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peu de gens sont capables d'en remarquer tou- | est sur un même ton. Cet accord les fait juger tes les beautés.

sainement des objets, et leur en forme une idée Il y en a d'autres qui ne sont pas parfaites, véritable : mais à parler généralement, il y a mais qui sont dites avec tant d'art, et qui sont peu de gens qui aient le goût fixe et indépensoutenues et conduites avec tant de raison et dant de celui des autres; ils suivent l'exemple tant de grâce, qu'elles méritent d'être admi- et la coutume, et ils en empruntent presque rées.

tout ce qu'ils ont de goût. III.

Dans toutes ces différences de goûts qu'on

vient de marquer, il est très rare, et presque Des Goûts.

impossible, de rencontrer cette sorte de bon

goût qui sait donner le prix à chaque chose, qui Il y a des personnes qui ont plus d'esprit que en connoît toute la valeur, et qui se porte géde goût, et d'autres qui ont plus de goût que néralement sur tout. Nos connoissances sont d'esprit. Il y a plus de variété et de caprice trop bornées, et cette juste disposition de quadans le goût que dans l'esprit.

lités qui font bien juger, ne se maintient d'orCe terme de goût a diverses significations, et dinaire que sur ce qui ne nous regarde pas diil est aisé de s'y méprendre. Il y a différence rectement. entre le goût qui nous porte vers les choses, et Quand il s'agit de nous, notre goût n'a plus le goût qui nous en fait connoitre et discerner cette justesse si nécessaire ; la préoccupation la les qualités en nous attachant aux règles. trouble ; tout ce qui a du rapport à nous paroît

On peut aimer la comédie sans avoir le goût sous une autre figure. Personne ne voit des assez fin et assez délicat pour en bien juger ; et mêmes yeux ce qui le touche, et ce qui ne le on peut avoir le goût assez bon pour bien juger touche pas. Notre goût n'est conduit alors que de la comédie sans l'aimer. Il y a des goûts qui par la pente de l'amour-propre et de l'humeur, nous approchent imperceptiblement de ce qui qui nous fournissent des vues nouvelles, et nous se montre à nous, et d'autres nous entrainent assujettissent à un nombre infini de changepar leur force ou par leur durée.

ments et d'incertitudes. Notre goût n'est plus Il y a des gens qui ont le goût faux en tout, à nous, nous n'en disposons plus. Il change sans d'autres ne l'ont faux qu'en certaines choses ; notre consentement; et les mêmes objets nous et ils l'ont droit et juste dans tout ce qui est de paroissent par tant de côtés différents, que nous leur portée. D'autres ont des goûts particuliers, méconnoissons enfin ce que nous avons vu et ce qu'ils connoissent mauvais, et ne laissent pas de que nous avons senti. les suivre. Il y en a qui ont le goût incertain ; le hasard en décide : ils changent par légèreté, et

IV. sont touchés de plaisir ou d'ennui sur la parole

De la Société. de leurs amis. D'autres sont toujours prévenus; ils sont esclaves de tous leurs goûts, et les res- Mon dessein n'est pas de parler de l'amitié pectent en toutes choses. Il y en a qui sont sen- en parlant de la société; bien qu'elles aient sibles à ce qui est bon, et choques de ce qui ne quelque rapport, elles sont néanmoins très l'est pas : leurs vues sont nettes et justes, et ils différentes : la première plus d'élévation et trouvent la raison de leur goût dans leur esprit d'humilité, et le plus grand merite de l'autre et dans leur discernement.

est de lui ressembler. Il y en a qui, par une sorte d'instinct, dont ils Je ne parlerai donc présentement que du ignorent la cause, décident de ce qui se pré-commerce particulier que les honnêtes gens doisente à eux, et prennent toujours le bon parti. vent avoir ensemble. Il seroit inutile de dire

Ceux-ci font paroître plus de goût que d'es- combien la société est nécessaire aux hommes : prit, parceque leur amour-propre et leur hu- tous la desirent, et tous la cherchent ; mais peu meur ne prévalent point sur leurs lumières se servent des moyens de la rendre agréable et naturelles. Tout agit de concert en eux, tout y de la faire durer.

Chacun veut trouver son plaisir et ses avan- faut du moins qu'elle paroisse libre, et qu'en tages aux dépens des autres. On se préfère tou- suivant le sentiment de nos amis, ils soient perjours à ceux avec qui on se propose de vivre, et suadés que c'est le nôtre aussi que nous suion leur fait presque toujours sentir cette préfé- vons. rence : c'est ce qui trouble et ce qui détruit la Il faut être facile à excuser nos amis, quand société. Il faudroit du moins savoir cacher ce leurs défauts sont nés avec eux, et qu'ils sont desir de préférence, puisqu'il est trop naturel moindres que leurs bonnes qualités. Il faut souen nous pour nous en pouvoir défaire. Il fau- vent éviter de leur faire voir qu'on les ait remardroit faire son plaisir de celui des autres, mé- qués , et qu'on en soit choqué. On doit essayer nager leur amour-propre , et ne le blesser de faire en sorte qu'ils puissent s'en apercevoir jamais.

eux-mêmes, pour leur laisser le mérite de s'en L'esprit a beaucoup de part à un si grand ou- corriger. vrage; mais il ne suffit pas seul pour nous con- Il y a une sorte de politesse qui est nécessaire duire dans les divers chemins qu'il faut tenir. dans le commerce des honnêtes gens : elle leur Le rapport qui se rencontre entre les esprits ne fait entendre raillerie, et elle les empêche d'être maintiendroit pas long-temps la société, si elle choqués, et de choquer les autres par de cern'étoit réglée et soutenue par le bon sens, par taines façons de parler trop sèches et trop dures, l'humeur, et par les égards qui doivent être qui échappent souvent sans y penser quand on entre les personnes qui veulent vivre ensemble. soutient son opinion avec chaleur.

S'il arrive quelquefois que des gens opposés Le commerce des honnêtes gens ne peut subd'humeur et d'esprit paroissent unis, ils tien- sister sans une certaine sorte de confiance; elle nent sans doute par des raisons étrangères , qui doit être commune entre eux; il faut que chane durent pas long-temps. On peut être aussi cun ait un air de sûreté et de discrétion quine en société avec des personnes sur qui nous avons donne jamais lieu de craindre qu'on puisse rien de la superiorité par la naissance, ou par des dire par imprudence. qualités personnelles ; mais ceux qui ont cet Il faut de la variété dans l'esprit : ceux qui avantage n'en doivent pas abuser : ils doivent n'ont que d'une sorte d'esprit, ne peuvent pas rarement le faire sentir, et ne s'en servir que plaire long-temps ; on peut prendre des routes pour instruire les autres. Ils doivent leur faire diverses, n'avoir pas les mêmes talents, pourvu apercevoir qu'ils ont besoin d'être conduits, et qu'on aide au plaisir de la société, et qu'on y les mener par la raison en s’accommodant, au- observe la même justesse que les différentes tant qu'il est possible, à leurs sentiments et à voix et les divers instruments doivent observer leurs intérêts.

dans la musique. Pour rendre la société commode, il faut que comme il est malaisé que plusieurs personnes chacun conserve sa liberté. Il ne faut point se puissent avoir les mêmes intérêts, il est nécesvoir , ou se voir sans sujétion, et pour se diversaire, au moins pour la douceur de la société, tir ensemble. Il faut pouvoir se séparer sans que qu'ils n'en aient pas de contraires. cette séparation apporte de changement. Il faut On doit aller au-devant de ce qui peut plaire se pouvoir passer les uns des autres, si on ne à ses amis, chercher les moyens de leur étre veut pas s'exposer à embarrasser quelquefois; utile, leur épargner des chagrins, leur faire voir et on doit se souvenir qu'on incommode sou- qu'on les partage avec eux, quand on ne peut vent, quand on croit ne pouvoir jamais incom- les détourner , les effacer insensiblement sans moder. Il faut contribuer autant qu'on le peut prétendre de les arracher tout d'un coup, et au divertissement des personnes avec qui on mettre à la place des objets agréables, ou du veut vivre, mais il ne faut pas être toujours moins qui les occupent. On peut leur parler de chargé du soin d'y contribuer.

choses qui les regardent, mais ce n'est qu'autant La complaisance est nécessaire dans la so- qu'ils le permettent, et on y doit garder beauciété, mais elle doit avoir des bornes : elle de coup de mesure. Il y a de la politesse, et quelvient une servitude quand elle est excessive. Nquefois même de l'humanité à ne pas entrer trop avant dans les replís de leur cur; ils ont | l'on entretient, et leur céder aisément l'avansouvent de la peine à laisser voir tout ce qu'ils tage de décider, sans les obliger de répondre en connoissent , et ils en ont encore davantage quand ils n'ont pas envie de parler. quand on pénètre ce qu'ils ne connoissent pas Après avoir satisfait de cette sorte aux debien. Que le commerce que les honnêtes gens voirs de la politesse, on peut dire ses sentiont ensemble leur donne de la familiarité, et ments en montrant qu'on cherche à les appuyer leur fournisse un nombre infini de sujets de se de l'avis de ceux qui écoutent, sans marquer de parler sincèrement.

présomption ni d'opiniâtreté. Personne presque n'a assez de docilité et de Evitons surtout de parler souvent de nousbon sens pour bien recevoir plusieurs avis qui mêmes, et de nous donner pour exemple. Rien sont nécessaires pour maintenir la société. On n'est plus désagréable qu'un homme qui se cite veut être averti jusqu'à un certain point, mais lui-même à tout propos. on ne veut pas l'être en toutes choses, et on On ne peut aussi apporter trop d'application craint de savoir toutes sortes de vérités. à connoître la pente et la portée de ceux à qui

Comme on doit garder des distances pour voir l'on parle , pour se joindre à l'esprit de celui qui les objets, il en faut garder aussi pour la société; en a le plus, sans blesser l'inclination ou l'intechacun a son point de vue, d'où il veut être re- rêt des autres par cette préférence. gardé. On a raison le plus souvent de ne vou

Alors on doit faire valoir toutes les raisons loir pas être éclairé de trop près; et il n'y a qu'il a diles, ajoutant modestement nos propres presque point d'homme qui veuille en toutes pensées aux siennes, et lui faisant croire, auchoses se laisser voir tel qu'il est.

tant qu'il est possible, que c'est de lui qu'on les

prend. V.

Il ne faut jamais rien dire avec un air d'auto

rité, ni montrer aucune supériorité d'esprit. De la Conversation.

Fuyons les expressions trop recherchées, les Ce qui fait que peu de personnes sont agréa- termes durs ou forcés , et ne nous servons point bles dans la conversation, c'est que chacun songe de paroles plus grandes que les choses. plus à ce qu'il a dessein de dire, qu'à ce que les Il n'est pas défendu de conserver ses opiautres disent, et que l'on n'écoute guère quand nions, si elles sont raisonnables. Mais il faut se on a bien envie de parler.

rendre à la raison aussitôt qu'elle paroît , de Néanmoins il est nécessaire d'écouter ceux quelque part qu'elle vienne; elle seule doit réqui parlent. Il faut leur donner le temps de se gner sur nos sentiments : mais suivons-la sans faire entendre, et souffrir même qu'ils disent heurter les sentiments des autres, et sans faire des choses inutiles. Bien loin de les contredire paroître du mépris de ce qu'ils ont dit. et de les interrompre, on doit au contraire en- Il est dangereux de vouloir être toujours le trer dans leur esprit et dans leur goût, montrer maître de la conversation, et de pousser trop qu'on les entend , louer ce qu'ils disent autant loin une bonne raison quand on l'a trouvée. qu'il mérite d'être loué, et faire voir que c'est L'honnêteté veut que l'on cache quelquefois la plutôt par choix, qu'on les loue que par com- moitié de son esprit, et qu'on ménage un opiplaisance.

niatre qui se défend mal, pour lui épargner la Pour plaire aux autres, il faut parler de ce honte de céder. qu'ils aiment et de ce qui les touche, éviter les disputes sur des choses indifférentes, leur faire long-temps et trop souvent d'une même chose, rarement des questions, et ne leur laisser ja- et que l'on cherche à détourner la conversation mais croire qu'on prétend avoir plus de raison sur des sujets dont on se croit plus instruit que qu'eux.

les autres. Il faut entrer indifféremment sur tout On doit dire les choses d'un air plus ou moins ce qui leur est agréable, s'y arrêter autant qu'ils sérieux , et sur des sujets plus ou moins relevés, le veulent, et s'éloigner de tout ce qui ne leur selon l'humeur et la capacité des personnes que convient pas.

Toute sorte de conversation, quelque spiri- on parle , pour se joindre à l'esprit de celui qui en a le plus, tuelle qu'elle soit, n'est pas également propre à et pour ajouter ses pensées aux siennes , en lui faisant croire,

autant qu'il est possible, que c'est de lui qu'on les prend. toutes sortes de gens d'esprit. Il faut choisir ce

Il y a de l'habileté à n'épuiser pas les sujets qu'on traite, qui est de leur goût, et ce qui est convenable à et à laisser toujours aux autres quelque chose à penser et à leur condition, à leur sexe, à leurs talents, et dire. choisir même le temps de le dire.

On ne doit jamais parler avec des airs d'autorité, ni se Observons le lieu , l'occasion , l'humeur où se On peut conserver ses opinions si elles sont raisonnables;

servir de paroles ni de termes plus grands que les choses. trouvent les personnes qui nous écoutent : car mais en les conservant, il ne faut jamais blesser les sentis'il y a beaucoup d'art à savoir parler à propos, ments des autres , ni paroitre choqué de ce qu'ils ont dit. il n'y en a pas moins à savoir se taire. Il y a un

Il est dangereux de vouloir être toujours le maitre de la

conversation, et de parler trop souvent d'une même chose. silence éloquent qui sert à approuver et à con

On doit entrer indifféremment sur tous les sujets agréables damner; il y a in silence de discrétion et de qui se présentent, et ne faire jamais voir qu'on veut enrespect.

II y a enfin des tons, des airs et des trainer la conversation sur ce qu'on a envie de dire. manières qui font tout ce qu'il y a d'agréable Il est nécessaire d'observer que toute sorte de converou de désagréable, de délicat ou de choquant sation, quelque bonnète et quelque spirituelle qu'elle soit, dans la conversation.

il faut choisir ce qui convient à chacun, et choisir même le Mais le secret de s'en bien servir est donné à temps de le dire. peu de personnes. Ceux même qui en font des Mais s'il y a beaucoup d'art à parler, il n'y en a pas moins règles s'y méprennent souvent ; et la plus sûre à se taire. Il y a un silence éloquent ; il sert quelquefois à qu'on en puisse donner, c'est écouter beaucoup, approuver et à condamner; il y a un silence moqueur; il y parler peu, et ne rien dire dont on puisse avoir Il y a des airs , des tours et des manières qui font souvent sujet de se repentir.

ce qu'il y a d'agréable ou de désagréable, de délicat ou de

choquant dans la conversation. Le secret de s'en bien servir De la Conversation'.

est donné à peu de personnes; ceux même qui en font des

règles s'y méprennent quelquefois : la plus sûre à mon avis, Ce qui fait que si peu de personnes sont agréables dans plutôt voir des négligences dans ce qu'on dit,

que de l'affec

c'est de n'en point avoir qu'on ne puisse changer , de laisser la conversation, c'est que chacun songe plus à ce qu'il veut tation; d'écouter, de ne parler guère, et de ne se forcer dire, qu'à ce que les autres disent. Il faut écouter ceux qui jamais à parler. parlent si on en veut être écouté ; il faut leur laisser la liberté de se faire entendre, et même de dire des choses

VI. inutiles. Au lieu de les contraindre et de les interrompre, comme on fait souvent, on doit au contraire entrer dans

Du Faux. leur esprit et dans leur goût, montrer qu'on les entend, leur parler de ce qui les touche , louer ce qu'ils disent autant On est faux en différentes manières. Il y a qu'il mérite d'être loué, et faire voir que c'est plus par des hommes faux qui veulent toujours paroître choix qu'on les loue que par complaisance. 11 faut éviter de contester sur des choses indifférentes, leure foi, qui sont nés faux, qui se trompent

ce qu'ils ne sont pas. Il y en a d'autres de meilfaire rarement des questions inutiles, ne laisser jamais croire qu'on prétend avoir plus de raison que les autres, et céder eux-mêmes, et qui ne voient jamais les choses aisément l'avantage de décider.

comme elles sont. Il y en a dont l'esprit est droit On doit dire des choses naturelles, faciles , et plus ou et le goût faux; d'autres ont l'esprit faux, et moins sérieuses, selon l'humeur ou l'inclination des personnes que l'on entretient ; ne les presser pas d'approuver quelque droiture dans le goût; et il y en a qui ce qu'on dit, ni même d'y répondre.

n'ont rien de faux dans le goût ni dans l'esprit. Quand on a satisfait de cette sorte aux devoirs de la poli- Ceux-ci sont très rares, puisqu'à parler génétesse , on peut dire ses sentiments sans prévention et sans ralement, il n'y a personne qui n'ait de la fausopiniâtreté , en faisant paroitre qu'on cherche à les appuyer seté dans quelque endroit de l'esprit ou du goût. de l'avis de ceux qui écoutent. Il faut éviter de parler long-temps de soi-même, et de se

Ce qui fait cette faussete si universelle, c'est donner souvent pour exemple. On ne sauroit avoir trop que nos qualités sont incertaines et confuses, et d'application à connoître la pente et la pensée de ceux à qui que nos goûts le sont aussi. On ne voit point les

choses précisément comme elles sont; on les · Nous croyons utile de donner ici cette seconde leçon du mor- estime plus ou moins qu'elles ne valent, et on ceau qu'on vient de lire. Elle se trouve dans l'édition de M. de Fortia.

ne les fait point rapporter à nous en la manière

qui leur convient, et qui convient à notre état Il faut que la raison et le bon sens mettent le et à nos qualités.

prix aux choses, et qu'elles déterminent notre Ce mécompte met un nombre infini de faus- goût à leur donner le rang qu'elles méritent, et setés dans le goût et dans l'esprit; notre amour qu'il nous convient de leur donner. Mais presque propre est flatté de tout ce qui se présente à tous les hommes se trompent dans ce prix et nous sous les apparences du bien.

dans ce rang; et il y a toujours de la fausseté dans Mais comme il y a plusieurs sortes de biens, ce mécompte. qui touchent notre vanité ou notre tempéra

VII. ment, on les suit souvent par coutume ou par commodité. On les suit parceque les autres les

De l’Air et des Manières. suivent, sans considérer qu'un même sentiment ne doit pas être également embrassé par toutes Il y a un air qui convient à la figure et aux sortes de personnes, et qu'on s'y doit attacher talents de chaque personne : on perd toujours plus ou moins fortement, selon qu'il convient quand on le quitte pour en prendre un autre. plus ou moins à ceux qui le suivent.

Il faut essayer deconnoître celui qui nous est On craint encore plus de se montrer faux par naturel, n'en point sortir , et le perfectionner le goût que par l'esprit. Les honnêtes gens doi- autant qu'il nous est possible. vent approuver sans prévention ce qui mérite Ce qui fait que la plupart des petits enfants d'être approuvé, suivre ce qui mérite d'être plaisent, c'est qu'ils sont encore renfermés dans suivi, et ne se piquer de rien; mais il faut une cet air et dans ces manières que la nature leur a grande proportion et une grande justesse. Il faut donnés, et qu'ils n'en connoissent point d'autres. savoir discerner ce qui est bon en général, et Ils les changent et les corrompent quand ils ce qui nous est propre, et suivre alors avec sortent de l'enfance: ils croient qu'il faut imiter raison la pente naturelle qui nous porte vers les ce qu'ils voient, et ils ne le peuvent parfaitement choses qui nous plaisent.

imiter; il y a toujours quelque chose de faux et Si les hommes ne vouloient exceller que par d'incertain dans cette imitation. Ils n'ont rien leurs propres talents, et en suivant leurs de- de fixe dans leurs manières et dans leurs senvoirs, il n'y auroit rien de faux dans leur goût timents; au lieu d'être en effet ce qu'ils veulent et dans leur conduite : ils se montreroient tels paroitre, ils cherchent à paroître ce qu'ils ne qu'ils sont; ils jugeroient des choses par leurs sont pas. lumières, et s'y attacheroient par raison. Il y Chacun veut être un autre, et n'être plus ce auroit de la proportion dans leurs vues, dans qu'il est : ils cherchent une contenance hors leurs sentiments : leur goût seroit vrai, il vien- d'eux-mêmes, et un autre esprit que le leur; ils droit d'eux, et non pas des autres; ils le sui- prennent des tons et des manières au hasard; vroient par choix, et non pas par coutume et par ils en font des expériences sur eux, sans conhasard. Si on est faux en approuvant ce qui ne sidérer que ce qui convient à quelques uns ne doit pas être approuvé, on ne l'est pas moins le convient pas à tout le monde, qu'il n'y a point plus souvent par l'envie de se faire valoir par de règle générale pour les tons et pour les mades qualités qui sont bonnes de soi , mais qui ne nières, et qu'il n'y a point de bonnes copies. nous conviennent pas. Un magistrat est faux Deux hommes néanmoins peuvent avoir du quand il se pique d'être brave, bien qu'il puisse rapport en plusieurs choses, sans être copie l'un être hardi dans de certaines rencontres. Il doit de l'autre, si chacun suit son naturel ; mais perêtre ferme et assuré dans une sédition qu'il a sonne presque ne le suit entièrement : on aime droit d'apaiser, sans craindre d'être faux, et il à imiter. On imite souvent, même sans s'en seroit faux et ridicule de se battre en duel. apercevoir, et on néglige ses propres biens

Une femme peut aimer les sciences; mais pour des biens étrangers, qui d'ordinaire ne toutes les sciences ne lui conviennent pas, et nous conviennent pas. l'entètement de certaines sciences ne lui con- Je ne prétends pas, par ce que je dis, nous vient jamais et est toujours faux.

renfermer tellement en nous-mêmes, que nous

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