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Quelque désagrément qu'on ait à se trouver qu'il s'aigrit par les réflexions et les retours que chargé d'un indigent, l'on goûte à peine les l'on fait

pour s'en délivrer. Il faut, s'il se peut, nouveaux avantages qui le tirent enfin de notre ne point songer à sa passion, pour l'affoiblir. sujétion : de même, la joie que l'on reçoit de

L'on veut faire tout le bonheur, ou, si cela ne l'élévation de son ami est un peu balancée par se peut ainsi , tout le malheur de ce qu'on aime. la petite peine qu'on a de le voir au-dessus de

Regretter ce que l'on aime est un bien, en nous, ou s'égaler à nous. Ainsi l'on s'accorde comparaison de vivre avec ce que l'on bait. mal avec soi-même ; car l'on veut des dépen

Quelque désintéressement qu'on ait à l'égard dants, et qu'il n'en coûte rien : l'on veut aussi de ceux qu'on aime, il faut quelquefois se con- le bien de ses amis ; et, s'il arrive, ce n'est pas traindre pour eux et avoir la générosité de retoujours par s'en réjouir que l'on commence. cevoir.

On convie; on invite; on offre sa maison , sa Celui-là peut prendre, qui goûte un plaisir table, son bien, et ses services : rien ne coûte aussi délicat à recevoir que son ami en sent à lui qu'à tenir parole. donner.

C'est assez pour soi d'un fidèle ami; c'est Donner c'est agir; ce n'est pas souffrir de ses même beaucoup de l'avoir rencontré : on ne bienfaits, ni céder à l'importunité ou à la né- peut en avoir trop pour le service des autres. cessité de ceux qui nous demandent.

Quand on a assez fait auprès de certaines Si l'on a donné à ceux que l'on aimoit , quel personnes pour avoir dù se les acquérir, si cela que chose qu'il arrive, il n'y a plus d'occasions ne réussit point, il y a encore une ressource, où l'on doive songer à ses bienfaits.

qui est de ne plus rien faire. On a dit en latin qu'il coûte moins cher de Vivre avec ses ennemis comme s'ils devoient haïr que d'aimer; ou, si l'on veut, que l'amitié un jour être nos amis, et vivre avec nos amis est plus à charge que la haine. Il est vrai qu'on comme s'ils pouvoient devenir nos ennemis, est dispensé de donner à ses ennemis ; mais ne n'est ni selon la nature de la haine, ni selon les coûte-t-il rien de s'en venger? ou , s'il est doux règles de l'amitié : ce n'est point une maxime et naturel de faire du mal à ce que l'on hait, morale, mais politique. l'est-il moins de faire du bien à ce qu'on aime? On ne doit pas se faire des ennemis de ceux ne seroit-il pas dur et pénible de ne leur en qui , mieux connus, pourroient avoir rang entre point faire ?

nos amis. On doit faire choix d'amis si sûrs et Il y a du plaisir à rencontrer les yeux de ce d'une si exacte probité , que, venant à cesser de lui à qui l'on vient de donner.

l'être, ils ne veuillent pas abuser de notre conJe ne sais si un bienfait qui tombe sur un in- fiance, ni se faire craindre comme nos ennemis. grat , et ainsi sur un indigne, ne change pas de Il est doux de voir ses amis par goût et par nom, et s'il méritoit plus de reconnoissance. estime; il est pénible de les cultiver par inté

La libéralité consiste moins à donner beau- rêt, c'est solliciter. coup qu'à donner à propos.

Il faut briguer la faveur de ceux à qui l'on S'il est vrai que la pitié ou la compassion soit veut du bien, plutôt que de ceux de qui l'on un retour vers nous-mêmes, qui nous met en la espère du bien. place des malheureux, pourquoi tirent-ils de On ne vole point des mêmes ailes pour sa fornous si peu de soulagement dans leurs misères ? tune, que l'on fait pour des choses frivoles et

Il vaut mieux s'exposer à l'ingratitude que de de fantaisie. Il y a un sentiment de liberté à manquer aux misérables.

suivre ses caprices, et tout au contraire de serL'expérience confirme que la mollesse ou l'in- vitude à courir pour son établissement : il est dulgence pour soi et la dureté pour les autres naturel de le souhaiter beaucoup et d'y travailn'est qu'un seul et même vice.

ler

peu, de se croire digne de le trouver sans Un homme dur au travail et à la peine, in- l'avoir cherché. exorable à soi-même, n'est indulgent aux autres Celui qui sait attendre le bien qu'il souhaite que par un excés de raison.

ne prend pas le chemin de se désespérer s'il ne

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lui arrive pas; et celui au contraire qui desire , une affaire importante, et qui seroit capitale à une chose avec une grande impatience y met lui ou aux siens; il sentiroit d'abord l'empire et trop du sien pour en être assez récompensé par l'ascendant qu'on veut prendre sur son esprit, le succès.

et il secoueroit le joug par honte ou par caprice. Il y a de certaines gens qui veulent si ardem- Il faut tenter auprès de lui les petites choses ; et ment et si déterminément une certaine chose, de là, le progrès jusqu'aux plus grandes est que, de peur de la manquer, ils n'oublient rien immanquable. Tel ne pouvoit au plus, dans les de ce qu'il faut faire pour la manquer. commencements, qu'entreprendre de le faire

Les choses les plus souhaitées n'arrivent point; partir pour la campagne ou retourner à la ville, ou, si elles arrivent, ce n'est ni dans le temps qui finit par lui dicter un testament où il réduit ni dans les circonstances où elles auroient fait son fils à la légitime. un extrême plaisir.

Pour gouverner quelqu'un long-temps et abIl faut rire avant que d'être heureux, de peur solument, il faut avoir la main légère, et ne lui de mourir sans avoir ri.

faire sentir que le moins qu'il se peut sa dépenLa vie est courte, si elle ne mérite ce nom dance. que lorsqu'elle est agréable; puisque, si l'on Tels se laissent gouverner jusqu'à un certain cousoit ensemble toutes les heures que l'on point, qui au-delà sont intraitables, et ne se passe avec ce qui plaît, l'on feroit à peine d'un gouvernent plus; on perd tout-à-coup la route grand nombre d'années une vie de quelques de leur coeur et de leur esprit; ni hauteur, ni mois.

souplesse, ni force, ni industrie, ne les peuvent Qu'il est difficile d'être content de quelqu'un! dompter, avec cette différence que quelques

On ne pourroit se défendre de quelque joie à uns sont ainsi faits par raison et avec fondevoir périr un méchant homme; l'on jouiroit ment, et quelques autres par temperament et alors du fruit de sa haine, et l'on tireroit de lui par humeur. tout ce qu'on en peut espérer, qui est le plaisir Il se trouve des hommes qui n'écoutent ni la de sa perte. Sa mort enfin arrive, mais dans raison ni les bons conseils, et qui s'égarent une conjoncture où nos intérêts ne nous per- volontairement par la crainte qu'ils ont d'être mettent pas de nous en réjouir : il meurt trop gouvernés. tôt ou trop tard.

D'autres consentent d'être gouvernés par Il est pénible à un homme fier de pardonner leurs amis en des choses presque indifférentes, à celui qui le surprend en faute, et qui se plaint et s'en font un droit de les gouverner à leur de lui avec raison : sa fierté ne s'adoucit que tour en des choses graves et de conséquence. lorsqu'il reprend ses avantages, et qu'il met Drance veut passer pour gouverner son mail'autre dans son tort.

tre, qui n'en croit rien , non plus que le public: Comme nous nous affectionnons de plus en parler sans cesse à un grand que l'on sert, en plus aux personnes à qui nous faisons du bien, des lieux et en des temps où il convient le de même nous haïssons violemment ceux que moins, lui parler à l'oreille ou en des termes nous avons beaucoup offensés.

mystérieux, rire jusqu'à éclater en sa présence, Il est également difficile d'étouffer dans les lui couper la parole, se mettre entre lui et ceux commencements le sentiment des injures, et de qui lui parlent, dédaigner ceux qui viennent le conserver après un certain nombre d'années. faire leur cour, ou attendre impatiemment qu'ils

C'est par foiblesse que l'on hait un ennemi, se retirent, se mettre proche de lui en une poset que l'on songe à s'en venger; et c'est par pa- ture trop libre, figurer avec lui le dos appuyé resse que l'on s'apaise, et qu'on ne se venge à une cheminée, le tirer par son habit, lui marpoint.

cher sur les talons, faire le familier, prendre des Il y a bien autant de paresse que de foiblesse libertés, marquent mieux un fat qu’un favori. à se laisser gouverner.

Un homme sage ni ne se laisse gouverner, ni Il ne faut pas penser à gouverner un homme ne cherche à gouverner les autres ; il veut que tout d'un coup et sans autre préparation dans la raison gouverne seule, et toujours.

Je ne haïrois pas d'être livré par la confiance à prendre, qui est de faire mieux : c'est une à une personne raisonnable, et d'en être gou- douce vengeance contre ceux qui nous donnent verné en toutes choses, et absolument, et tou- cette jalousie. jours : je serois sûr de bien faire sans avoir le Quelques uns se défendent d'aimer et de faire soin de délibérer; je jouirois de la tranquillité des vers, comme de deux foibles qu'ils n'osent de celui qui est gouverné par la raison. avouer, l'un du coeur, l'autre de l'esprit.

Toutes les passions sont menteuses ; elles se Il y a quelquefois dans le cours de la vie de déguisent autant qu'elles le peuvent aux yeux si chers plaisirs et de si tendres engagements des autres ; elles se cachent à elles-mêmes; il que l'on nous défend, qu'il est naturel de desin'y a point de vice qui n'ait une fausse ressem- rer du moins qu'ils fussent permis : de si grands blance avec quelque vertu, et qui ne s'en aide. charmes ne peuvent être surpassés que par celui

On ouvre un livre de dévotion , et il touche; de savoir y renoncer par verlu. on en ouvre un autre qui est galant, et il fait son impression. Oserai-je dire que le coeur senl con

CHAPITRE V. cilie les choses contraires, et admet les incompatibles ?

De la société et de la conversation. Les hommes rougissent moins de leurs crimes que de leurs foiblesses et de leur vanité : tel est Un caractère bien fade est celui de n'en avoir ouvertement injuste, violent, perfide, calom- aucun. niateur, qui cache son amour ou son ambition, C'est le rôle d'un sot d'être importun : un sans autre vue que de la cacher.

homme habile sent s'il convient ou s'il ennuie; Le cas n'arrive guère où l'on puisse dire : il sait disparoître le moment qui précède celui J'étois ambitieux ; ou on ne l'est point , ou on où il seroit de trop quelque part. l'est toujours ; mais le temps vient où l'on avoue L'on marche sur les mauvais plaisants, et il que l'on a aimé.

pleut par tout pays de cette sorte d'insectes. Les hommes commencent par l'amour, finis- Un bon plaisant est une pièce rare : à un sent par l'ambition, et ne se trouvent souvent homme qui est né tel, il est encore fort délicat dans une assiette plus tranquille que lorsqu'ils d'en soutenir long-temps le personnage; il n'est meurent.

pas ordinaire que celui qui fait rire se fasse Rien ne coûte moins à la passion que de se estimer. mettre au-dessus de la raison : son grand triom Il y a beaucoup d'esprits obscènes, encore phe est de l'emporter sur l'intérêt.

plus de médisants ou de satiriques, peu de L'on est plus sociable et d'un meilleur com- délicats. Pour badiner avec grace, et rencontrer merce par le coeur que par l'esprit.

heureusement sur les plus petits sujets, il faut Il y a de certains grands sentiments, de cer- trop de manières , trop de politesse, et même taines actions nobles et élevées, que nous de- trop de fécondité : c'est créer que de railler vons inoins à la force de notre esprit qu'à la ainsi, et faire quelque chose de rien. bonté de notre naturel.

Si l'on faisoit une sérieuse attention à tout ce Il n'y a guère au monde un plus bel excès que qui se dit de froid , de vain et de puéril, dans celui de la reconnoissance.

les entretiens ordinaires , l'on auroit honte de Il faut être bien dénué d'esprit, si l'amour, parler ou d'écouter ; et l'on se condamneroit la malignité, la nécessité, n'en font pas trouver. peut-être à un silence perpétuel, qui seroit une

Il y a des lieux que l'on admire; il y en a chose pire dans le commerce que les discours d'autres qui touchent, et où l'on aimeroit à vivre. inutiles. Il faut donc s'accommoder à tous les

Il me semble que l'on dépend des lieux pour esprits, permettre comme un mal nécessaire le l'esprit, l'humeur, la passion, le goût, et les récit des fausses nouvelles , les vagues réflexions sentiments.

sur le gouvernement présent ou sur l'intérêt Ceux qui font bien mériteroient seuls d'être des princes, le débit des beaux sentiments , et enviés, s'il n'y avoit encore un meilleur parti qui reviennent toujours les mêmes : il faut

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laisser Aronce parler proverbe, et Mélinde | votre rôle : ayez, si vous pouvez, un langage parler de soi, de ses vapeurs, de ses migraines, simple, et tel que l'ont ceux en qui vous ne et de ses insomnies,

trouvez aucun esprit ; peut-être alors croira-t-on L'on voit des gens qui, dans les conversations que vous en avez. ou dans le peu de commerce qu'on a avec eux, | Qui peut se promettre d'éviter dans la société vous dégoûtent par leurs ridicules expressions, des hommes la rencontre de certains esprits par la nouveauté, et j'cse dire par l'impropriété vains, légers, familiers, délibérés, qui sont des termes dont ils se servent, comme par l'al- toujours dans une compagnie ceux qui parlent liance de certains mots qui ne se rencontrent et qu'il faut que les autres écoutent? On les enensemble que dans leur bouche, et à qui ils font tend de l'antichambre; on entre impunement signifier des choses que leurs premiers inven- et sans crainte de les interrompre : ils contiteurs n'ont jamais eu l'intention de leur faire nuent leur récit sans la moindre attention pour dire. Ils ne suivent en parlant ni la raison ni l'u- ceux qui entrent ou qui sortent, comme pour sage, mais leur bizarre génie, que l'envie de le rang ou le mérite des personnes qui compotoujours plaisanter, et peut-être de briller, sent le cercle: ils font taire celui qui commence tourne insensiblement à un jargon qui leur est à conter une nouvelle, pour la dire de leur fapropre, et qui devient enfin leur idiome natu- çon, qui est la meilleure; ils la tiennent de Zarel; ils accompagnent un langage si extrava- met, de Ruccelaï, ou de Conchini ', qu'ils ne gant d'un gesle affecté et d'une prononciation connoissent point, à qui ils n'ont jamais parlé, qui est contrefaite. Tous sont contents d'eux- et qu'ils traiteroient de monseigneur s'ils leur mêmes et de l'agrément de leur esprit, et l'on parloient; ils s'approchent quelquefois de l'one peut pas dire qu'ils en soient entièrement reille du plus qualifié de l'assemblée

pour

le dénués ; mais on les plaint de ce peu qu'ils en gratifier d'une circonstance que personne ne ont; et, ce qui est pire, on en souffre. sait, et dont ils ne veulent pas que les autres

Que dites - vous ? comment ? je n'y suis pas : soient instruits ; ils suppriment quelques noms vous plairoit-il de recommencer ? j'y suis encore pour déguiser l'histoire qu'ils racontent, et moins ; je devine enfin : vous voulez, Acis, me pour détourner les applications : vous les priez, dire qu'il fait froid; que ne disiez-vous : Il fait vous les pressez inutilement, il y a des choses froid? Vous voulez m'apprendre qu'il pleut ou qu'ils ne diront pas; il y a des gens qu'ils ne qu'il neige; dites : Il pleut, il neige. Vous me sauroient nommer, leur parole y est engagée; trouvez bon visage, et vous desirez de m'en fé- c'est le dernier secret, c'est un mystère, outre liciter; dites : Je vous trouve bon visage. Mais, que vous leur demandez l'impossible: car, sur répondez-vous, cela est bien uni et bien clair; ce que vous voulez apprendre d'eux, ils ignoet d'ailleurs, qui ne pourroit pas en dire autant? rent le fait et les personnes. Qu'importe, Acis ? est-ce un si grand mal d'être Arrias a tout lu, a lout vu; il veut le persuaentendu quand on parle, et de parler comme der ainsi : c'est un homme universel, et il se tout le monde! Une chose vous manque, Acis, donne pour tel; il aime mieux mentir que de se à vous et à vos semblables, les diseurs de phé- taire ou de paroitre ignorer quelque chose. On bus, vous ne vous en défiez point, et je vais parle à la table d'un grand d'une cour du Nord; vous jeter dans l'étonnement; une chose vous il prend la parole, et l’ôte à ceux qui alloient manque, c'est l'esprit : ce n'est pas tout ; il y a dire ce qu'ils en savent : il s'oriente dans cette en vous une chose de trop, qui est l'opinion d'en région lointaine comme s'il en étoit originaire; avoir plus que les autres : voilà la source de il discourt des meurs de celle cour, des femmes votre pompeux galimatias, de vos phrases em- du pays, de ses lois, et de ses coutumes; il rébrouillées, et de vos grands mots qui ne signifient rien. Vous abordez cet homme, ou vous Sans dire monsieur. (La Bruyère. ) - La Bruyère transporte entrez dans cette chambre, je vous tire par ici la scène sous le règne de Henri IV. Zamet, Ruccelaï et Convotre habit, et vous dis à l'oreille : Ne songez de Médicis, et comblés de ses faveurs. On sait l'horrible fin du

chini étoient trois Italiens amenés en France par la reine Marie point à avoir de l'esprit, n'en ayez point; c'est dernier, qui étoit devenu le maréchal d'Ancre.

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cite des historiettes qui y sont arrivées; il les ! J'entends Théodecte de l'antichambre; il grostrouve plaisantes; il en rit le premier jusqu'à sit sa voix à mesure qu'il s'approche : le voilà éclater. Quelqu'un se hasarde de le contredire, entré; il rit, il crie, il éclate; on bouche ses et lui prouve nettement qu'il dit des choses qui oreilles ; c'est un tonnerre : il n'est pas moins ne sont pas vraies; Arrias ne se trouble point, redoutable par les choses qu'il dit que par le ton prend feu au contraire contre l'interrupteur. dont il parle ; il ne s'apaise et il ne revient de ce Je n'avance, lui dit-il, je ne raconte rien que je grand fracas que pour bredouiller des vanités ne sache d'original ; je l'ai appris de Sethon, et des sottises; il a si peu d'égard au temps, ambassadeur de France dans cette cour, revenu aux personnes, aux bienséances, que chacun a à Paris depuis quelques jours, que je connois son fait sans qu'il ait eu intention de le lui donfamilièrement, que j'ai fort interrogé, et qui ner; il n'est pas encore assis, qu'il a, à son ne m’a caché aucune circonstance. Il reprenoit insu , désobligé toute l'assemblée. A-t-on servi, le fil de sa narration avec plus de confiance qu'il il se met le premier à table, et dans la prene l'avoit commencée, lorsque l'un des conviés mière place; les femmes sont à sa droite et à sa lui dit:C'est Sethon à qui vous parlez, lui-même, gauche: il mange, il boil, il conte, il plaisante, et qui arrive fraîchement de son ambassade. il interrompt tout à-la-fois; il n'a nul discerne

il y a un parti à prendre dans les entretiens ment des personnes, ni du maître, ni des conentre une certaine paresse qu'on a de parler, ou viés; il abuse de la folle déférence qu'on a pour quelquefois un esprit abstrait, qui, nous jetant lui. Est-ce lui, est-ce Eutidème qui donne le loin du sujet de la conversation, nous fait faire repas ? Il rappelle à soi toute l'autorité de la ou de mauvaises demandes ou de sottes répon- table; et il y a un moindre inconvénient à la lui ses ; et une attention importune qu'on a au laisser entière qu'à la lui disputer : le vin et les moindre mot qui échappe pour le relever, ba- viandes n'ajoutent rien à son caractère. Si l'on diner autour, y trouver un mystère que les joue, il gagne au jeu ; il veut railler celui qui autres n'y voient pas, y chercher de la finesse perd, et il l'offense : les rieurs sont pour lui; il et de la subtilité, seulement pour avoir occa- n'y a sorte de fatuités qu'on ne lui passe. Je cède sion d'y placer la sienne.

enfin, et je disparois, incapable de souffrir plus Être infatué de soi, et s'être fortement per- long-temps Théodecte et ceux qui le souffrent. suadé qu'on a beaucoup d'esprit , est un acci Troïle est utile à ceux qui ont trop de biens; dent qui n'arrive guère qu'à celui qui n'en a il leur ôte l'embarras du superflu; il leur sauve point, ou qui en a peu : malheur pour lors à qui la peine d'amasser de l'argent, de faire des conest exposé à l'entretien d'un tel personnage! trats, de fermer des coffres, de porter des clefs Combien de jolies phrases lui faudra-t-il es sur soi, et de craindre un vol domestique; il les suyer! combien de ces mots aventuriers qui aide dans leurs plaisirs, et il devient capable paroissent subitement, durent un temps, et que ensuite de les servir dans leurs passions : bienbientôt on ne revoit plus! S'il conte une nou-tôt il les règle et les maîtrise dans leur conduite. velle, c'est moins pour l'apprendre à ceux qui Il est l'oracle d'une maison, celui dont on attend, l'écoutent que pour avoir le plaisir de la dire, que dis-je ? dont on prévient, dont on devine les et de la dire bien; elle devient un roman entre décisions; il dit de cet esclave: Il faut le punir, ses mains; il fait penser les gens à sa manière, et on le fouette ; et de cet autre: Il faut l'affranleur met en la bouche ses petites façons de par- chir, et on l'affranchit. L'on voit qu'un parasite ler, et les fait toujours parler long-temps; il ne le fait pas rire; il peut lui déplaire, il est tombe ensuite en des parenthèses qui peuvent congédié : le maître est heureux si Troile lui passer pour épisodes, mais qui font oublier le laisse sa femme et ses enfants. Si celui-ci est à gros de l'histoire, et à lui qui vous parle, et à table, et qu'il prononce d'un mets qu'il est vous qui le supportez : que seroit-ce de vous et friand, le maître et les conviés, qui en mande lui, si quelqu'un ne survenoit heureusement geoient sans réflexion, le trouvent friand, et ne pour déranger le cercle et faire oublier la nar- s'en peuvent rassasier ; s'il dit au contraire d'un ration ?

autre mets qu'il est insipide, ceux qui commen

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