Page images
PDF
EPUB

D.

dans le courage d'un nombre infini de vaillants

hommes, vient de ce que la mort se découvre Il y a des gens si remplis d'eux-mêmes, que, différemment à leur imagination , et y paroît lorsqu'ils sont amoureux, ils trouvent moyen plus présente en un temps qu'en un autre. Ainsi d'être occupés de leur passion, sans l'être de il arrive qu'après avoir méprisé ce qu'ils ne personne qu'ils aiment.

connoissent pas, ils craignent enfin ce qu'ils

connoissent. Il faut éviter de l'envisager avec *DI. toutes ses circonstances, si on ne veut pas

croire L'amour, tout agréable qu'il est, plaît en- qu'elle soit le plus grand de tous les maux. Les core plus par les manières dont il se montre, plus habiles et les plus braves sont ceux qui que par lui-même.

prennent de plus honnêtes prétextes pour s'em

pêcher de la considérer; mais tout homme qui DII.

la sait voir telle qu'elle est, trouve que c'est

une chose épouvantable. La nécessité de mourir Peu d'esprit avec de la droiture ennuie moins faisoit toute la constance des philosophes. Ils à la longue, que beaucoup d'esprit avec du croyoient qu'il falloit aller de bonne grace où travers.

l'on ne sauroit s'empêcher d'aller ; et ne pouDIII.

vant éterniser leur vie, il n'y avoit rien qu'ils La jalousie est le plus grand de tous les ne fissent pour éterniser leur réputation et saumaux, et celui qui fait le moins de pitié aux Contentons-nous , pour faire bonne mine ,

ver du naufrage ce qui en peut être garanti.

de personnes qui le causent.

ne nous pas dire à nous-mêmes tout ce que DIV.

nous en pensons, et espérons plus de notre

temperament que de ces foibles raisonnements, Après avoir parlé de la fausseté de tant de qui nous font croire que nous pouvons approvertus apparentes, il est raisonnable de dire cher de la mort avec indifférence. La gloire de quelque chose de la fausseté du mépris de la mourir avec fermeté, l'espérance d'être remort. J'entends parler de ce mépris de la mort gretté, le desir de laisser une belle réputation, que les paiens se vantent de tirer de leurs pro- l'assurance d'être affranchi des misères de la vie, pres forces, sans l'espérance d'une meilleure et de ne dépendre plus des caprices de la forvie. Il y a différence entre souffrir la mort con- tune, sont des remèdes qu'on ne doit pas rejestamment et la mépriser. Le premier est assez ter. Mais on ne doit pas croire aussi qu'ils ordinaire; mais je crois que l'autre n'est jamais soient infaillibles. Ils font pour nous assurer, sincère. On a écrit néanmoins lout ce qui peut ce qu'une simple haie fait souvent à la guerre, le plus persuader que la mort n'est point un pour assurer ceux qui doivent approcher d'un mal, et les hommes les plus foibles , aussi-bien lieu d'où l'on tire: quand on en est éloigné, que les héros, ont donné mille exemples célè- on s'imagine qu'elle peut mettre à couvert ; bres pour établir cette opinion. Cependant je mais quand on en est proche, on trouve que doute que personne de bon sens l'ait jamais cru; c'est un foible secours. C'est nous flatter, de et la peine que l'on prend pour le persuader croire que la mort nous paroisse de près ce que aux autres et à soi-même, fait assez voir que nous en avons jugé de loin, et que nos senticette entreprise n'est pas aisée. On peut avoir ments, qui ne sont que foiblesse, soient d'une divers sujets de dégoût dans la vie; mais on n'a trempe assez forte pour ne point souffrir d'aljamais raison de mépriser la mort. Ceux même teinte par la plus rude de toutes les épreuves. qui se la donnent volontairement, ne la comp- C'est aussi mal connoître les effets de l'amourtent pas pour si peu de chose, et ils s'en éton- propre, que de penser qu'il puisse nous aider à nent et la rejettent comme les autres, lors- compter pour rien ce qui le doit nécessairement qu'elle vient à eux par une autre voie que celle détruire; et la raison, dans laquelle on croit qu'ils ont choisie. L'inégalité que l'on remarque | trouver tant de ressources, est trop foible en

cette rencontre pour nous persuader ce que qu'il avoit lui-même rédigé au moins une de ces Préfaces.

Voici cette Lettre : « Je vous envoie une manière de Prénous voulons. C'est elle au contraire qui nous

a face pour les Maximes; mais comme je la dois rendre trahit le plus souvent, et qui, au lieu de nous

« dans deux heures, je vous supplie très humblement, inspirer le mépris de la mort, sert à nous dé

« Madame, de mela renvoyer par le même laquais qui vous couvrir ce qu'elle a d'affreux et de terrible. Tout « porte ce billet. Je vous demande aussi de me dire ce que ce qu'elle peut faire pour nous,

est de nous

« vous en trouvez. » conseiller d'en détourner les yeux pour les arrêter sur d'autres objets. Caton et Brutus en choi- AVIS AU LECTEUR, sirent d'illustres. Un laquais se contenta, il y a

DE L'ÉDITION DE 1663. quelque temps, de danser sur l'échafaud où il alloit être roué. Ainsi , bien que les motifs Voici un portrait du cæur de l'homme que je soient différents, ils produisent les mêmes effets: donne au public, sous le nom de Réflerions ou de sorte qu'il est vrai que quelque disproportion Marimes morales. Il court fortune de ne plaire pas qu'il y ait entre les grands hommes et les gens à tout le monde, parcequ'on trouvera peut-être qu'il du commun, on a vu mille fois les uns et les ressemble trop, et qu'il ne flatte pas assez. Il y a autres recevoir la mort d'un mème visage ; mais apparence que l'intention du peintre n'a jamais été

de faire paroitre cet ouvrage, et qu'il seroit encore ça toujośrs été avec cette différence, que, dans renferme dans son cabinet si une méchante copie qui le mépris que les grands hommes font paroitre en a couru et qui a passé mème depuis quelque temps pour la mort, c'est l'amour de la gloire qui leur en Hollande, n'avoit obligé un de ses amis de m'en en ôte la vue ; et dans les gens du commun, ce donner une autre, qu'il dit être tout-à-fait conforme à n'est qu'un effet de leur peu de lumières qui les l'original; mais toute correcte qu'elle est, possible n'éempêche de connoitre la grandeur de leur mal, vitera-t-elle pas la censure de certaines personnes qui et leur laisse la liberté de penser à autre chose. ne peuvent souffrir que l'on se mêle de pénétrer dans

le fond de leur cour, et qui croient être en droit d'em

pêcher que les autres les connoissent , parcequ'elles PREMIER SUPPLÉMENT.

ne veulent pas se connoître elles-mêmes. Il est vrai que, comme ces Maximes sont remplies de ces sortes de vérités dont l'orgueil humain ne se peut accom

modler, il est presque impossible qu'il ne se soulève PENSÉES

contre elles, et qu'elles ne s'attirent des censeurs. SUPPRIMÉES PAR L'AUTEUR,

Aussi est-ce pour eux que je mets ici une Lettre

que l'on m'a donnée, qui a été faite depuis que le AVEC LA DATE DES ÉDITIONS.

manuscrit a paru, et dans le temps que chacun se méloit d'en dire son avis; elle m'a semblé assez pro

pre pour répondre aux principales difficultés que l'on AVIS DE L'ÉDITEUR.

peut opposer aux Reflexions, et pour expliquer les

sentiments de leur auteur : elle suffit pour faire voir La Rochefoucauld avoit inséré dans les premières éditions plusieurs Maximes qu'il a successivement rejetées. l'abrégé d'une morale conforme aux pensées de plu

que ce qu'elles contiennent n'est autre chose que Brotier en a compté cent-vingt et une ; mais des recherches sieurs Pères de l'Eglise , et que celui qui les a écrites exactes nous ont appris que les 1705 6, 19, 58, 59, 74, 75, 77, 85, 96, 118 et 121 des Pensées , rangées par Brotier sous

a eu beaucoup de raison de croire qu'il ne pouvoit le titre de premières Pensées , sont la répétition de celles s'égarer en suivant de si bons guides, et qu'il lui comprises sous les nos 18,31, 102, 177, 178, 223, 228, 265, étoit permis de parler de l'homme comme les Pères 251 et 281 des Reflexions morales , et qui par conséquent en ont parlé; mais si le respect qui leur est dû n'est doivent être supprimées pour éviter un double emploi. Les pas capable de retenir le chagrin des critiques , s'ils autres Pensées que Brolier a placées sous le même titre, et

ne font point de scrupule de condamner l'opinion de qu'on ne retrouve point ici, ne sont que des Variantes. On

ces grands hommes en condamnant ce livre, je prie les trouvera au bas du texte : les Maximes rejetées par le lecteur de ne les pas imiter, de ne laisser point La Rochefoucauld se réduisent à soixante-quatre.

Nous reproduisons ici les deux Avis au Lecteur des entrainer son esprit au premier mouvement de son éditions 1665 et 1666, qui ont été supprimés dans loutes les

caur, et de donner ordre, s'il est possible, que l'aéditions publiées après la mort de l'auteur. Une Lettre de mour-propre ne se mêle point dans le jugement qu'il La Rochefoucauld à madame de Sablé semble prouver en fera: car s'il le consulte , il ne faut pas s'attendre

l'on y

qu'il puisse être favorable à ces Maximes; comme garde point ceux que Dieu en préserve par une elles traitent l'amour-propre de corrupteur de la rai- grace particulière. son , il ne manquera pas de prévenir l'esprit contre Pour ce qui est de l'ordre de ces Réflexions, vous elles. Il faut donc prendre garde que cette préven- n'aurez pas peine à juger, mon cher Lecteur, que tion ne les justifie, et se persuader qu'il n'y a rien comme elles sont toutes sur des matières différentes, de plus propre à établir la vérité de ces Réflexions, il étoit difficile d'y en observer. Et bien qu'il y en que la chaleur et la subtilité que l'on témoignera ait plusieurs sur un même sujet, on n'a pas cru les pour les combattre. En effet, il sera difficile de faire devoir mettre de suite, de crainte d'ennuyer le leccroire à tout homme de bon sens, que l'on les con- teur; mais on les trouvera dans la Table. damne par d'autre motif que par celui de l'intérêt caché, de l'orgueil et de l'amour-propre. En un mot, le meilleur parti que le lecteur ait à prendre, est de

PENSÉES se mettre d'abord dans l'esprit , qu'il n'y a aucune de ces Maximes qui le regarde en particulier, et qu'il TIRÉES DES PREMIÈRES ÉDITIONS, en est seul excepté, bien qu'elles paroissent géné- ET REPLACÉES DANS L'ORDRE OÙ ELLES S'Y TROUVENT. rales. Après cela, je lui réponds qu'il sera le premier à y souscrire, et qu'il croira qu'elles font encore grace au caur humain. Voilà ce que j'avois à dire sur cet

I. écrit en général : pour ce qui est de la méthode que eût pu observer, je crois qu'il eût été à desi

L'amour-propre est l'amour de soi-même et rer que chaque Maxime eût eu un titre du sujet de toutes choses pour soi ; il rend les hommes qu'elle traite, et qu'elles eussent été mises dans un idolâtres d'eux-mêmes, et les rendroit les tyrans plus grand ordre; mais je ne l'ai pu faire sans ren- des autres, si la fortune leur en donnoit les verser entièrement celui de la copie qu'on m'a don- moyens : il ne se repose jamais hors de soi, et née; et comme il y a plusieurs Maximes sur une ne s'arrête dans les sujets étrangers, que comme même matière , ceux à qui j'en ai demandé avis, ont les abeilles sur les fleurs, pour en tirer ce qui jugé qu'il étoit plus expédient de faire une Table à lui est propre. Rien n'est si impétueux que ses laquelle on aura recours pour trouver celles qui desirs, rien de si caché que ses desseins, rien traitent d'une même chose.

de si habile que ses conduites : ses souplesses ne

se peuvent représenter, ses transformations pasAVIS AU LECTEUR

sent celles des métamorphoses, et ses raffine

ments ceux de la chimie. On ne peut sonder la DE L'ÉDITION DE 1666.

profondeur ni percer les ténèbres de ses abîmes. Mox CHER LECTEUR,

Là, il est à couvert des yeux les plus pénétrants,

il y fait mille insensibles tours et retours. Là, il Voici une seconde édition des Réserions morales est souvent invisible à lui-même : il y conçoit , que vous trouverez sans doute plus correcte et plus

nourrit et il y élève, sans le savoir, un exacte en toutes façons que n'a été la première. Ainsi, vous pouvez maintenant en faire tel jugement grand nombre d'affections et de haines ; il en que vous voudrez sans que je me mette en peine de forme de si monstrueuses, que lorsqu'il les a tàcher à vous prévenir en leur faveur, puisque si elles mises au jour, il les méconnoit, ou il ne peut sont telles que je le crois , on ne pourroit leur faire se résoudre à les avouer. De cette nuit qui le plus de tort que de se persuader qu'elles eussent be- couvre naissent les ridicules persuasions qu'il a soin d'apologie. Je me contenterai de vous avertir de de lui-même; de là viennent ses erreurs, ses deux choses : l'une, que par le mot d'intérêt, on ignorances, ses grossièretés et ses niaiseries sur n'entend pas toujours un intérêt de bien, mais le plus son sujet ; de la vient qu'il croit que ses sentisouvent un intérêt d'honneur ou de gloire; et l'autre,

ments sont morts lorsqu'ils ne sont qu'endorces Reflexions , est que celui qui les a faites n'a consi- mis; qu'il s'imagine n'avoir plus envie de courir déré les hommes que dans cet état depiorable de la dès qu'il se repose , et qu'il pense avoir perdu nature corrompue par le péché; et qu’ainsi la ma- tous les goûts qu'il a rassasiés : mais celleobscunière dont il parle de ce nombre infini de défauts qui rité épaisse qui le cache à lui-même, n'empêche se rencontrent dans leurs vertus apparentes, ne re- pas qu'il ne voie parfaitement ce qui est hors de

[ocr errors]

il y

pour se

lui; en quoi il est semblable à nos yeux qui dé- conditions ; il vit partout, et il vit de tout ; il couvrent tout, et sont aveugles seulement pour vit de rien, il s'accommode des choses et de leur eux-mêmes. En effet , dans ses plus grands in- privation ; il passe même dans le parti des gens térêts et dans ses plus importantes affaires où qui lui font la guerre; il entre dans leurs desla violence de ses souhaits appelle toute son seins, et, ce qui est admirable, il se hait luiattention, il voit, il sent, il entend , il imagine, même avec eux, il conjure sa perte, il travaille il soupçonne , il pénètre, il devine tout ; de lui-même à sa ruine; enfin il ne se soucie que sorte qu'on est tenté de croire que chacune de d'être, et pourvu qu'il soit, il veut bien être ses passions a une espèce de magie qui lui est son ennemi. Il ne faut donc pas s'étonner s'il se propre. Rien n'est si intime et si fort que ses joint quelquefois à la plus rude austérité, et s'il attachements qu'il essaie de rompre inutilement entre si hardiment en société avec elle à la vue des malheurs extrêmes qui le menacent. détruire, parce que, dans le même temps qu'il Cependant il fait quelquefois en peu de temps, se ruine en un endroit, il se rétablit en un autre. et sans aucun effort, ce qu'il n'a pu faire avec Quand on pense qu'il quitte son plaisir, il ne tous ceux dont il est capable dans le cours de fait que le suspendre ou le changer, et lors plusieurs années : d'où l'on pourroit conclure même qu'il est vaincu et qu'on croit en être déassez vraisemblablement que c'est par lui-même fait, on le retrouve qui triomphe dans sa propre que ses desirs sont allumés, plutôt que par la défaite. Voilà la peinture de l'amour-propre beauté et par le mérite de ses objets ; que son dont toute la vie n'est qu'une grande et longue goût est le prix qui les relève, et le fard qui les agitation. La mer en est une image sensible; et embellit; que c'est après lui-même qu'il court, l'amour-propre trouve dans le flux et le reflux et qu'il suit son gré lorsqu'il suit les choses qui de ses vagues continuelles une fidèle expression sont à son gré. Il est tous les contraires, il est de la succession turbulente de ses pensées et de impérieux et obéissant, sincère et dissimulé, ses éternels mouvements. (1665 — no 1.) miséricordieux et cruel, timide et audacieux : il a de différentes inclinations, selon la diversité

II. des temperaments qui le tournent et le dévouent

Toutes les passions ne sont autre chose que tantôt à la gloire, tantôt aux richesses, et tantôt les divers degrés de la chaleur et de la froideur aux plaisirs. Il en change selon le changement du sang. (1665 — no 13.) de nos âges, de nos fortunes et de nos expériences ; mais il lui est indifférent d'en avoir plu

II. sieurs ou de n'en avoir qu'une, parcequ'il se

La modération dans la bonne fortune n'est partage en plusieurs, et se ramasse en unequand que l'appréhension de la honte qui suit l'emporil le faut, et comme il lui plait. Il est incon-tement, ou la peur de perdre ce que l'on a. stant, et outre les changements qui viennent

(1665-n° 18.) des causes étrangères, il y en a une infinité qui

IV. naissent de lui et de son propre fonds. Il est inconstant d'inconstance, de légèreté, d'amour,

La modération est comme la sobriété ; on de nouveauté, de lassitude et de dégoût. Il est voudroit bien manger davantage, mais on craint capricieux, et on le voit quelquefois travailler de se faire mal. (1665 — no 21.) avec le dernier empressement et avec des tra

V. vaux incroyables à obtenir des choses qui ne lui sont point avantageuses, et qui même lui sont Tout le monde trouve à redire en autrui ce nuisibles, mais qu'il poursuit parcequ'il les veut. qu'on trouve à redire en lui. ( 1665 – no 33.) Il est bizarre et met souvent toute son applica

VI. tion dans les emplois les plus frivoles ; il trouve tout son plaisir dans les plus fades, et conserve L'orgueil, comme lassé de ses artifices et de toute sa fierté dans les plus méprisables. Il est ses différentes mélamorphoses, après avoir joué dans tous les états de la vie et dans toutes les tout seul les personnages de la comédie hu

XI.

maine, se montre avec un visage naturel, et se lité de leur bonne fortune. (1665 - n° 97.) découvre par la fierté; de sorte qu'à proprement parler, la fierté est l'éclat et la déclaration de

XV. l'orgueil. (1665 — n° 37.)

Dans l'adversité de nos meilleurs amis, nous VII.

trouvons toujours quelque chose qui ne nous dé

plaît pas. (1665 — no 99.) C'est une espèce de bonheur de connoître jusques à quel point on doit être malheureux.

XVI. (1665 - n° 53.)

Comment prétendons-nous qu'un autre garde VIII.

notre secret, si nous n'avons pas pu le garder Quand on ne trouve pas son repos en soi- nous-mêmes ? ( 1665. — no 100.) même, il est inutile de le chercher ailleurs. ( 1665_no 55.)

XVII.
IX.

Comme si ce n'étoit pas assez à l'amourIl faudroit pouvoir répondre de sa fortune, propre d'avoir la vertu de se transformer luipour pouvoir répondre de ce que l'on fera. même, il a encore celle de transformer les ob(1665_no 70.)

jets, ce qu'il fait d'une manière fort étonnante; X.

car non seulement il les déguise si bien qu'il y

est lui-même trompé, mais il change aussi l'état L'amour est à l'ame de celui qui aime, ce que et la nature des choses. En effet, lorsqu'une l'ame est au corps qu'elle anime. (1665 - no 77.) personne nous est contraire et qu'elle tourne sa

haine et sa persécution contre nous, c'est avec

toute la sévérité de la justice que l'amour-propre Comme on n'est jamais en liberté d'aimer, ou juge de ses actions : il donne à ses défauts une de cesser d'aimer, l'amant ne peut se plaindre étendue qui les rend énormes , et il met ses avec justice de l'inconstance de sa maîtresse, ni bonnes qualités dans un jour si désavantageux, elle de la légèreté de son amant. (1665- n° 81.) qu'elles deviennent plus dégoûtantes que ses dé

fauts. Cependant dès que celte même personne XII.

nous devient favorable, ou que quelqu'un de La justice dans les juges qui sont modérés, nos intérêts la réconcilie avec nous, notre n'est que l'amour de leur élévation. (1665 - seule satisfaction rend aussitôt à son mérite le no 89.)

lustre que notre aversion venoit de lui ôter. Les XIII.

mauvaises qualités s'effacent, et les bonnes pa

roissent avec plus d'avantage qu'auparavant ; Quand nous sommes las d'aimer, nous sommes

nous rappelons même toute notre indulgence bien aises que l'on devienne infidèle pour nous

pour la forcer à justifier la guerre qu'elle nous dégager de notre fidélité » ( 1665 — n° 85.)

a faite. Quoique toutes les passions montrent XIV.

cette vérité, l'amour la fait voir plus clairement

que les autres; car nous voyons un amoureux Le premier mouvement de joie que nous agité de la rage où l'a mis l'oubli ou l'infidélité avons du bonheur de nos amis, ne vient ni de de ce qu'il aime, méditer pour sa vengeance la bonté de notre naturel, ni de l'amitié que tout ce que cette passion inspire de plus violent. nous avons pour eux; c'est un effet de l'amour- Néanmoins aussitôt que sa vue a calmé la fureur propre qui nous flatte de l'espérance d'être heu- de ses mouvements, son ravissement rend cette reux à notre tour, ou de retirer quelque uti- beautéinnocente; il n'accuse plus que lui-même,

On lit dans les éditions de Brotier et de M. de Fortia : pour il condamne ses condamnations; et par cette nous dégager de notre infidélité. Cependant les éditions de

vertu miraculeuse de l'amour-propre, il ôle la 1666, 1671 et 1675, dans lesquelles on retrouve encore cette pensée, sont conformes à celle de 1663,

noirceur aux mauvaises actions de sa maitresse,

1

« PreviousContinue »