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séance particuliere et tres-prochaine à le mes des raisons qu'on oppose, non-seulement à tre théorie des idées, mais encore à plusicur. des choses que nous avions deja dites.

Conclaons cependant que l'homme serait privé de toute intelligence , sil était privé de toute sensibilité. Il n'aurait idee ni de l'univers, ni de l'auteur de l'univers, ni de lui-même, ni des rapports qui naissent de ces idées. N'étant pas averti de son existence propre , comment pourrait-il soupçonner d'autres existences ?

Mais la nature ne l'a pas confondu avec les étres insensibles : elle a voulu même que sa place fût au-dessus et hors de tous les êtres sensibles. S'il leur ressemble un moment par les sensations, il en diffère bientôt par les autres manières de sentir; et il s'en sépare surtout par le sentiment du juste et de l'honnête , qui sera éternellement étranger aux attributs de l'animal.

Le sentiment est donc la première condition de l'intelligence; comme l'action de l'âme, dont nous allons parler dans la leçon suivante, en est la seconde.

Où manque, où finit le sentiment, là manquent, là finissent les idées.

Il n'y a rien , absolument rien pour l'intelligence de l'homme , non pas même l'idée de Dieu , autant qu'il nous est donné d'en concevoir la nature, qui n'ait ses racines dans le sentiment : il n'y a rien au delà du sentiment.

Je ne dis pas : au delà du sentiment il n'y a rien pour la certitude ; je ne dis pas : il n'y a rien pour la croyance.

Je dis que nos idées ne peuvent dépasser les bornes de notre sentiment.

Je dis qu'une philosophie qui se vanterait d'avoir franchi ces bornes, se vanterait d'avoir franchi les bornes de notre nature, les bornes de notre raison, et les bornes de l'âme humaine : ce serait une philosophie sans idées.

Et cependant il s'est trouvé des esprits qui se sont abusés jusqu'à penser qu'on n'atteint à la vraie science qu'en s'élançant ainsi; et cette science qu'ils ont cru posséder, ils l'ont nommée sublime, transcendante.

0 combien Pascal pensait différemment ! « Il ne faut pas guinder l'esprit, dit-il; il ne faut pas donner à ces bonnes choses (aux connaissances ) le nom de grandes, hautes, élevées, sublimes , cela perd tout. Je voudrais les nommer basses, communes, familières; ces noms-là leur conviennent mieux : Je hais les mots d'enflure. »

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ou

SENTIR et connaître, nous l'avons assez dit, sont deux choses qu'on doit bien se garder de confondre. Pour sentir, il suffit à l'âme d'être passivement affectée ; au lieu que pour connaitre, il faut qu'elle agisse sur ce qu'elle sent, que son action se soit déjà appliquée à ce qu'elle a senti d'abord.

Entre le sentiment et la connaissance, se trouve donc interposée l'action de l'âme ; et cette action, toujours nécessaire, se fait remarquer surtout lorsqu'elle a été provoquée par de vifs sentimens de plaisir ou de peine , ou lorsqu'elle a été commandée par un ordre plus absolu de l'âme elle-même. Alors , les facultés de l'entendement

poi tent à l'envi sur toutes nos manières de sentir. L'attention les isole pour les étudier à part, pour connaître ce qu'elles sont en elles-mêmes. La comparaison les rapproche ; elle cherche à

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les apprécier les unes par les autres. Le raisonnement profite de ce que lui ont appris l'atten tion et la comparaison ; il pénètre plus avant; il découvre ce que les deux premières facultés nous auraient toujours laissé ignorer.

Le sentiment, s'il était seul, aurait beau se répéter, se multiplier, cesser, recommencer, et remplir ainsi la vie la plus longue, il ne laisserait après lui aucune trace de lumière. Le passé serait perdu, l'avenir ne pourrait être soupçonné; et l'absence de toute mémoire, de toute prévoyance, concentrerait la durée des siècles dans une existence toujours momentanée, toujours indivisible.

Il ne suffit donc pas que le sentiment recèle les sources de l'intelligence; il faut que l'âme applique ses forces au sentiment pour en faire sortir les idées (lec. 2). ...,

On a de la peine à recevoir cette vérité sans la restreindre par quelques exceptions. On con

les idées des facultés de l'âme, que plusieurs idées de rapport, et plusieurs idées morales, ne se présentent pas d'elles-mêmes ; qu'il faut pour les obtenir un travail de l'esprit qui ne se fait que trop sentir, et qui n'est pas toujours récompensé par le succès. Mais en même temps on est porté à croire que les idées

vient que

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