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étoiles, il rapporte le sentiment d'Aristarque pour l'interpréter à sa manière.

Suivant Archimède, Aristarque supposait que les étoiles et le soleil étaient immobiles, que la terre était transportée autour du soleil dans la circonférence du cercle placé au milieu de son cours; que la sphère des étoiles a le même centre que le soleil; mais qu'elle est si grande que le cercle dans lequel il fait tourner la terre a la même proportion avec la distance des étoiles, que le centre d'une sphère par rapport à sa sur

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Archimède objecte ensuite à Aristarque que le centre n'ayant aucune étendue, ne peut avoir aucune proportion. Mais on pouvait lui répondre que c'est précisément pour cela qu'Aristarque s'en était servi pour exprimer l'étendue infinie de la sphère étoilée. Il paraît avoir senti dès-lors re qui est démontré aujourd'hui, que le diamètre tout en entier de l'orbite de la terre n'est qu'un point imperceptible en comparaison de la distance des étoiles. Mais comme Archimède avait besoin d'un nombre pour son calcul, il sub

1. Histoire de l'Astronomie moderne, par Bailly. Paris, 1785, tomo I, page 14.

stitua à l'infini d'Aristarque un nombre hypothétique dont le rapport avec l'orbe annuel fût le même que de celui-ci au globe terrestre. Si l'on pouvait supposer un pareil sens au passage d'Aristarque, ce serait du moins le diamètre du soleil qu'il aurait fallu employer, et non pas celui de la terre qui n'est point le centre de l'orbe, ni celui de la sphère étoilée.

Ainsi Archimède comprit fort mal, ce semble, le sens d'Aristarque; il supposa les étoiles beaucoup plus près qu'Aristarque, et beaucoup plus qu'elles ne le sont. Si nous suivions actuellement l'idée d'Archimède en rectifiant ses données, nous dirions que la distance des étoiles est 24 mille fois plus grande que celle du soleil, tandis qu'elle est certainement au-delà de 200 mille fois, c'est-à-dire de 7,000,000 de fois un million, ou de 7 trillions. En effet, si elles n'étaient pas encore plus éloignées, nous verrions dans l'espace de six mois un changement de deux secondes dans la situation des étoiles les plus grosses ou les plus voisines de nous. Mais cette différence n'existe point, comme on s'en est assuré dans les observations de l'aberration. Ainsi la distance des étoiles est de plus de 7 trillions de lieues, et je ne parle que de celles qui sont les plus grosses, les plus apparentes, et que

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l'on a lieu de présumer être les moins éloignées de la terre.

Mais si avec un télescope de 20 pieds seulement on a compté dans une partie du ciel un nombre d'étoiles qui ferait 75 millions pour tout le ciel, combien n'en verra-t-on pas avec de plus grands télescopes? Ces différents ordres d'étoiles forment autant d'étages, et l'on ne peut donner moins de 7 millions de millions de lieues à chacun. Cependant notre faible vue n'aperçoit qu'une bien petite partie de l'étendue, et il semble qu'Aristarque l'avait déjà compris. Qu'est-ce que le résultat de tout ce calcul, en comparaison du reste de l'univers?

On demande quelquefois à quoi servent ces vastes et belles spéculations d'astronomie. Je réponds que du moins les astronomes ne négligent point la partie de cette science plus rapprochée de nos besoins, et surtout celle qui intéresse la marine. Mais un coup d'oeil jeté sur cet espace infini rempli d'un nombre prodigicux de mondes, peut servir à faire connaître l'immensité de l'ouvrage du Dieu créateur et conservateur qui préside à tous ces mondes, et la grandeur de l'esprit qu'il a donné à l'homme qui, malgré sa petitesse, parvient à les connaître, à les compter et à les mesurer.

Mais revenons à l'astronome grec, et à son idée ingénieuse pour trouver la distance du soleil en se servant de la lune et en mesurant son écartement par rapport au soleil, au moment où la lune paraît en quartier et où sa lumière est exactement un demi-cercle. Lalande l'explique dans son Astronomie 1. Mais le livre dans lequel se trouve cette idée, véritablement étonnante pour ce temps-là, semble avoir été composé dans un temps où l'on n'observait pas. Aristarque y suppose que le soleil et la lune paraissaient de 2 degrés, c'est-à-dire, quatre fois trop; il suppose que l'angle sous lequel on verrait la distance de la lune à la terre, si l'on était dans le soleil, est de 3 degrés, au lieu de 9 minutes. Gela lui fait trouver le soleil 19 fois plus loin de la terre que n'est la lune, au lieu de 400 2.

En calculant d'après ses données, on trouve la distance de la lune 20 fois le rayon de la terre, au lieu de 60; le rayon du soleil 7 fois environ celui de la terre, au lieu de 111; et celui de la lune 35 centièmes de celui de la terre, au lieu de 27. L'angle du cône qui comprend le soleil et la terre, se trouve de 1 degré 42', et la

1. Troisième édition, art. 1708.

2. Journal des Savants du 16 germinal an v (6 avril 1797), article de M. de Lalande.

longueur totale du cône 22, 4, la distance de la lune à la terre étant prise pour unité. La lune, vue sous un angle de 2 degrés, devait avoir un diamètre 28 fois 1/2 moindre que la distance, et c'est aussi ce que concluait Aristarque. Le reste de tout l'ouvrage est rempli de détails de calculs qui sont peu utiles; il n'y a de remarquable et d'important que le peu de lignes où il indique la méthode dont j'ai parlé. Mais celui qui avait médité avec tant de génie et de succès sur l'astronomie, ne pouvait pas être long-temps sans faire lui-même quelques observations. Le solstice qu'il observa l'an 281 avant notre ère, en est la preuve.

Il suffisait des moindres observations pour connaître la défectuosité des éléments qu'Aristarque avait admis dans son Traité sur les grandeurs et les distances du soleil et de la lune. Aussi Archimède, dans son Arenarius, dit que le diamètre du soleil est la 720° partie du cercle suivant Aristarque, c'est-à-dire de 30 minutes, et nous le trouvons de 32 minutes; ainsi ce grand homme avait sans doute observé le diamètre du soleil après avoir publié l'ouvrage où il s'était si fort trompé à ce sujet. Il supposait, dans le même ouvrage, que la lune était la moitié de l'ombre de la terre. Ainsi le rayon de l'ombre

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