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tres-facile. Quoiqu'il en soit, on ne peut pas douter que ce ne soit le veritable Tens. Et ce qu'Herodote ajoûte le prouve visiblement. On peut voir l'endroit dans la Section 225, du Livre VII. D'ailleurs Diodore qui a dé. crit ce combat, dit que les Perses environnefent les Lacedemoniens, & qu'en les attaquant de loin, ils les percerent tous à coups de fléches & de trairs. A toutes ces raisons Monsieur D ne lauroit oppofer que l'authorité de Longin , qui a écrit & entendu ce passage de la même manicre dont il l'a traduit; mais je reponds, comme Monsieur le Févre, que des le temps mesme de Longin, ce passage pouvoir estre corrompu : que Longin estoic homme & que par consequent il a pu faillir aulli bien que "Demosthene, Platon & cous ces grands Heras de l'antiquité, qui ne nous ont donné des marques qu'ils estoient hommes que par quelques fautes & par leur mort. Si on veut encore le donner la peine d'examiner ce paffage, on cherchera, li je l'ose dire, Longin dans Longin mesme. En effet il ne rapporte ce paf fage que pour faire voir la beauté de cette Hyperbole, des hommes se deffendent avec les dens contre des

gens Armez, & cependant cette hyperbole est puerile, puisque lors qu'uu homme a approché son ennemi & qu'il l'a saisi au corps, comme il faut necessairement en venir aux prises pour employer les dents, il lui a rendu ses armes inutiles, ou mesme plutôt incom· modes. De plus ceci, des hommes se deffendent

Avec les dents contre des gens armez, ne prefuppose pas que les uns ne puiffent estre arinés comme les autres, & ainli la pensée de Longin est froide ; parce qu'il n'y a point d'oppolition sensible entre des gens qui se deffendeytavec les dents & des hommes qui com

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batent

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batent armez. Je n'ajoûterai plus que cette seule raison , c'est que fi l'on fuit la pensée de Longin, il y aura encore une faufferé dans Herodote, puisque les Historiens remarquent que les Barbares étoient armez à la legere avec de petits boucliers, & qu'ils estoient par confequent exposez aur coups des Lacedemoniens , quand ils approchoient des retranchemens, au lieu que ceux-ci estoient bien armez, serrez en Peloton & tout couverts de

leurs larges boucliers. Jeid

Et que tant de personnes soient ensevelies sous les traits de leurs ennemis.]Les Grecs dont parle ici Herodote estoient en fort petit nombre, Longin n'a donc pâ écrire o que tant de perfonnes, Owc. D'ailleurs de la maniere que cela est écrit , il semble que Longin trouve cette metaphore excessive, plâcost à cause du nombre des personnes qui sont ensevelies sous les traits, qu'à cause de la chofe mesme, & cela n'est point; car au contraire Longin dit clairement, quelle byperbole combattre avec les dents contre des gens armeze, celle-cy encore effre accablé sous les traits? cela ne laisse pas near

moins, oʻc. Ch.XX811.° Que l'harmonie n'eft pas fimplement un agrépag. 113. ment que la nature a mis dans la voix de l'home

me pour perfuader q pour inspirer le plaisir, mais que dans les instrumens mefme inanimés, oc.] Monsieur D*** alleure dans ses Remarques, que ce paffage doit estre entendu comme il l'a explique", mais je ne suis pas de son avis, & je trouve qu'il s'est éloigné de la pensée de Longin en prenant le mot Grec organum pour un instrument, comme unc fûte, une lyre, au lieu de te prendre dans le sens de Longin pour un organe ; comme nous disons pour une cause, un moyen. Lon

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gin dit clairement, l'harmonie n'est pas seule-
ment un moyen naturel à l'homme pour per-
fuader o pour inspirer le plaisir,mais encore un
organe, un instrument merveilleux pour élever
le courage pour émouvoir les passions. C'est, à
mon avis, le veritable sens de ce passage , Lon-
gin vient ensuite aux exemples de l'harmonie
de la Aûte & de la lyre, quoi que ces organes
pour émouvoir & pour persuader n'appro-
chent point des moyens qui sont propres &
naturels à l'homme, &c.

Cependant ce ne sont que des images ou de Pag. 184,
fimples imitations de la voix, qui ne disenter
ne persuadent rien. ] Longin, à mon sens, n'a

garde de dire que les instrumens, comme la trompette, la lyre, la Aûre, ne disent ou ne perfuadent rien. Il dit , Cependant ces images en ces imitations ne sont que des organes båtards pour perfuader, n'approchent point du tout de ces moyens qui, comme j'ai deja dit, sont propres o naturels à l'homme. Longin veut dire que l'harmonie qui se tire des differens fons d'un instrument, comme de la lyre ou de la flûte, n'est qu'une foible image de celle qui se forme par les differens fons, & par la differente flexion de la voix, & que cette derniere harmonie, qui est naturelle à l'homme , a beaucoup plus de force que l'autre pour persuader & pour émouvoir. C'est ce qu'il seroit fort aisé de prouver par des exemples.

Et l'expérience en fait foy ****. ] Longin Pag. 119rapporte aprés cecy un passage de Demofthene que Monsieur D*** a rejetté dans fes Remarques , parce qu'il est entierement attaché à la langue Grecque, le voici: răto topicκαι τ τοπ τη πόλη σεισίνα Κίνδυνον παρελθείν Woinder Cos véo G. Comme ce Rheteur af Seure que l'harmonie de la periode ne cede Q 6

point

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point à la beauté de la pensée, parce qu'elle est coure composée de nombres dactyliques; je croy qu'il ne sera pas inutile d'expliquer ici cette harmonie & ces nombres ; vù même que le passage de Longin est un de ceux que l'on peut traduire fort bien 20 pied de la lettre, fans entendre la pensée de Longin, & fans connaitre la beauté du passage de Demosthene. Je vay donc tâcher d'en donner au lecteur une intelligence dette & diftin; ete, & pour cet effet je distribueray d'abord la periode de Demosthene dans ses nombres dzayliques, comme Longin les a entendus,

-y ξτέτο το] ψήφιζας] τον τόπ} τη πελς] ορισάν ] τα [Κίνδωον] παρελθείν ] εποίη] στη [*coe 09.] Voilà neuf nombres dactyliques en tout. Avant que de passer plus avant, il est bon de remarquer que beaucoup de gers ont fort mal entenda ces nombres da&tyliques pour les avoir confondus avec les metres ou les pieds que l'on appelle Dactyles. Il y a pourtant bien de la difference. Pour le nombre dactylique on n'a égard qu'au temps; & à la prononciation, & pour le dactyle on a égard à l'ordre & à la position des lettres, de forte qu'un même mot peut faire un nombre daclylique sans estre pourtant un Dactyle, comme cela paroît par[tro Cuorñ mía] Tupea Jew] Mais revenons à nostre pallage. Il n'y a plus que trois difficultez qui se presentent: la premiere que ces nombres devant estre de quatre temps, d'un long qui en vaut deux , & de deux courts, le second nombre de cette periode

Chce, le quatrième, le cinquiéme & quelques autres paroissent en avoir cing, parce que dans

du

460Cuego, la premiere syllabe estant longue, en vaut deux, la seconde eftant aussi longue en vaut deux autres, & la troisiéme breve, un, &c. A cela je réponds, que dans les Rythmes ou nombres, comme je l'ay déja dit, on n'a égard qu'au temps & å la voyelle , & qu'ainsi qis est aussi bref que mol. C'est ce qui paroistra clairement par ce seul exemple de Quintilien, qui dit, que la seconde fyllabe d'agreftis est breve.La seconde difficulté naist de ce precepce de Quintilien, qui dit dans le Chapitre iv. Livre 1x. Que gaand he periode commence par une sorte de rythme ou de nombre , elle doit continuer dans la mesme rythme jusques à la fin. Or dans cette periode de Demofthene le nombre semble changer , puisque tantost les longues & tantost les breves sont les premieres; mais le mesme Quintilien ne laisse aucun doute là dessus, si l'on prend garde à ce qu'il a dit auparavant, Qu'il est indifferent aux rythmes dictyliques d'avoir les deux premieres ou les deux dernieres breves , parce que l'on n'a égard qu'aux temps e à ce que son élevation foit de ine (me nombre que la position. Enfin la troisié. me & derniere difficulté vient de la derniere rythme Caravéos que Longin fait de quatre fyllabes, & par confequent de cinq tems, quoique Longin assure qu'il se mesure par quatre. Je répouds que ce nombre ne laisse pas d'estre dactylique comme les autres, parce que le temps de la derniere fyllable est super Alu & coinpté pour rien, comme les syllabes qu'on trouve de crop dans les vers qui de la font pellez hypermetres.On n'a qu'à écouter Quintilien: Les rythmes reçoivent plus facilement des temps fuperflus,quoique la mefme chose arrive aussi quelquefois aux metres. Cela suffit pour éclaircir la periode de Demosthene & la pensée

A

ap

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