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PORTRAIT

porter d'adouctssement pour dire les avantages que l'on a, c'est, ce me semble, cacher un peu de vanité sous une

modestie apparente, et se servir d'une manière bien adroite DU DUC DE LA ROCHEFOUCAULD, pour faire croire de soi beaucoup plus de bien que l'on n'en

dit. Pour moi, je suis content qu'on ne me croje ni plus FAIT PAR LUI-MÊME, IMPRIMÉ EN 1658.

beau que je me fais, ni de meilleure humeur que je me dépeins, ni plus spirituel et plus raisonnable que je le suis.

J'ai donc de l'esprit, encore une fois, mais un esprit que Je suis d'une taille médiocre, libre et bien propor- la mélancolie gåte; car, encore que je possède assez bien tionnée. J'ai le teint brun, mais assez uni; le front élevé ma langue , que j'aie la mémoire heureuse, et que je ne et d'une raisonnable grandeur; les yeux noirs, petits et pense pas les choses fort confusément, j'ai pourtant une si enfoncés ; et les sourcils noirs et épais, mais bien tournés. forte application à mon chagrin, que souvent j'exprime Je serois fort empêché de dire de quelle sorte j'ai le nez assez mal ce que je veux dire. fait; car il n'est ni camus , ni aquilin, ni gros ni pointu, La conversation des bonnêtes gens est un des plaisirs au moins à ce que je crois : tout ce que je sais, c'est qu'il qui me touchent le plus. J'aime qu'elle soit sérieuse, et est plutôt grand que petit, et qu'il descend un peu trop que la morale en fasse la plus grande partie. Cependant je bas. J'ai la bouche grande , et les lèvres assez rouges d'or- sais la goûter aussi lorsqu'elle est enjouée ; et si je ne dis pas dinaire, et ni bien ni mal taillées. J'ai les dents blanches beaucoup de petites choses pour rire, ce n'est pas du moins et passablement bien rangées. On m'a dit autrefois que j'a- que je ne counoisse pas ce que valent les bagatelles bien vois un peu trop de menton : je viens de me regarder dans dites, et que je ne trouve fort divertissante cette manière le miroir pour savoir ce qui en est; et je ne sais pas trop de badiner, où il y a certains esprits prompts et aisés qui bien qu'en juger. Pour le tour du visage , je l'ai ou carré, réussissent si bien. J'écris bien en prose, je fais bien en ou en ovale; lequel des deux, il me seroit fort disficile de vers ; et si j'étois sensible à la gloire qui vient de ce côfé-là, le dire. J'ai les cheveux noirs, naturellement frisés, et avec je pense qu'avec peu de travail je pourrois m'acquérir assez cela assez épais et assez longs pour pouvoir prétendre en de réputation. belle tête.

J'aime la lecture, en général; celle où il se trouve quelJ'ai quelque chose de chagrin et de fier dans la mine : que chose qui peut façonner l'esprit et fortifier l'ame , est cela fait croire à plupart des gens que je suis méprisant, celle que j'aime le plus. Surtout j'ai une extrémne satisfacquoique je ne le sois point du tout. J'ai l'action fort aisée, tion à lire avec une personne d'esprit : car, de cette sorie, et même un peu trop, et jusqu'à faire beaucoup de gestes on réfléchit à tout moment sur ce qu'on lit; et des réflexions en parlant. Voilà naivement comme je pense que je suis fait que l'on fait, il se forme une conversation la plus agréable au dehors, et l'on trouvera , je crois, que ce que je pense du monde et la plus utile. de moi là-dessus n'est pas fort éloigné de ce qui en est. J'en Je juge assez bien des ouvrages de vers et de prose que userai avec la même fidélité dans ce qui me reste à faire de l'on me montre; mais j'en dis peut-être mon sentiment mon portrait; car je me suis assez étudié pour me bien avec un peu trop de liberté. Ce qu'il y a encore de mal en connoitre, et je ne manquerai ni d'assurance pour dire li- moi, c'est que j'ai quelquefois une délicatesse trop scrupubrement ce que je puis avoir de bonnes qualités, ni de leuse et une critique trop sévère. Je ne hais pas entendre sincérité pour avouer franchement ce que j'ai de défauts. disputer, et souvent aussi je me mele assez volontiers dans

Premièrement, pour parler de mon humeur, je suis mé- la dispute : mais je soutiens d'ordinaire mon opinion avec lancolique, et je le suis à un point que, depuis trois ou trop de chaleur ; et lorsqu'on défend un parti injuste conquatre ans, à peine m'a-t-on vu rire trois ou quatre fois. tre moi, quelquefois, à force de me passionner pour la raiJ'aurois pourtant, ce me semble, une mélancolie assez son, je deviens moi

même fort peu raisonnable. supportable et assez douce, si je n'en avois point d'autre J'ai les sentiments vertueux, les inclinations belles , et que celle qui me vient de mon temperament; mais il m'en une si forte envie d'être tout-à-fait honnéte bomme, que vient tant d'ailleurs, et ce qui m'en vient me remplit de mes amis ne me sauroient faire un plus grand plaisir que telle sorte l'imagination, et m'occupe si fort l'esprit, que de m'avertir sincèrement de mes défauts. Ceux qui me la plupart du temps, ou je réve sans dire mot, ou je n'ai connoissent un peu particulièrement, et qui ont eu la presque point d'attache à ce que je dis. Je suis fort res- bonté de me donner quelquefois des avis là-dessus, savent serré avec ceux que je ne connois pas, et je ne suis pas que je les ai toujours reçus avec toute la joie imaginable et même extrêmement ouvert avec la plupart de ceux que je toute la soumission d'esprit que l'on sauroit desirer.

: on

rai rien pour m'en corriger; mais comme un certain air ne m'a presque jamais vu en colère, et je n'ai jamais eu de sombre que j'ai dans le visage contribue à me faire pa- haine pour personne. Je ne suis pas pourtant incapable de roitre encore plus réserve que je ne le suis , et qu'il n'est me venger, si l'on m'avoit offensé , et qu'il y allat de mon pas en notre pouvoir de nous désaire d'un méchant air qui honneur à me ressentir de l'injure qu'on m'auroit faiie. nous vient de la disposition naturelle des traits , je pense Au contraire , je suis assuré que le devoir feroit si bien en qu'après m'être corrigé au dedans, il ne laissera pas de me moi l'office de la baine, que je poursuivrois ma vengeance demeurer toujours de mauvaises marques au dehors. avec encore plus de vigueur qu'un autre.

J'ai de l'esprit, et je ne fais point difficulté de le dire; L'ambition ne me travaille point. Je ne crains guère de car à quoi bon façonner là-dessus ? Tant biaiser et tant ap- choses, et ne crains aucunement la mort. Je suis peu senisystème de La Rochefoucauld, se trouve dans la première édition, sous la forme suivante : « Ce que le monde nomme vertu, n'est d'ordinaire qu'un fantôme formé par nos passions. à qui on donne un nom honnéle pour faire impunément ce qu'on

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sible à la pitié, et je voudrois ne l'y être point du tout. n'ont jamais été son foible, et où il ne connoissoit pas les Cependant il n'est rien que je ne fisse pour le soulagement grands , qui d'un autre sens n'ont pas été son fort. Il n'a d'une personne aftligée; et je crois effectivement que l'on jamais été capable d'aucunes affaires, et je ne sais pourdoit tout faire jusqu'à lui témoigner mème beaucoup de quoi ; car il avoit des qualités qui eussent suppléé en tout compassion de son mal: car les misérables sont si sots, que autre celles qu'il n'avoit pas. Sa vue n'étoit pas assez élencela leur fait le plus grand bien du monde; mais je tiens due, et il ne voyoit pas mème tout ensemble ce qui étoit à aussi qu'il faut se contenter d'en témoigner, et se garder sa portée ; mais son bon sens, très bon dans la spéculation, soigneusement d'en avoir. C'est une passion qui n'est bonne joint à sa douceur, à son insinuation, et à sa facilité de à rien au dedans d'une ame bien faile, qui ne sert qu'à mæurs, qui est admirable, devoit récompenser plus qu'il affoiblir le cæur, et qu'on doit laisser au peuple , qui , n'a fait, le défaut de sa pénétration. Il a toujours eu une n'exécutant jamais rien par raison, a besoin de passions irrésolution habituelle ; mais je ne sais même à quoi attripour le porter à faire les choses.

buer cette irrésolution. Elle n'a pu venir en lui de la féconJ'aime mes amis; et je les aime d'une façon que je ne dite de son imagination , qui n'est rien moins que vive. Je balancerois pas un moment à sacrifier mes intérėts aux ne la puis donner à la stérilité de son jugement; car quoileurs. J'ai de la condescendance pour eux ; je souffre pa- qu'il ne l'ait pas exquis dans l'action, il a un bon fonds tiemment leurs mauvaises humeurs : seulement je ne leur de raison. Nous voyons les effets de cette irrésolution, fais beaucoup de caresses , et je n'ai pas non plus de gran- quoique nous n'en connoissions pas la cause. Il n'a jamais des inquiétudes en leur absence.

été guerrier, quoiqu'il fût très soldat. Il n'a jamais été par
J'ai naturellement fort peu de curiosité pour la plus lui-même bon courlisan , quoiqu'il ait eu toujours bonne
grande partie de tout ce qui en donné aux autres gens. intention de l'ètre. Il n'a jamais été bon homme de parti,
Je suis fort secret , et j'ai moins de difficulté que personne quoique toute sa vie il y ait été engagé. Cet air de honte el
à taire ce qu'on m'a dit en confidence. Je suis extrêmement de timidité que vous lui voyez dans la vie civile, s'étoit
régulier à ma parole; je n'y manque jamais , de quelque tourné dans les affaires en air d'apologie. Il croyoit toujours
conséquence que puisse être ce que j'ai promis, et je m'en en avoir besoin; ce qui, joint à ses maximes qui ne mar-
suis fait toute ma vie une loi indispensable. J'ai une civilité quent pas assez de foi à la vertu, et à sa pratique qui a tou-
fort exacte parmi les femmes; et je ne crois pas avoir jamais jours été à sortir des affaires avec autant d'impatience
rien dit devant elles qui leur ait pu faire de la peine. qu'il y étoit entré , me fait conclure qu'il eût beaucoup
Quand elles ont l'esprit bien fait, j'aime mieux leur con- mieux fait de se connoitre et de se réduire à passer, comme
versation que celle des hommes : on y trouve une certaine il eût pu, pour le courtisan le plus poli , et le plus honnèie
douceur qui ne se rencontre point parmi nous ; et il sem- homme, à l'égard de la vie commune, qui eût paru dans
ble , outre cela , qu'elles s'expliquent avec plus de netteté, son siècle.
et qu'elles donnent un tour plus agréable aux choses qu'elles
disent. Pour galant, je l'ai été un peu autrefois ; présente-
ment je ne le suis plus , quelque jeune que je sois. J'ai re-

RÉFLEXIONS
noncé aux fleurettes ; et je m'étonne seulement de ce qu'il
ya encore tant d'bonnètes gens qui s'occupent à en débi-
ter.

SENTENCES ET MAXIMES
J'approuve extrêmement les belles passions ; elles mar-
quent la grandeur de l'ame: et quoique dans les inquiétu-

MORALES.
des qu'elles donnent, il y ait quelque chose de contraire à la
sévère sagesse, elles s'accommodent si bien d'ailleurs avec
la plus austère verlu , que je crois qu'on ne les sauroit
condamner avec justice. Moi qui connois tout ce qu'il y a

Nos vertus ne sont le plus souvent de délicat et de fort dans les grands sentiments de l'amour,

que des vices déguises ', si jamais je viens à aimer, ce sera assurément de cette sor

1.
te ; mais, de la façon dont je suis , je ne crois pas que cette
connoissance que j'ai, me passe jamais de l'esprit au

Ce que nous prenons pour des vertus n'est souvent qu'un assemblage de diverses actions

et de divers intérèls, que la fortune ou notre PORTRAIT

industrie savent arranger; et ce n'est pas touDU DUC DE LA ROCHEFOUCAULD, Cette pensée, qui peut être considérée comme la base dn

OU

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carur.

veut. » (1665–no 179.) Elle ne se retrouve ni dans la scconde. Il y a toujours eu du je ne suis quoi cn M. de La Roche

ni dans la troisième édition, et ce n'est que dans les deux der. foucauld. Il a voulu se mneler d'intrigues dès son enfance, nieres ( 1675, 1678) qu'elle reparut comme épigraphe, et sous et en un temps où il ne sentoit pas les petits intéres, qui une autre forme, à la léle des Ré!lexions morales.

PAR LE CARDINAL DE RETZ.

+

* V.

jours par valeur et par chasteté, que les hommes

* VIII. sont vaillants, et que les femmes sont chastes '.

Les passions sont les seuls orateurs qui perII.

suadent toujours. Elles sont comme un art de

la nature dont les règles sont infaillibles; et L'amour-propre est le plus grand de tous les l'homme le plus simple, qui a de la passion , flatteurs.

persuade mieux que le plus éloquent qui n'en * III.

a point”. Quelque découverte que l'on ait faite dans le

IX.
pays
de l'amour-propre,

il
У reste encore bien

Les passions ont une injustice et un propre indes terres inconnues.

térêt, qui fait qu'il est dangereux de les suivre, IV.

et qu'on s'en doit défier, lors même qu'elles

paroissent les plus raisonnables. L'amour-propre est plus habile que le plus habile homme du monde.

* X.

Il y a dans le coeur humain une génération La durée de nos passions ne dépend pas plus de l'une est presque toujours l'établissement

perpétuelle de passions; en sorte que la ruine de nous, que la durée de notre vie.

d'une autre. VI.

XI. La passion fait souvent un fou du plus habile

Les passions en engendrent souvent qui leur homme, et rend souvent les plus sots habiles ?. sont contraires : l'avarice produit quelquefois

la prodigalité, et la prodigalité l'avarice ; on VII.

est souvent ferme par foiblesse, et audacieux Ces grandes et éclatantes actions qui éblouis- par timidité ». sent les yeux, sont représentées par les politi

XII. ques comme les effets des grands desseins, au lieu que ce sont d'ordinaire les effets de l'hu- Quelque soin que l'on prenne de couvrir meur et des passions. Ainsi la guerre d'Auguste ses passions par des apparences de piété et et d'Antoine, qu’on rapporte à l'ambition qu'ils d'honneur , elles paroissent toujours au travers avoient de se rendre maîtres du monde , n'étoit de ces voiles 3. peut-être qu'un effet de jalousie 3.

XIII. · VARIANTE. Nous sommes préoccupés de telle sorte en notre

Notre amour-propre souffre plus impatiemfaveur, que ce que nous prenons souvent pour des vertus, n'est ment la condamnation de nos goûts que de nos en effet qu'un nombre de vices qui leur ressemblent, et que

opinions. l'orgueil et l'amour-propre nous ont déguisés. ( 1663–19 181.)

XIV.
De plusieurs actions différentes que la fortune arrange comme
il lui plait, il s'en fait plusieurs vertus. ( 1663 – no 293.)
Dans la seconde et la troisième édition ( 1666, 1671 ), La Ro-

Les hommes ne sont pas seulement sujets à chefoucauld refondit ces deux pensées en une seule , qu'il plaça perdre le souvenir des bienfaits et des injures; au commencement de son ouvrage ; ce ne fut que dans les deux ils haïssent même ceux qui les ont obligés, et dernières éditions ( 1675, 1678) que cette maxime parut telle qu'on la voit aujourd'hui.

cessent de haïr ceux qui leur ont fait des ou1 Var. On lit dans l'édition de 1665 : « La passion fait souvent du plus habile homme un fol, et rend quasi toujours les plus sols i Var. On lit dans la première édition : « ...... et l'homme le habiles. » Les mots fol et quasi disparurent dans la deuxième plus simple que la passion fail parler, persuade mieux que celui édition. ( 1666.)

qui n'a que la seule éloquence. » ( 1665-no 8.) 3 V ar. La Rochefoucauld avoit d'abord présentéd'une manière 2 Var. Le mot prodigalité a remplacé dans les quatre deraffirmative le motif de cette guerre; voici comment il s'expri- nières éditions celui de libéralité, que La Rochefoucauld avoit inoit : « .....Ainsi, la guerre d'Auguste el d'Antoine, qu'on rap- mis dans la première. porte à l'ambition qu'ils avoient de se rendre maitres du monde, 3 Var. Quelque industrie que l'on ait à cacher ses passions cloil un effet de jalousie. » ( 1663-107.) Depuis, l'auteur em- sous le voile de la piété et de l'honneur, il y en a toujours quelpara la forme dubitative.

que endroit qui se montre. ( 1665—no 12.)

trages. L'application à récompenser le bien et constance et ce mépris sont à leur esprit ce à se venger du mal, leur paroît une servitude que le bandeau est à leurs yeux '. à laquelle ils ont peine de se soumettre.

* XXII. XV.

La philosophie triomphe aisément des maux La clémence des princes n'est souvent qu'une passés et des maux à venir; mais les maux prépolitique pour gagner l'affection des peuples. sents triomphent d'elle a.

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Cette clémence, dont on fait une vertu , se Peu de gens connoissent la mort; on ne la pratique, tantôt par vanité, quelquefois par souffre pas ordinairement par résolution, mais paresse, souvent par crainte, et presque tou- par stupidité et par coutume; et la plupart des jours par tous les trois ensemble 1.

hommes meurent, parce qu'on ne peut s'em

pêcher de mourir 3. XVII.

XXIV. La modération des personnes heureuses vient du calme que la bonne fortune donne à leur

Lorsque les grands hommes se laissent abattre humeur 2.

par la longueur de leurs infortunes, ils font voir * XVIII.

qu'ils ne les soutenoient que par la force de

leur ambition, et non par celle de leur ame; et La modération est une crainte de tomber qu'à une grande vanité près, les héros sont faits dans l'envie et dans le mépris que méritent

comme les autres hommes 4. ceux qui s'enivrent de leur bonheur : c'est une vaine ostentation de la force de notre esprit;

XXV. et enfin la modération des hommes dans leur

Il faut de plus grandes vertus pour soutenir plus haute élévation, est un desir de paroître la bonne fortune que la mauvaise 5. plus grands que leur fortune.

* XXVI. XIX.

Le soleil ni la mort ne se peuvent regarder Nous avons tous assez de force pour sup- fixement. porter les maux d'autrui.

XXVII. * XX.

On fait souvent vanité des passions, même

"Var. Ceux qu'on fait mourir affectent quelquefois des conLa constance des sages n'est que l'art de ren- stances, des froideurs et des mépris de la mort, pour ne pas fermer leur agitation dans leur coeur.

penser à elle; de sorte qu'on peut dire que ces froideurs et ces

mépris font à leur esprit ce que le bandeau fait à leurs yeux. XXI.

(1663–no 24.)

a Vur. La philosophie triomphe aisément des maux passés et

de ceux qui ne sont pas prêts d'arriver, mais les maux présents Ceux qu'on condamne au supplice affectent triomphent d'elle. (1665–no 25.) quelquefois une constance et un mépris de la 3 Var. Dans la première édition , cette réflexion se termine

ainsi : « .....et la plupart des hommes meurent parce qu'on mort, qui n'est en effet que la crainte de l'en

meurt. » (1663–no 26.) visager; de sorte qu'on peut dire que cette 4 Var. Les grands hommes s'abattent et se démontent à la fin

par la longueur de leurs infortunes; cela fait bien voir qu'ils * Var. La clémence, dont nous faisons une vertu, se pratique n'étoient pas forts quand ils les supportoient, mais seulement tantôt pour la gloire, quelquefois par paresse, souvent par qu'ils se donnoient la gène pour le paroitre, et qu'ils soutenoient crainte, et presque toujours par tous les trois ensemble. ( 1663 leurs malheurs par la force de leur ambition, et non pas par -19 16.)

celle de leur ame; enfin, à une grande vanité près, les héros * Var. La modération des personnes heureuses est le calme sont faits comme les autres hommes. (1665—27.) de leur humeur adoucie par la possession du bien. (1665– 5 Var. Il faut de plus grandes vertus et en plus grand nombro ro 19.)

pour soutenir la bonne fortune que la mauvaise. (1665—no 28.) L'intérêt qui aveugle les uns, fait la lumière 1 Var. Quoique toutes les passions se dussent cacher, elles ne des autres ?. craignent pas néanmoins le jour; la seule envie est une passion timide et honteuse qu'on n'ose jamais avouer. (1655-no 30.)

les plus criminelles; mais l'envie est une pas

* XXXIV. sion timide et hontense que l'on n'ose jamais

Si nous n'avions point d'orgueil, nous ne avouer . * XXVIII.

nous plaindrions pas de celui des autres.

* XXXV. La jalousie est, en quelque manière, juste et raisonnable, puisqu'elle ne tend qu'à conserver

L'orgueil est égal dans tous les hommes, et un bien qui nous appartient ou que nous croyons il n'y a de différence qu'aux moyens et à la manous appartenir : au lieu que l'envie est une nière de le mettre à jour. fureur qui ne peut souffrir le bien des autres ?.

XXXVI.
XXIX.

Il semble que la nature, qui a si sagement Le mal que nous faisons ne nous attire pas disposé les organes de notre corps pour nous tant de persécution et de haine que nos bonnes rendre heureux, nous ait aussi donné l'orgueil qualités.

pour nous épargner la douleur de connoître nos

imperfections": Nous avons plus de force que de volonté; et

*XXXVII. c'est souvent pour nous excuser à nous-mêmes , que nous nous imaginons que les choses sont L'orgueil a plus de part que la bonté aux reimpossibles.

montrances que nous faisons à ceux qui comXXXI.

mettent des fautes, et nous ne les reprenons

pas tant pour les en corriger, que pour leur Si nous n'avions point de défauts, nous ne persuader que nous en sommes exempts. prendrions pas tant de plaisir à en remarquer

XXXVIII. dans les autres 3. XXXII.

Nous promettons selon nos espérances, et

nous tenons selon nos craintes. La jalousie se nourrit dans les doutes; et elle devient fureur, ou elle finit, sitôt qu'on passe

XXXIX. du doute à la certitude 4.

L'intérêt parle toutes sortes de langues, et XXXII.

joue toutes sortes de personnages, même celui

de désintéressé. L'orgueil se dédommage toujours et ne perd

XL. rien, lors même qu'il renonce à la vanité.

XLI. 1 Vur. La jalousie est raisonnable et juste en quelque manière, puisqu'elle ne cherche qu'à conserver un bien qui nous appar- Ceux qui s'appliquent trop aux petites choses, tient, ou que nous croyons nous appartenir; au lieu que l'envie deviennent ordinairement incapables des granest une fureur qui nous fait toujours souhaiter la ruine du bien des autres. (1665–10 31.)

des 3. 3 Var. Si nous n'avions point de défauts, nous ne serions pas si aises d'en remarquer aux autres. (1665—no 34.)

"Var. La nature, qui a si sagement pourvu à la vie de 4 Var. Ja jalousie ne subsiste que dans les doutes : l'incertitude l'homme par la disposition admirable des organes du corps, lui est sa matière; c'est une passion qui cherche tous les jours de a sans doute donné l'orgueil pour lui épargner la douleur de nouveaux sujets d'inquiétude et de nouveaux tourments. On

connoitre ses imperfections et ses misères. (1665 - no 40.) cesse d'être jaloux dès que l'on est éclairci de ce qui causoit la 2 Var. L'intérêt, à qui on reproche d'aveugler les uns, est jalousie. (1665-29 35.) - La jalousie se nourrit dans les doutes. tout ce qui fait la lumière des autres. (1663--7° 44.) C'est une passion qui cherche toujours de nouveaux sujets 3 Var. La complexion qui fait le talent pour les petites choses, d'inquiétude et de nouveaux tourments, et elle devient fureur est contraire à celle qu'il faut pour le talent des grandes. (1665 sitôt qu'on passe du doute à la certitude. (1666-no 52. ) -no 51.)

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