Page images
PDF
EPUB

de Périandre! Comment pourra-t-il soutenir entrent dans l'exécution de ces mouvements, ces odieuses pancartes' qui déchiffrent les con- quelle force de bras, et quelle extension de ditions, et qui souvent font rougir la veuve et nerfs ils y emploient, vous direz: Sont-ce là les les héritiers ? Les supprimera-t-il aux yeux de principes et les ressorts de ce spectacle si beau, toute une ville jalouse, maligne, clairvoyante, si naturel, qui paroît animé et agir de soiet aux dépens de mille gens qui veulent absolu- même ? vous vous récrierez : Quels efforts ! ment aller tenir leur rang à des obsèques? Veut- quelle violence ! De même n'approfondissez pas on d'ailleurs qu'il fasse de son père un Noble la fortune des partisans. homme, et peut-être un Honorable homme, lui Ce garçon si frais, si fleuri, et d'une si belle qui est Messire ?

santé, est seigneur d'une abbaye et de dix autres Combien d'hommes ressemblent à ces arbres bénéfices : tous ensemble lui rapportent sixdéja forts et avancés que l'on transplante dans vingt mille livres de revenu , dont il n'est payé les jardins, où ils surprennent les yeux de ceux qu'en médailles d'or. Il y a ailleurs six-vingts qui les voient placés dans de beaux endroits où familles indigentes qui ne se chauffent point ils ne les ont point vus croître, et qui ne con- pendant l'hiver , qui n'ont point d'habits pour noissent ni leurs commencements, ni leurs pro- se couvrir, et qui souvent manquent de pain ; grès !

leur pauvreté est extrême et honteuse : quel Si certains morts revenoient au monde, et partage! et cela ne prouve-t-il pas clairement s'ils voyoient leurs grands noms portés, et leurs im avenir? terres les mieux titrées, avec leurs châteaux et Chrysippe, homme nouveau , et le premier leurs maisons antiques, possédées par des gens noble de sa race, aspiroit, il y a trente années, dont les pères étoient peut-être leurs métayers, à se voir un jour deux mille livres de rente pour quelle opinion pourroient-ils avoir de notre tout bien : c'étoit là le comble de ses souhaits siècle?

et sa plus haute ambition; il l'a dit ainsi, et on Rien ne fait mieux comprendre le peu de s'en souvient. Il arrive, je ne sais par quels chose que Dieu croit donner aux hommes, en chemins, jusqu'à donner en revenu à l'une de leur abandonnant les richesses , l'argent, les ses filles, pour sa dot, ce qu'il desiroit luigrands établissements, et les autres biens, que même d'avoir en fonds pour toute fortune penla dispensation qu'il en fait, et le genre d'hommes dant sa vie : une pareille somme est comptée qui en sont le mieux pourvus.

dans ses coffres pour chacun de ses autres enSi vous entrez dans les cuisines, où l'on voit fants qu'il doit pourvoir; et il a un grand nombre réduit en art et en méthode le secret de flatter d'enfants : ce n'est qu'en avancement d'hoirie, votre goût, et de vous faire manger au-delà du il y a d'autres biens à espérer après sa mort : il nécessaire; si vous examinez en détail tous les vit encore, quoique assez avancé en âge, et il apprêts des viandes qui doivent composer le use le reste de ses jours à travailler pour s'enfestin que l'on vous prépare; si vous regardez richir. par quelles mains elles passent, et toutes les Laissez faire Ergaste, et il exigera un droit formes différentes qu'elles prennent avant de de tous ceux qui boivent de l'eau de la rivière devenir un mets exquis, et d'arriver à cette ou qui marchent sur la terre ferme. Il sait conpropreté et à cette élégance qui charment vos vertir en or jusqu'aux roseaux, aux joncs et à yeux , vous font hésiter sur le choix, et prendre l'ortie; il écoute tous les avis, et propose tous le parti d'essayer de tout; si vous voyez tout le ceux qu'il a écoutés. Le prince ne donne aux repas ailleurs que sur une table bien servie, autres qu'aux dépens d'Ergaste, et ne leur fait quelles saletés! quel dégoût! Si vous allez der- de graces que celles qui lui étoient dues : c'est rière un théâtre, et si vous nombrez les poids, une faim insatiable d'avoir et de posséder; il les roues, les cordages, qui font les vols et les trafiqueroit des arts et des sciences, et metmachines ; si vous considérez combien de gens troit en parti jusqu'à l'harmonie. Il faudroit,

s'il en étoit cru, que le peuple, pour avoir le · Billets d'enterrement. (La Bruyère.)

plaisir de le voir riche, de lui voir une meute

[graphic]
[graphic]

et une écurie, pût perdre le souvenir de la musi- | vera sur son chemin et à sa rencontre, et quoi que d'Orphée , et se contenter de la sienne. qu'il en puisse coûter aux autres , pourvoir à

Ne traitez pas avec Criton, il n'est touché lui seul, grossir sa fortune , et regorger de que de ses seuls avantages. Le piége est tout biens. dressé à ceux à qui sa charge, sa terre, ou ce Faire fortune est une si belle phrasé, et qui qu'il possède, feront envie : il vous imposera dit une si bonne chose, qu'elle est d'un usage unides conditions extravagantes. Il n'y a nul ména- versel. On la reconnoit dans loutes les langues: gement et nulle composition à attendre d'un elle plait aux étrangers et aux barbares ; elle homme si plein de ses intérêts et si ennemi des règne à la cour et à la ville; elle a percé les cloivôtres : il lui faut une dupe.

tres et franchi les murs des abbayes de l'un et Brontin, dit le peuple, fait des retraites, et de l'autre sexe : il n'y a point de lieux sacrés où s'enferme huit jours avec des saints : ils ont leurs elle n'ait pénétré, point de désert ni de solitude méditations, et il a les siennes.

où elle soit inconnue. Le peuple souvent a le plaisir de la tragédie; A force de faire de nouveaux contrats, ou de il voit périr sur le théâtre du monde les per- sentir son argent grossir dans ses coffres, on se sonnages les plus odieux, qui ont fait le plus croit enfin une bonne tête, et presque capable de nial dans diverses scènes, et qu'il a le plus de gouverner. haïs.

Il faut une sorte d'esprit pour faire fortune, Si l'on partage la vie des P. T. S. en deux et surtout une grande fortune. Cen'est ni lebon, portions égales : la première, vive et agissante, ni le bel esprit', ni le grand, ni le sublime, ni est tout occupée à vouloir affliger le peuple ; et le fort, ni le délicat ; je ne sais précisément lela seconde, voisine de la mort, à se déceler et à quel c'est, et j'attends que quelqu'un veuille se ruiner les uns les autres.

m'en instruire. Cet homme qui a fait la fortune de plusieurs, Il faut moins d'esprit que d'habitude ou d'exqui a fait la vôtre, n'a pu soutenir la sienne, ni périence pour faire sa fortune:l'on y songe trop assurer avant sa mort celle de sa femme et de tard; et, quand enfin l'on s'en avise, l'on comses enfants ; ils vivent cachés et malheureux: mence par des fautes que l'on n'a pas toujours quelque bien instruit que vous soyez de la mi-le loisir de réparer : de là vient peut-être que les sère de leur condition, vous ne pensez pas à fortunes sont si rares. l'adoucir; vous ne le pouvez pas en effet, vous Un homme d'un petit génie peut vouloir s'atenez table, vous bâtissez; mais vous conservez vancer: il néglige tout; il ne pense du matin au par reconnoissance le portrait de votre bienfai- soir, il ne rêve la nuit , qu'à une seule chose, qui teur, qui a passé, à la vérité, du cabinet à l'an- est de s'avancer. Ila commencé de bonne heure, tichambre : quels égards! il pouvoit aller au et dès son adolescence, à se mettre dans les voies garde-meuble.

de la fortune : s'il trouve une barrière de front Il y a une dureté de complexion ; il y en a une qui ferme son passage, il biaise naturellement, autre de condition et d'état. L'on tire de celle-ci, et va à droite ou à gauche, selon qu'il y voit comme de la première, de quoi s'endurcir sur de jour et d'apparence; et, si de nouveaux obla misère des autres, dirai-je même de quoi ne stacles l'arrêtent, il rentre dans le sentier qu'il pas plaindre les malheurs de sa famille ! Un bon avoit quitté. Il est déterminé par la nature des financier ne pleure ni ses amis, ni sa femme, difficultés, tantôt à les surmonter, tantôt à les ni ses enfants.

éviter, ou à prendre d'autres mesures : son inFuyez, retirez-vous ; vous n'êtes pas assez térêt, l'usage, les conjonctures, le dirigent. loin. Je suis, dites-vous, sous l'autre tropique. Faut-il de si grands talents et une si bonne tête Passez sous le Pôle et dans l'autre hémisphère; à un voyageur pour suivre d'abord le grand montez aux étoiles , si vous le pouvez. M'y voilà. chemin, et, s'il est plein et embarrassé , prenFort bien ; vous êtes en sûreté. Je découvre sur dre la terre, et aller à travers champs, puis rela terre un homme avide, insatiable, inexora- gagner sa première route, la continuer, arriver ble , qui veut, aux dépens de tout ce qui se trou- 1 à son terme ? Faut-il tant d'esprit pour aller à

;

ses fins ? Est-ce donc un prodige qu'un sot riche De tous les moyens de faire sa fortune, le plus et accrédité?

court et le meilleur est de mettre les gens à voir Il y a même des stupides, et j'ose dire des im- clairement leurs intérêts à vous faire du bien. béciles, qui se placent en de beaux postes, et Les hommes, pressés par les besoins de la vie, quisavent mourir dans l'opulence, sans qu'on les et quelquefois par le desir du gain ou de la gloire, doive soupçonner en nulle manière d'y avoir cultivent des talents profanes, ou s'engagent contribué de leur travail ou de la moindre in- dans des professions équivoques, et dont ils se dustrie: quelqu'un les a conduits à lasourced'un cachent long-temps à eux-mêmes le péril et les fleuve, ou bien le hasard seul les y a fait rencon- conséquences. Ils les quittent ensuite par une trer; on leur a dit : Voulez-vous de l'eau? pui- dévotion discrète qui ne leur vient jamais qu'asez; et ils ont puisé.

près qu'ils ont fait leur récolte, et qu'ils jouisQuand on est jeune, souvent on est pauvre : sent d'une fortune bien établie. ou l'on n'a pas encore fait d'acquisitions, ou les Il y a des misères sur la terre qui saisissent le suceessions ne sont pas échues. L'on devient ri- caur : il manque à quelques uns jusqu'aux aliche et vieux en même temps : tant il est rare que ments ; ils redoutent l'hiver, ils appréhendent les hommes puissent réunir tous leurs ayan- de vivre. L'on mange ailleurs des fruits prétages ! et, si cela arrive à quelques uns, il n'y coces, l'on force la terre et les saisons pour foura pas de quoi leur porter envie : ils ont assez à nir à sa délicatesse ; de simples bourgeois , perdre par la mort pour mériter d'être plaints. seulement à cause qu'ils étoient riches, ont eu

Il faut avoir trente ans pour songer à sa for- l'audace d'avaler en un seul morceau la nourritune; elle n'est pas faite à cinquante : l'on bâtit ture de cent familles. Tienne qui voudra contre dans sa vieillesse, et l'on meurt quand on en est de si grandes extrémités; je ne veux être, si je aux peintres et aux vitriers.

le puis, ni malheureux, ni heureux : je me jette Quel est le fruit d'une grande fortune, si ce et me réfugie dans la médiocrité. n'est de jouir de la vanité, de l'industrie, du tra On sait que les pauvres sont chagrins de ce vail, et de la dépense de ceux qui sont venus que tout leur manque, et que personne ne les avant nous, et de travailler nous-mêmes, de plan- soulage ; mais s'il est vrai que les riches soient ter, de båtir, d'acquérir pour la postérité? colères, c'est de ce que la moindre chose puisse

L'on ouvre, et l'on étale tous les matins pour leur manquer , ou que quelqu'un veuille leur rétromper son monde; et l'on ferme le soir après sister. avoir trompé tout le jour.

Celui-là est riche, qui reçoit plus qu'il ne conLe marchand fait des montres pour donner sume; celui-là est pauvre, dont la dépense exde sa marchandise ce qu'il y a de pire : il a le cati cède la recette. et les faux jours, afin d'en cacher les défauts, Tel, avec deux millions de rente, peut être et qu'elle paroisse bonne ; il la surfait pour la pauvre chaque année de cinq cent mille livres. vendre plus cher qu'elle ne vaut; il a des mar Il n'y a rien qui se soutienne plus long-temps ques fausses et mystérieuses, afin qu'on croie qu'une médiocre fortune ; il n'y a rien dont on n'en donner que son prix, un mauvais aunage voie mieux la fin que d'une grande fortune. pour en livrer le moins qu'il se peut; et il a un L'occasion prochaine de la pauvreté, c'est de trebuchet, afin que celui à qui il l'a livrée la lui grandes richesses. paie en or qui soit de poids.

S'il est vrai que l'on soit riche de tout ce dont Dans toutes les conditions, le pauvre est bien on n'a pas besoin , un homme fort riche c'est un proche de l'homme de bien, et l'opulent n'est homme qui est sage. guère éloigné de la friponnerie. Le savoir-faire S'il est vrai que l'on soit pauvre par toutes les et l’habileté ne mènent pas jusqu'aux énormes choses que l'on desire , l'ambitieux et l'avare lanrichesses.

guissent dans une extrême pauvreté. L'on peut s'enrichir dans quelque art, ou dans Les passions tyrannisent l'homme ; et l'ambiquelque commerce que ce soit , par l'ostentation tion suspend en lui les autres passions, et lui d'une certaine probité.

donne pour un temps les apparences de toutes

[graphic]

les vertus. Ce Triphon qui a tous les vices , je l'ai place qu'à l'éviter, qui ne lui rendoient pas le cru sobre, chaste, libéral , humble et même dé- salut, ou qui le saluoient par son nom, qui ne vot; je le croirois encore, s'il n'eût enfin fait sa daignoient pas l'associer à leur table, qui le refortune.

gardoient comme un hommequi n'étoit pas riche, L'on ne se rend point sur le desir de posséder et qui faisoit un livre? que deviendront les Fauet de s'agrandir : la bile gagne, et la mort ap- connets ? iront-ils aussi loin dans la postérité proche, qu'avec un visage flétri, et des jambes que DESCARTES, né François et mort en Suèdea? deja foibles, l'on dit : Ma fortune , mon établis Du même fonds d'orgueil dont l'on s'élève fièsement.

rement au-dessus de ses inférieurs, l'on rampe Il n'y a au monde que deux manières de s'é- vilement devant ceux qui sont au-dessus de soi. lever , ou par sa propre industrie, ou par l'im- C'est le propre de ce vice , qui n'est fondé ni bécillité des autres.

sur le mérite personnel ni sur la vertu , mais sur Les traits découvrent la complexion et les les richesses, les postes, le crédit, et sur de vaimoeurs; mais la mine désigne les biens de for- nes sciences, de nous porter également à mélune : le plus ou le moins de mille livres de rente priser ceux qui ont moins que nous de cette esse trouve écrit sur les visages.

pèce de biens, et à estimer trop ceux qui en ont Chrysante, homme opulent et impertinent, ne une mesure qui excède la nôtre. veut pas être vu avec Eugène, qui est homme Il y a des ames sales, pétries de boue et d'orde mérite, mais pauvre : il croiroit en être dés- dure, éprises du gain et de l'intérêt, comme honoré. Eugène est pour Chrysante dans les les belles ames le sont de la gloire et de la vertu; mêmes dispositions : ils ne courent pas risque capables d'une seule volupté , qui est celle d'acde se heurter.

quérir ou de ne point perdre; curieuses et aviQuand je vois de certaines gens , qui me pré- des du denier dix; uniquement occupées de leurs venoient autrefois par leurs civilités, attendre débiteurs; toujours inquiètes sur le rabais ou au contraire que je les salue, et en être avec sur le décri des monnoies; enfoncées et comme moi sur le plus ou le moins, je dis en moi-même: abymées dans les contrats, les titres, et les Fort bien, j'en suis ravi; tant mieux pour eux : parchemins. De telles gens ne sont ni parents, vous verrez que cet homme-ci est mieux logé, ni amis, ni citoyens, ni chrétiens , ni peut-être mieux meublé, et mieux nourri qu'à l'ordinaire; des hommes : ils ont de l'argent. qu'il sera entre depuis quelques mois dans quel Commençons par excepter ces ames nobles que affaire, où il aura deja fait un gain raison et courageuses, s'il en reste encore sur la terre, nable. Dieu veuille qu'il en vienne dans peu de secourables, ingénieuses à faire du bien, que temps jusqu'à me mépriser !

nuls besoins, nulle disproportion , nuls artifices, Si les pensées, les livres et leurs auteurs dé- ne peuvent séparer de ceux qu'ils se sont une pendoient des riches et de ceux qui ont fait une fois choisis pour amis ; et, après cette précaubelle fortune, quelle proscription! Il n'y auroit tion, disons hardiment une chose triste et douplus de rappel : quel ton, quel ascendant, ne loureuse à imaginer : Il n'y a personne au monde prennent-ils pas sur les savants! quelle majesté si bien lié avec nous de société et de bienveiln'observent-ils pas à l'égard de ces hommes ché- lance, qui nous aime , qui nous goûte, qui nous tifs que leur mérite n'a ni placés ni enrichis, et fait mille offres de services, et qui nous sert quelqui en sont encore à penser et à écrire judicieu-quefois, qui n'ait en soi, par l'attachement à son sement! Il faut l'avouer, le présent est pour les intérêt, des dispositions très proches à rompre riches, et l'avenir pour les vertueux et les ha- avec nous , et à devenir notre ennemi. biles. HOMÈRE est encore, et sera toujours ; les receveurs de droits, les publicains, ne sont plus :

· Il y avoit un bail des fermes sous ce nom. ont-ils été? leur patrie, leurs noms,

sont-ils con

. On connoissoit déja du temps de La Bruyère ce qu'on a

appelé depuis l'éloquence des italiques. En imprimant ainsi les nus? y a-t-il eu dans la Grèce des partisans? que mots mort en Suède, il a certainement voulu insister sur cette sont devenus ces importants personnages qui circonstance, et rappeler à ses lecteurs les déplorables cabales méprisoient Homère, qui ne songeoient dans la qui ont éloigné Descartes de son pays, et l'ont envoyé mourir

dans un royaume voisin du pôle.

[blocks in formation]

Pendant qu'Oronte augmente avec ses an- | voir à l'agonie de nos proches : celui qui s'emnées son fonds et ses revenus, une fille naît pêche de souhaiter que son père y passe biendans quelque famille, s'élève, croît, s'embellit tôt est homme de bien. et entre dans sa seizième année ; il se fait prier Le caractère de celui qui veut hériter de à cinquante ans pour l'épouser jeune, belle , spi- quelqu'un rentre dans celui du complaisant : rituelle: cet homme, sans naissance, sans es nous ne sommes point mieux flattés, mieux prit, et sans le moindre mérite, est préféré à obéis, plus suivis, plus entourés, plus cultivés, tous ses rivaux.

plus ménagés, plus caressés de personne penLe mariage, qui devroit être à l'homme dant notre vie , que de celui qui croit gagner à une source de tous les biens, lui est souvent, notre mort, et qui desire qu'elle arrive. par la disposition de sa fortune, un lourd far

Tous les hommes, par les postes différents, deau sous lequel il succombe : c'est alors qu'une par les titres, et par les successions , se regarfemme et des enfants sont une violente tenta- dent comme héritiers les uns des autres, et cultion à la fraude, au mensonge, et aux gains tivent par cet intérêt, pendant tout le cours de illicites. Il se trouve entre la friponnerie et l'in- leur vie, un desir secret et enveloppé de la digence: étrange situation !

mort d'autrui : le plus heureux dans chaque Épouser une veuve, en bon françois, signifie condition est celui qui a plus de choses à perfaire sa fortune: il n'opère pas toujours ce qu'il dre par sa mort, et à laisser à son successeur. signifie.

L'on dit du jeu qu'il égale les conditions ; Celui qui n'a de partage avec ses frères que mais elles se trouvent quelquefois si étrangepour vivre à l'aise bon praticien, veut être offi- ment disproportionnées, et il y a entre telle et cier ; le simple officier se fait magistrat, et le telle condition un abyme d'interval?e si immense magistrat veut présider ; et ainsi de toutes les et si profond, que les yeux souffrent de voir detelconditions où les hommes languissent serrés et les extrémités se rapprocher : c'est comme une indigents, après avoir tenté au-delà de leur for- musique qui détonne, ce sont comme des coutune , et forcé pour ainsi dire leur destinée, in- leurs mal assorties , comme des paroles qui jurent capables tout à-la-fois de ne pas vouloir être et qui offensent l'oreille , comme de ces bruits riches et de demeurer riches.

ou de ces sons qui font frémir; c'est, en un Dine bien, Cléarque, soupe le soir, mets du mot, un renversement de toutes les bienséances. bois au feu, achète un manteau , tapisse ta Si l'on m'oppose que c'est la pratique de tout chambre : tu n'aimes point ton héritier ; tu ne l'Occident, je réponds que c'est peut-être aussi le connois point, tu n'en as point.

l'une de ces choses qui nous rendent barbares Jeune, on conserve pour sa vieillesse; vieux, à l'autre partie du monde, et que les Orientaux on épargne pour la mort. L'héritier prodigue qui viennent jusqu'à nous remportent sur leurs paie de superbes funérailles, et dévore le reste. tablettes : je ne doute pas même que cet excès

L'avare dépense plus mort, en un seul jour, de familiarité ne les rebute davantage que nous qu'il ne faisoit vivant en dix années ; et son hé- ne sommes blessés de leur zombayes, et de leurs ritier plus en dix mois, qu'il n'a su faire lui-même autres prosternations. en toute sa vie.

Une tenue d'états, ou les chambres assemCe que l'on prodigue, on l'ôte à son héritier: blées pour une affaire très capitale, n'offre point ce que l'on épargne sordidement, on se l'ôte à aux yeux rien de si grave et de si sérieux qu'une soi-même. Le milieu est justice pour soi et pour table de gens qui jouent un grand jeu : une triste les autres.

sévérité règne sur leur visage; implacables l'un Les enfants peut-être seroient plus chers à pour l'autre, et irréconciliables ennemis penleurs pères, et réciproquement les pères à leurs dant que la séance dure, ils ne reconnoissent plus enfants, sans le titre d'héritiers.

ni liaisons, ni alliance, ni naissance, ni distincTriste condition de l'homme, et qui dégoûte tions. Le hasard seul, aveugle et farouche dide la vie ! il faut suer, veiller, fléchir, dépendre, pour avoir un peu de fortune, ou la de · Voyez les relations du royaume de Siam. ( La Bruyère.)

« PreviousContinue »