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Chrétien pût détourner så vue des horreurs de la mort, semblable à un enfant timide que les jeux de son âge ont amené sur le bord d'un précipice, et qui recule plein d'effroi, n'osant pas même porter un regard en avant. Déjà sa main défaillante avoit peine à conduire cette plume tant redoutée des ennemis de la foi; et toutefois il ne cessoit de jeter des pensées d'une force et d'une profondeur toujours également incroyable: mais il donnoit au monde, en ce moment même, un grand et magnifique spectacle de la charitéchrétienne dans tout son éclat. Quand ses infirmités ne lui permettent plus d'aller au dehors porter ses secours,

d'aller consoler le malheureux qui s'est fait une douce habitude de ses visites, il lui ouvre så propre maison, il l'appelle à ses côtés, sous le même toit. Je ne retournerai plus

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parmi vous, mes amis, leur dit-il; demeurez donc présentement avec moi : qu'il me soit encore permis d'adoucir la rigueur de votre sort, de sécher quelques unes de vos larmes ! Il se plaît avec les pauvres; il pense que de toutes les aumônes, la meilleure, comme la plus méritoire, est celle que l'on fait soi-même avec amour, tel qu'un ministre ou un dispensateur des graces divines.

Qu'il lui parut cruel, ce jour, où, foreé d'abandonner la maison qu'habitoient avec lui le pauvre et l'infirme, on le transporta chez sa seur (1)! Portez

(1) Un enfant de ces pauvres que Pascal avoit recueilli chez lui, ayant été attaqué de la petite vépole, il sentit tout l'embarras où alloit être madame Perrier, sa soeur, qui ne pouvoit le venir voir sans s'exposer au danger de porter cette maladie à ses propres enfants. En conséquence , il aima mieux

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moi, disoit-il, dans ces saintes retraites où va le misérable exhaler son dernier soupir : que la même main qui fermera ses yeux, ferme aussi les miens ! Que je souffre parmi les pauvres, que je meure au milieu d'eux ! Voilà les dernieres prieres qu'il adressa au monde, supportant toutes choses patiemment; hors cette séparation du pauvre,

si affligeante et si pénible pour lui.

Loin de moi l'idée d'avoir rempli ma tâche et dignement loué cet homme extraordinaire, de mours si pures et si saintes, dont la vie entiere a été consacrée à l'instruction des hommes; qui,

quitter lui-même sa maison, que d'obliger le pauvre à en sortir; disant, ainsi que le rapporte madame Perrier: Il y a moins de danger pour moi dans ce changement de demeure; c'est pourquoi il faut que ce soit moi qui quitte.

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dès l'âge le plus tendre, se fit remarquer par une haute sagesse ; qui, pour la seconde fois, chassa les marchands du temple, ruina la secte des Pharisiens, vécut parmi les pauvres,

loin des grandeurs où l'appeloit sa naissance, et mourut enfin, après une longue et douloureuse agonie, à la fleur de l'âge, si semblable en tout à ce divin maître, que nous devons tous nous proposer pour modele. . Je m'étois promis de n’entreprendre en ma vie aucun éloge, de peur qu'il ne me fallût trop souvent taire la vérité, et que malgré moi la flatterie n'échappât encore par quelque endroit; et voilà maintenant que je me trouve au-dessous de mon sujet ! Il est vrai , je ne me figurois point alors un homme si éminent en doctrine et en vertu, mettant autant de soin à cacher le bien qu'il fai

soit, qu’un autre en met à dissimuler ses vices; un homme, enfin, si accompli de tout point, qu'on ne peut dire qui nous saisit le plus d'admiration, ou de son vaste génie ou de sa vie philosophique et chrétienne.

FIN.

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