vain et présomptueux ! faites un verDieu ne pouvoit moins faire pour étaler son misseau que vous foulez aux pieds, que vous pouvoir, sa bonté et sa magnificence, puis- méprisez : vous avez horreur du crapaud, faites que, quelque chose que nous voyons qu'il ait un crapaud, s'il est possible : quel excellent faite, il pouvoit faire infiniment davantage. maitre que celui qui fait des ouvrages, je ne dis

Le monde entier, s'il est fait pour l'homme, pas que les hommes admirent, mais qu'ils craiest littéralement la moindre chose que Dieu ait gnent ! Je ne vous demande pas

de vous mettre faite pour l'homme; la preuve s'en tire du fond à votre atelier pour faire un homme d'esprit, de la religion : ce n'est donc ni vanité ni pré- un homme bien fait, une belle femme; l'entresomption à l'homme de se rendre sur ses avan- prise est fort au-dessus de vous : essayez seulelages à la force de la vérité; ce seroit en lui stu- ment de faire un bossu, un fou, un monstre; pidité et aveuglement de ne pas se laisser con- je suis content. vaincre par l'enchaînement des preuves dont la Rois, monarques, potentats, sacrées majesreligion se sert pour lui faire connoître ses privi- tés! vous ai-je nommés par tous vos superbes léges , ses ressources, ses espérances; pour lui noms? grands de la terre, très hauts, très apprendre ce qu'il est , et ce qu'il peut devenir. puissants et peut-être bientôt tout-puissants seiMais la lune est habitée; il n'est pas du moins im- gneurs! nous autres hommes nous avons besoin possible qu'elle le soit. Que parlez-vous, Lucile, pour nos moissons d’un peu de pluie, de quelde la lune, et à quel propos? en supposant Dieu, que chose de moins , d'un peu de rosée : faites quelle est en effet la chose impossible? Vous de la rosée, envoyez sur la terre une goutte

d'eau.

L'ordre, la décoration, les effets de la nature, n'y a point dans la lune , ou d'autres hommes, sont populaires ; les causes, les principes, ne le ou d'autres créatures , que Dieu ait aussi favo- sont point:demandez à une femme comment un risées ? Vaine curiosité! frivole demande! La bel wil n'a qu'à s'ouvrir pour voir; demandezterre, Lucile, est habitée; nous l'habitons, et le à un homme docte.

Plusieurs millions d'années, plusieurs cen- | appelle des éternelles vérités. Cette vérité d'ailtaines de millions d'années, en un mot, tous les leurs, ou n'est point, et ne peut être ; ou elle temps ne sont qu'un instant, comparés à la du- est l'objet d'une connoissance : elle est donc rée de Dieu, qui est éternelle : tous les espaces éternelle, cette connoissance; et c'est Dieu. du monde entier ne sont qu'un point, qu'un lé- Les dénouements qui découvrent les crimes ger atome, comparés à son immensité. S'il est les plus cachés, et où la précaution des coupaainsi , comme je l'avance (car quelle proportion bles pour les dérober aux yeux des hommes a du fini à l'infini?), je demande, qu'est-ce que été plus grande, paroissent si simples et si fale cours de la vie d'un homme ? qu'est-ce qu'un ciles , qu'il semble qu'il n'y ait que Dieu seul qui grain de poussière qu'on appelle la terre ? qu'est-puisse en être l'auteur ; et les faits d'ailleurs ce qu'une petite portion de cette terre que que l'on en rapporte sont en si grand nombre, l'homme possède et qu'il habite ? Les méchants que, s'il plait à quelques uns de les attribuer à prospèrent pendant qu'ils vivent; quelques mé- de purs hasards, il faut donc qu'ils soutiennent chants, je l'avoue. La vertu est opprimée et le que le hasard de tout temps a passé en coutume. crime impuni sur la terre ; quelquefois, j'en Si vous faites cette supposition , que tous les conviens. C'est une injustice. Point du tout : il hommes qui peuplent la terre, sans exception, faudroit, pour tirer cette conclusion, avoir soient chacun dans l'abondance, et que rien ne prouvé qu'absolument les méchants sont heu- leur manque, j'infère de là que nul homme qui reux, que la vertu ne l'est pas, et que le crime est sur la terre n'est dans l'abondance, et que demeure impuni : il faudroit du moins que ce tout lui manque. Il n'y a que deux sortes de ripeu de temps où les bons souffrent et où les chesses, et auxquelles les autres se réduisent, méchants prospèrent , eût une durée, et que ce l'argent et les terres : si tous sont riches, qui que nous appelons prospérité et fortune ne fût cultivera les terres, et qui fouillera les mines? pas une apparence fausse et une ombre vaine Ceux qui sont éloignés des mines ne les fouille qui s'évanouit; que cette terre, cet atome, où ront pas, ni ceux qui habitent des terres inil paroît que la vertu et le crime rencontrent si cultes et minérales ne pourront pas en tirer des rarement ce qui leur est dû, fût le seul endroit fruits : on aura recours au commerce, et on le de la scène où se doivent passer la punition et suppose. Mais si les hommes abondent de biens, les récompenses.

et que nul ne soit dans le cas de vivre par son De ce que je pense, je n'infère pas plus clai- travail, qui transportera d'une région à une rement que je suis esprit, que je conclusde ce que autre les lingots ou les choses échangées ? qui je fais ou ne fais point, selon qu'il me plait , que mettra des vaisseaux en mer? qui se chargera je suis libre : or, liberté c'est choix , autrement de les conduire? qui entreprendra des caravaune détermination volontaire au bien ou au mal, nes ? on manquera alors du nécessaire et des et ainsi une action bonne ou mauvaise, et ce choses utiles. S'il n'y a plus de besoins, il n'y a qu'on appelle vertu ou crime. Que le crime ab- plus d'arts, plus de sciences, plus d'invention, solument soit impuni, il est vrai, c'est injus- plus de mécanique. D'ailleurs cette égalité de tice; qu'il le soit sur la terre, c'est un mystère. possessions et de richesses en établit une autre Supposons pourtant, avec l'athée, que c'est dans les conditions, bannit toute subordination, injustice : toute injustice est une négation ou réduit les hommes à se servir eux-mêmes, et à une privation de justice : donc toute injustice ne pouvoir être secourus les uns des autres; suppose justice. Toute justice est une confor- rend les lois frivoles et inutiles; entraîne une mité à une souveraine raison : je demande, en anarchie universelle; attire la violence, les ineffet, quand il n'a pas été raisonnable que le jures, les massacres , l'impunité. crime soit puni, à moins qu'on ne dise que c'est | Si vous supposez, au contraire, que tous les quand le triangle avoit moins de trois angles. hommes sont pauvres, en vain le soleil se lève Or toute conformité à la raison est une vérité ; pour eux sur l'horizon, en vain il échauffe la cette conformité, comme il vient d'être dit, a terre et la rend féconde, en vain le ciel verse toujours été : elle est donc de celles que l'on sur elle ses influences, les fleuves en vain l'ar

rosent, et répandent dans les diverses contrées plus avantageuse que je pouvois moi-même desirer; la fertilité et l'abondance; inutilement aussi la car le public ayant approuvé ce genre d'écrire où je mer laisse sonder ses abymes profonds, les ro- me suis appliqué depuis quelques années, c'étoit le chers et les montagnes s'ouvrent pour laisser prévenir en ma faveur que de faire une telle réfouiller dans leur sein et en tirer tous les tré- ponse. Il ne restoit plus que de savoir si je n'aurois sors qu'ils y renferment. Mais si vous établis- pas dû renoncer aux Caractères dans le Discours sez que de tous les hommes répandus dans le qu'on sait que l'usage a prévalu qu'un nouvel aca

dont il s'agissoit ; et cette question s'évanouit dès monde, les uns soient riches et les autres pau- démicien compose celui qu'il doit prononcer le jour vres et indigents, vous faites alors que le besoin de sa réception, de l'éloge du roi, de ceux du carrapproche mutuellement les hommes, les lie, dinal de Richelieu, du chancelier Séguier, de la perles réconcilie : ceux-ci servent, obéissent, in- sonne à qui il succède, et de l'Académie Françoise. ventent, travaillent, cultivent, perfectionnent; De ces cinq éloges il y en a quatre de personnels : or ceux-là jouissent, nourrissent, secourent, pro-je demande à mes censeurs qu'ils me posent si bien la tégent, gouvernent : tout ordre est rétabli, et différence qu'il y a des éloges personnels aux caDieu se découvre.

ractères qui louent, que je la puisse sentir, et avouer Mettez l'autorité, les plaisirs et l'oisiveté d'un

ma faute. Si, chargé de faire quelque autre harangue, côté, la dépendance, les soins et la misère de qu'on pourra écouter leur critique, et peut-être me

je retombe encore dans des peintures, c'est alors l'autre; ou ces choses sont déplacées par la ma- condamner; je dis peut-être , puisque les caractères, lice des hommes, ou Dieu n'est pas Dieu. ou du moins les images des choses et des personnes,

Une certaine inégalité dans les conditions, sont inévitables dans l'oraison , que tout écrivain est qui entretient l'ordre et la subordination, est peintre, et tout excellent écrivain excellent peintre. l'ouvrage de Dieu, ou suppose une loi divine : J'avoue que j'ai ajouté à ces tableaux, qui étoient une trop grande disproportion, et telle qu'elle de commande, les louanges de chacun des hommes se remarque parmi les bommes, est leur ou- illustres qui composent l'Académie Françoise; et ils vrage, ou la loi des plus forts.

ont dû me le pardonner, s'ils ont fait attention Les extrémités sont vicieuses, et partent de qu’autant pour ménager leur pudeur que pour évil'homme : toute compensation est juste, et vient ter les caractères, je me suis abstenu de toucher à

, oude Dieu.

vrages, dont j'ai fait des éloges critiques plus ou

moins étendus, selon que les sujets qu'ils y ont traiSi on ne goûte point ces Caractères, je m'entés pouvoient l'exiger. J'ai loué des académiciens étonne; et si on les goûte, je m'en étonne de encore vivants, disent quelques uns. Il est vrai; mème.

mais je les ai loués tous : qui d'entre eux auroit une FIN DES CARACTÈRES.

raison de se plaindre ? C'est une conduite toute nouvelle, ajoutent-ils, et qui n'avoit point encore eu d'exemple. Je veux en convenir, et que j'ai pris soin de m'écarter des lieux communs et des phrases pro

verbiales usées depuis si long-temps, pour avoir DISCOURS

servi à un nombre infini de pareils discours depuis PRONONCÉ

la naissance de l'Académie Françoise : m'étoit-il

donc si difficile de faire entrer Rome et Athènes, DANS L'ACADÉMIE FRANÇOISE, le Lycée et le Portique, dans l'éloge de celte sa

vante compagnie? « Etre au comble de ses væux « de se voir académicien; protester que ce jour où « l'on jouit pour la première fois d'un si rare bon

« heur est le jour le plus beau de sa vie; douter si PRÉFACE.

« cet honneur qu'on vient de recevoir est une chose

« vraie ou qu'on ait songée; espérer de puiser déCeux qui, interrogés sur le Discours que je fis à « sormais à la source les plus pures eaux de l'élol'Académie Françoise le jour que j'eus l'honneur d'y a quence françoise ; n'avoir accepté, n'avoir desiré être reçu, ont dit sèchement que j'avois fait des Ca- « une telle place que pour profiter des lumières de ractères, croyant le blåmer, en ont donné l'idée la a tant de personnes si éclairées; promettre que,

LE LUNDI 15 JUIN 1693.

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