Page images
PDF
EPUB

Liv.III. 241 entendement humain ait été refusé à tion d'erreur, ni ténébres de stupidité; quelque espéće de sauvages. Ils répon. qui puissent resister à la force de toutes dront touts que non , & il ne restera les autres preuves & à la voix de toute aucune relation à opposer à la preuve la nature. Mais quoiqu'elle ne soit pas qui résulte du consentement général des nécessaire, on ne doit pas abandonner hommes sur cette vérité.

aisément une preuve qui a été emploiće Mais supposé que quelqu'un d'eux ait par les plus grands génies. parlé en ce sens de l'Athéisme des sauva

Aristote [b ] avance comme un ges, croirons-nous qu'il ait assez péné- axiome indubitable , que tous les homtré dans leurs pensées ? Ces barbares lui mes ont un sentiment de la Divinité ont-ils dit qu'ils n'avoient aucune idée Il n'est pas difficile, dit Lactance [i], de Dieu ? Ne seroit-ce pas une contra- de convaincre l'Athéisme par le témoi. diction manifeste de nier ce dont on n'a gnage général des hommes, qui ne sont aucune idée, car il faut concevoir une d'accord entr'eux que sur le sentiment chose avant que de pouvoir l'affirmer ou de la Divinité. la nier ? Ces voïageurs disent-ils qu'ils Maxime de Tyr[k ]philosophe Plaont fait les perquisitions nécessaires?onte tonicien, s'explique éloquemment sur ils interrogé ces sauvages? leur ont-ils ce consentement général à reconnoître parlé les premiers de l'idée de Dieu pour une Divinité. Convoquez l'assemblée découvrir s'ils ne la trouveroient point du peuple , dic-il, prenez les suffradans leurs esprits ? Les relations disent ges des plus grossiers; ordonnez à toufimplement,& comme en passant,quc des tes les communautés de s'y trouver ; pations ont paru n'avoir aucune Reli- interrogez-les touchant la Divinité. gion. Croirons-nous fi légérement sur Pensez-vous que la réponse des statuais un article de cette importance , des rela

res sera différente de celle des peintres , tions ausquelles souvent on ajoute si peu ou que les poëtes répondront autrede foi en ce qui concerne les choses les ment que les philosophes ? Les fentiplus indifférentes : Un récit incertain ments du Scythe, du Grec , du Perse, & superficiel balancera-t'il le témoi- de l'Hyperboréen se réuniront en ceci. gnage qui est au dedans de nous ?

Les hommes sont partagés sur les auA la vérité , cette preuve de l'exi. tres sujets en différentes opinions. Ce stence de Dieu , tirée de l'idée innée [8] qui paroît bon ou mauvais , honnête & du consentement général des hom- ou malhonnête aux uns , ne le paroit mes, n'est point du tout nécessaire pour pas de même aux autres . A l'égard de convaincre l'esprit de cette grande & la justice & des loix, non-seulement un importante vérité, de cette vérité éter- peuple ne s'accorde pas avec un autre nelle & primordiale , à laquelle l'esprit peuple ; mais il y a même de la conhumain ne peut se refuser ; & il n'y a trariété entre une ville & une ville , ni aveuglement de passions, ni préven, entre une famille & une famille, enTom. I.

Hh [[ ] Il faut entendre ici par idée innée,une [+] Πάντες άνθρωποι αιεί θεών ελεσιν ν. idée gravée nécessairement dans l'esprit, soit Tóxrafer Aristot. de coel. lib.s. gue l'homme l'apporte en naifant, soit que des [i] Nec difficile fanè fuit paucorum réflexions commanes à rous les hommes, le pro- hominum pravè sententium redarguere duisent, soit que toutes les idées passent par les mendacia , testimonio populorum atque sens, dans l'entendement ; con celle de Dieu gentium in hâcunâ re non diflidentium comige toutes les autres .

Lactant. [k] Maxim. Tyr.orat.I.

[ocr errors]

13.

tre un particulier & un particulier. En. mier principe, dans lequel cette idée nc
fin l'homme ne s'accorde pas avec lui. soit pas innée , gravée, empreinte, pour
même, & il change souvent du soir au ainsi dire , dès le sein de la mére, de
matin. Dans cette guerre, dans cette sé- reconnoître un roi , un maître , fou-
dition , dans cetce discordance d'opi- verain arbitre de tout l'univers ? Si les
nions, vous ne trouverez qu'un senti- bêtes pouvoient articuler des paroles, fi
ment répandu dans tout l'univers, qu'il les arbres,la terre,les rochers pouvoient
yaun Dieu, roi & pére de toutes choses être animés & exprimer leurs pensées
[1]& plusieurs autres dieux,qui font tous ces êtres différents ne seroient-ils
les enfants & ses collégues dans l'empi- pas guidés par la nature,& conduits par
re . En cela de Grec s'accorde avec le elle à concevoir & à publier une Divi.
Barbare, l'habitant de terre-ferme avec nice?
l'insulaire,le philosophe avec l'ignorant.

Descartes dans ses médicacions donne Préuvé de Parcourez les rivages les plus éloignés le raisonnement qui fuit, pour une dé- lcxiftence de l'Océan , vous y trouverez des dieux monstration de la Divinité. C'est le pré. Descartes dont l'empire commence , & finit à cer- mier de tous les axiomes,& le fondement qui est dans taines limites peu éloignées les unes de de toutes les connoissances claires & évi- pazalogisme. autres.

dentes, que l'on peut assurer d'une chose, Je reviens à Cicéron[m]pour rappor- ce que l'on conçoit clairement étre en. cer ici ces belles paroles. Une des plus fermé dans l'idée qui la représente : or fortes preuves de l'existence des dieux l'existence nécessaire est renfermée dans eft , qu'il n'y a aucune nation assez bar. l'idée qui représente un être infiniment bare & assez dépourvûë de tout senti- parfait ; & par conséquent, il est dément d'humanité, pour que cette opi- montré que l'être infiniment parfait nion de la Divinité ne s'y trouve pas existe. Ou bien : Une atribut que l'on gravée par la nature. Plusieurs peu. voit distinctement être contenu dans ples ont des idées peu justes de la Divini- l'idée d'une chose, peut être affirméavec sé, ce qui n'est que trop commun,mais vérité de cette chose : or dans l'idée de touts sont persuadés qu'il existe une na. Dieu , c'est-à-dire, de l'être souveraiture & une puissance Divine.

nement parfait, je voisévidemment que Arnobe [n] parle ainG de l'idée innée l'existence nécessaire est contenuës puisde Dieu : Ya-t'il un homme qui foit que l'existence nécessaire est une perfevenu au monde sans la notion de ce pré- &tion:) donc je puis affirmer l'existen

[!] Maxime ajoute ce qui regarde la pi»- nativitatis intraverit ? cui non fit ingeralité des dieux , en philosophe payen prévenu nitum, non affixum , immo ipfi penè inde l'erreur , qui de son temps éroir forr com- genitalibus matris non impressum , non

mune,

insitum, esse regem ac dominum, cun&o. [m] Ut porrò firmissimum hoc afferri rum quæcunque lunt moderatorem ? ipsa videtur, cur deos effe credamus,quod nul denique hifcere fi animalia muta potis efla gens tam fera, nemo omnium tam im- sent, li in linguarum noftrarum facilita. manis, cujus mentem non imbuerit deo- tem folvi, immo fi arbores, glebæ , faxa rum opinio. Multi dediis prava sentiunt; sensu aniinata vitali, vocis fonum quirent, id enim vitioso more effici lolet ; omnes & verborum articulus integrare, ita non tamen esse vim & naturam divinam arbi- duce naturâ & magiftrâ , non incorru. trantur. Cic. Tufcul. quaft. lib. 1.

ptâ fimplicitatis fide , & intelligerent el. [n] Quisquam neeft hominum, qui non le deum, & cunctorum dominum solum cum iftius principii notione diem primæ efle clamarent? Arnob.

[ocr errors]

se.

ce de l'être souverainement parfait. te: car il est incontestable que le fonde-
- Le pére Mallebranche paroît aussi ment de toute perfection est d'exister;
convaincu que Descartes, de la force de donc une créature infiniment parfaite
cette démonstration. Pour moi, j'avouë existe. N'auroic.on pas raison de répon-
que cet argument me paroît un paralo. dre à cet argument qu'à la vérité , en
gisme. Prémiérement, il est fondé sur fupposant une créature infiniment par-
l'évidence , & l'évidence ne s'y trouve faite , elle existeroit nécessairement i
point; c'est une fausse lueur qui éblouit mais que l'homme n'a cette idée d'une
au lieu d'éclairer . En fecond lieu , la créature infioiment parfaite, que com-
prémiére proposition n'est vraie qu'en me une idée impossible.
fupposant que l'idée soit réelle , & que La fameufe pensée de Pascal du peu

De la pensie l'esprit qui feforme cette idée connoil. de risque qu'il y a à croire, & du dan. de Palcal fe évidemment qu'elle est réelle. Troi. ger affreux qu'il y a à ne point croire, derique de

ne point croi. fiémement l'Athée , que l'on suppose , est un motif, & de tous les motifs fans distinguera la seconde propofition de comparaison le plus pressant, mais ce cet argument , & dira que l'idée de n'est pas une preuve. Cette pensée est ci. . l'être infiniment parfait , renfermeroit rée du Phédon de Platon; elle est dans l'existence nécessaire fi cette idée étoit le fecond livre d'Arnobc; on la trouve véritable; mais il foutiendra que l'hom- dans les charactéres de ce siécle[9], & me n'a point une pareille idée , comme

comme dans l'essai philofophique[r]de Locke. l'idée d'une vérité. L'idée de Dieu ne Après avoir montré quel est l'empire nous est point évidemment réelle [o] de l'opinion sur l'entendement humain, notre fainte avant les démonstracions ordinaires: & dans les choses mêmes qui concernent la Religion. un homme qui n'auroit fait nulle réfle- Divinicé , disfipons ces idées par des xion sur les choses qui prouvent l’exi- traits de clarté & d'évidence , comme stence de Dicu ne feroit point surpris on voit après l'orage , le ciel paroître qu'on en fîc un problême . Si l'idée de plus beau & plus serain. Je finirai dont Dieu nousest devenuë réelle par notre ce Chapitre en rapportant quelques examen & par le témoignage de tout ce preuves fort succinctes de la Divinité; qui

nous environne, la démonstration persuadé que le style qui a le moins de de Descartes [D]eft inefficace par elle sublimité & de force , est suffisant pour même. Quatriémement, c'est appor- traiter avec la dernière évidence une ter pour preuve ce qui est en question. vérité li éclatante. On pourroit de la même maniére prou- Je pense & j'ai commencé , donc ver l'existence d'une créature infiniment Dieu existe. Il y a cinquante ans que je parfaite. On doit attribuer à une chose ce n'étois pas c'est donc un principe , une que l'on conçoit clairement être renfer- cause qui est hors de moi, qui m'a donmé dans l'idée qui la représente: or l'exi. né l'être. La cause du prémier homme stence est nécessairement renfermée dans n'a pû être matérielle , & dépourvûë l'idée d'une créature infiniment parfai d'intelligence. Car ce qui est sans in

Hh

34. Preuves de

2

[•] Le p. Daniel, vocage du monde de [9] Les charaftéres ide ce frétle par la Descartes. part. 2.2.229.

Bruyére, ch des esprits forts. [p] Huet réfute cette méme prétendwe di- [F] El ai philofopbig. de Locke, liv, 2. cha monftration de Descartes. Huet. cenfur. phin 21.3.70. lof. Carthelian,6.3.0.9

telligence ne peut être le principe de tion de touts les autres. L'incrédulité la la pensée que je trouve, & que je forme plus opiniatres pourvû qu'elle se rende en moi. La matiére ne peut m'avoir sérieusement attentive, ne peut rélister. fourni de son propre fond, l'idée imma. Quelle certitude dans les saintes écritu. térielle de l'esprit ; la matiére ne peut res; La nation Juive, fuivant la remarêtre le principe de ce qui la nie & que de S. Augustin [s], est errante par l'exclut formellement:elle ne peut avoir toute la terre, & porte dans toutes les anis dans l'homme qui pense, une con- parties du monde les livres de la sainte viction que la pensée n'est point une 'écriture, & les prophéties qui ont an. production de la matiére.

noncé le Mellie & l'Eglise , afin que Si l'homme a eu une cause immaté. les ennemis de la vérité lui rendent le rielle & intelligente , cette cause ne témoignage le plus fort, en persistant peut avoir eu de commencement: car fi dans leur iocrédulité qui a été prédiI'homme , si une substance qui pense te. ne peut êcre une production de la ma- Les anciens docteurs Juifs ont pouftiére, à plus forte raison , la cause de sé l'exactitude scrupuleuse ; jufyu'à cette substance pensante n'a pû elle- compter les verfics, les mots & Ics ictmême être produite par la matière . eres de la sainte écriture, dans le dessein Cette cause est donc en même temps de préserver ce texte de toute altéraspirituelle & éternelle ; & cette cause tion & de tout changement. Cet ouvraSpirituelle & éternelle c'est Dieu. ge,connu sous le nom de la Mallore, est

Je ne puis ouvrir les yeux, & con- qualifié par les Jujis la haie de la foi . fiderer aucune partie de ce vaste uni- Les hérésies formées dés le commencevers , que tous les objets qui m'envi- ment de l'église ont rendu les livres Caronnent, ne me rendent un témoigna- noniques de la nouvelle loi également ge unanime de la sagesse infinie & de la incontestables. Dieu s'est servi des entoute puisance de ce principe . Tout nemis de la Religion , pour donner aux ce qui se palle au dedans de moi , & livres faints une auchenticité fingulié. tout ce que j'apperçois au dehors, con- re, qui ne se trouve dansaucun autre court donc également à me découvrir livre, & qui ne permet pas d'y soupçonl'Etre infiniment parfait , & à porter per l'altération d'un kul mot. dans mon esprit cette lumiere qui {Si les mystéres de la révélation surpas. éclaire tout homme qui vient au mon- sent mon intelligence, ma foi n'en est de.

pas moins vive , puisque ces mystéres Si je parle de la nature à la révéla- font d'un ordre supérieur aux choses tjon, je trouve un Dieu qui ne peut qui sont à la portée de mon entendeme tromper: je trouve une suite inva. ment,& que d'ailleurs ce foible entenriable de do&trine suivant la promesse; dement ne peut suffire aux sciences hu. une force invincible de preuves , un maines, aux objets purement naturels, enchaînement incontestable de vérités. & dont l'usage m'eft le plus familier. Un seul article de foi est la démonstra. La raison, toute foible qu'elle est ,

[ocr errors]

[s] Gens Judæorum reproba per infi- prænuntiata est , ne ad tempus i nobis delitatem , à sedibus extirpata per mun- fi&tum existimaretur , ab ipfis adversariis dum usque quaque dispergitur, ut ubique proferatur ubi etiain prædictum est ipsos portet codices sanctos: ac fic prophetiæ non fuiffe credituros. S. Aug. epift. ad Ve. testimonium , quâ Christus & ecclefia Infan, 157. edir. Benedict.

conduit les hommes au discernement de la véritable Religion ; je dis au dif CHAPITRE SECOND. cernement, car pour la foi, il faut que Dicu nous incline à croire. L'essence de la Religion est d'être composée de

Des Démons. mystéres incompréhenlibles , mais liés avec des preuves invincibles. S'il faut SO MM AIRE. captiver son encendement , & faire le facrifice de fa raison, c'est un facrifice 1. Le nom de démon étoit honorable, 2: qui est exigé par la raison même.

Les hommes fous la condnite des géo Quelle clarté dans les prophéties ! nies. 3. Quatre forces de substances quelle coutance dans les martyrs ! fpirituelles , fuivant les Platoniciens. L'errcur empruntant le masque de la 4. L'air plein de démons suivant pluvérité , a pů quelquefois séduire les fieurs philosophes . s. Opinion des hommes; mais les feductions fout vai

Egyptiens sur les démons . 6. Quel nes & pallagéres. Toutes les fausses re- ques philosophes n'admettoient aucu. ligions ont été des inventions humai- ne substance spirituelle . 7. Plusieurs nes: les moins clairvoiants en décou. ont tenu les démons corporels. 8. Les vrent la source : 00 sçait l'époque de dérons n'ont qu'une connoisance conleur commencemene , on pénétre mê. gecturale de l'avenir. 9. Des démons me les motifs de leur origine. Quel su. familiers. 10. Apparitions de génies. jet d'allurance pour celui qui profelle 11. Du démon de Socrare . 12. Ap. Ja véritable Religion, de voir qu'elle n'a paritions de fpectres. 13. Les appad'autre commencement que le monde, Titions d'esprits sont incontestables & qu'elle ne peut avoir d'autre auteur fuivant la sainte écriture. 14. Sour. que Dieu même ! Quelle conviction de ces des prétendus miracles du Pagala vérité, suivant la pensée d'un grand nisme. 15. Accouplements des démons évêque [+], quand on considere la avec les femmes. 16. Autres exemo Religion en possession de tours les fié. ples de récits miraculeux. 17. Oria eles, quand on pense que de Clément gine de l'art de la mémoire locale. 18. XII. aliis sur la chaire de Saint Pierre, Origine du thé . 19. Autres exemples on remonte sans interruption jusqu'à de prétendus miracles. 20. Quelles ce prince des apôtres, établi par Jésus- marques de voit avoir le boeuf Apis. Chrift; d'où , en prenant la suite des 21. Continuation des hiftoires mirapontifes qui ont fervi sous la loi , 011 va chleuses. 22. Les démons suivant la jusqu'à Aaron & jusqu'à Moyse, de là doctrine des Chrétiens babiroient dans jusqu'aux patriarches , & jusqu'à l'ori- les staruës , 23. Miracles d'Apollogine du monde, où l'on crouve notre nius de Thyane . 24. Faux miracles lainte Religion émanée de Dieu même. opposés aux véritables. 25. La maL'évidence de ces preuves fait la con- lice des démons a contrefait les vrais damnation de cours ceux, dont l'esprit miracles . 26. Plusieisrs résurrecrefuse de s'y soumettre.

tions racontées par les Payens . 27.

Hh3

[i] Jacques Bénigne Boffuet, évéque de Meaux,

« PreviousContinue »