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çoient à le goûter n'osant avaler le morceau que d'avoir pensé ; il y en a d'autres qui ont une qu'ils ont à la bouche, ils le jettent à terre: fade attention à ce qu'ils disent, et avec qui l'on tous ont les yeux sur lui, observent son main- souffre dans la conversation de tout le travail de tien et son visage avant de prononcer sur le vin leur esprit ; ils sont comme pétris de phrases et ou sur les viandes qui sont servies. Ne le cher- de petits tours d'expression, concertés dans chez pas ailleurs que dans la maison de ce riche leur geste et dans tout leur maintien; ils sont qu'il gouverne ; c'est là qu'il mange, qu'il dort, puristes et ne hasardent pas le moindre et qu'il fait digestion, qu'il querelle son valet, mot, quand il devroit faire le plus bel effet du qu'il reçoit ses ouvriers, et qu'il remet ses monde : rien d'heureux ne leur échappe; rien créanciers : il régente, il domine dans une salle; ne coule de source et avec liberté : ils parlent il y reçoit la cour et les hommages de ceux qui, proprement et ennuyeusement. plus fins que les autres, ne veulent aller au mai L'esprit de la conversation consiste bien moins tre que par Troïle. Si l'on entre par malheur à en montrer beaucoup qu'à en faire trouver aux sans avoir une physionomie qui lui agrée, il ride autres : celui qui sort de votre entretien, conson front et il détourne sa vue; si on l'aborde, tent de soi et de son esprit, l'est de vous paril ne se lève pas; si l'on s'assied auprès de lui, faitement. Les hommes n'aiment point à vous il s'éloigne; si on lui parle, il ne répond point; admirer; ils veulent plaire: ils cherchent moins si l'on continue de parler, il passe dans une à être instruits, et même réjouis, qu'à être autre chambre; si on le suit , il gagne l'escalier : goûtés et applaudis; et le plaisir le plus délicat il franchiroit tous les étages, ou il se lanceroit est de faire celui d'autrui. par une fenêtre, plutôt que de se laisser joindre Il ne faut pas qu'il y ait trop d'imagination par quelqu'un qui a un visage ou un son de dans nos conversations ni dans nos écrits ; elle voix qu'il désapprouve; l'un et l'autre sont ne produit souvent que des idées vaines et puéagréables en Troüle, et il s'en est servi heureu- riles, qui ne servent point à perfectionner le sement pour s'insinuer ou pour conquérir. Tout goût, et à nous rendre meilleurs : nos pensées devient, avec le temps, au-dessous de ses soins, doivent être prises dans le bon sens et la droite comme il est au-dessus de vouloir se soutenir ou raison, et doivent être un effet de notre jugecontinuer de plaire par le moindre des talents ment. qui ont commencé à le faire valoir. C'est beau C'est une grande misère que de n'avoir pas coup qu'il sorte quelquefois de ses méditations assez d'esprit pour bien parler, ni assez de juet de sa taciturnité pour contredire, que même gement pour se taire. Voilà le principe de toute pour critiquer il daigne une fois le jour avoir de impertinence. l'esprit : bien loin d'attendre de lui qu'il défère Dire d'une chose modestement, ou qu'elle est à vos sentiments, qu'il soit complaisant , qu'il bonne, ou qu'elle est mauvaise, et les raisons vous loue, vous n'êtes pas sûr qu'il aime tou- pourquoi elle est telle, demande du bon sens jours votre approbation, ou qu'il souffre votre et de l'expression ; c'est une affaire. Il est plus complaisance.

court de prononcer d'un ton décisif, et qui emIl faut laisser parler cet inconnu que le hasard porte la preuve de ce qu'on avance, ou qu'elle a placé auprès de vous dans une voiture publi- est exécrable, ou qu'elle est miraculeuse. que, à une fête, ou à un spectacle; et il ne vous Rien n'est moins selon Dieu et selon le monde coûtera bientôt, pour le connoître, que de que d'appuyer tout ce que l'on dit dans la conl'avoir écouté : vous saurez son nom, sa de- versation, jusqu'aux choses les plus indiffémeure, son pays, l'état de son bien , son em- rentes, par de longs et de fastidieux serments. ploi, celui de son père, la famille dont est sa Un honnête homme qui dit oui et non mérite mère, sa parenté, ses alliances, les armes de sa d'être cru : son caractère jure pour lui, donne maison ; vous comprendrez qu'il est noble, qu'il créance à ses paroles, et lui attire toute sorte de a un château, de beaux meubles, des valets, et confiance. un carrosse.

Gens qui affectent une grande pureté de langage. Il y a des gens qui parlent un moment avant

(La Bruyère.)

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Celui qui dit incessamment qu'il a de l'hon- | ainsi dire, en peu de paroles, et ne songent neur et de la probité, qu'il ne nuit à personne, qu'à se dégager de vous : on leur parle encore qu'il consent que le mal qu'il fait aux autres lui qu'ils sont partis, et ont disparu. Ils ne sont arrive, et qui jure pour le faire croire, ne sait pas moins impertinents que ceux qui vous arpas même contrefaire l'homme de bien. rêtent seulement pour vous ennuyer; ils sont

Un homme de bien ne sauroit empêcher, par peut-être moins incommodes. toute sa modestie, qu'on ne dise de lui ce qu'un Parler et offenser pour de certaines gens est malhonnête homme sait dire de soi.

précisément la même chose: ils sont piquants et Cléon parle peu obligeamment ou peu juste, amers ; leur style est mêlé de fiel et d'absinthe; c'est l'un ou l'autre; mais il ajoute qu'il est fait la raillerie, l'injure, l'insulte, leur découlent des ainsi, et qu'il dit ce qu'il pense.

lèvres comme leur salive. Il leur seroit utile Il y a parler bien, parler aisément, parler d'être nés muets ou stupides. Ce qu'ils ont de juste, parler à propos : c'est pécher contre ce vivacité et d'esprit leur nuit davantage que ne dernier genre que de s'étendre sur un repas fait à quelques autres leur sottise. Ils ne se conmagnifique que l'on vient de faire, devant des tentent pas toujours de répliquer avec aigreur, gens qui sont réduits à épargner leur pain; de ils attaquent souvent avec insolence : ils frappent dire merveilles de sa santé devant des infirmes ; sur tout ce qui se trouve sous leur langue, sur d'entretenir de ses richesses, de ses revenus et les présents, sur les absents; ils heurtent de front de ses ameublements, un homme qui n'a ni et de côté, comme des béliers : demande-t-on rentes ni domicile; en un mot, de parler de son à des béliers qu'ils n'aient pas de cornes ? de bonheur devant des misérables. Cette conver- même n'espère-t-on pas de réformer par cette sation est trop forte pour eux; et la comparai- peinture des naturels si durs, si farouches, si inson qu'ils font alors de leur état au vôtre est dociles. Ce que l'on peut faire de mieux, d'aussi odieuse.

loin qu'on les découvre, est de les fuir de toute Pour vous, dit Eutiphron, vous êtes riche, sa force et sans regarder derrière soi. ou vous devez l'ètre : dix mille livres de rente, Il y a des gens d'une certaine étoffe ou d'un et en fonds de terre, cela est beau, cela est certain caractère avec qui il ne faut jamais se doux, et l'on est heureux à moins ; pendant que commettre, de qui l'on ne doit se plaindre que lui, qui parle ainsi, a cinquante mille livres de le moins qu'il est possible, et contre qui il n'est revenu , et croit n'avoir que la moitié de ce pas même permis d'avoir raison. qu'il mérite : il vous taxe, il vous apprécie, il Entre deux personnes qui ont eu ensemble fixe votre dépense; et s'il vous jugeoit digne une violente querelle, dont l'un a raison et d'une meilleure fortune, et de celle même où l'autre ne l'a pas, ce que la plupart de ceux qui il aspire, il ne manqueroit pas de vous la sou- y ont assisté ne manquent jamais de faire, ou haiter. Il n'est pas le seul qui fasse de si mau- pour se dispenser de juger, ou par un tempévaises estimations ou des comparaisons si déso- rament qui m'a toujours paru hors de sa place, bligeantes ; le monde est plein d'Eutiphrons. c'est de condamner tous les deux : lecon im

Quelqu'un, suivant la pente de la coutume portante, motif pressant et indispensable de qui veut qu'on loue, et par l'habitude qu'il a à fuir à l'orient quand le fat est à l'occident, pour la flatterie et à l'exagération, congratule Théo- éviter de partager avec lui le même tort. dème sur un discours qu'il n'a point entendu, Je n'aime pas un homme que je ne puis aboret dont personne n'a pu encore lui rendre der le premier, ni saluer avant qu'il me salue, compte; il ne laisse pas de lui parler de son gé- sans m'avilir à ses yeux, et sans tremper dans nie, de son geste, el sur-tout de la fidélité de sa la bonne opinion qu'il a de lui-même. MONTAIGNE mémoire : et il est vrai que Theodème est de- diroit' : « Je veux avoir mes coudées franches, meuré court.

et être courtois et affable à mon point, sans L'on voit des gens brusques, inquiets, suffi- « remords ni conséquence. Je ne puis du tout sants , qui, bien qu'oisifs, et sans aucune affaire qui les appelle ailleurs , vous expedient, pour 1 Jinité de Montaignc. ( La Bruyère.)

< estriver contre mon penchant, et aller au | a d'autres qui ne servent qu'aux grands talents, « rebours de mon naturel, qui m'emmène vers ou à une vertu solide. Il est vrai que les manières

celui que je trouve à ma rencontre. Quand il polies donnent cours au mérite, et le rendent m'est égal, et qu'il ne m'est point ennemi, agréable; et qu'il faut avoir de bien éminentes

j'anticipe son bon accueil ; je le questionne qualités pour se soutenir sans la politesse. « sur sa disposition et santé; je lui fais offre Il me semble que l'esprit de politesse est une « de mes offices sans tant marchander sur le certaine attention à faire que, par nos paroles « plus ou sur le moins, ne être, comme disent et par nos manières, les autres soient contents « aucuns, sur le qui-vive. Celui-là me déplait, de nous et d'eux-mêmes. « qui, par la connoissance que j'ai de ses cou C'est une faute contre la politesse que de « tumes et façons d'agir, me tire de cette liberté louer immodérément, en présence de ceux < et franchise : comment me ressouvenir tout à que vous faites chanter ou toucher un instru« propos, et d'aussi loin que je vois cet homme, ment, quelque autre personne qui a ces mêmes

d'emprunter une contenance grave et impor- talents ; comme devant ceux qui vous lisent « tante, et qui l'avertisse que je crois le valoir leurs vers, un autre poëte. « bien et au-delà ; pour cela de me ramentevoir Dans les repas ou les fêtes que l'on donne aux < de mes bonnes qualités et conditions, et des autres, dans les présents qu'on leur fait, et dans < siennes mauvaises, puis en faire la comparai- tous les plaisirs qu'on leur procure, il y a faire « son? C'est trop de travail pour moi, et ne suis bien et faire selon leur goût : le dernier est < du tout capable de si roide et si subite atten- préférable. « tion; et, quand bien elle m'auroit succédé Il y auroit une espèce de férocité à rejeter « une première fois, je ne laisserois de fléchir indifféremment toutes sortes de louanges : l'on « et me démentir à une seconde tâche : je ne doit être sensible à celles qui nous viennent des « puis me forcer et contraindre pour quelcon- gens de bien, qui louent en nous sincèrement que à être fier. »

des choses louables. Avec de la vertu, de la capacité, et une bonne Un homme d'esprit, et qui est né fier, ne conduite, on peut être insupportable. Les ma- perd rien de sa fierté et de sa roideur pour se nières que l'on néglige comme de petites choses, trouver pauvre : si quelque chose au contraire sont souvent ce qui fait que les hommes déci- doit amollir son humeur, le rendre plus doux dent de vous en bien ou en mal : une légère et plus sociable, c'est un peu de prospérité. attention à les avoir douces et polies prévient Ne pouvoir supporter tous les mauvais caracleurs mauvais jugements. Il ne faut presque rien tères dont le monde est plein , n'est pas un fort pour être cru fier, incivil, méprisant, dés- bon caractère : il faut, dans le commerce, des obligeant; il faut encore moins pour être estimé pièces d'or et de la monnoie. tout le contraire.

Vivre avec des gens qui sont brouillés, et La politesse n'inspire pas toujours la bonté, dont il faut écouter de part et d'autre les plaintes l'équité, la complaisance, la gratitude; elle en réciproques, c'est, pour ainsi dire, ne pas sordonne du moins les apparences, et fait paroître tir de l'audience, et entendre du matin au soir l'homme au dehors comme il devroit être in- plaider et parler procès. térieurement.

L'on sait des gens qui avoient coulé leurs L'on peut définir l'esprit de politesse; l'on ne jours dans une union étroite : leurs biens étoient peut en fixer la pratique : elle suit l'usage et en commun ; ils n'avoient qu'une même deles coutumes reçues; elle est attachée aux temps, meure; ils ne se perdoient pas de vue. Ils se aux lieux, aux personnes, et n'est point la même sont aperçus à plus de quatre-vingts ans qu'ils dans les deux sexes, ni dans les différentes con- devoient se quitter l'un l'autre, et finir leur ditions : l'esprit tout seul ne la fait pas deviner; société ; ils n'avoient plus qu'un jour à vivre, et il fait qu'on la suit par imitation, et que l'on ils n'ont osé entreprendre de le passer ensemble ; s'y perfectionne. Il y a des tempéraments qui ne ils se sont dépêchés de rompre avant que de sont susceptibles que de la politesse, et il y en mourir; ils n'avoient de fonds pour la complai

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sance que jusque-là. Hs ont trop vécu pour le une belle-mère aime son gendre, n'aime point bon exemple; un moment plus tôt ils mouroient sa bru : tout est réciproque. sociables, et laissoient après eux un rare modèle Ce qu'une maråtre aime le moins de tout ce de la persévérance dans l'amitié.

qui est au monde , ce sont les enfants de son L'intérieur des familles est souvent troublé mari : plus elle est folle de son mari, plus elle par les défiances, par les jalousies et par l'an- est marâtre. tipathie, pendant que des dehors contents, Les marâtres font déserter les villes et les paisibles et enjoués nous trompent, et nous y bourgades, et ne peuplent pas moins la terre font supposer une paix qui n'y est point : il y de mendiants, de vagabonds, de domestiques en a peu qui gagnent à être approfondies. Cette et d'esclaves, que la pauvreté. visite que vous rendez vient de suspendre une G** et H**s sont voisins de campagne, et leurs querelle domestique qui n'attend que votre terres sont contiguës; ils habitent une contrée retraite pour recommencer.

déserte et solitaire : éloignés des villes et de Dans la société, c'est la raison qui plie la pre-tout commerce, il sembloit que la fuite d'une mière. Les plus sages sont souvent menés par entière solitude ou l'amour de la société eût le plus fou et le plus bizarre : l'on étudie son dû les assujettir à une liaison réciproque; il est foible ,son humeur, ses caprices; l'on s'y accom- cependant difficile d'exprimer la bagatelle qui mode : l'on évite de le heurter; tout le monde les a fait rompre, qui les rend implacables l'un lui cède : la moindre sérénité qui paroît sur son pour l'autre, et qui perpétuera leurs haines visage lui attire des éloges; on lui tient compte dans leurs descendants. Jamais des parents, et de n'être pas toujours insupportable. Il est même des frères, ne se sont brouillés pour une craint, ménagé, obéi, quelquefois aimé. moindre chose.

Il n'y a que ceux qui ont eu de vieux collaté- Je suppose qu'il n'y ait que deux honumes raux, ou qui en ont encore, et dont il s'agit sur la terre qui la possèdent seuls, et qui la d'hériter, qui puissent dire ce qu'il en coûte. partagent toute entre eux deux, je suis persuadé

Cléante est un très honnête homme; il s'est qu'il leur naîtra bientôt quelque sujet de rupchoisi une femme qui est la meilleure personne ture, quand ce ne seroit que pour les limites. du monde, et la plus raisonnable : chacun, de Il est souvent plus court et plus utile de cadrer sa part, fait tout le plaisir et tout l'agrément des aux autres, que de faire que les autres s'ajussociétés où il se trouve; l'on ne peut voir ailleurs tent à nous. plus de probité, plus de politesse : ils se quittent J'approche d'une petite ville, et je suis déja demain, et l'acte de leur séparation est tout sur une hauteur d'où je la découvre. Elle est dressé chez le notaire. Il y a sans mentir de cer- située à mi-côte; une rivière baigne ses murs, tains mérites qui ne sont point fails pour être et coule ensuite dans une belle prairie : elle a ensemble , de certaines vertus incompatibles. une forêt épaisse qui la couvre des vents froids

L'on peut compter sûrement sur la dot, le et de l'aquilon. Je la vois dans un jour si favodouaire et les conventions, mais foiblement sur les nourritures; elles dependent d'une union leçon de toutes les éditions publiées par l'auteur ; mais il a sans

doute voulu dire, un beau-père n'aime point son gendre, aime fragile de la belle-mère et de la bru, et qui sa bru. Nous nous sommes fait une loi de ne pas changer le perit souvent dans l'année du mariage.

texte. (LEF.)

1 Ici. les auteurs de clefs donnent des noms qui se rapportent Un beau-père aime son gendre, aime sa bru*;

aux initiales du texte, ce qui pourroit faire croire qu'ils ont

rencontré juste. Voici comme ils racontent l'aventure : «Vedeau · Ce passage en rappelle un de Plutarque, que nous allons « de Grammont, conseiller de la cour en la seconde des enrapporter ici : « Il y a quelquefois de petites hargnes et riottes a quètes, eut un très grand procès avec M. Hervé, doyen du « souvent répétées, procédantes de quelques fåcheuses condi a parlement, au sujet d'une béche. Ce procés, commencé pour « tions, ou de quelque dissimilitude ou incompatibilité de na « une bagatelle, donna lieu à une inscription en faux de titre « ture, que les étrangers ne connoissent pas, lesquelles par « de noblesse dudit Vedeau, et cette affaire alla si loin , qu'il fut « succession de temps engendrent de si grandes aliénations de « dégradé publiquement, sa robe déchirée sur lui; outre cela. « volontés entre des personnes, qu'elles ne peuvent plus vivre « condamné à un bannissement perpétuel, depuis converti en a ni habiter ensemble. » (Vie de Paulus Æmilius, ch. III de la « une prison à Pierre-Encise : ce qui le ruina absolument. 11 version d'Amyot.)

« avait épousé la fille de M. Genou, conseiller en la grandUn beau-père aime son gendre, aime sa bru : telle est la « chambre. »

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rable, que je compte ses tours et ses clochers; qui ne peuvent louer, qui blâment toujours, elle me paroît peinte sur le penchant de la col- qui ne sont contents de personne, vous reconline. Je me récrie, et je dis : Quel plaisir de vivre noitrez que ce sont ceux mêmes dont personne sous un si beau ciel et dans ce séjour si délicieux! n'est content. Je descends dans la ville, où je n'ai pas couché Le dédain et le rengorgement dans la société deux nuits, que je ressemble à ceux qui l'habi- attire précisément le contraire de ce que l'on tent : j'en veux sortir.

cherche, si c'est à se faire estimer. Il y a une chose qu'on n'a point vue sous le Le plaisir de la société entre les amis se culciel, et que selon toutes les apparences on ne tive par une ressemblance de goût sur ce qui verra jamais : c'est une petite ville qui n'est regarde les moeurs, et par quelque différence divisée en aucuns partis; où les familles sont d'opinions sur les sciences : par-là, ou l'on s'afunies, et où les cousins se voient avec confiance; fermit dans ses sentiments, ou l'on s'exerce et où un mariage n'engendre point une guerre l'on s'instruit par la dispute. civile; où la querelle des rangs ne se réveille L'on ne peut aller loin dans l'amitié, si l'on pas à tous moments par l'offrande, l'encens n'est pas disposé à se pardonner les uns aux et le pain bénit, par les processions et par les autres les petits défauts. obsèques; d'où l'on a banni les caquets, le men Combien de belles et inutiles raisons à étaler songe et la médisance; où l'on voit parler en- à celui qui est dans une grande adversité, pour semble le bailli et le président, les élus et les essayer de le rendre tranquille! Les choses de assesseurs; où le doyén vit bien avec ses cha- dehors, qu'on appelle les évènements , sont noines, où les chanoines ne dédaignent pas les quelquefois plus fortes que la raison et que la chapelains, et où ceux-ci souffrent les chantres. nature. Mangez, dormez, ne vous laissez point

Les provinciaux et les sots sont toujours prêts mourir de chagrin , songez à vivre : harangues à se fàcher et à croire qu'on se moque d'eux, froides, et qui réduisent à l'impossible. Êtesou qu'on les méprise : il ne faut jamais hasarder la vous raisonnable de vous tant inquiéter? n'estplaisanterie, même la plus douce et la plus ce pas dire : Êtes-vous fou d'être malheureux? permise, qu'avec des gens polis, ou qui ont de Le conseil, si nécessaire pour les affaires, l'esprit.

est quelquefois, dans la société, nuisible à qui le On ne prime point avec les grands, ils se dé- donne, et inutile à celui à qui il est donné : sur fendent par leur grandeur ; ni avec les petits, les moeurs, vous faites remarquer des défauts ils vous repoussent par le qui-vive.

ou que l'on n'avoue pas, ou que l'on estime des Tout ce qui est mérite se sent, se discerne, vertus; sur les ouvrages, vous rayez les endroits se devine réciproquement : si l'on vouloit être qui paroissent admirables à leur auteur, où il se estimé, il faudroit vivre avec des personnes complaît davantage, où il croit s'être surpassé estimables.

lui-même. Vous perdez ainsi la confiance de vos Celui qui est d'une éminence au-dessus des amis, sans les avoir rendus ni meilleurs ni plus autres qui le met à couvert de la repartie, nę habiles. doit jamais faire une raillerie piquante.

L'ona vu, il n'y a pas long-temps, un cerclede Il y a de petits défauts que l'on abandonne personnes : des deux sexes, liées ensemble par volontiers à la censure, et dont nous ne haïssons la conversation et par un commerce d'esprit : pas à être raillés ; ce sont de pareils défauts que ils laissoient au vulgaire l'art de parler d'une manous devons choisir pour railler les autres. nière intelligible; une chose dite entre eux peu

Rire des gens d'esprit, c'est le privilege des clairement en entraînoit une autre encore plus sots : ils sont dans le monde ce que les fous sont obscure, sur, laquelle on enchérissoit par de à la cour, je veux dire sans conséquence. vraies énigmes, toujours suivies de longs applau

La moquerie est souvent indigence d'esprit. dissements, par tout ce qu'ils appeloient déli

Vous le croyez votre dupe : s'il feint de l'être, catesse, sentiments, tour et finesse d'expresqui est plus dupe de lui ou de vous ?

Si vous observez avec soin qui sont les gens · Les précieuses et leurs alcoristcs.

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