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mêlent, que le combat ne soit pas sanglant, et sur la défensive sans livrer de combat; ou, si qu'il y ait moins de dix mille hommes sur la on le livre, on le doit perdre; et, si on le perd, place. Il va même souvent jusqu'à oublier ses voilà l'ennemi sar la frontière. Et, comme intérêts les plus chers, le repos et la sûreté, Démophile le fait voler, le voilà dans le coeur du par l'amour qu'il a pour le changement, et par royaume : il entend déja sonner le beffroi des le goût de la nouveauté ou des choses extraor- villes, et crier à l'alarme; il songe à son bien et dinaires. Quelques uns consentiroient à voir à ses terres : où conduira-t-il son argent, ses une autre fois les ennemis aux portes de Dijon meubles, sa famille? où se réfugiera-t-il ? en ou de Corbie, à voir lendre des chaînes, et faire Suisse, ou à Venise! des barricades, pour le seul plaisir d'en dire Mais à ma gauche Basilide met tout d'un coup ou d'en apprendre la nouvelle.

sur pied une armée de trois cent mille hommes; Démophile, à ma droite, se lamente et s’écrie: il n'en rabattroit pas une seule brigade : il a la Tout est perdu, c'est fait de l'état; il est du liste des escadrons et des bataillons, des génémoins sur le penchant de sa ruine. Comment raux et des officiers ; il n'oublie pas l'artillerie résister à une si forte et si générale conjuration? ni le bagage. Il dispose absolument de toutes Quel moyen, je ne dis pas d'être supérieur, ces troupes : il en envoie tant en Allemagne et mais de suffire seul à tant et de si puissants. tant en Flandre; il réserve un certain nombre ennemis? Cela est sans exemple dans la monar- pour les Alpes, un peu moins pour les Pyrénées, chie. Un héros, un Achille y succomberoit. et il fait passer la mer à ce qui lui reste. Il conOn a fait, ajoute-t-il, de lourdes fautes : je noît les marches de ces armées, il sait ce qu'elles sais bien ce que je dis, je suis du métier, j'ai vu feront et ce qu'elles ne feront pas ; vous diriez la guerre, et l'histoire m'en a beaucoup appris. qu'il ait l'oreille du prince ou le secret du miIl parle là-dessus avec admiration d'Olivier Le nistre. Si les ennemis viennent de perdre une Daim et de Jacques Coeur : c'étoient là des bataille où il soit demeuré sur la place quelques hommes, dit-il, c'étoient des ministres. Il débite neuf à dix mille hommes des leurs, il en compte ses nouvelles, qui sont toutes les plus tristes et jusqu'à trente mille, ni plus ni moins; car ces les plus désavantageuses que l'on pourroit fein- nombres sont toujours fixes et certains, comme dre : tantôt un parti des nôtres a été attiré dans de celui qui est bien informé. S'il apprend le une embuscade, et taillé en pièces; tantôt matin que nous avons perdu une bicoque, non quelques troupes renfermées dans un château seulement il envoie s'excuser à ses amis qu'il a se sont rendues aux ennemis à discrétion, et la veille conviés à diner, mais même ce jour-là ont passé par le fil de l'épée. Et, si vous lui il ne dine point; et, s'il soupe, c'est sans appétit. dites que ce bruit est faux, et qu'il ne se con- Si les nôtres assiégent une place très forte, firme point, il ne vous écoute pas : il ajoute très régulière, pourvue de vivres et de muqu’un tel général a été tué; et bien qu'il soit nitions, qui a une bonne garnison, commanvrai qu'il n'a reçu qu'une légère blessure, et que dée par un homme d'un grand courage, il vous l'en assuriez, il déplore sa mort, il plaint dit que la ville a des endroits foibles et mal sa veuve, ses enfants, l'état; il se plaint lui- fortifiés, qu'elle manque de poudre, que son même : il a perdu un bon ami et une grande gouverneur manque d'expérience, et qu'elle protection. Il dit que la cavalerie allemande est capitulera après huit jours de tranchée ouverte. invincible : il pålit au seul nom des cuirassiers Une autre fois il accourt tout hors d'haleine, et de l'empereur. Si l'on attaque cette place, con- après avoir respiré un peu : Voilà , s'écrie-t-il, tinue-t-il, on lèvera le siége, ou l'on demeurera une grande nouvelle ; ils sont défaits, et à plate

couture; le général, les chefs, du moins une 1 Olivier Le Daim, fils d'un paysan de Flandre, d'abord bar- bonne partie, tout est tué, lout a péri. Voilà, bier de Louis XI, et ensuite son principal ministre, pendu en 1484, au commencement du règne de Charles VIII. - Jacques continue-t-il, un grand massacre, et il faut Creur, riche et fameux commerçant, devint trésorier de l'épar- convenir que nous jouons d'un grand bonheur. gne de Charles VII , à qui il rendit les plus grands services, et Il s'assil', il souffle après avoir débité sa nouqui, après l'avoir comblé d'honneurs, finit par le sacrifier à me cabale de cour.

" Il s'assit, pour il s'assied. C'est ce quc portent toutes les

velle , à laquelle il ne manque qu'une circons- Le ministre ou le plénipotentiaire est un calance, qui est qu'il est certain qu'il n'y a point eu méléon, est un protée : semblable quelquefois de bataille. Il assure d'ailleurs qu'un tel prince à un joueur habile, il ne montre ni llumeur, ni renonce à la ligue, et quitte ses confédérés ; complexion , soit pour ne point donner lieu aux qu'un autre se dispose à prendre le même parti: conjectures, ou se laisser pénétrer, soit pour ne il croit fermement avec la populace qu'un troi- rien laisser échapper de son secret par passion sième est mort, il nomme le lieu où il est enterré; ou par foiblesse. Quelquefois aussi il sait feindre et, quand on est détrompé aux halles et aux le caractère le plus conforme aux vues qu'il a, faubourgs, il parie encore pour l'affirmative. et aux besoins où il se trouve, et paroitre tel Il sait, par une voie indubitable, que T. K. L.' qu'il a intérêt que les autres croient qu'il est en fait de grands progrès contre l'empereur ; que effet. Ainsi dans une grande puissance, ou dans le grand-seigneur arme puissamment, ne veut une grande foiblesse, qu'il veut dissimuler, il point de paix, et que son visir va se montrer est ferme et inflexible, pour ôter l'envie de une autre fois aux portes de Vienne : il frappe beaucoup obtenir ; ou il est facile , pour fournir des mains, et il tressaille sur cet évènement, aux autres les occasions de lui demander, et se dont il ne doute plus. La triple alliance chez lui donner la même licence. Une autre fois, ou il est un Cerbère, et les ennemis autant de monstres est profond et dissimulé, pour cacher une vérité à assommer. Il ne parle que de lauriers, que de en l'annonçant, parcequ'il lui importe qu'il l'ait palmes, que de triomphes, et que de trophées. dite, et qu'elle ne soit pas crue; ou il est franc Il dit dans le discours familier : Notre auguste et ouvert , afin que, lorsqu'il dissimule ce qui héros, notre grand potentat : notre invincible ne doit pas être su , l'on croie néanınoins qu'on monarque. Réduisez-le, si vous pouvez, à dire n'ignore rien de ce que l'on veut savoir, et que simplement : Le roi a beaucoup d'ennemis; ils l'on se persuade qu'il a tout dit. De même, ou il sont puissants, ils sont unis, ils sont aigris : il les est vif et grand parleur, pour faire parler les a vaincus ; j'espère toujours qu'il tes pourra vain- autres, pour empêcher qu'on ne lui parle de ce cre. Ce style, trop ferme et trop décisif pour qu'il ne veut pas ou de ce qu'il ne doit pas Démophile, n'est pour Basilide ni assez pom- savoir, pour dire plusieurs choses indifférentes peux, ni assez exagéré : il a bien d'autres qui se modifient ou qui se détruisent les unes les expressions en tête ; il travaille aux inscriptions autres, qui confondent dans les esprits la crainte des arcs et des pyramides qui doivent orner la et la confiance, pour se défendre d'une ouverville capitale un jour d'entrée; et dès qu'il en- ture qui lui est échappée par une autre qu'il tend dire que les armées sont en présence, ou aura faite; ou il est froid et taciturne, pour jeter qu’une place est investie, il fait déplier sa robe les autres dans l'engagement de parler, pour et la mettre à l'air, afin qu'elle soit toute prête écouter long-temps, pour être écouté quand il pour la cérémonie de la cathédrale.

parle, pour parler avec ascendant et avec poids, Il faut que le capital d'une affaire qui assem- pour faire des promesses ou des menaces qui ble dans une ville les plénipotentiaires ou les portent un grand coup, et qui ébranlent. JI agents des couronnes et des républiques soit s'ouvre el parle le premier, pour, en découvrant d'une longue et extraordinaire discussion, si les oppositions, les contradictions, les brigues, elle leur coûte plus de temps, je ne dis pas que et les cabales des ministres étrangers sur les les seuls preliminaires , mais que le simple regle- propositions qu'il aura avancées, prendre ses ment des rangs, des préséances, et des autres mesures et avoir la réplique : et, dans une autre cérémonies.

rencontre, il parle le dernier, pour ne point parEditions données par La Bruyère; et ce qui fait croire que ce ler en vain , pour être précis, pour connoitre n'est point une faute d'impression, mais une manière d'écrire

parfaitement les choses sur quoi il est permis de particulière à l'auteur, c'est qu'on retrouve le même solécisme dans le caractère du Distrait.

fairefonds pour lui ou pour ses alliés, pour savoir • Tékéli, noble hongrois, qui leva l'étendard de la révolte ce qu'il doit demander et ce qu'il peut obtenir. contre l'empereur, unit ses armes à celles du croissant, fit trem- Il sait parler en termes clairs et formels; il sait bler son maitre dans Vienne, et mourut, presque oublié, en 1705, pres de Constantinople.

encore mieux parler ambigument, d'une ma

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nière enveloppée, user de tours ou de mots il unil d'abord d'intérêt plusieurs foibles contre équivoques, qu'il peut faire valoir ou diminuer un plus puissant, pour rendre la balance égale; dans les occasions et selon ses intérêts. Il de- il se joint ensuite aux premiers pour la faire mande peu quand il ne veut pas donner beau- pencher, et il leur vend cher sa protection et coup. Il demande beaucoup pour avoir peu, et son alliance. Il sait intéresser ceux avec qui il l'avoir plus sûrement. Il exige d'abord de peti- traite; et par un adroit manége', par de fins et tes choses, qu'il prétend ensuite lui devoir être de subtils détours, il leur fait sentir leurs avancomptées pour rien, et qui ne l'excluent pas lages particuliers, les biens et les honneurs d'en demander une plus grande; et il évite au qu'ils peuvent espérer par une certaine facilité, contraire de commencer par obtenir un point qui ne choque point lear commission, ni les important, s'il l'empêche d'en gagner plusieurs intentions de leurs maîtres : il ne veut pas aussi autres de moindre conséquence, mais qui tous être cru imprenable par cet endroit; il laisse ensemble l'emportent sur le premier. Il demande voir en lui quelque peu de sensibilité pour sa trop pour être refusé, mais dans le dessein de fortune : il s'attire par-là des propositions qui se faire un droit ou une bienséance de refuser lui découvrent les vues des autres les plus secrèlui-même ce qu'il sait bien qui lui sera demandé, tes, leurs desseins les plus profonds, et leur et qu'il ne veut pas octroyer : aussi soigneux dernière ressource; et il en profite. Si quelalors d'exagérer l'énormité de la demande, et quefois il est lésé dans quelques chefs qui ont de faire convenir, s'il se peut, des raisons qu'il enfin été réglés, il crie haut; si c'est le contraire, il a de n'y pas entendre, que d'affoiblir celles crie plus haut, et jette ceux qui perdent sur la qu'on prétend avoir de ne lui pas accorder ce justification et la défensive. Il a son fait digéré qu'il sollicite avec instance, également appliqué par la cour, toutes ses démarches sont mesuà faire sonner haut et à grossir dans l'idée des rées, les moindres avances qu'il fait lui sont autres le peu qu'il offre, et à mépriser ouverte- prescrites, et il agit néanmoins dans les points ment le peu que l'on consent de lui donner. Il difficiles, et dans les articles contestés, comme fait de fausses offres, mais extraordinaires, qui s'il se relâchoit de lui-même sur-le-champ, et donnent de la défiance, et obligent de rejeter comme par un esprit d'accommodement : il ose ce que l'on accepteroit inutilement; qui lui sont même promettre à l'assemblée qu'il fera goûter cependant une occasion de faire des demandes la proposition, et qu'il n'en sera pas désavoué. exorbitantes , et mettent dans leur tort ceux qui Il fait courir un bruit faux des choses seulement les lui refusent. Il accorde plus qu'on ne lui de- dont il est chargé, muni d'ailleurs de pouvoirs mande, pour avoir encore plus qu'il ne doit particuliers, qu'il ne découvre jamais qu'à donner. Il se fait long-temps prier, presser, l'extrémité, et dans les moments où il lui seroit importuner, sur une chose médiocre, pour pernicieux de ne les pas mettre en usage. Il éteindre les espérances, et ôler la pensée d'exi- iend sur-tout par ses intrigues au solide et à ger de lui rien de plus fort; ou, s'il se laisse l'essentiel, toujours près de leur sacrifier les fléchir jusqu'à l'abandonner, c'est toujours avec minuties et les points d'honneur imaginaires. Il des conditions qui lui font partager le gain et a du flegme, il s’arme de courage et de pales avantages avec ceux qui reçoivent. Il prend tience, il ne se lasse point, il fatigue les autres, directement ou indirectement l'intérêt d'un allié, et les pousse jusqu'au découragement : il se s'il y trouve son utilité et l'avancement de ses précautionne et s'endurcit contre les lenteurs et prétentions. Il ne parle que de paix, que d'allian- les remises, contre les reproches, les soupçons, ces, que de tranquillité publique, que d'intérêt les défiances, contre les difficultés et les obspublic; et en effet il ne songe qu'aux siens, tacles, persuadé que le temps seul et les conjoncc'est-à-dire à ceux de son maître ou de sa répu- lures amènent les choses et conduisent les esblique. Tantôt il réunit quelques uns qui étoient prits au point où on les souhaite. Il va jusqu'à contraires les uns aux autres, et tantôt il divise feindre un intérêt secret à la rupture de la négoquelques autres qui étoient unis ; il intimide les ciation, lorsqu'il desire le plus ardemment forts et les puissants, il encourage les foibles; I qu'elle soit continuée; et, si au contraire il a des ordres précis de faire les derniers efforts | ses viles créatures, et qu'il ne se dédommage pour la rompre, il croit devoir, pour y réussir, dans le particulier d'une si grande servitude, en presser la continuation et la fin. S'il survient par les ris et la moquerie. un grand évènement, il se roidit ou il se relâche Hommes en place, ministres, favoris, me selon qu'il lui est utile ou préjudiciable ; et si, permettrez-vous de le dire? ne vous repopar une grande prudence, il sait le prévoir, il sez point sur vos descendants pour le soin de presse et il temporise selon que l'état pour qui votre mémoire et pour la durée de votre nom : il travaille en doit craindre ou espérer ; et il les titres passent, la faveur s'évanouit, les dirègle sur ses besoins ses conditions. Il prend guités se perdent, les richesses se dissipent, et conseil du temps, du lieu, des occasions, de le mérite dégénère. Vous avez des enfants, il sa puissance ou de sa foiblesse, du génie des est vrai, dignes de vous; j'ajoute même capanations avec qui il traite, du tempérament et du bles de soutenir toute votre fortune : mais qui caractère des personnes avec qui il négocie. peut vous en promettre autant de vos petits-fils ? Toutes ses vues, toutes ses maximes, tous les Ne m'en croyez pas, regardez, ceite unique raffinements de sa politique, tendent à une seule fois, de certains hommes que vous ne regardez fin, qui est de n'être point trompé, et de trom- jamais, que vous dédaignez; ils ont des aïeux, per les autres.

à qui, tout grands que vous êles, vous ne faiLe caractère des François demande du sé- tes que succéder. Ayez de la vertu et de l'hurieux dans le souverain.

manité; et si vous me dites, Qu'aurons-nous de L'un des malheurs du prince est d'être sou- plus ? je vous répondrai, De l'huinanité et de vent trop plein de son secret, par le péril qu'il la vertu : maîtres alors de l'avenir, et indépeny a à le répandre : son bonheur est de rencon- dants d'une postérité, vous êtes sûrs de durer trer une personne sûre qui l'en décharge. autant que la monarchie; et dans le temps que

Il ne manque rien à un roi que les douceurs l'on montrera les ruines de vos châteaux, et d'une vie privée : il ne peut être consolé d'une peut-être la seule place où ils étoient construits, si grande perle que par le charme de l'amitié, l'idée de vos louables actions sera encore fraiet par la fidélité de ses amis.

che dans l'esprit des peuples ; ils considèreront Le plaisir d'un roi qui mérite de l'être est de avidement vos portraits et vos médailles ; ils dil’être moins quelquefois, de sortir du théâtre, ront: Cet homme', dont vous regardez la peinde quitter le bas de saye' et les brodequins, et ture, a parlé à son maitre avec force et avec lide jouer avec une personne de confiance un rôle berté, et a plus craint de lui nuire que de lui plus familier.

déplaire; il lui a permis d'ètre bon et bienfaiRien ne fait plus d'honneur au prince que la sant , de dire de ses villes, ma bonne ville, et modestie de son favori.

de son peuple, mon peuple. Cet autre dont vous Le favori n'a point de suite; il est sans enga- voyez l'image?, et en qui l'on remarque une gement et sans liaisons. Il peut être entouré de physionomie forte, jointe à un air grave, ausparents et de créatures; mais il n'y tient pas : tère et majestueux, augmente d'année à autre il est détaché de tout, et comme isolé.

de réputation ; les plus grands politiques soufJe ne doute point qu’un favori, s'il a quelque frent de lui ètre comparés. Son grand dessein force et quelque élévation, ne se trouve sou- a été d'affermir l'autorité du prince et la suvent confus et déconcerté des bassesses, des i reté des peuples par l'abaissement des grands : petitesses de la flatterie, des soins superflus et ni les partis, ni les conjurations, ni les trahides attentions frivoles de ceux qui le courent, sons, ni le péril de la mort, ni ses infirmités, qui le suivent, et qui s'attachent à lui comme n'ont pu l'en détourner; il a eu du temps de Le panneau le plus délié et le plus spé-dans les places ou dans les rues d'une ville au cieux qui dans tous les temps ait été tendu aux fer d'un assassin, et que je craignisse moins dans grands par leurs gens d'affaires, et aux rois l'horreur de la nuit d'être pillé ou massacré par leurs ministres, est la leçon qu'ils leur font dans d'épaisses forêts que dans ses carrefours; de s'acquitter et de s'enrichir : excellent conseil, si la sûreté, l'ordre, et la propreté, ne rendoient maxime utile, fructueuse, ime mine d'or, un pas le séjour des villes si délicieux, et n'y avoient Pérou, du moins pour ceux qui ont su jusqu'à pas amené, avec l'abondance, la douceur de la présent l'inspirer à leurs maîtres!

reste, pour entamer un ouvrage, continué en· Le bas de saye est la partie inférieure du saye, habille-suite et achevé par l'un de nos plus grands et de ment romain appelé en latin sagum. Ce bas de saye est ce nos meilleurs princes, l'extinction de l'hérésie. qu'on nommoit, sur nos théâtres, tonnelet , espèce de tablier plissé, enlé et circulaire, dont s'affubloient les acteurs tra. Le cardinal Georges d'Amboise. giques dans les pièces romaines ou grecques.

2 Le carlinal de Richelieu

Louis XIV.

société; si, foible et seul de mon parti , j'avois C'est un extrême bonheur pour les peuples à souffrir dans ma métairie du voisinage d'un quand le princeadmet dans sa confianceet choisit grand , et si l'on avoit moins pourvu à me faire pour le ministère ceux mêmes qu'ils auroient justice de ses entreprises ; si je n'avois pas sous voulu donner, s'ils en avoient été les maîtres. ma main autant de maîtres et d'excellents mai

La science des détails ou une diligente atten- tres pour élever mes enfants dans les sciences tion aux moindres besoins de la république est ou dans les arts qui feront un jour leur établisune partie essentielle au bon gouvernement, sement; si, par la facilité du commerce, il m'étoit trop négligée à la vérité dans les derniers temps muins ordinaire de m'habiller de bonnes étoffes, par les rois ou par les ministres, mais qu'on et de me nourrir de viandes saines, et de les ne peut trop souhaiter dans le souverain qui l'i- acheter peu; si enfin , par les soins du prince, je gnore, ni assez estimer dans celui qui la possède. n'étois pas aussi content de ma fortune qu'il doit Que sert en effet au bien des peuples, et à la lui-même par ses vertus l’ètre de la sienne? douceur de leurs jours, que le prince place les Les huit ou les dix mille hommes sont au soubornes de son empire au-delà des terres de ses verain comme une monnaie dont il achète une ennemis, qu'il fasse de leurs souverainetés des place ou une victoire : s'il fait qu'il lui en coûte provinces de son royaume , qu'il leur soit éga- moins, s'il épargne les hommes, il ressemble à lement supérieur par les siéges et par les ba- celui qui marchande, et qui connoît mieux qu'un tailles, et qu'ils ne soient devant lui en sûreté ni autre le prix de l'argent. dans les plaines ni dans les plus forts bastions, Tout prospère dans une monarchie où l'on que les nations s'appellent les unes les autres, confond les intérêts de l'état avec ceux du se liguent ensemble pour se défendre et pour prince. l'arrèter, qu'elles se liguent en vain , qu'il mar- Nommer un roi PÈRE DU PEUPLE est moins che toujours et qu'il triomphe toujours, que faire son éloge que l'appeler par son nom, ou leurs dernières espérances soient tombées par faire sa définition. le raffermissement d'une santé qui donnera Il y a un commerce ou un retour de devoir au monarque le plaisir de voir les princes ses du souverain à ses sujets, et de ceux-ci au soupetits-fils soutenir ou accroître ses destinées, verain : quels sont les plus assujeuissants et les se mettre en campagne, s'emparer de redou- plus pénibles? je ne le déciderai pas : il s'agit tables forteresses, et conquérir de nouveaux de juger, d'un côté, entre les étroits engageétats, commander de vieux et expérimentés ments du respect, des secours, des services, de capitaines, moins par leur rang et leur nais- l'obéissance, de la dépendance ; et, d'un autre, sance que par leur génie et leur sagesse, suivre les obligations indispensables de bonté, de jusles traces augustes de leur victorieux père, imi- tice, de soins, de défense, de protection. Dire ter sa bonté, sa docilité, son équité, sa vigi- qu’un prince est arbitre de la vie des hommes, lance, son intrépidité? Que me serviroit, en un c'est dire seulement que les hommes , par leurs mot, comme à tout le peuple, que le prince fût crimes, deviennent naturellement soumis aux heureux et comblé de gloire par lui-même et lois et à la justice, dont le prince est le déposipar les siens, que ma patrie fût puissante et laire : ajouter qu'il est maitre absolu de tous les formidable , si, triste et inquiet, j'y vivois dans biens de ses sujets , sans égard, sans compte ni l'oppression ou dans l'indigence; si, à couvert discussion , c'est le langage de la flallerie, c'est des courses de l'ennemi, je me trouvois exposé l'opinion d'un favori qui se dédira à l'agonie.

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