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du fuffire à la protection des grains,depuis qu'ils font hors de terre, jufqu'à ce qu'ils font en épy? cependant on leur a donné plufieurs autres Divinités Tutélaires à chaque changement qui leur arrive par le progrés de la ma

turité.

.

Si une mere donnoit deux Gouvernantes à fon enfant [k], dont l'une feroit chargée uniquement de le faire manger, & l'autre de le faire boire comme les Payens ont établi deux Divinités différentes pour ces deux emplois, la Déeffe Educa & la Déeffe Potina, ne traitteroit-on pas de folie une pareille affectation?

On célébroit la fête de la Déeffe Fornicaria, qui préfidoit aux fours, afin que le pain fût bien cuit. Il y avoit un Dieu, dont le département ne s'éten

ma mifera dæmoniorum turbæ proftitueretur, unius Dei veri caftum dedignata complexum.Præfecerunt ergo Proferpinam frumentis germinantibus; geniculis nodifque culmorum Deum Nodotum; volumentis folliculorum Deam Volutiuam; cùm folliculi patefcunt ut fpina exeat, Deam Patclenam; cùm fegetes novis ariftis æquantur, quia veteres æquare hoftire dixerunt, Deam Hoftilinam; florentibus frumentis Deam Floram; lactefcentibus Deam Lacturciam; maturefcentibus Deam Maturam; cùm runcantur, id eft, à terra auferuntur › Deam Runcinam. Nec omnia commemoro, quia me piget quod illos non pudet. S. Aug. de civit. Dei, lib.4. c.8.

[] Si duas quifpiam mutrices adhiberet infanti, quarum una nihil nifi efcam, altera nihil nifi potum daret, ficut ifti ad hoc duas adhibuerunt Deas, Educam & Potinam, nempe defipere, & aliquid mimo fimile in fua domo agere videretur. S. Aug. de civit. Dei,lib.6. c.9.

S. Auguftin s'éleve enfuite contre les impuretés les infamies de la Religion Payenne.

Cùm mas & foemina conjunguntur,adhibetur Deus Jugatinus:fit hoc ferendum. Sed domum eft ducenda quæ nubit, adhi

doit qu'au fumier [7]dont on engraiffoit les terres.

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Les Romains avoient une vénération particuliére pour les Dieux Pénates ou Domeftiques, autrement appellés Lares. On voit dans une Comédie de Plaute [m]une de ces Divinités, qui fe loue beaucoup de la piété de la Fille de la maifon. De là ces Exhortations de combattre jufqu'à la mort, pour les Autels & les foyers. Ces Dieux Pénates devoient être particuliers à chaque maison.Sans cela,comment eut-on pû se fier à la protection de fes Dieux domeftiques ? y a-t'il rien de plus fréquent dans la vie, que l'in compatibilité des interêts de plufieurs Familles: Les Dieux Tutélaires du parti de Marius, ne pouvoient être les mêmes que ceux du parti de Sylla. Quelle E e 3

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betur & Deus Domiducus. Ut maneat cum viro, adhibetur Dea Manturna .. Nunquid Venus fola parum effet, quæ ob hoc etiam dicitur nuncupata quod fine ejus vi fæmina virgo effe non definat? Si ulla eft frons in hominibus quæ non eft in Numinibus, cùm credunt conjuncti tot Deos utriufque fexûs effe præfentes, ita pudore afficiuntur, ut ille minus moveatur, & illa plus reluctetur. Et certé fi adeft Virginienfis Dea,ut Virgini Zona folvatur; fi adeft Deus Subigus, ut viro fubigatur; fi adeft Dea Prema, ut fuba&ta ne fe commoveat,comprimatur; Dea Pertunda ibi quid faciet? Erubefcat,eat foras; agat aliquid & maritus. Valdè inhoneftum eft, quod vocatur illa, impleat quifquam nifi ille. Nam fi mafculus crederetur, & Pertundus vocaretur, magis contra eum pro uxoris pudicitia pofceret maritus auxilium, quam feta contra Sylvanum.Sed quid hoc dicam, cùm ibi fit & Priapus nimius mafculus, cujus fuper immaniffimum & turpiffimum fafcinum federe nova nupta jubeatur more honeftiffimo & religioffimo matronarum. S. Aug, loc, ci

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vous ne voudroit que fes proches, ou fes amis, euffent la moindre reflemblance?

Les Payens ont fenti eux mêmes l'abomination d'un pareil Culte. Ménippe ne fçait quel parti prendre entre les Loix & les exemples de Dieux. Ovide n'emploie rien de plus féduifant pour bannir la pudeur, que l'exemple de Jupiter, qui a rendu pieux tout ce qui eft agréable, [] tout étant devenu permis fous un Dieu époux de fa fœur. Quelle invention plus propre à allumer le feu des paffions, fuivant la penfée de Senéque,[] que de les autorifer des exemples des Dieux ?:

Tibére fur les Relations qui lui venoient de Judée propofa au Sénat de déférer à JESUS-CHRIST les honneurs Divins, & de le mettre au nombre des Dieux de l'Empire. [x] Dieu. ne voulut pas permettre que fon Culte fût mêlé avec toutes les abominations. de l'Idolâtrie.

Pline [y]traite comme la plus méprifable de toutes les puérilités, une Religion qui adore les bêtes, & tout ce qu'il y a de plus vil dans la nature : qui enfeigne que les Dieux fe ma..

cunque juvaret;

Et fas omne facit fratre marita foror.. [] Quid eft aliud vitia noftra incen.. dere, quam autores illis adfcribere Deos.. Senec, de brevit vita c. 16..

[x] Tertull, Apologer.c.4. Euseb. hift. Ecclef lib.2.c.2.

[y] Gentes verò quædamanimalia & aliqua etiam obfcoena pro Diis habent, ac multa dictu magis pudenda,per fætidos. cibos & alia fimilia jurantes. Matrimonia quidem inter Deos credi, tantoque ævo ex his neminem nafci, & alios effe grandævos, femperque canos, alios juvenes atque pueros, atri coloris, aligeros,clau-dos, ovo editos, & alternis diebus viventes morientefque puerilium prope deliramentorum eft. Sed fuper omnem impudentiam adulteria inter ipfos fingi,mox. jurgia & odia, atque etiam furtorum ef. fe & fcelerum nomina. Plin.lib.2.c.7..

par fes douze travaux. Toute la Jeuneffe Romaine eft paffée au fil de l'épée à la bataille de Cannes, parce que Junon eft animée d'une furieufe colére, [e] de ce que le Conful Terentius Varron avoit eu l'imprudence, de mettre un beau garçon en fentinelle dans le Temple de Jupiter. Sans les reffources de fermeté qui fauverent les Romains, c'étoit fait d'une République d'ailleurs fi favorisée des Dieux.

tient, que les uns font tout blancs de vieilleffe, les autres toujours jeunes, que d'autres reftent perpétuellement dans l'enfance, qu'il y en a d'ailés, de boiteux, que certains meurent & renaiffent alternativement. Mais n'eft ce pas le comble de l'impudence, ajoutet'il, de leur attribuer des adultéres des querelles, des haines, des larcins, & toutes fortes de crimes?

qui prés

crimes.

Mercure etoit le Dieu des voleurs, Divinités [z] & fe piquoit lui-même de beaudentaux coup d'adreffe dans le vol. La Déeffe Laverne préfidoit aux Larcins. Horace [4] rapporte la prière que les voleurs lui adreffoient: Belle Déeffe, accordez moi la grace de voler impunément, en.paroiffant homme de bien : & couvrez d'une nuée épaiffe mes larcins & mes fraudes. Plaute [b] marque auffi qu'on l'invoquoit de cette maniére: Déeffe augmentez la fubtilité, & la

viteffe de mes mains dans les vols.

Il y avoit pluuieurs autres Divinités qui préfidoient aux crimes, & entr'autres les Euménides. O Céfar,s'écrie Lucain, [c]quelles Divinités favorables aux crimes as tu invoquées?quelles Euménides as-tu engagées dans ton parti?

Les perfécutions d'Enée ont leur caufe dans la rancune que Junon conferve du Jugement de Paris, [d] qui avoit préféré la beauté de Venus à la fienne. C'eft la jalousie implacable de la même Déeffe, qui expofe Hercule,fils d'une Rivale,à des dangers continuels,dont il ne peut fe délivrer que

9. Crimes des Dieux.

[z] Te boves olim nifi reddidiffes Per dolum amotas puerum minaci Voce dum terret, vacuus pharetra Rifit Apollo. Her. [a] Pulchra Laverna, Da mihi fallere, da justo fanctoque videri,

Nubem peccatis & fraudibus objice noctem. Horat.

[6] Mihi Laverna, in furtis celerafii, manus. Plaut. in frag.

[c] At tu quos fcelerum Superos, quas ritè vocafti

Arnobe [f] fait l'énumération de touts les crimes de Jupiter,& des autres Divinités. S.Juftin[g] s'engage à prouver que les opinions des Philofophes fur la nature de Dieu, font encore plus ridicules que les fictions des Poëtes.

10.

nité.

Les uns ont fait les Dieux mâles ou Opinions femelles: les autres, comme Mercu- ridicules & re Trifmégifte & Orphée, ont enfei-infenfées des gné que les Dieux étoient Androgynes, fur la divic'eft à dire,participants des deux fexes. Zénon [b] & Xénophane on fait Dieu de figure ronde; Platon de figure triangulaire; Epicure a donné à Dieu une forme humaine; opinion renouvellée par les Hérétiques, appellés Anthropomorphites.

Les Pythagoriciens enfeignoient que Dieu eft un nombre, & une harmonie; Thalés & les Platoniciens remplifoient l'air de Démons, l'eau de Tritons, de Néréides & de Naïades. Il n'y avoit fi petit ruiffeau, qui n'eût fa Divinité particuliére.

Anaximandre [i] & Pline [k] ne

Eumenidas,Cæfar? Lucan.lib. 8.v 868. [[ Manet altâ mente repoftum Judicium Paridis, fpretæque injuria formæ. Virg. [e] Val. Max. lib.1.c.1. [f] Arnob. adverfus Gent. [g] S.Juftin.cohortat ad Grac. [b] Stoïci rotundam Deo dederunt formam. Sen. epift. 94.

[i] Is infinitatem naturæ dixit effe è quâ omnia gignerentur. Cic. Acad. quast. lib. 4.

[k] Per quæ haud dubiè declaratur na

diftinguoient point Dieu de la nature. Anaximéne enfeignoit que l'air étoit Dieu. Spinofa, dans le dernier fiécle, a renouvellé une hypothefe monftrueufe, fuivant laquelle tout l'univers n'eft qu'une feule fubftance, & cette fubftance eft Dieu, en forte que toutes les parcelles de la matiére font des portions de la divinité. Cette pensée abfurde [] fe trouve dans plufeurs anciens c'est le dernier effort de la folie. S'il n'y a qu'une fubftance, & que cette fubftance foit Dieu, elle eft à la fois penfante & matérielle; libre & contrainte; agiffante & paffive; heureuse & livrée à la douleur : le fujet enfin des modalités les plus diverfes & les plus contradictoires. Elle réunit en foi les perfections & les défauts; le bien & le mal; les vices & les vertus ; les connoiffances & Ignorance; la reftriction & l'infinité, la puiffance & la fervitude; toutes les incompatibilités, toutes les répugnances les plusformelles. Si le Paganifme faifoit combattre les Dieux contre les Dieux, ou contre les Titans, ou contres les hommes, c'étoient au moins des êtres divers; ici c'eft le même être, qui reftant parfait, concilie dans fa fubftance les oppofitions, les contrariétés, les difcordes.

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Ariftophane rempliffoit fes Comédies, des traits les plus fatiriques fur les Dieux,fans être inquiété à ce fujet, en même temps que Socrate, & plufieurs autres Philofophes étoient condamnés à mort, fur quelques foupçons de désaprouver les fuperftitions dupeuple.

Stilpon aïant dit [o ]que la Minerve de Phidias étoit Fille de Phidias le Sculpteur & non de Jupiter, & que ce n'étoit point une Divinité, il fut accufé devant l'Aréopage. Sa défenfe fut, qu'il avoit dit à la verité que Minerve n'étoit pas un Dieu, croïant avec les Athéniens,qu'elle étoit une Déeffe. Cette défaite n'empêcha pas l'Aréopage de le bannir. Surquoi Théodore dit, que l'Arrêt étoit jufte, & que l'habillement de Minerve étant de Marbre, on ne pouvoit juftifier la témérité de Stilpon, qui n'avoit pas pû connoître le féxe de Minerve.

12.

Railleries

yens failo ient des

St. Auguftin reproche aux Payens, [p]que les Dieux qu'on jouë fur les que les Pathéâtres, font les mêmes qu'on adore en dans les temples. Qu'y a-t-il de plus Dieux. infenfé que cette confufion de culte & de railleries? quelle absurdité dans des contradictions fi honteuses à la raifon. Horace fait dire [9] à une Statuë de Priape. J'êtois autrefois un tronc de figuier, inutile à toute forte d'ufages, lorfqu'un Charpentier ne fçachant d'abord s'il feroit de moi un banc ou un Dieu, fe détermina à m'ériger en Divinité.

Denys

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Denys [r] ajoutoit les railleries qu'il faifoit des dieux, aux pillages de leurs temples.Il fit ôter une robe d'or maffif à Jupiter, comme trop pefante pour l'été, & trop froide pour l'hiver, & il le fit couvrir d'une robe de laine. Il enleva une barbe d'or d'Efculape, fous prétexte, qu'il n'étoit pas de la bienféance, que le fils portât une barbe, tandis qu'Apollon fon Pere n'en avoit point. S'il étoit parlé fur quelque offrande de la bonté des dieux, ou fi quelque ftatuë avançoit la main, alors il fe difoit autorifé à tout emporter, parce qu'il y auroit de la bêtise à faire des demandes aux dieux, & à ne pas accepter ce qu'ils nous offrent d'eux-mêmes.

12.

& tues.

Les Payenscroïoient que les DiviniSentimens tés venoient habiter elles-mêmes dans partagés fut les temples les ftatues, qui les repréfentoient. les fa- Pythagore, & Cicéron [s] eftimoient que la vue des temples & des ftatues contribuoit à la piété; les Perfes, les Indiens, & les Gétes[]regardoient au contraire,comme une impiété, de renfermer dans des temples la divinité dont l'univers entier eft le temple, & le domicile.

Tom. I.

Les Mages [u] avoient beaucoup d'averfion pour les temples, & pour toutes les représentations des dieux. Touts les temples, qui fe trouvérent fur le chemin de Xerxés pendant fon expédition en Gréce, furent détruits, [x] fuivant la décision, & par le commandement d'Oftanés, chef des Mages, qui étoit à la fuite de ce monar

que,

[] Cùm Dionyfius ad Peloponnefum claffem appuliffet,& in fanum veniffet Jovis Olympii,aureum ei detraxit amiculum grandi pondere,quo Jovem ornârat ex ma nubiis Carthagin. tyrannus Gelo: atque in co etiam cavillatus eft æftate grave effe au. reum amiculum, hyeme frigidum : eique laneum pallium injecit,cùm id effe aptum ad omne anni tempus diceret. Idemque Ef culapii Epidauri barbam auream demi juffit:neque enim convenire barbatum effe fi lium, cùm in omnibus fanis pater imberbis effet.Jam menfas argenteas de omnibus deJubris juffit auferri: in quibus quod more Græciæ infcriptum effet, Bonorum deo. rum, uti fe eorum bonitate velle dicebat. Idem victoriolas aureas, & patenas coro

14.

Les deux efpéces de l'idolâtrie les plus anciennes font le culte des aftres, Les deux elpéces les & les apothéofes des hommes qui plus ancienavoient fait du bien au genre humain.nes de l'ido Il feroit difficile de décider quelle a été la premiére. Il eft même incertain quand l'idolâtrie a commencé. Le fentiment de Tertullien [y] eft que l'idolâtrie s'eft répandue dans le monde avant le déluge; S. Cyrille eft d'avis [z] qu'elle ne fut établie que du tems de Bélus. Il eft vrai-femblable que la tradition de la vérité s'étant affoiblie, dans la mémoire des hommes corrompus, le prémier objet de l'idolâtrie fut d'adorer les altres, dont la fplendeur frappoit leurs yeux & leurs efprits avant que la reconnoiffance ou la flatterie les portaffent à déïfier leurs femblables. F

nafque,quæ fimulacrorum porrectibus manibus fuftinebantur,fine dubitatione tolle. bat,eaque fe accipere non auferre dicebat; effe enim ftultitiam, à quibus bona precaremur, ab iis porrigentibus & dantibus nolle fumere, Cic.de nat. Deor. lib. 3.

[s] Cic. de legib, lib. z.

[] Parietibus includere deos, quibus omnia deberent effe patentia ac libera, quorumque hic mundus omnis templum effet & domus. Cic. de legib, lib ̧ 2.

[*]S Cl. Alin protreptic Diog.Laër in proœ. [x] Strab.lib,14.Cic. de legib. lib. 2. S. Hieronym. in Ifaï.c.7. fchyl.in Perf. Herodot. Clio & ranie. [y] Tertull.de idolatr. [z] S, Cyrill, contra Julian. lib. 1. & 3.

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