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Il n'y a que ceux qui ont eu de vieux collaté Je

sance que jusque-là. Ils ont trop vécu pour le , une belle-mère aime son gendre, n'aime point bon exemple; un moment plus tôt ils mouroient sa bru : tout est réciproque. sociables, et laissoient après eux un rare modèle Ce qu'une marătre aime le moins de tout ce de la persévérance dans l'amitié.

qui est au monde, ce sont les enfants de son L'intérieur des familles est souvent troublé mari : plus elle est folle de son mari, plus elle par les défiances, par les jalousies et par l'an- est marâtre. tipathie, pendant que des dehors contents, Les marâtres font déserter les villes et les paisibles et enjoués nous trompent, et nous y bourgades, et ne peuplent pas moins la terre font supposer une paix qui n'y est point : il y de mendiants, de vagabonds, de domestiques en a peu qui gagnent à être approfondies. Celle et d'esclaves, que la pauvreté. visite que vous rendez vient de suspendre une G** et H**, sont voisins de campagne, et leurs querelle domestique qui n'attend que votre terres sont contiguës ; ils habitent une contrée retraite pour recommencer.

déserte et solitaire : éloignés des villes et de Dans la société, c'est la raison qui plie la pre-tout commerce, il sembloit que la fuite d'une mière. Les plus sages sont souvent menés par entière solitude ou l'amour de la société eût le plus fou et le plus bizarre : l'on étudie son dù les assujettir à une liaison réciproque; il est foible ,son humeur, ses caprices ; l'on s'y accom- cependant difficile d'exprimer la bagatelle qui mode : l'on évite de le heurter ; tout le monde les a fait rompre, qui les rend implacables l'un lui cède : la moindre sérénité qui paroît sur son pour l'autre, et qui perpétuera leurs haines visage lui attire des éloges ; on lui tient compte dans leurs descendants. Jamais des parents, et de n'être pas toujours insupportable. Il est même des frères, ne se sont brouillés pour une craint, ménagé, obéi, quelquefois aimé. moindre chose.

Je suppose qu'il n'y ait que deux honımes raux, ou qui en ont encore, et dont il s'agit sur la terre qui la possèdent seuls, et qui la d'hériter, qui puissent dire ce qu'il en coûte. partagent toute entre eux deux ; je suis persuadé

Cléanter est un très honnête homme; il s'est qu'il leur naîtra bientôt quelque sujet de rupchoisi une femme qui est la meilleure personne ture, quand ce ne seroit que pour les limites. du monde, et la plus raisonnable : chacun, de Il est souvent plus court et plus utile de cadrer sa part, fait tout le plaisir et tout l'agrément des aux autres, que de faire que les autres s'ajussociétés où il se trouve; l'on ne peut voir ailleurs tent à nous. plus de probité, plus de politesse : ils se quittent l'approche d'une petite ville, et je suis déja demain, et l'acte de leur séparation est tout sur une hauteur d'où je la découvre. Elle est dressé chez le notaire. Il y a sans mentir de cer- située à mi-côte ; une rivière baigne ses murs, tains mérites qui ne sont point fails pour être et coule ensuite dans une belle prairie : elle a ensemble, de certaines vertus incompatibles. une forêt épaisse qui la couvre des vents froids

L'on peut compter sûrement sur la dot, le et de l'aquilon. Je la vois dans un jour si favodouaire et les conventions, mais foiblement sur les nourritures; elles dépendent d'une union leçon de toutes les éditions publiées par l'auteur ; mais il a sans

doute voulu dire, un beau-père n'aime vint son gendre, aime fragile de la belle-mère et de la bru, et qui

sa bru. Nous nous sommes fait une loi de ne pas changer le périt souvent dans l'année du mariage.

texte. (LEF.)

* Ici. les auteurs de clefs donnent des noms qui se rapportent Un beau-père aime son gendre, aime sa bru*;

aux initiales du texte, ce qui pourroit faire croire qu'ils ont

rencontré juste. Voici comme ils racontent l'aventure : «Vedeau Ce passage en rappelle un de Plutarque, que nous allons « de Grammont, conseiller de la cour en la seconde des enrapporter ici : « Il y a quelquefois de petites hargnes et riottes a quêtes, eut un très grand procès avec M. Hervé, doyen du « souvent répétées, procédantes de quelques fåcheuses condi- « parlement, au sujet d'une béche. Ce procès, commencé pour « tions, ou de quelque dissimilitude ou incompatibilité de na- « une bagatelle, donna lieu à une inscription en faux de titre « ture, que les étrangers ne connoissent pas, lesquelles par « de noblesse dudit Vedeau, et cette affaire alla si loin , qu'il fut « succession de temps engendrent de si grandes aliénations de « dégradé publiquement, sa robe déchirée sur lui; outre cela, « volontés entre des personnes , qu'elles ne peuvent plus vivre « condamné à un bannissement perpétuel, depuis converti en a ni habiter ensemble. » (Vie de Paulus Æmilius, ch. III de la « une prison à Pierre-Encise : ce qui le ruina absolument. 11 version d'Amyot.)

« avait épousé la fille de M. Genou, conseiller en la grand• Un beau-père aime son gendre, aime sa bru : lelle est la « chambre, ,

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rable, que je compte ses tours et ses clochers; qui ne peuvent louer, qui blâment toujours, elle me paroît peinte sur le penchant de la col- qui ne sont contents de personne, vous reconline. Je me récrie, et je dis : Quel plaisir de vivre noitrez que ce sont ceux mêmes dont personne sous un si beau ciel et dans ce sejour si délicieux ! n'est content. Je descends dans la ville, où je n'ai pas couché Le dédain et le rengorgement dans la société deux nuits, que je ressemble à ceux qui l'habi- attire précisément le contraire de ce que l'on tent : j'en veux sortir.

cherche, si c'est à se faire estimer. Il y a une chose qu'on n'a point vue sous le Le plaisir de la société entre les amis se culciel, et que selon toutes les apparences on ne tive par une ressemblance de goût sur ce qui verra jamais : c'est une petite ville qui n'est regarde les moeurs, et par quelque différence divisée en aucuns partis; où les familles sont d'opinions sur les sciences : par-là, ou l'on s'afunies, et où les cousins se voient avec confiance; fermit dans ses sentiments, ou l'on s'exerce et où un mariage n'engendre point une guerre l'on s'instruit par la dispute. civile ; où la querelle des rangs ne se réveille L'on ne peut aller loin dans l'amitié, si l'on pas à tous moments par l'offrande, l'encens n'est pas disposé à se pardonner les uns aux et le pain bénit, par les processions et par les autres les petits défauts. obsèques; d'où l'on a banni les caquels, le men- Combien de belles et inutiles raisons à étaler songe et la médisance; où l'on voit parler en- à celui qui est dans une grande adversité, pour semble le bailli et le président, les élus et les essayer de le rendre tranquille! Les choses de assesseurs; où le doyen vit bien avec ses cha- dehors, qu'on appelle les évènements , sont noines, où les chanoines ne dédaignent pas les quelquefois plus fortes que la raison et que la chapelains, et où ceux-ci souffrent les chantres. nature. Mangez, dormez, ne vous laissez point

Les provinciaux et les sots sont toujours prêts mourir de chagrin, songez à vivre : harangues à se facher et à croire qu'on se moque d'eux, froides, el qui réduisent à l'impossible. Étesou qu'on les méprise : il ne faut jamais hasarder la vous raisonnable de vous tant inquiéter? n'estplaisanterie, même la plus douce et la plus ce pas dire : Étes-vous fou d'être malheureux ?

Le conseil, si nécessaire pour les affaires, l'esprit.

est quelquefois, dans la société, nuisible à qui le On ne prime point avec les grands, ils se dé- donne, et inutile à celui à qui il est donné : sur fendent par leur grandeur; ni avec les petits, les meurs, vous faites remarquer des défauts ils vous repoussent par le qui-vive.

ou que l'on n'avoue pas, ou que l'on estime des Tout ce qui est mérite se sent, se discerne, vertus; sur les ouvrages, vous rayez les endroits se devine réciproquement : si l'on vouloit être qui paroissent admirables à leur auteur, où il se estimé, il faudroit vivre avec des personnes complait davantage, où il croit s'être surpassé estimables.

lui-même. Vous perdez ainsi la confiance de vos Celui qui est d'une éminence au-dessus des amis, sans les avoir rendus ni meilleurs ni plus autres qui le met à couvert de la repartie, nę habiles. doit jamais faire une raillerie piquante.

L'ona vu, il n'y a pas long-temps, un cercle de Il y a de petits défauts que l'on abandonne personnes des deux sexes, liées ensemble par volontiers à la censure, et dont nous ne haïssons la conversation et par un commerce d'esprit : pas à être raillés ; ce sont de pareils défauts que ils laissoient au vulgaire l'art de parler d'une manous devons choisir pour railler les autres. nière intelligible; une chose dile entre eux peu

Rire des gens d'esprit, c'est le privilege des clairement en entraînoit une autre encore plus sots : ils sont dans le monde ce que les fous sont obscure, sur laquelle on enchérissoit par de à la cour, je veux dire sans conséquence. vraies énigmes, toujours suivies de longs applau

La moquerie est souvent indigence d'esprit. dissements, par tout ce qu'ils appeloient déli

Vous le croyez votre dupe : s'il feint de l'être, catesse, sentiments, tour et finesse d'expresqui est plus dupe de lui ou de vous ?

Si vous observez avec soin qui sont les gens · Les précieuses et leurs alcoristcs.

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et

sion ; ils étoient enfin parvenus à n'être plus en que de prononcer de certains noms; et, s'ils tendus, et à ne s'entendre pas eux-mêmes. Il leur échappent, c'est du moins avec altération ne falloit, pour fournir à ces entretiens, ni bon du mot, et après quelques façons qui les rassusens, ni jugement , ni mémoire, ni la moindre rent : en cela moins naturelles que les femmes capacité ; il falloit de l'esprit, non pas du de la cour, qui, ayant besoin , dans le discours, meilleur, mais de celui qui est faux, et où l'ima- des Halles, du Châtelet, ou de choses semblagination a trop de part.

bles, disent les Halles, le Châtelet. Je le sais, Theobalde, vous êtes vieilli; mais Si l'on feint quelquefois de ne se pas souvevoudriez-vous que je crusse que vous êtes baissé, nir de certains noms que l'on croit obscurs, que vous n'êtes plus poëte ni bel esprit, que si l'on affecte de les corrompre en les prononvous êtes présentement aussi mauvais juge de çant, c'est par la bonne opinion qu'on a du tout genre d'ouvrage que méchant auteur, que sien :: vous n'avez plus rien de naïf et de délicat dans L'on dit par belle humeur, et dans la liberté la conversation? Votre air libre et présomp- de la conversation, de ces choses froides qu'à la tueux me rassure et me persuade tout le con- vérité l'on donne pour telles, et que l'on ne traire. Vous êtes donc aujourd'hui tout ce que trouve bonnes que parcequ'elles sont extrêvous fûtes jamais , et peut-être meilleur; car, si mement mauvaises. Cette manière basse de à votre âge vous êtes si vif et si impétueux , quel plaisanter a passé du peuple , à qui elle apparnom, Theobalde, falloit-il vous donner danstient, jusque dans une grande partie de la votre jeunesse, et lorsque vous étiez la coque- jeunesse de la cour , qu'elle a déja infectée. Il luche ou l'entêtement de certaines femmes qui est vrai qu'il y entre trop de fadeur et de grosne juroient que par vous et sur votre parole, sièreté pour devoir craindre qu'elle s'étende qui disoient : Cela est délicieux ; qu'a-t-il dit? plus loin, et qu'elle fasse de plus grands progrès

L'on parle impétueusement dans les entre dans un pays qui est le centre du bon goût et tiens, souvent par vanité ou par humeur, rare de la politesse; l'on doit cependant en inspirer ment avec assez d'attention : tout occupé du le dégoût à ceux qui la pratiquent : car, bien que desir de répondre à ce qu'on n'écoute point, ce ne soit jamais sérieusement, elle ne laisse pas l'on suit ses idées, et on les explique sans le de tenir la place, dans leur esprit et dans le commoindre égard pour les raisonnements d'autrui; merceordinaire, de quelque chose de meilleur. l'on est bien éloigné de trouver ensenible Entre di de mauvaises choses ou en dire de vérité, l'on n'est pas encore convenu de celle bonnes que tout le monde sait, et les donner que l'on cherche. Qui pourroit écouter ces sortes pour nouvelles, je n'ai pas à choisir. de conversations, et les écrire, feroit voir quel- « Lucain a dit une jolie chose; il y a un beau quefois de bonnes choses qui n'ont nulle suite. « mot de Claudien ; il y a cet endroit de Sénè

Il a régné pendant quelque temps une sorte que : » et là-dessus une longue suite de latin de conversation fade et puérile, qui rouloit que l'on cite souvent devant des gens qui ne toute sur des questions frivoles qui avoient rela- | l'entendent pas, et qui feignent de l'entendre. tion au cæur, et à ce qu'on appelle passion ou Le secret seroit d'avoir un grand sens et bien tendresse. La lecture de quelques romans les de l'esprit; car ou l'on se passeroit des anciens, avoit introduites parmi les plus honnêtes gens de ou, après les avoir lus avec soin , l'on sauroit la ville et de la cour; ils s'en sont défaits, et la encore choisir les meilleurs, et les citer à bourgeoisie les a reçues avec les pointes et les propos. équivoques.

Hermagoras ne sait pas qui est roi de Hongrie; Quelques femmes de la ville ont la délicatesse il s'étonne de n'entendre faire aucune mention de ne pas savoir ou de n'oser dire le nom des du roi de Bohème : ne lui parlez pas des guerres rues, des places, et de quelques endroits publics de Flandre et de Hollande, dispensez-le du qu'elles ne croient pas assez nobles pour être connus. Elles disent le Louvre, la place Royale : estropioit impitoyablement les noms de tous les roturiers de sa

· C'est ce que faisoit, dit-on, le maréchal de Richelieu , qui mais elles usent de tours et de phrases plutôt connoissance, même de ses confrères à l'Académie Françoise.

moins de vous répondre; il confond les temps, | plus d'un mois les stances qu'il vous a promises, il ignore quand elles ont commencé, quand elles s'il ne manque de parole à Dosithée qui l'a enont fini : combats, siéges, tout lui est nouveau. gagé à faire une élégie; une idylle est sur le Mais il est instruit de la guerre des géants, il métier : c'est pour Crantor qui le presse , et qui en raconte le progrès et les moindres détails; lui laisse espérer un riche salaire. Prose, vers, rien ne lui est échappé : il débrouille de même que voulez-vous ? il réussit également en l'un et l'horrible chaos des deux empires, le babylonien en l'autre. Demandez-lui des lettres de conet l'assyrien ; il connoit à fond les Égyptiens et solation, ou sur une absence, il les entreleurs dynasties. Il n'a jamais vu Versailles, il ne le prendra ; prenez-les toutes faites et entrez dans verra point, il a presque vu la tour de Babel; il en son magasin, il y a à choisir. Il a un ami qui compte les degrés ; il sait combien d'architectes n'a point d'autre fonction sur la terre que de ont présidé à cet ouvrage; il sait le nom des ar- le promettre long-temps à un certain monde, et chitectes. Dirai-je qu'il croit Henri IV. fils de Hen- de le présenter enfin dans les maisons comme ri III ? Il néglige du moins de rien connoître aux homme rare et d'une exquise conversation; maisons de France, d'Autriche, de Bavière: quel et là, ainsi que le musicien chante et que le les minuties ! dit-il, pendant qu'il récite de mémoi- joueur de luth touche son luth devant les perre toute une liste des rois des Mèdes ou de Baby- sonnes à qui il a été promis, Cydias , après lone, et que les noms d'Apronal , d'Hérigebal, avoir toussé, relevé sa manchette, étendu la de Noesnemordach , de Mardokempad, lui sont main et ouvert les doigts, debite gravement aussi familiers qu'à nous ceux de Valois et de ses pensées quintessenciées et ses raisonnements BOURBON. Il demande si l'Empereur a jamais été sophistiques. Different de ceux qui, convenant marié; mais personne ne lui apprendra que de principes, et connoissani la raison ou la Ninus a eu deux femmes. On lui dit que le roi vérité qui est une, s'arrachent la parole l'un jouit d'une santé parfaite ; et il se souvient que à l'autre pour s'accorder sur leurs sentiments, Thetmosis, un roi d'Égypte, étoit valétudinaire, il n'ouvre la bouche que pour contredire : et qu'il tenoit cette complexion de son aïeul Ali-Il me semble , dit-il gracieusement, que pharmutosis. Que ne sait-il point? quelle chose « c'est tout le contraire de ce que vous dites; » lui est cachée de la vénérable antiquité ? Il vous ou, « je ne saurois être de votre opinion; dira que Sémiramis, ou, selon quelques uns, ou bien, a ç'a été autrefois mon entètement, Sérimaris, parloit comme son fils Ninyas ; qu’on « comme il est le vôtre; mais... il y a trois ne les distinguoit pas à la parole : si c'étoit par- ( choses, ajoute-t-il, à considérer.....) et il ceque la mère avoit une voix mâle comme son en ajoute une quatrième : fade discoureur qui fils, ou le fils une voix effeminée comme sa mère, n'a pas mis plus tôt le pied dans une assemblée, qu'il n'ose pas le décider. Il vous révèlera que qu'il cherche quelques femmes auprès de qui il Nembrot étoit gaucher, et Sesostris ambidex- puisse s'insinuer, se parer de son bel esprit ou tre; que c'est une erreur des'imaginer qu’un Ar- de sa philosophie, et mettre en œuvre ses rares taxerce ait été appelé Longuemain parceque les conceptions : car, soit qu'il parle ou qu'il écribras lui tomboient jusqu'aux genoux, et non à ve, il ne doit pas être soupçonné d'avoir en cause qu'il avoit une main plus longue que l'au- vue ni le vrai ni le faux, ni le raisonnable ni le tre; et il ajoute qu'il y a des auteurs graves qui af- ridicule; il évite uniquement de donner dans le firment quec'étoit la droite ; qu'il croit néanmoins sens des autres, et d'être de l'avis de quelêtre bien fondé à soutenir que c'est la gauche. qu'un : aussi attend-il dans un cercle que chacun

Ascagne est statuaire, Hégion fondeur, Es- se soit expliqué sur le sujet qui s'est offert, ou chine foulon, et Cydias bel esprit ; c'est sa pro- souvent qu'il a amené lui-même, pour dire fession. Il a une enseigne, un atelier, des ou- dogmatiquement des choses toutes nouvelles, vrages de commande, et des compagnons qui mais à son gré décisives et sans réplique. Cydias travaillent sous lui; il ne vous sauroit rendre de s'égale à Lucien et à Sénèque', se met au-dessus de Platon, de Virgile et de Théocrite; et son femme, depuis le jour qu'il en fit le choix jusflatteur a soin de le confirmer tous les matins qu'à sa mort : il a déja dit qu'il regrette qu'elle dans cette opinion. Uni de goût et d'intérêt avec ne lui ait pas laissé d'enfants, et il le répète; il les contempteurs d'Homère, il attend paisible parle des maisons qu'il a à la ville, et bientôt ment que les hommes détrompés lui préfèrent d'une terre qu'il a à la campagne; il calcule le les poëtes modernes; il se met en ce cas à la tête revenu qu'elle lui rapporte; il fait le plan des de ces derniers, et il sait à qui il adjuge la se- bâtiments, en décrit la situation, exagère la conde place. C'est, en un mot, un composé du commodité des appartements, ainsi que la ripedant et du précieux, fait pour être admiré chesse et la propreté des meubles. Il assure de la bourgeoisie et de la province, en qui qu'il aime la bonne chère, les équipages; il se néanmoins on n'aperçoit rien de grand que plaint que sa femme n’aimoit point assez le jeu l'opinion qu'il a de lui-même.

· Henri-le-Grand. (La Bruyère.)

1 Philosophe et poête tragique. (La Bruyère.)

et la société. Vous êtes si riche, lui disoit un de C'est la profonde ignorance qui inspire le ton ses amis, que n'achetez-vous cette charge ? dogmatique. Celui qui ne sait rien croit ensei- pourquoi ne pas faire cette acquisition qui étengner aux autres ce qu'il vient d'apprendre lui- droit votre domaine? On me croit, ajoute-t-il, même; celui qui sait beaucoup pense à peine plus de bien que je n'en possède. Il n'oublie pas que ce qu'il dit puisse être ignoré, et parle plus son extraction et ses alliances : M. le surintenindifféremment.

dant, qui est mon cousin; madame la chancelière, Les plus grandes choses n'ont besoin que qui est ma parente : voilà son style. Il raconte un d'être dites simplement; elles se gâtent par fait qui prouve le mécontentement qu'il doit l'emphase : il faut dire noblement les plus peli- avoir de ses plus proches, et de ceux même les; elles ne se soutiennent que par l'expression, qui sont ses héritiers : Ai-je tort? dit-il à Élise; le ton , et la manière.

ai-je grand sujet de leur vouloir du bien ? et il Il me semble que l'on dit les choses encore l'en fait juge. Il insinue ensuite qu'il a une plus finement qu'on ne peut les écrire. santé foible et languissante; et il parle de la cave

Il n'y a guère qu'une naissance honnête , ou où il doit être enterré. Il est insinuant , flatteur, une bonne éducation, qui rende les hommes officieux, à l'égard de tous ceux qu'il trouve capables de secret.

auprès de la personne à qui il aspire. Mais Elise Toute confiance est dangereuse, si elle n'est n'a pas le courage d'être riche en l'épousant. entière: il y a peu de conjonctures où il ne faille On annonce, au moment qu'il parle, un cavalier, tout dire ou tout cacher. On a déja trop dit de qui de sa seule présence démonte la batterie de son secret à celui à qui on croit devoir en dé- l'homme de ville : il se lève déconcerté et charober une circonstance.

grin , et va dire ailleurs qu'il veut se remarier, Des gens vous promettent le secret, et ils le Le sage quelquefois évite le monde, de peur révèlent eux-mêmes, et à leur insu ; ils ne re- d'être ennuyé. muent pas les lèvres, et on les entend: on lit sur leur front et dans leurs yeux ; on voit au travers

CHAPITRE VI. de leur poitrine; ils sont transparents : d'autres ne disent pas précisément une chose qui leur a

Des biens de fortune. été confiée; mais ils parlent et agissent de manière qu'on la découvre de soi-même : enfin Un homme fort riche peut manger des entrequelques uns méprisent votre secret, de quel- mets, faire peindre ses lambris et ses alcôves, que conséquence qu'il puisse être : « C'est un jouir d'un palais à la campagne, et d'un autre < mystère, un tel m'en a fait part, et m'a dé- à la ville, avoir un grand équipage, mettre un « fendu de le dire; » et ils le disent.

duc dans sa famille, et faire de son fils un grand Toute révélation d'un secret est la faute de seigneur : cela est juste et de son ressort. Mais celui qui l'a confié.

il appartient peut-être à d'autres de vivre conNicandre s'entretient avec Élise de la manière tents. douce et complaisante dont il a vécu avec sa Une grande naissance ou une grande fortune

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