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Nous n'avons pas assez de force pour suivre Ceux qui croient avoir du mérite, se font un toute notre raison.

honneur d'être malheureux, pour persuader XLIII.

aux autres et à eux-mêmes qu'ils sont dignes

d'être en butte à la fortune ". L'homme croit souvent se conduire lorsqu'il

LI. est conduit ; et pendant que, par son esprit, il tend à un but, son coeur l'entraîne insensible

Rien ne doit tant diminuer la satisfaction que ment à un autre '.

nous avons de nous-mêmes, que de voir que

nous désapprouvons dans un temps ce que nous * XLIV.

approuvions dans un autre La force et la foiblesse de l'esprit sont mal

LII. nommées; elles ne sont en effet que la bonne ou la mauvaise disposition des organes du

Quelque différence qui paroisse entre les corps.

fortunes, il y a néanmoins une certaine comXLV.

pensation de biens et de maux qui les rend Le caprice de notre humeur est encore plus égales :.

LIII. bizarre que celui de la fortune. XLVI.

Quelques grands avantages que la nature

donne, ce n'est pas elle seule, mais la fortune L'attachement ou l'indifférence que les phi- avec elle qui fait les héros 4. losophes avoient pour la vie, n'étoient qu'un

LIV. goût de leur amour-propre, dont on ne doit non plus disputer que du goût de la langue ou Le mépris des richesses étoit, dans les philo-. du choix des couleurs ?.

sophes, un desir caché de venger leur mérite

de l'injustice de la fortune, par le mépris des XLVII.

mêmes biens dont elle les privoit; c'étoit un Notre humeur met le prix à tout ce qui nous secret pour se garantir de l'avilissement de la vient de la fortune.

pauvreté; c'étoit un chemin détourné pour

aller à la considération qu'ils ne pouvoient avoir * XLVIII.

par les richesses. La félicité est dans le goût, et non pas dans

* LV. les choses; et c'est par avoir ce qu'on aime

La haine pour les favoris n'est autre chose qu'on est heureux, et non par avoir ce que les que l'amour de la faveur. Le dépit de ne la pas autres trouvent aimable.

1 Var. Ceux qui se sentent du mérite se piquent toujours XLIX.

d'être malheureux, pour persuader aux autres et à eux-mêmes

qu'ils sont au-dessus de leurs malheurs, et qu'ils sont dignes On n'est jamais si heureux, ni si malheurcux d'étre en butte à la fortune. ( 1665–no 57.) On trouve dans la posséder se console et s'adoucit par le mépris | perceptible ambition de rendre nos témoignages que l'on témoigne de ceux qui la possèdent; et considérables, et d'attirer à nos paroles un resnous leur refusons nos hommages, ne pouvant pect de religion. pas leur ôler ce qui leur attire ceux de tout le

mème édition ( no 60) la méme pensée ainsi rédigée : « On se qu'on s'imagine 3.

console souvent d'être malheureux par un certain plaisir qu'on

trouve à le paroitre. » Var. L'homme est conduit, lorsqu'il croit se conduire, et a Var. Rien ne doit tant diminuer la satisfaction que nous pendant que par son esprit il vise à un endroit, son cæur l'ache- avons de nous-mêmes, que de voir que nous avons été contents mine insensiblement à un autre. (1663–no 47.)

dans l'état et dans les sentiments que nous désapprouvons à cette » Var. L'attachement ou l'indifférence pour la vie, sont des heure. ( 1663.-n° 58.) goûts de l'amour-propre, dont on ne doit non plus disputer que 3 Var. Quelque différence qu'il y ait entre les fortunes, il y a de ceux de la langue, ou du choix des couleurs. (1663–no 52.) pourtant une certaine proportion de biens et de maux qui les

Var. On n'est jamais si malheureux qu'on croit, ni si heu- rend égales. ( 1663-no 61.) reux qu'on avoit espéré. ( 1665–no 59.)— On n'est jamais si 4 Var. Quelques grands avantages que la nature donne, ce beureux ni si malheureus que l'on pense. ( 1666-no 50.)

n'est pas elle, mais la fortune ogni fait les héros. ( 1665-1° 62.) donne à la prudence. Cependant, quelque grande qu'elle soit, elle

LXIV. monde. LVI.

La vérité ne fait pas tant de bien dans le Pour s'établir dans le monde, on fait tout ce monde, que ses apparences y font de mal. que l'on peut pour y paroître établi.

* LXV. LVII.

Il n'y a point d'éloges qu'on ne donne à la Quoique les hommes se flattent de leurs prudence; cependant elle ne sauroit nous assu

rer du moindre évènement '. grandes actions, elles ne sont pas souvent les effets d'un grand dessein, mais des effets du ha

LXVI. sard , LVIII,

Un habile homme doit régler le rang de ses Il semble que nos actions aient des étoiles intérêts, et les conduire chacun dans son ordre. heureuses ou malheureuses, à qui elles doivent Notre avidité le trouble souvent, en nous faiune grande partie de la louange et du blâme sant courir à tant de choses à la fois, que pour

desirer trop les moins importantes, on manque qu'on leur donne.

les plus considérables. LIX.

* LXVII. Il n'y a point d'accidents si malheureux dont les habiles gens ne tirent quelque avantage, ni

La bonne grâce est au corps ce que le bon de si heureux que les imprudents ne puissent sens est à l'esprit. tourner à leur préjudice.

* LXVIII. LX.

Il est difficile de définir l'amour: ce qu'on en La fortune tourne tout à l'avantage de ceux peut dire est que, dans l'ame, c'est une passion qu'elle favorise

"Var. L'auteur s'est essayé plusieurs fois avant d'arriver à LXI.

une précision si parfaite. Voici comment il s'exprimoit dans sa première édition : « On élève la prudence jusqu'au ciel, et il

n'est sorte d'éloges qu'on ne lui donne; elle est la règle de nos Le bonheur et le malheur des hommes ne actions et de notre conduite, elle est la maitresse de la fortune, dépend pas moins de leur humeur que de la elle fait le destin des empires ; sans elle on a tous les maux, fortune.

avec elle on a tous les biens; et comme disoit autrefois un poète,

quand nous avons la prudence, il ne nous manque aucune diLXII.

vinité : Nullum numen abest, si sit prudentia. (JUVENAL,

Sat. x), pour dire que nous tronvons dans la prudence tout le La sincérité est une ouverture de coeur. On secours que nous demandons aux dieux. Cependant la prudence la trouve en fort

peu
de

la plus consommée ne sauroit nous assurer du plus petit effet du

monde, parce que travaillant sur une matière aussi changeante voit d'ordinaire, n'est qu'une fine dissimulation

et aussi inconnue qu'est l'homme, elle ne peut exécuter sûrepour attirer la confiance des autres.

ment aucun de ses projets : d'où il faut conclure que toutes les

louanges dont nous flattons notre prudence, ne sont que des LXIII.

effets de notre amour-propre, qui s'applaudit en toules choses

et en toutes rencontres. » ( 1665—no 75. ) Dès la seconde édition, L'aversion du mensonge est souvent urte im- l'auteur se corrigca ainsi : « Il n'y a point d'éloges qu'on ne

ne sauroit nous assurer du moindre évènement, parcequ'elle i Var. Quoique la grandeur des ministres se flatte de celle de travaille sur l'homme, qui est le sujet du monde le plus chanleurs actions , elles sont bien souvent les effets du hasard ou de geant. » ( 1666—no 66 ; -1671,4675—no 63.) Enfin, dans sa derquelque petit dessein. ( 1663–no 66.)

nière édition , l'auteur refit cette pensée telle qu'elle est aujour2 Var. La fortune ne laisse rien perdre pour les hommes heu d'hui. Ces différents essais offrent une étude de style bien digue l'eux. ( 1663-no 69.)

d'être méditée.

gens; et celle

que l'on

de régner; dans les esprits, c'est une sympa

LXXVII. thie; et dans le corps, ce n'est qu'une envie cachée et délicate de posséder ce que l'on aime, de commerces qu'on lui attribue , et où il n'a

L'amour prête son nom à un nombre infini après beaucoup de mystères.

non plus de part que le Doge à ce qui se fait à LXIX.

Venise.

• LXXVIII. S'il y a un amour pur et exempt du mélange

L'amour de la justice n'est , en la plupart des de nos autres passions, c'est celui qui est caché hommes, que la crainte de souffrir l'injus au fond du caur , et que nous ignorons nous

tice'. mêmes !

LXXIX.
LXX.

Le silence est le parti le plus sûr pour celui
Il n'y a point de déguisement qui puisse

qui se défie de soi-même.
long-temps cacher l'amour où il est, ni le fein-
dre où il n'est pas.

LXXX.
LXXI.

Ce qui nous rend si changeants dans nos ami

ties, c'est qu'il est difficile de connoître les quaIl n'y a guère de gens qui ne soient honteux lités de l'ame, et facile de connoître celles de de s'être aimés, quand ils ne s'aiment plus.

l'esprit ?

* LXXXI. LXXII.

Nous ne pouvons rien aimer que par rapSi on juge de l'amour par la plupart de ses effets, il ressemble plus à la haine qu'à l'amitié. port à nous, et nous ne faisons que suivre notre effets, il ressemble plus à la haine qu'à l'amitié. | goût et notre plaisir , quand nous préférons

nos amis à nous-mêmes; c'est néanmoins par LXXIII.

cette préférence seule que l'amitié peut être On peut trouver des femmes qui n'ont jamais vraie et parfaite. eu de galanterie; mais il est rare d'en trouver

* LXXXU. qui n'en aient jamais eu qu'une ?.

La réconciliation avec nos ennemis n'est LXXIV.

qu'un desir de rendre notre condition meilIl n'y a que d'une sorte d'amour, mais il y leure, une lassitude de la guerre, et une crainte en a mille différentes copies.

de quelque mauvais évènement 3.

!

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L'amour, aussi-bien que le feu, ne peut sub- Ce que les hommes ont nommé amitié, n'est sister sans un mouvement continuel ; et il cesse de vivre dès qu'il cesse d'espérer ou de craindre.

1 Var. La justice n'est qu'une vive appréhension qu'on nc nous ôte ce qui nous appartient: de là vient cette considération

et ce respect pour tous les intérêts du prochain, et cette scruLXXVI.

puleuse application à ne lui faire aucun préjudice : cette crainte retient l'homme dans les bornes des biens que la naissance ou la

fortune lui ont donnés; et sans cette crainte, il feroit des courses Il est du véritable amour comme de l'appa- continuelles sur les autres. (1663–no88.)-On blame l'injustice. rition des esprits : tout le monde en parle, mais non pas par l'aversion que l'on a pour elle, mais pour le préjupeu de gens en ont vu.

dice que l'on en recoit. (1663--no 90.)

Var. Ce qui rend nos inclinations si légères et si chan

geantes, c'est qu'il est aisé de connoitre les qualités de l'esprit, Var. Il n'y a point d'amour pur et exempt mélange des et difficile de connoitre celles de l'ame. (1663 -- n° 95.) antres passions, que celui qui est caché au fond du cæur, et que 3 Var. La réconciliation avec nos ennemis, qui se fait au nom nous ignorons nous-mêmes. ( 1665—10 79. )

de la sincérité, de la douceur, et de la tendresse. a Var. Qui n'ont jamais fait de galanterie. (16h3--no 83.) (1665 - no 93.)

qu'une société, qu'un ménagement réciproque / une impossibilité absolue d'arriver où elle d'intérêts , et qu'un échange de bons offices; ce aspire. n'est enfin qu'un commerce où l'amour-propre

XCII. se propose toujours quelque chose à gagner".

Détromper un homme préoccupé de son méLXXXIV.

rite, est lui rendre un aussi mauvais office que

celui que l'on rendit à ce fou d'Athènes qui Il est plus honteux de se défier de ses amis, croyoit que tous les vaisseaux qui arrivoient que d'en être trompé.

dans le port étoient à lui'.

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Nous nous persuadons souvent d'aimer les Les vieillards aiment à donner de bons prégens plus puissants que nous, et néanmoins ceptes, pour se consoler de n'être plus en état c'est l'intérêt seul qui produit notre amitié; de donner de mauvais exemples. nous ne nous donnons pas à eux pour le bien que nous leur voulons faire, mais

XCIY. que nous en voulons recevoir.

Les grands noms abaissent, au lieu d'élever * LXXXVI.

ceux qui ne les savent pas soulenir.

pour celui

Notre défiance justifie la tromperie d'autrui.

*XCV. * LXXXVII.

La marque d'un mérite extraordinaire est

de voir que ceux qui l'envient le plus sont conLes hommes ne vivroient pas long-temps en traints de le louer. société, s'ils n'étoient les dupes les uns des autres.

* XCVI. LXXXVIII.

Tel homme est ingrat, qui est moins couL'amour-propre nous augmente ou nous di- pable de son ingratitude, que celui qui lui a minue les bonnes qualités de nos amis, à pro- | fait du bien. portion de la satisfaction que nous avons d'eux ,

XCVII. et nous jugeons de leur mérite par la manière dont ils vivent avec nous.

On s'est trompé lorsqu'on a cru que l'esprit

et le jugement étoient deux choses différentes: LXXXIX.

le jugement n'est que la grandeur de la lumière Tout le monde se plaint de sa mémoire, et de l'esprit. Cette lumière pénètre le fond des personne ne se plaint de son jugement.

choses ; elle y remarque tout ce qu'il faut re

marquer, et aperçoit celles qui semblent im* XC.

perceptibles. Ainsi il faut demeurer d'accord

que c'est l'étendue de la lumière de l'esprit Nous plaisons plus souvent dans le commerce qui produit tous les effets qu'on attribue au de la vie par nos défauts que par nos bonnes jugement ». qualités. XCI.

· Var. On a autant de sujet de se plaindre de ceux qui nous

apprennent à nous connoitre nous-mêmes, qu'en eut ce fou d'A. La plus grande ambition n'en a pas la moin- thènes, de se plaindre du médecin qui l'avoit guéri de l'opinion

d'étre riche. (1663–no 104.) dre apparence, lorsqu'elle se rencontre dans

3 Vur. Le jugement n'est autre chose que la grandeur de la

lumière de l'esprit, son étendue est la mesure de sa lumière, sa Var. L'amitié la plus désintéressée n'est qu'un trafic, où no- profondeur est celle qui pénètre le fond des choses, son discer. tre amour-propre se propose toujours quelque chose à gagner. nement les compare et les distingue, sa justesse ne voit que ce ( 1663 - n° 94.)

qu'il faut voir, sa droiture les prend toujours par le bon biais, 5 Var. Toutes les grandes choses ont leur point de perspec- "Var. Il n'y a point de plaisir qu'on fasse plus volontiers à un tive, comme les statues; il y en a ... etc. (1665 - no 114.) | ami que celui de lui donner conseil. (1665— no 117.)

* XCVIII.

fait trouver la raison ; mais celui qui la conChacun dit du bien de son coeur, et personne

noît, qui la discerne et qui la goûte. n'en ose dire de son esprit.

CVI.

XCIX.

Pour bien savoir les choses, il en faut savoir

le détail; et comme il est presque infini, nos La politesse de l'esprit consiste à penser des

connoissances sont toujours superficielles et choses honnêtes et délicates".

imparfaites.

CVII.
C.
La galanterie de l'esprit est de dire des cho-

C'est une espèce de coquetlerie, de faire ses flatteuses d'une manière agréable?.

remarquer qu'on n'en fait jamais. CI.

CVIII. Il arrive souvent que des choses se présen- L'esprit ne sauroit jouer long-temps le pertent plus achevées à notre esprit, qu'il ne les sonnage du coeur. pourroit faire avec beaucoup d'art 3.

CIX.

CII.

L'esprit est toujours la dupe du coeur.

La jeunesse change ses goûts par l'ardeur du sang, et la vieillesse conserve les siens par l'accoutumance.

CX.

CUI.

Tous ceux qui connoissent leur esprit, ne On ne donne rien si libéralement que ses connoissent pas leur cæur 4.

conseils

CXI.
CIV.

Plus on aime une maîtresse, plus on est près Les hommes et les affaires ont leur point

de la haïr. de perspective. Il y en a qu'il faut voir de

CXII. près pour en bien juger, et d'autres dont on ne juge jamais si bien que quand on en est Les défauts de l'esprit augmentent en vieiléloigné 5.

lissant, comme ceux du visage. CV.

CXII. Celui-là n'est pas raisonnable à qui le hasard

Il y a de bons mariages; mais il n'y en a sa délicatesse aperçoit celles qui paroissent imperceptibles, et le

point de délicieux. jugement décide ce que les choses sont; si on l'examine bien, on trouvera que toutes ces qualités ne sont autre chose que la grandeur de l'esprit, lequel voyant tout , rencontre dans la plénitude

CXIV. de ses lumières tous les avantages dont nous venons de parler. (1665_no 107.)

On ne se peut consoler d'être trompé par ses Var. La politesse de l'esprit est un tour par lequel il pense ennemis et trahi par ses amis, et l'on est soutoujours des choses honnêtes et délicates. ( 1663 — no 99.! arur. La galanterie de l'esprit est un tour de l'esprit, par le

vent satisfait de l'être par soi-même. quel il entre dans les choses les plus falteuses, c'est-à-dire celles qui sont le plus capables de plaire aux autres. ( 1665 – no 110.)

CXV. i Var. Il y a des jolies choses que l'esprit ne cherche point et qu'il trouve toutes achevées en lui-même; il semble qu'elles y Jest aussi facile de se tromper soi-même sans soient cachées comme l'or et les diamants dans le sein de la terre. s'en apercevoir , qu'il est difficile de tromper ( 1663 – 0° 111.)

4 var. Bien des gens connoissent leur esprit, qui ne connois les autres sans qu'ils s'en aperçoivent. sent pas leur carur. ( 1663 — no 113.)

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