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sier indompté, il lançait, dans l'épaisseur des bois, les bêtes sauvages, ou, rappelant le faucon du haut des cieux, il forçait le tyran des airs à venir, timide et soumis, se poser sur sa main assurée. Tantôt, comme Achille enfant, il faisait voler des chevaux sur la plaine, s'élançant de l'un à l'autre, d'un saut franchissant leur croupe, ou s'asseyant sur leur dos; tantôt il montait tout armé jusqu'au haut d'une tremblante échelle, et se croyait déjà sur la brèche, criant: Montjoye et saint Denis * ! Dans la Cour de son baron, il recevait les instructions et les exemples propres à former sa vie. Là se rendaient sans cesse des chevaliers connus ou inconnus, qui s'étaient voués à des aventures périlleuses , qui revenaient seuls des royaumes du Cathay, des confins de l'Asie, et de tous ces. lieux incroyables où ils redressaient les torts et combattaient les Infidèles.

1. Sainte-Palaye, tom. II, part. 11.

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« On veoit, » dit Froissard parlant de la maison du duc de Foix, «on veoit en la salle, en la chambre, en

en la cour, chevaliers et écuyers d'honneur aller et marcher, et les oyoit-on parler d'armes et d'amour : tout honneur étoit là-dedans trouvé, toute nouvelle, de quelque pays ne de quelque royaume que ce fust, là-dedans on y apprenoit; car de tous pays, pour la vaillance du seigneur, elles y venoient. »

Au sortir de page on devenait écuyer, et la religion présidait toujours à ces changements. De puissants parrains ou de belles marraines promettaient à l'autel, pour le héros futur, religion, fidélité et amour. Le service de l'écuyer consistait, en paix, à trancher à table, à servir lui - même les viandes, comme les guerriers d'Homère, à

à donner à laver aux convives. Les plus grands seigneurs ne rougissaient point de remplir ces offices. «A une table devant le roi, » dit le sire de Joinville, « mangeoit le roi de Navarre, qui moult étoit paré et

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aourné de drap d'or, en cotte et mantel, la ceinture, le fermail et chapel d'or fin, devant lequel je tranchois. »

L'écuyer suivait le chevalier à la guerre, portait sa lance et son heaume élevé sur le pommeau de la selle, et conduisait ses chevaux, en les tenant par la droite. .

Quand il entra dans la forest, il rencontra quatre écuyers, qui menoient quatre blancs destriers en dextre. » Son devoir, dans les duels et les batailles, était de fournir des armes à son chevalier , de le relever quand il était abattu, de lui donner un cheval

de
parer

les

coups qu'on lui portait, inais sans pouvoir combattre lui-même.

Enfin, lorsqu'il ne manquait plus rien aux qualités du poursuivant d'armes, il était admis aux honneurs de la chevalerie. Les lices d’un tournoi, un champ de bataille, le fossé d'un château, la brèche d'une tour, était souvent le théâtre honorable où se conférait l'ordre des vaillants et des preux. Dans le tumulte d'une mêlée, de braves écuyers tombaient aux genoux

frais,

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du roi ou du général qui les créait chevaliers, en leur frappant sur l'épaule trois coups du plat de son épée. Lorsque Bayard eut conféré la chevalerie à François Jer : « Tu es bien heureuse, » dit-il en s'adressant à son épée, « d'avoir aujourd'hui, à

છે un si beau et si puissant roi, donné l'ordre de la chevalerie; certes, ma bonne espée, vous serez comme reliques gardée, et sur toute autre honorée.»-« Et puis,» ajoute l'historien, « fit deux saults; et après remit au fourreau son espée. »

A peine le nouveau chevalier jouissait-il de toutes ses armes, qu'il brûlait de se dism tinguer par quelques faits éclatants. Il allait par monts et par vaux, cherchant périls et aventures; il traversait d'antiques forêts, de vastes bruyères, de

profondes solitudes. Vers le soir il s'approchait d'un château dont il apercevait les tours solitaires; il espérait achever dans ce lieu quelque terrible fait d'armes. Déjà il baissait sa visière, et se recommandait à la dame de ses pensées, lorsque le son d'un cor se faisait entendre. Sur les faîtes du château s'élevait un heaume, enseigne éclatante de la demeure d'un chevalier hospitalier. Les ponts - levis s'abaissaient, et l'aventureux voyageur entrait dans ce manoir écarté. S'il voulait rester inconnu, il couvrait son écu d'une housse, ou d'un voile vert, ou d'une guimpe plus fine que fleur-de-lis. Les dames et les damoiselles s'empressaient de le désarmer, de lui donner de riches habits, de lui servir des vins précieux dans des vases de cristal. Quelquefois il trouvait son hôte dans la joie : « Le seigneur Amanieu des Escas, au sortir de table, étant l'hiver auprès d'un bon feu, dans la salle bien jonchée ou tapissée de nattes, ayant autour de lui ses écuyers, s'entretenait avec eux d'armes et d'amour, car tout dans sa maison, jusqu'aux derniers varlets, se mêlait d'aimer'. »

Ces fêtes des châteaux avaient toujours quelque chose d'énigmatique ; c'était le

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1. Sainte-Palaye.

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