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lois; mais ces formes et ces lois sont des précautions et des moyens pour

lui-même. On ne veut pas perdre l'enchantement des arts, ni renoncer tout-à-fait à la gloire; il permet les talens et les vertus, dont il n'a rien à craindre.

Alors plus de patriotisme ; plus de générosité nationale; plus de grandes actions. Cependant il y a dans les moeurs une certaine douceur; et je ne sais quelle heureuse faiblesse, qui rend incapable des grandes oppressions; qui fait qu'on accorde, sans bonté ; qu'on soulage, sans commisération; qu'on n'est pas dur, jusqu'à la barbarie. Une sorte de sentiment du beau et du grand , que les sciences et les arts entretiennent, sauve d'une dégradation totale; inspire quelques grandes choses; laisse des ressources à un administrateur habile; et promet au moins de la reconnaissance et de l'enthousiasme, pour les hommes , qui s'élèveront par la vertu ou par le génie.

Telles sont les moeurs générales, à cette époque; mais aucun siècle n’exclut les sentimens élevés et les belles actions.

PORTRAITS

HISTORIQUES.

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PORTRAITS

HISTORIQUES,

ANCIENS ET MODERNES.

LYCURGUE.

Ce Portrait a été écrit en 1782, retouché en 1816.

Dans ces temps où les peuples n'avaient pas encore assez confondu leurs idées et leurs moeurs, pour qu'on n'en pût séparer un par des institutions toutes particulières, et par une révolution soudaine ; il s'est rencontré un de ces hommes extraordinaires, dont les desseins étonnent encore plus, par leur succès même. Il avait porté ses premières pensées de pays en pays, pour

les comparer à toutes les législations que l'on connaissait alors; et il en était revenu, chargé d'une profonde tristesse sur le sort qu'elles faisaient au genre humain. Il se promit d'en préparer un différent à sa patrie; et il s'exila, pendant plusieurs années, dans cette méditation. Enfin, il sortit de sa retraite ; il forma un parti, et il parut en armes, dans le lieu des assemblées publiques.

« Citoyens, dit-il aux Spartiates, je m'y » prends pour fonder des lois, comme d'au« tres s'y sont pris pour les renverser. Mais » ces armes ne peuvent commander

que

l'at» tention que vous me devez; les choses » que vous allez entendre vont vous causer » une bien autre frayeur. Réprimez-la ; vous » tournerez ensuite ces armes contre moi, » si j'ai plus espéré de vous, que vous ne » sauriez accomplir.

» J'ai voulu que vous fussiez le peuple » le plus libre de la terre ; et, pour cela,

j'ai conçu que vous deviez être le peuple » le plus soumis aux lois. » J'ai voulu

que vous fussiez le plus heu»reux. Mais tout le bonheur de l'homme » est dans l'emploi de son courage. Vivez » donc dans un exercice continuel de tra» vaux et de périls; et ne soyez ni des » riches, ni des pauvres ; mais des hommes

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