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qu'on ne la respande pas par tout fans choix & fans mesure. Car aufli-toft elle languit, & a je ne sçai quoi de niais & de grossier. Et c'est pourquoi Plaron qui est toûjours figuré dans ses expressions , & quelquefois mesme un peu mal à propos, au jugement de quelques-uns, a esté raillé pour avoir dit dans la Republique ; Il ne faut point fouffrir que les richesses d'or o d'argent prennent pié, ni babitent dans une Ville. S'il eust voulu poursuivent-ils, introduire la possession du bestail ; assurement qu'il auroit dit par la mesme raison, les richesses de beufs @ de moutons.

Mais ce que nous avons dit en general suffit pour faire voir l'usage des Figures, à l'égard du Grand & du Sublime. Car il est certain qu'elles rendent toutes le Difcours plus animé & plus Pathetique : or le Pathetique participe du Sublime, aurant que le Sublime participe du Beau & de l'Agreable.

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quent ordinairement l'une par l'autre : Voions si nous n'avons point encore quelque chose à remarquer dans cette partie du discours , qui regarde l'expression Or que le choix des grands mors & des termes propres, soit d'une merveilleuse vertu pour attacher & pour émouvoir,

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c'eft

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c'est ce que personne n'ignore , & sur quoi par consequent il seroit inutile de s'arrelter. En effet, il n'y a peut-eftre rien d'où les Orateurs & tous les Escrivains en general qui s'estudient au Sublime, tirent plus de grandeur, d'élegance, de netteté, de poids, de force, & de vigueur pour leurs Ouvrages, que du choix des paroles. C'est par elles que toutes ces beautez éclatent dans le discours, comme dans un riche tableau, & elles donnent aux chofes une espece d'ame & de vie. Enfin les beaux mots font, à vrai dire, la lumiere propre & naturelle de nos pensées. Il faut prendre garde neanmoins à ne pas faire parade par tout d'une vaine enflûre de paroles. Car d'exprimer

une chose basse en termes grands & magniL'Auteur fiques, c'est tout de mesme que fi vous apaprés a- pliquiez un grand masque de Theatre sur voir

le visage d'un petit enfant : fi ce n'est à la montré combien

verité dans la Poësie * * * * * * * les grands Cela se peut voir encore dans un paffage de mots sont Theopompus, que Cecilius blåme, je ne impertim fçai pourquoi, & qui me semble au conle Stile

traire fort à louer pour sa justesse, & parce fimple, qu'il dit beaucoup. Philippe , dit cet Hiftofaisoit

rien, boit sans peine les affronts que la necefles termes fite'de ses affaires l'oblige de fouffrir. Enefsimples a- fet un discours tour fimple exprimera quelvoient quefois mieux la chose que toute la pompe, place

& tour l'ornement, comme on le voit tous fois dans les jours dans les affaires de la vie. Ajollquelquele Stile tez qu'une chose énoncée d'une façon ornoble.

dinaire, fe fait aussi plus aisément croire. Voyez les Ainfi en parlant d'un Homme qui, pour quese

s'agran

Remar

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& s'agrandir souffre sans peine; & melmea de vec plaisir, des indignitez , ces termes,

Boire les affronts , me semblent signifier beaucoup. Il en est de mesme de cette ex pression d'Herodote. Cleomene eftant de

venu furieux, il prit un couteau dont il fe haenchala chair en petits morceaux ; & s'estant E ainfi déchiquete' lui-mesme, il mourut, Écail

leurs, Pithés demeurant toujours dans le vaisseau, ne ceffa point de combattre, qu'il n'euft efté bacbé en pieces. Car ces exprelfons marquent un homme qui dit bonnement les choses, & qui n'y entend point de fineffe, & renferment neanmoins en el les un sens qui n'a rien de groslier ni de trivial.

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CHAPITRE XXVI.

Des Metaphores.

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Our ce qui est du nombre des Meta

phores, Cecilius semble estre de l'avis de ceux qui n'en fouffrent pas plus de deux ou trois au plus, pour exprimer une seule chose. Mais Demosthene nous doit encore ici servir de regle. Cet Orateur nous fait voir qu'il y a des occasions où l'on en peut emploier plusieurs à la fois ; quand les Paffions, comme un torrent rapide, les entraînent avec elles necessairement, & en foule. Ces Hommes malheureux, dit-il quelque part, ces lâches Flateurs, ces Puries de la Republique ont cruellement déchiré leur patrie, Ce font eux qui dans la débau

che ont autrefois vendu à Pbilippe nostre liberté et qui la vendent encore aujourd'huyà Alexandre : qui mesurant, dis-je, tout leur bon-beur aux Jales plaisirs de leur ventre, leurs infames débordemens, ont renversé toutes les bornes de l'honneur , & détruit parmi nous, cette regle les anciens Grecs faifoient confifter toute leur felicité; de ne souffrir point de maistre. Par cette foule de Metaphores, prononcées dans la colere, l'Orateur ferme entierement la bouche à ces Traiftres. Neanmoins Ariftote & Theophraste, pour excuser l'audace de ces Figures, pensent qu'il est bon d'y apporter ces adoucissemens. Pour ainsi dire. Pour parler ainsi

. Si j'ose me servir de ces termes. Pour m'expliquer un peu plus hardiment. En effet, ajoûtent ils, l'excuse eft un remede contre les hardiesses du discours, & je suis bien de leur avis. Mais je solltiens pourtant toûjours ce que j'ay déja dir, que le remede le plus naturel contre l'abondance & la hardiesle, soit des Metaphores, soit des autresFigu-. res, c'est de ne les emploier qu'à propos: je veux dire, dans les grandes passions , & dans le Sublime. Car comme le Sublime & le Pathetique par leur violence & leur impetuofité emportent naturellement , & entraînent tout avec eux ; ils demandent neceflairement des expressions fortes , & ne laillent pas le temps à l'Auditeur de s'amuser à chicaner le nombre des Metaphores, parce qu'en ce moment il est épris d'une commune fureur avec celui qui parle.

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TE

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Et melmes pour les lieux communs & les. descriptions, il n'y a rien quelquefois qui, sa exprime mieux les choses qu'une foule de -2 Metaphores continuées. C'elt par elles que,

nous voions dans Xenophon une descri-
ption si pompeuse de l'edifice du corps hu-
main. Plaion neanmoins en a fait la pein-,

ture d'une maniere encore plus divine. Ce i dernier appelle la ceite une Citadele. Il dic i que le cou est un Isthme, qui a esté mis enI tre elle & la poitrine. Que les Vertebres

font, comme des gonds fur lesquels elle tourne. Que la Volupté et l'amorce de tous les. malbeurs qui arrivent aux Hommes, Que la langue est le Juge des saveurs. Que le Cour. est la source des veines, la fontaine du fang. qui de fe porte avec rapidité dans toutes les autres parties, & qu'il est disposé comme une, forteresse gardée de tous costez. Il appelle les Pôres, des Ruës estroites. Les Dieux , pourfuit-il, voulant foutenir le battement du caur , que la vevë inopinée des choses terribles, ou le mouvement de la colere qui est de feu, lui«causent ordinairement; ils ont mis Sous lui le poulmon dont la substance est molle e n'a point de fang: mais ayant par dedans de petits trous en forme d'éponge, il sert au ceur comme d'oreiller , afin que quand la colere est enflammée, il ne foit point trouble dans les fonctions. Il appelle la Partie concupiscible l'appartement de la Femme ; & la Partie irascible, l'appartement de l'Homme. Il dit que la Rate est la Cuisine des Intestins, & qu'estant pleine des ordures du foie, elle s'enfle & devient bouffie. En fuite.

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con

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