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A l'égard des Crimes commis par un Corps entier , ou une Communauté, il faut remarquer, qu'encore que les délibérations qui ont pallé à la pluralité des voix, foient regardées d'ordinaire comine l'avis & la volonté de tout le Corps, en sorte que les Membres, qui avoient opiné autrement (d), sont néanmoins tenus de le loûmettre à la délibération, & de l’exé- (d) Voiez ci-descuter même, s'il le faut; cependant, lors qu'elle renferme quelque chose de vicieux & de fus, Liv. VII.

Chap. II. 5. 15. criminel, ceux-là seuls en sont coupables qui y ont donné un consentement actuel: les autres, qui ont toûjours été d'avis contraire (e), & qui ont persisté constamment, sont en- (e) Voiez Luc, tiérement innocens. De là vient qu'Alexandre le Grand, en faisant vendre tous les Thé- XXIII, shi & bains (f), après les avoir vaincus, lailla la liberté à ceux qui s'étoient opposez à la délibé- Cap. XXI. 6. 7. ration publique de secouer le joug des Macédoniens. On excuse même ordinairement, du num 2 moins en partie, ceux qui aiant été d'abord de sentiment contraire, prêtent ensuite la main Alexandr. pag. à l'exécution de la délibération criminelle qui a prévalu. C'est ainsi qu'on dit que les 670. D. Grecs (g) épargnérent Antenor & Enée, parce qu'ils avoient conseillé de rendre Héléne; (g) Voiez T. Liv,

Lib. I. Cap. I. quoi que le dernier combattit ensuite vaillainment pour sa Patrie.

Il faut remarquer encore, que l'on punit autrement un Corps considéré précisément conime tel, & chacun des Membres ou des Particuliers dont il est composé. On fait mourir quelquefois les Particuliers. Mais ce qui tient lieu de Mort (h) à l'égard du Corps entier, (h) Voiez Digeß. c'est de le dissoudre, ou de détruire l’union Morale qui le forme, & qui en constitue la Libi

: VIITit VI. nature. On punit aussi quelquefois les Particuliers, en les rendant Esclaves. Une Punition ususfructus vel semblable pour un Corps, c'est de le faire dépendre d'un autre Corps subordonné, ou usus amittitur, même d'un seul Sujet de l'Etat. Enfin on punit les Particuliers par des amendes pécuniai- conftit.Sicul. Lib. res, ou par une confiscation de leurs biens. De même on ôre à un Corps, en forme de 1. Tit. XLVII. Peine, les biens (i) & les avantages qu'il posledoit en coinmun, par exemple, ses Murail- (1) Voiez Heroles, les Ports, les Arsenaux, les Vaisleaux de guerre, les Armes, son Threlor, ses Ter- Cap. xix. Ed. res, fes Priviléges, &c.

Oxon. Libanius, Mais, pour ce qui regarde en général tous les Crimes commis par une Multitude, la catius Gallican. Raison veut que l'on punitle (1) sur tout ceux qui en sont les principaux Auteurs. Il faut in Avid. Caso donc ici avoir toûjours devant les yeux la réflexion d'un ancien Orateur: (2) On se trompe Hift. Eccl. Lib. fort, dit-il, de croire qu'il y ait parmi les Hommes ancun Crime qui puisse être regardé com II. Cap. XIII. me le Crime du Public. Tout ce que l'Etat fait, doit être proprement attribué à ceux qui ont l'art de persuader; á le Peuple ne s'émeut ( ne se fache qu'autant qu'on l'anime qu'on l'irrite : de même que nôtre Corps suit uniquement les mouvemens de nôtre Ame, en forte que nos membres demeurent immobiles, tant que nous ne voulons pas nous en servir. Il n'y a rien de plus facile que d'exciter dans les esprits du Peuple toutes sortes de Passions, Lors que l'on s'assemble pour les affaires communes, aucun n'apporte son esprit ,fon jugement, en un mot la moindre ombre de raison, c la Multitude ne fait jamais paroitre la même circonspection & la méme prudence que chacun a pour ses affaires particuliéres, soit parce que l'on ne s'intéresse guéres à ce qui touche le Public, soit parce que l'on se repose sur les autres

du 6. XXVIII. (1) C'est le parti que l'on prit autrefois Tacit. Annal. Lib. I. Cap. XLIV. init. Bodin. de Republ. dans une sédition qui s'étoit faite à Carthage la Neuve. Lib. III. Cap. VII. pag. 527. & feqq. Conftit. Sicul. Lib. I. en Espagne. Cerrabant fententiis (Carthagini) utrum in Tit. ult. Ant. Marth. de Crimin. ad Leg. XLVIII. Digeft. auctores tantum seditionis. ... animadverteretur, an plu Tit. XVIII. Cap. IV. 8. 30. rium supplicio vindicanda tam fædi exempli defeétio ma (2) Fallitur, Judices, quisquis ullum facinus in rebus gis quam seditio esser. Vicit fententia lenior, ut unde orta humanis publicum putat. Persuadentium vires sunt quicculpa effet, ibi pæna confifteret, ad multitudinem caftiga- quid Civitas facit : & quodcumque facit populus, secuntionem faris effe. Tit. Liv. Lib. XXVIII. Cap. XXVI. La dùm quod exafperatur , irafcitur. Sic corpora nostra morum decimation des Soldars, qui ont commis ensemble la nifi de mente non sumunt, do otiofa funt' membra donec ilmême faute , se fait aussi avec raison, selon un ancien lis animus utarur. Nil est facilius, quam in quemlibet afOrateur, afin que tous soient dans la crainte, & qu'il feftum movere populum. Nulli, cum coimus, fua cogitan'y en ait pourtant que peu de punis. Statuerunt enim ita tio, sua mens, ulla ratio præfto eft, nec habet ulla rurba Majores noftri, ut, fi à multis eller flagitium rei militaris prudentiam fingulorum : five quod minus publicos capimus admissum , fortitione in quofdam animadverteretur : ut metus 'affectus, five negligentior eft qui se non folum putar debere videlicet ad omnes, pæna ad paucos perveniat. Orat. pro rarionem: é multi fiducia fácimus omnium. Quintil. Den A. Cluentio, Cap. XLVI. Voiez Polyb. Lib. XI. Cap. clam. XI. pag. 156. Ed. XXVII. in fin. & Excerpr. Legai. Lib. XXVIII. Cap. IV.

$. XXIX.

Orat.

Bat.

TOM. II.

Bbb

tems.

du foin des choses qui les regardent aussi bien que nous: de forte que, quand il s'agit de quelque entreprise téméraire os criminelle, on s'y porte hardiment & fans examen, dans la com

fiance du grand nombre de compagnons qui y concourent. LesCrimes como 9. XXIX. On demande, fi l'on peut toûjours punir, tôt ou tard, les Crimes commis mis par des Corps entiers

par un Corps ou une Communauté (a)? fi, par exemple, il en est encore tems après deux s'effacent par la ou trois générations? Il semble d'abord qu'il n'y aît là rien d'injuste; le Corps (b) demeu. longueur du

rant toujours le même, tant qu'il subliste, malgré le changement & la fuccellion conti(a)Voicz Grotius, nuelle des Particuliers dont il est composé. Il vaut mieux néanmoins prendre ici l'affirma. Lib.II. Cap.xxi. tive : car il n'est pas même toûjours nécessaire, parmi les Hönmes, de punir les vieilles

) voiez plu- fautes des Particuliers aussi exactement & avec autant de rigueur, que celles qui sont toutarch. de sera tes fraîches; & ce n'eft pas sans raison que le Droit Romain a fait diverses Loix sur (c) la

som vind. pag. Prescription des Crimes. De plus, il faut bien remarquer, que l'on attribue à un Corps le) voiez ci-des- deux fortes de choses: les unes, qu'il posséde directement & par lui-même, comme font, Li... 5.7. IV: Gin. le Thrésor public, les Loix, les Droits, les Privileges, &c. car chacun des Membres ne

peut pas dire que ces choses-là lui appartiennent : les autres qui ne conviennent au Corps qu'indirectement, & entant qu'elles résident dans les Particuliers, d'où elles réjaillissent sur tout le Corps, comme quand on dit qu'une Société eft favante, brave, sage, de bonnes ou de mauvaises mæurs &c. quoi qu'il puiffe y avoir quelques ignorans, quelques là. ches, quelques honnêtes gens ou quelques débauchez. C'est dans le dernier sens qu'on dit qu'un Corps a mérité d'être puni : car un Corps considéré comme tel, & entant que distinct des Membres dont il est composé, n'a pas une Ame par le moien de laquelle il puisse produire des Actions immédiatement susceptibles de mérite ou de démérite. Lors donc que les Membres, dont les Crimes réjaillifloient sur le Public, viennent à être éteints, sans que ceux qui ont fuccédé aient rien fait qui témoigne qu'ils approuvent les

Actions de leurs prédécelleurs; les Crimes ne subsistent plus , & par conséquent le Corps (1) vbi fuprà. entier n'est plus sujet à la Peine. Plutarque (d), pour prouver le contraire, en appelle à

la conduite de la Providence Divine, qui fait porter quelquefois à la postérité la peine des

Crimes de ses Ancêtres. Mais les régles de la Justice Divine ne font pas coûjours les mê(e) Ibid. C. mes que celles des Tribunaux Humains. Les (1) Récompenses (e) & les Honneurs qui

pasient d'une génération à l'autre, & à la portérité la plus reculée, ne tirent pas non plus à conséquence pour la Punition des Crimes

. Car il n'en est pas des Peines comme des Bienfaits, qui ne fupposent aucun mérite dans ceux qui les reçoivent, & dont le Bien

faicteur peut favoriser qui bon lui semble, fans faire tort à personne. Tout mal que $. XXX. DU Reste, c'est une Régle døre & inviolable, que personne ne peut être confequence de légitimement puni, devant les Tribunaux Humains, pour un Crime d'autrui auquel il n's quelque Crime, aucune part. La (1) raison en est, que tout mérite ou démérite est entiérement personn'est pas une nel, & fondé sur la volonté particuliere de chacun, qui est ce que l'on a de plus propre

& de plus incommunicable.

Mais, comme il arrive souvent, dans le cours de la vie, que des personnes innocentes fe trouvent exposées à souffrir quelque chose à l'occasion d'un Crime d'autrui; pour ne pas confondre des idées différentes, il faut bien remarquer 1. Que tout ce qui cause quelque chagrin, quelque douleur, ou quelque perte, ne tient pas pour cela lieu de Peine

pro5. XXIX. (1) C'est ainsi qu'autrefois les Romains allé Pape Pie II, lui disoit : Je m'estonne , comment les Italiens guerent, comme une raison plausible de ce qu'ils pre se bandent contre moy, arrendo que nous avons nostre origine noient la defense des Acarnaniens, contre les Etoliens; commune des Troyens ;. do que j'ay , comme eux, intereft de que les Ancêtres des Acarnaniens étoient les seuls qui n'a venger le sang d'Hector sur les Grecs, lesquels ils vons favoient point envoie de secours aux Grecs contre les Troiens, vorisant contre moy. Esais de Montagne , Liv. II. Chap. d'ou étoit descendue la Nation Romaine. Juftin. Lib. XXVIII. XXXVI. pag. 556. Cap. I. in fin. Strabon, Lib. X. Mais on voit bien, que G. XXX. (1) Cette raison étoit placée au commencece n'étoit qu'un prétexte, dont les Romains se servoient, ment du paragraphe suivant, d'où je l'ai cransportée ici, pour se mêler d'une querelle où ils n'avoient que faire pour mieux ranger les choses , & dégager la suite du d'entrer. Notre Auteur se moquoit aussi de ce mot de discours. Mahomet II. Empereur des Turcs , lequel écrivant ay

Peine.

Lib. II. C. XXI,

proprement ainsi nommée (a). C'est une Punition, que d'être réduit à la mendicité, par (a)Voicz Grotine, l'effer d'un Crime qui a été cause que le Magistrat nous a confisqué nos biens. Mais combien n'y a-t-il pas de gens, qui, en venant au monde, n'ont aucun patriinoine qui les attendez' Combien d'autres, qui perdent tout ce qu'ils ont au monde, par un Incendie, par un Naufrage, par la Guerre? Lors donc que des Sujets, par exemple, fouffrent quel que mal ou quelque perte à cause des Crimes de leur Prince, ils doivent regarder cela comme les incoinmoditez corporelles, les infirmitez de la vieillelle, le désordre des saisons, la stérilité, & autres semblables malheurs, qui font une suite inévitable de la constitution des choses humaines. §. XXXI. 2. AUTRE chose est un Dommage cause dire&tement, & un Dommage qui il y a un Domu

mage causé diprovient fentement par une fuite accidentelle. Le prémier, c'est lors qu'on dépouille quel

rectement, & un cun d'ane chose à laquelle il avoit déja un droit proprement ainsi nommé. L'autre, c'est dommage causė

par accident lors que, par accident, on prive quelcun d'une chose, fur laquelle il ne pouvoit aquéric aucun droit sans une certaine condition, qui vient à manquer. Lors, par exemple, qu'en creusant un puits dans (1) mon fonds, j'y attire les veines d'eau, qui fans cela auroient coulé dans la terre de mon Voisin: comme je ne fais qu’user de mon droit, je ne cause point de Dommage proprement ainsi dit à mon Voisin; c'est la décision des Jurisconsultes Romains. De même, si l'on confifque les biens d'un hoinme, fes Enfans. en souffrent à la vérité, mais ce n'est pas proprement une Peine par rapport à eux; puis que ces biens ne devoient leur appartenir (2) qu'en fupposant que leur Pére les conservat jusqu'à la mort.

§. XXXII. ENFIN, il faut remarquer que l'on fait quelquefois souffrir quelque Mal, il y a des choses ou perdre quelque Bien, à l'occasion d'une faute d'autrui, ou en conséquence de ce qu'u- cable cause d'un ne autre personne n'a pas tenu ses engagemens, mais en sorte néanmoins que cette faute Mal; d'autres & ce manque de parole ne font pas la cause prochaine & véritable de ce que souffre celui qui n'en font

l'occasion qui n'y a point de part, & qu'ils ne donnent pas droit directement de le lui faire fouffrir (a). C'est ainsi qu'une Caution est souvent condamnée à quelque chose, lors que le (a) Voicz Grotius,

lib. 11. Cap.XXI. Débiteur, pour qui elle a répondu, ne tient pas la parole : mais la cause prochaine & immédiate pourquoi elle est tenue de paier, c'est parce qu'elle l'avoit promis

. Comme donc celui qui a répondu pour un Acheteur, n'est pas proprement obligé de paier en vertu du Contract de Vente, mais en vertu de l'engagement où il est entré de fon bon-gré : de même celui qui a cautionné pour un Criminel, n'est pas proprement tenu du fait d'autrui, mais de son propre fait, ou de la Promesse. D'où il s'enfuit, que le mal qu'on peut légitimement faire souffrir à un tel Répondant, doit être proportionné, non au Crime de celui, pour qui il a cautionné, mais au pouvoir qu'il avoit lui-inême de promettre. Lors donc que le Criminel s'est évadé, il ne faut pas faire souffrir au Répondant autant de mal que le Criminel méritoit d'en souffrir, mais seulement autant que le Répondant a pu s'en. gager d'en souffrir pour l'autre. Ainsi, lors qu'il s'agit d'un Crime capital, on ne sauroit exiger d'on Répondant autre chose, si ce n'est qu'il promette au Magiftrat, par devant lequel la cause est portée, de réparer le doinmage qui en provient, ou de représenter (b) l'Ac- (b) Voiez ci-defculé en tems & lieu. Mais le Répondant ne peut jamais s'engager à subir la peine de mort, lus. Lix. V. Cho

perS. XXXI. (1) Item videamus, quando damnus dari videatur .... u puta in domo mea puteum aperio, quo aperto

eos, si inteflatus in Civitate moreretur : hoc eft, heredita

tem ejus, & liberos, bu fi quid aliud in hoc genere reperiri venæ putei tui pracisa funt : an tenear? Ait Trebatius, potesi : qua vero non à patre, sed å genere , à civitate, à non teneri me damni infetti : neque enim exißimari, operis rerum natura tribuerentur, ea manere eis incolumia. Lib. mei vitio damnum sibi dari in eà re, in qua jure meo ufus

XLVIII. Tit. XXII. De interdi&tis, de relegalis, & depore fum. Digeft

. Lib. XXXIX. Tit. II. De damno infetto, e tatis; Leg. III. Buchanan a pourtant raison, (ajoûtoit de ruggrundis &c. Leg. XXIV. S. 12. Voiez la Loi XXVI. notre Auteur) de trouver injuste & inhumaine une Loi du même Titre.

de Mogald, Roi d'Ecole, par laquelle ce Prince confif(2) Effe autem præposierum, antè nos locsepletes dici, quam quoit absolument tous les biens des Criminels, sans en adquiserimus. Digeft. Lib. XXXV. Tit. II. Ad Leg. Fal rien laisser ni à leurs Femmes, ni à leurs Enfans. Rerum. rid. Leg. LXIII. Eum qui Civitatem amitteret , nihil aliud Scoticar. Lib. IV. iuris adimere liberis, nifi quod ab ipfo perventurum esset ad

Bbb 2

9. XXXII.

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tre exemple, dans Garcil. de

Ync

Liv. VI.

personne n'aiant droit de disposer de sa propre vie; & les Régles de la Justice Humaine ne permettent pas non plus d'infliger une telle Peine à un simple Répondant. En effet, le Répondant n'a pas commis lui-même le Crime, & il ne s'en est pas non plus rendu complice par son cautionnement : car quel mal y a-t-il à vouloir qu'un Acculé plaide sa cause dans un lieu plus commode, ou soit traité plus doucement, en attendant qu'on lui prononce sa sentence; ou à promettre de paier l'amnende que les Juges lui imposeront, & l'estimation de ce à quoi le Magistrat fera monter le préjudice que l'Etat peut avoir reçû, fi le Criminel vient à se soustraire, par la fuite, aux Peines portées par les Loix ? D'ailleurs, en punissant de mort le Répondant, sans qu'il aît cominis aucun Crime, mais seulement parce qu'il s'est imprudemment exposé à un li grand péril en faveur d'un homme, sur la bonne foi duquel il se reposoit, on ne détourneroit pas par là les autres des Crimes femblables à celui de l’Acculé; on ne feroit que les rendre plus circonspects, quand il s'agiroit de répondre pour quelcun. Ainsi un Magistrat, qui feroit mourir un simple Répondant, montreroit par là qu'il ne connoit ni la nature de la Panition, ni son Devoir; à moins qu'il ne parût manifestement que le Répondant est intervenu de mauvaise foi & par collusion, afin de fournir au Criminel le moien d'éluder l'autorité des Loix & de la Justice. De même, personne n’aiant droit de détruire ses propres membres à la fantaisie; il est

clair qu'on ne sauroit s'engager à être mutilé pour autrui. Autre chose est quand on fait (c) Voicz I. Rois, mourir (c) ceux qui étant chargez de garder un Criminel, le laissent sauver, ou par un XV. 39. Attes, effet de leur négligence, ou parce qu'ils s'entendent avec lui: car on ne les punit pas pour (d) Voiez un au- le Crime d'autrui, mais pour le leur propre (d). Bien plus: quoi que d'ailleurs les Chefs

de Famille d'une République aient droit de recevoir ou de ne pas recevoir dans leur Etat la Vega, Hift. des qui il leur plait; il n'est pas juste, à mon avis, de bannir un simple Répondant, soit par

ce que le bannissement ne semble pas pouvoir tenir licu ici de Peine proprement ainsi Chap. III.

nommée; soit parce que le bien de l'Etat ne demande pas qu’on chasse un tel Citoien pour
ce seul sujet. Il y a encore d'autres cas, où l'on souffre quelque chose à l'occasion des Cri-
mes ou des Délits d'autrui. Si, par exemple, un homme me donne le logement chez lui, -
& l'on vienne à confisquer la maison pour punir le Propriétaire de quelque Crime
qu'il a commis; je perds à cela en ce qu'il ine faut chercher un autre logis, dont il me
faudra paier le louage, au lieu que le maitre de la maison m'y auroit peut-être laislé de-
meurer plus long.tems sur le même pied : ce n'est pas néanınoins pour moi une véritable
Punition, puis que le Souverain, qui a aquis la Propriété de la maison, ne fait qu'user
de son droit en m'ordonnant de sortir. De même, lors que les Enfans d'un Traitre, ou
d'un Criminel d'Etat, sont exclus des Charges, le Pére est bien puni par là, en ce qu'il
se voit la cause (1) que les personnes, qui lui sont les plus chéres, sont réduites à vivre
dans l'obscurité; mais ce n'est pas une Peine par rapport aux Enfans, puis que les Con-
ducteurs de l'Etat aiant plein pouvoir de donner les Emplois & les Honneurs à qui bon
leur semble, peuvent en exclurre, lors que le Bien Public le demande, des gens mêmes

qui n'ont rien fait pour s'en rendre indignes. Personne ne doit

§. XXXIII. GROTIUS (a) croit, que, dans le dernier cas dont je viens de parler, & les Crimes d'au- autres semblables, on fait un exemple hors de la personne méme du Coupable, mais dans

les personnes qui le touchent de près. Cela est faux, & il ne serviroit de rien de dire avec (a,vbi fupra, Plutarque (b), que, quand un Maitre d'Ecole fouerte un Enfant, c'est une leçon é une 06) Defera Num. espece de correction pour les autres; de même qu'un Général châtie toute l'armée, lors qu'il vindiéta , p. 56o. l'a décime : car l'enfant qui est fouetté, avoit coinmis lui-mêine quelque faute; & quand on décime une armée, tous ceux, fue qui le sort tombe, étoient véritablement coupables.

Il $. XXXII. (1) Plutarque dit, qu'il n'y a point de pu σέλλεσι τσονηρών. ότι δ' εκ έσιν αισχία, έδε λυπεσε nicion plus honteuse, ni plus sensible, que de se voir la μάλλον ετέρα κόλασις , ή τας εξ αυτών κακά πάσχοντας cause que nos Enfans & nos Descendans sont malheu di auto's opzv. De sera Numin. vindi&ta , pag. 561. A.

Αι 3 δ:: τ παίδων ι8σαι [κολάσεις] και δια γένος, Ed. Wech. Tom. II. Grotius cite ce pallage, fans mar. μφαι είς τούς δευes γενόμμαι, πολλές επιτρέπεσαι και συ quer le Livre, d'où il est tire.

S. XXXIII,

que

trui.

reux.

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Il faut donc dire, que jamais (c) les Enfans innocens ne doivent être (1) punis pour les (e)Voicz Grotius Crimes de leurs Péres ou de leurs Ancêtres, quoi que, comme nous l'avons dit ci-dessus, ubi fuprà, f. 13, on puisle, sans leur faire aucun tort, ne pas leur laisser les biens & les honneurs dont ils auroient hérité sans cela; ce qui n'est pas une Punition proprement dite. Il y a eû néanmoins des Peuples (2), qui bannissoient ou faisoient mourir les Enfans, par exemple, d'un,

TyS. XXXIII. (1) Le Droit Romain établit cette maxi autre forme de procès, ceux qui s'en sont rendus coupa. me de l'Equité Naturelle, en termes clairs & énergi

bles. (Voiez Grotius, sur Jofué, I, 18.) · Mais, outre ques. Crimen vel pæna paterna nullam maculam filio infli- qu’un Prince pieux doit toûjours avoir devant les yeux les gere poteft. Namque unusquisque ex suo admiffo forri subji reflexions de l'Empereur Tibére, dans sa Harangue au citur: nec alieni criminis fucceffor constituitur : idque Divi

sujet de l'affaire de Pison ; (rapportée par Tacite, Annal. Fratres Hierapolitanis rescripserunt. Digeft. Lib. XLVIII. Lib. III. Cap. XII.) le droit même de la Guerre ne s'étend Tit. xix. De Pænis, Leg. XXVI. Sancimus, ibi effe pe pas jusqu'à rendre légitimne le meurtre & le carnage innam , ubi á notia est. Propinquos, notos, familiares pro

humain des Enfans en bas âge, qui ne savent pas encore cul à calumnia submovemus, quos reos sceleris societas non

discerner le bien d'avec le mal. Et ceux qui naissent dans facit. Nec enim adfinitas, vel amicitia nefarium crimen

un Etat en étant Citoiens par cela seul qu'ils y ont reça admittunt. Peccata igirur fuos teneant auctores: nec ulte le jour; en vertu dequoi les traiteroit-on en Énnemis, rius progrediatur metus, quàm reperiatur deli&tum. Cod. tant qu'ils n'ont eux-mêmes commis aucun Crime, qui Lib. IX. Tit. XLVII. De Pænis, Leg. XXII. Voiez Ovid. méritë qu'on les regarde sur ce pied-là ? Dans le Perou Metam. Lib. IV. verf. 669,670. & le discours d'Adraste, même, sous l'Empire des Incas, lors qu’un Curaca avoit dans Stace, vers la fin du I. Liv. de la Thébaide : Vulca été puni de mort, on n'excluoit pas pour cela son Fils de tius Gallican, in Avid. Caff. Cap. XII.

la même Charge; mais on se contentoit de lui inettre (2) Par exemple, les Perses (Ammiad. Marcellin. Lib. devant les yeux le crime & le supplice de fon Pére, afin XXIII. Cap. VI. Herodot. Lib. III. p. 129. Ed. H. Steph. qu'il prît garde à lui, & qu'il fût plus exact à bien faire Juftin. Lib. x. Cap. II. num. 6.) les Macédoniens ( Q. Curt. son devoir, pour ne pas avoir le même sort. Garcilaso de Lib. VI. Cap. XI. num. 8. & Lib. VIII. Cap. VI. num. 28.) la Vega, Hist. des Incas, Liv. II. Chap. XIII. C'est aussi les Carthaginois, (Justin. Lib. XXI. Cap. IV. num. 8.) & avec raison que l'on attend qu'une femme enceinte aîc aujourd'hui les japonois (Bern. Varen. Descripr. Japon. accouché, avant que de lui infliger la Peine de mort, à Cap. XVIII. & de Rel. Jap. Cap. XI. p. 129. Ferdin. Pinto, laquelle elle a été condamnée; coûtume très-louable, Itiner. Cap. LV.) Il y a même, dans le Code, une Loi qui a été pratiquee par les anciens Egyptiens, par les Grecs, d'Arcadius, Empereur Chrétien, par laquelle il est por par les Romains, & par plusieurs autres Peuples. Imperaré, que l'on doit faire mourir les Enfans, lors qu'on for Hadrianus Publicio Marcello refcripfit, liberam , qua craint qu'ils ne ressemblent à leurs Peres. Paterno enim prægnans ultimo fupplicio damnata est , liberum parere. Sed deberent perire fupplicio, in quibus paterni, hoc eft heredita folitum effe fervari eam, dum partum edere. Digeft. Lib. I. rii criminis exempla metuuntur. Lib. ix. Tit. VIII. Ad Leg. Tit. V. De statu bominum, Leg. XVIII. Voiez aufli la Loi Jul. Majestatis, Leg. V. §. I. (Voiez Ant. Matth. de Crim. V. §. 2. & Lib. XLVIII. Tit. XIX. De Pænis, Leg. III. Lib. XLVIII. Tit. II. §. 10.) On appréhendoit aussi, que Alian. Var. Hist. Lib. V. Cap. XVIII, avec les Notes de ceux qui resteroient de la Famille, ne vouluflent venger Scheffer,& de Kubnius: Diodor. Sicul. Lib. I. Cap. LXXVII. la mort de leurs Péres, ou de leurs parens ; & cette rai Pluiarcis. de fera Num. vindilta, pag. 552. D. Quintil, fon, aussi bien que l'autre, se trouvent exprimées dans

Declam. CCLXXVII. Les Législateurs, qui enveloppent ce passage de Justin, qui a été déja cite : Filii quoque, des personnes innocentes dans la ruïne ou dans la punicognatique omnes, etiam innoxii, fupplicio traduntur, ne tion de celles qui les couchent de pres, ne laissent pas quisquam aut ad imitandum scelus, ant ad mortem ulciscen d'abuser de leur pouvoir, quoi qu'avec le tems cela pardam, ex tam nefaria domo fupereffet. Lib. XXI. Cap. IV. à se pour honorable; comme dans certains endroits des la fin. Voiez ausi Lib. XXVI. Cap. I. num. 8. Val. Max. Indes, ou aujourd'hui, de même qu'autrefois, les FemLib. VI. Cap. II. ' Ariflot. Rhetor. Lib. II. Cap. XXI. mes sont obligees, après la mort de leurs Maris, de se Ammian. Marcellin. Lib. XXVIII. D'ailleurs, les Prin jetter dans le meme feu ou l'on brule leur cadavre: Loi ces, qui vouloient par là mettre leur vie en sûreté, rigoureuse, qu'un Roi de ce Pais-là établit , pour emeroient bien aises de presumer, & de faire croire, que pecher que les Femmes n'empoisonnalent leurs Maris, les auteurs des Conjurations tramées contr'eux, ne s'y afin d'en epouler d'autres, ce qui arrivoit souvent. Voicz étoient pas engagez, sans que leurs parens en süssent Cocer. Tufc. Quaft. Lib. V. Cap. XXVII. Strab. Lib. XV. quelque chose ; & c'est pour cela qu'Alexandre le Grand Abr. Roger. de Bramin. Part. 1. Cap. XIX. XX. Voilà bien fit mourir Parmenion, comme le remarque várrien, Lib. des Remarques, & des citations, que j'ai transportees III. On allegue encore ici la maxime de Tacite, rappor ici de l’Original, où elles étoient d'ailleurs dans une tée ci-deflus, Liv. I. Chap. II. f. 10. Not. 6. Mais toutes étrange contulion, dont j'ai tâche de les degager dans, ces raisons ne suffisent pas, pour faire porter à des En cette Note. L'Auteur rapportoit encore l'explication fans, ou autres parens moins proches, la peine d'une que Grotius prétend qu'on peut donner à l'exemple des iniquite à laquelle ils n'ont point de part. La raison que Enfans d'Achan, Josué, VII, 24, 25, comme si l'Histo-, Hobbes allégue, dans son Leviathan, Cap. XXVIII. n'est rien sacré vouloit dire timplement, que l'on avoit amepas plus solide. Il pretend, que les Criminels de Léze né ces Enfans, pour être témoins, avec tout le peuple, Majesté se déclarant Ennemis de l'Etat, on peut pour du supplice de leur Pére, afin que cela les rendît plus suivre par droit de Guerre , & eux, & leur pofterité, sages; de sorte que, selon ceux qui suivent cette interjusqu'à la troisiéme & quatrieme génération. Or, (dit-il) pretation, les paroles , après les a voir lapidez, ne se á la Guerre on n'observe pas les formalitez & les regles iapporcent qu'à Achan, & à son bêtail. Mais il vaut de la Justice, ou du droit de Glaive : le Vainqueur ne micux dire, comme fait ailleurs Grotius lui-même, (De diftingue point, par rapport au tems paffe, entre le Cou 7. B: P. Lib. 11. Cap. XXI. S. 14.) que Dieu erant le pable, &l’Innocent ; & il n'épargne personne, qu'au souverain arbitre & le maitre absolu de la vie des homtant que cela est nécessaire pour le bien de ses Sujets. J'a mes, peut , quand il lui plait, l'óter à qui bon lui fem-. voue, que les Crimes de Lèze-Majefte ont ceci de parti ble; & que, dans le cas dont il s'agit', il fait mourir culier, que le Prince peut être juge en sa propre cause, les Enfans pour punir les Péres par cette vûe affligean& faire mouris quelquefois, de la pure autorité, sans te, Outre que les Enfans eux-mêmes étant d'ailleurs

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