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Ne quittons donc pas cet amour que la na

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nous apprend, sur ce sujet , que Dieu en a disture nous a donné pour la vie, puisque nous l'a-posé de la sorte, de peur que, si le corps de vons reçu de Dieu; mais que ce soit pour la l'homme fût mort et ressuscité pour jamais dans même vie pour laquelle Dieu nous l'a donné, le baptême, on ne fût entré dans l'obéissance et non pas pour un objet contraire. Et en con- de l'Évangile que par l'amour de la vie; au lieu sentant à l'amour qu'Adam avoit pour sa vie que la grandeur de la foi éclate bien davantage innocente, et que Jésus-Christ même a eu pour lorsque l'on tend à l'immortalité par les ombres la sienne, portons-nous à haïr une vie contraire de la mort. à celle que Jésus-Christ a aimée, et à n'appré

IV. hender que la mort que Jésus-Christ a appréhendée, qui arrive à un corps agréable à Dieu; Il n'est pas juste que nous soyons sans resmais non pas à craindre une mort qui, punis- sentiment et sans douleur dans les afflictions et sant un corps coupable, et purgeant un corps les accidents fâcheux qui nous arrivent, comme vicieux, doit nous donner des sentiments tout des anges qui n'ont aucun sentiment de la nacontraires, si nous avons un peu de foi, d'es- ture : il n'est pas juste aussi que nous soyons pérance et de charité.

sans consolation, comme des paiens qui n'ont C'est un des grands principes du christia- aucun sentiment de la grace : mais il est juste nisme, que tout ce qui est arrivé à Jésus-Christ que nous soyons affligés et consolés comme Chrédoit se passer et dans l'ame et dans le corps de tiens, et que la consolation de la grace l'emporte chaque Chrétien ; que comme Jésus-Christ a par-dessus les sentiments de la nature, afin que souffert durant sa vie mortelle, est mort à cette la grace soit non seulement en nous, mais vicvie mortelle, et ressuscité d'une nouvelle vie, torieuse en nous ; qu'ainsi en sanctifiant le nom et est monté au ciel, où il est assis à la droite de notre père, sa volonté devienne la nôtre; de Dieu son père, ainsi le corps et l'ame doivent que sa grace règne et domine sur la nature, et souffrir, mourir, ressusciter, et monter au que nos afflictions soient comme la matière d'un ciel.

sacrifice

que sa grace consomme et anéantisse Toutes ces choses s'accomplissent dans l'ame pour la gloire de Dieu, et que ces sacrifices durant cette vie, mais non dans le corps. particuliers honorent et préviennent le sacrifice

L'ame souffre et meurt au péché dans la pé- universel où la nature entière doit être consomnitence et dans le baptême; l'ame ressuscite à mée par la puissance de Jésus-Christ. une nouvelle vie dans ces sacrements; et enfin Ainsi nous tirerons avantage de nos propres l'ame quitte la terre et monte au ciel en menant imperfections, puisqu'elles serviront de matière une vie céleste; ce qui fait dire à saint Paul : à cet holocauste : car c'est le but des vrais ChréNostra conversatio in cælis est. (Philipp., 3, 20.) tiens de profiter de leurs propres imperfections,

Aucune de ces choses n'arrive dans le corps parceque tout coopère en bien pour les élus. durant cette vie, mais les mêmes choses s'y Et si nous y prenons garde de près, nous passent ensuite. Car à la mort, le corps meurt trouverons de grands avantages pour notre édià sa vie mortelle : au jugement, il ressuscitera fication, en considérant la chose dans la vérité; à une nouvelle vie : après le jugement, il mon- car puisqu'il est véritable que la mort du corps tera au ciel, et y demeurera éternellement. Ainsi n'est que l'image de celle de l'ame, et que nous les mêmes choses arrivent au corps et à l'ame, bâtissons sur ce principe, que nous avons sujet mais en différents temps; et les changements d'espérer du salut de ceux dont nous pleurons du corps n'arrivent que quand ceux de l'ame la mort , il est certain que, si nous ne pouvons sont accomplis, c'est-à-dire après la mort : de arrêter le cours de notre tristesse et de notre sorte que la mort est le couronnement de la déplaisir, nous devons en tirer ce profit, que, beatitude de l'ame, et le commencement de la puisque la mort du corps est si terrible, qu'elle beatitude du corps.

nous cause de tels mouvements, celle de l'ame Voilà les admirables conduites de la sagesse devroit nous en causer de plus inconsolables. de Dieu sur le salut des ames ; et saint Augustin Dieu a envoyé la première à ceux que nous regrellons; mais nous espérons qu'il a détourné soit vainqueur, et qu'il règne éternellement la seconde. Considérons donc la grandeur de en nous. nos biens dans la grandeur de nos maux, et que l'excès de notre douleur soit la mesure de

ARTICLE XIX. celle de notre joie.

Il n'y a rien qui puisse la modérer, sinon la Prière pour demander à Dieu le bon usage crainte que leurs ames ne languissent pour quel

des maladies. que temps dans les peines qui sont destinées à

1. purger le reste des péchés de cette vie : et c'est pour fléchir la colère de Dieu sur eux, que

Seigneur, dont l'esprit est si bon et si doux nous devons soigneusement nous employer.

en toutes choses, et qui êtes tellement miséLa prière et les sacrifices sont un souverain ricordieux, que non seulement les prospérités, remède à leurs peines. Mais une des plus soli- mais les disgraces mêmes qui arrivent à vos des et des plus utiles charités envers les morts, élus sont des effets de votre miséricorde; faiest de faire les choses qu'ils nous ordonne-tes-moi la grace de ne pas agir en païen dans roient, s'ils étoient encore au monde, et de l'état où votre justice m'a réduit; que, comme nous mettre pour eux en l'état auquel ils nous

un vrai Chrétien , je vous reconnoisse pour mon souhaitent à présent. Par cette pratique, nous les faisons revivre père et pour mon Dieu, en quelque état que je

me trouve, puisque le changement de ma conen nous en quelque sorte, puisque ce sont leurs dition n'en apporte pas à la vôtre; que vous conseils qui sont encore vivants et agissants en

êtes toujours le même, quoique je sois sujet au nous ; et comme les hérésiarques sont punis en changement; et que vous n'êtes pas moins Dieu l'autre vie des péchés auxquels ils ont engagé quand vous affligez et quand vous punissez, leurs sectateurs, dans lesquels leur venin vit

que quand vous consolez et que vous usez d'inencore ; ainsi les morts sont récompensés,

dulgence. outre leur propre mérite, pour ceux auxquels

Il. ils ont donné suite par leurs conseils et leur exemple.

Vous m'aviez donné la santé pour vous serV.

vir, et j'en ai fait un usage tout profane. Vous

m'envoyez maintenant la maladie pour me corL'homme est assurément trop infirme pour riger; ne permettez pas que j'en use pour vous pouvoir juger sainement de la suite des choses irriter par mon impatience. J'ai mal usé de ma futures. Espérons donc en Dieu, et ne nous santé, et vous m'en avez justement puni. Ne faliquons pas par des prévoyances indiscrètes souffrez pas que j'use mal de votre punition. et téméraires. Remettons-nous à Dieu pour la Et puisque la corruption de ma nature est telle, conduite de nos vies, et que le déplaisir ne soit qu'elle me rend vos faveurs pernicieuses, faites, pas dominant en nous.

Ô mon Dieu ! que votre grace toute puissante Saint Augustin nous apprend qu'il y a dans me rende vos châtiments salutaires. Si j'ai eu chaque homme un serpent, une Ève et un Adam. le coeur plein de l'affection du monde pendant Le serpent, sont les sens et notre nature; l'Ève qu'il a eu quelque vigueur, anéantissez cette est l'appétit concupiscible, et l'Adam est la vigueur pour mon salut; et rendez-moi incaraison.

pable de jouir du monde, soit par foiblesse de La nature nous tente continuellement; l'ap- corps, soit par zèle de charité, pour ne jouir petit concupiscible desire souvent; mais le pé- que de vous seul. ché n'est pas achevé, si la raison ne consent.

III. Laissons donc agir ce serpent et cette Eve, si nous ne pouvons l'empêcher : mais prions O Dieu, devant qui je dois rendre un compte Dieu que sa grace fortifie tellement notre Adam, exact de toutes mes actions à la fin de ma qu'il demeure victorieux; que Jésus-Christ en vie et à la fin du monde ! 0 Dieu, qui ne lais

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sez subsister le monde et toutes les choses du tre jugement. Faites donc, ô mon Dieu, que, monde que pour exercer vos élus, ou pour comme vous avez prévenu ma mort, je prépunir les pécheurs ! Ô Dieu , qui laissez les pé- vienne la rigueur de votre sentence, et que je cheurs endurcis dans l'usage délicieux et cri- m'examine moi-même avant votre jugement, minel du monde! Ô Dieu, qui faites mourir pour trouver miséricorde en votre présence. nos corps, et qui, à l'heure de la mort, déta

IV. chez notre ame de tout ce qu'elle aimoit au monde ! 0 Dieu, qui m'arrachez, à ce dernier Faites, ô mon Dieu ! que j'adore en silence moment de ma vie, de toutes les choses aux- l'ordre de votre providence adorable sur la quelles je me suis attaché, et où j'ai mis mon conduite de ma vie; que votre fléau me console; coeur! Ô Dieu, qui devez consumer , au der- et qu'ayant vécu dans l'amertume de mes pénier jour, le ciel et la terre, et toutes les créa- chés pendant la paix, je goûte les douceurs tures qu'ils contiennent, pour montrer à tous célestes de votre grace durant les maux salules hommes que rien ne subsiste que vous, et taires dont vous m'affligez ! Mais je reconnois, qu'ainsi rien n'est digne d'amour que vous, mon Dieu , que mon cæur est tellement endurci puisque rien n'est durable que vous! Ô Dieu, et plein des idées, des soins, des inquiétudes qui devez détruire toutes ces vaines idoles et et des attachements du monde, que la maladie tous ces funestes objets de nos passions! je non plus que la santé, ni les discours, ni les vous loue, mon Dieu, et je vous bénirai tous livres, ni vos Écritures sacrées, ni votre Évanles jours de ma vie, de ce qu'il vous a plu pré- gile, ni vos mystères les plus saints, ni les auvenir en ma faveur ce jour épouvantable, en mônes, ni les jeûnes, ni les mortifications, ni détruisant à mon égard loutes choses, dans les miracles, ni l'usage des sacrements, ni le l'affoiblissement où vous m'avez réduit. Je vous sacrifice de votre corps, ni tous vos efforts, ni loue, mon Dieu, et je vous bénirai tous les ceux de tout le monde ensemble, ne peuvent jours de ma vie, de ce qu'il vous a plu me ré- rien du tout pour commencer ma conversion, duire dans l'incapacité de jouir des douceurs de si vous n'accompagnez toutes ces choses d'une la santé et des plaisirs du monde; et de ce que assistance tout extraordinaire de votre grace. vous avez anéanti en quelque sorte, pour mon C'est pourquoi, mon Dieu, je m'adresse à avantage, les idoles trompeuses que vous anéan-vous, Dieu tout-puissant, pour vous demander tirez effectivement pour la confusion des mé- un don que toutes les créatures ensemble ne chants au jour de votre colère. Faites, Seigneur, peuvent m'accorder. Je n'aurois pas la harque je me juge moi-même ensuite de celle des- diesse de vous adresser mes cris, si quelque truction que vous avez faite à mon égard, afin autre pouvoit les exaucer. Mais, mon Dieu, que vous ne me jugiez pas vous-même ensuite comme la conversion de mon coeur que je vous de l'entière destruction que vous ferez de ma demande est un ouvrage qui passe tous les efvie et du monde. Car, Seigneur, comme à l'in- forts de la nature, je ne puis m'adresser qu'à stant de ma mort je me trouverai séparé du l'auteur et au maitre tout-puissant de la nature et monde, dénué de toutes choses, seul en vo- de mon coeur. A qui crierai-je, Seigneur, à qui tre présence, pour répondre à votre justice de aurai-je recours, si ce n'est à vous ? Tout ce tous les mouvements de mon cæur; faites que qui n'est pas Dieu ne peut pas remplir mon atje me considère en cette maladie comme en une tente. C'est Dieu même que je demande et que espèce de mort, séparé du monde, dénué de je cherche; et c'est à vous seul, mon Dieu, tous les objets de mes attachements, seul en que je m'adresse pour vous obtenir. Ouvrez votre présence, pour implorer de votre miséri- mon coeur, Seigneur, entrez dans cette place corde la conversion de mon coeur; et qu'ainsi rehelle que les vices ont occupée. Ils la tiennent j'aie une extrême consolation de ce que vous sujette. Entrez-y comme dans la maison du m'envoyez maintenant une espèce de mort pour fort; mais liez auparavant le fort et puissant exercer votre miséricorde , avant que vous m'en- ennemi qui la maîtrise , et prenez ensuite les voyiez effectivement la mort pour exercer vo- | trésors qui y sont. Seigneur, prenez mes af

rendre grace.

fections que le monde avoit volées; volez vous- | Oui, mon Dieu , et bien loin de prétendre que même ce trésor , ou plutôt reprenez-le , puisque mes prières aient du mérite qui vous oblige de c'est à vous qu'il appartient, comme un tribut les accorder de nécessité, je reconnois très que je vous dois, puisque votre image y est em- humblement qu'ayant donné aux créatures mon preinte. Vous l'y aviez formée, Seigneur, au coeur, que vous n'aviez formé que pour vous, moment de mon baptême, qui est ma seconde et non pas pour le monde, ni pour moi-même, je naissance ; mais elle est tout effacée. L'idée du ne puis attendre aucune grace que de votre misemonde y est tellement gravée, que la vôtre ricorde, puisque je n'ai rien en moi qui puisse n'est plus connoissable. Vous seul avez pu créer vous y engager, et que tous les mouvements mon ame, vous seul pouvez la créer de nouveau; naturels de mon coeur , se portant vers les créavous seul avez pu y former votre image, vous tures, ou vers moi-même, ne peuvent que vous seul pouvez la réformer, et y reimprimer votre irriter. Je vous rends donc graces , mon Dieu, portrait effacé ; c'est-à-dire Jésus-Christ mon des bons mouvements que vous me donnez, et Sauveur , qui est votre image et le caractère de de celui même que vous me donnez de vous en votre substance. V.

VII. O mon Dieu! qu'un cour est heureux qui

Touchez mon coeur du repentir de mes faupeut aimer un objet si charmant, qui ne le déshio-tes, puisque , sans cette douleur intérieure, les nore point , et dont l'attachement lui est si sa

maux extérieurs dont vous touchez mon corps lutaire! Je sens que je ne puis aimer le monde me seroient une nouvelle occasion de péché. sans vous déplaire, sans me nuire et sans me

Faites-moi bien connoître que les maux du corps déshonorer ; et néanmoins le monde est encore

ne sont autre chose que la punition et la figure l'objet de mes délices. O mon Dieu! qu'une tout ensemble des maux de l'ame. Mais, Seiame est heureuse dont vous êtes les délices , gneur, faites aussi qu'ils en soient le remède, puisqu'elle peut s'abandonner à vous aimer, en me faisant considérer dans les douleurs que non seulement sans scrupule, mais encore avec

je sens celle que je ne sentois pas dans mon mérite! Que son bonheur est ferme et durable, ame, quoique toute malade et couverte d'ulpuisque son attente ne sera point frustrée , par- cères. Car, Seigneur, la plus grande de ses

etle extrême ceque vous ne serez jamais détruit , et que ni la maladies est cette insensibilité et vie ni la mort ne la sépareront jamais de l'objet foiblesse qui lui avoit ôté tout sentiment de ses de ses desirs; et que le même moment qui en- propres misères. Faites-les moi sentir vivement, trainera les méchants avec leurs idoles dans et que ce qui me reste de vie soit une pénitence une ruine commune unira les justes avec vous continuelle, pour laver les offenses que j'ai comdans une gloire commune; et que comme les

mises.

VIII. uns périront avec les objets périssables auxquels ils se sont attachés , les autres subsisteront éter

Seigneur, bien que ma vie passée ait été nellement dans l'objet éternel et subsistant par exempte de grands crimes, dont vous avez éloisoi-même auquel ils se sont étroitement unis! gné de moi les occasions, elle vous a été néanOh! qu'heureux sont ceux qui, avec une moins très odieuse par sa négligence continuelle, liberté entière et une pente invincible de leur par le mauvais usage de vos plus augustes savolonté, aiment parfaitement et librement ce crements, par le mépris de votre parole et de qu'ils sont obligés d'aimer nécessairement !

vos inspirations, par l'oisiveté et l'inutilité totale

de mes actions et de mes pensées, par la perla VI.

entière du temps que vous ne m'aviez donné Achevez, ô mon Dieu ! les bons mouvements que pour vous adorer, pour rechercher en touque vous me donnez. Soyez-en la fin comme tes mes occupations les moyens de vous plaire, vous en êtes le principe. Couronnez vos pro- et pour faire pénitence des fautes qui se pres dons ; car je reconnois que ce sont vos dons. mettent tous les jours, et qui même sont ordi

naires aux plus justes; de sorte que leur vie | leurs, qui ont quelque ressemblance avec les doit être une pénitence continuelle, sans la- vôtres. Considérez donc les maux que je souffre quelle ils sont en danger de déchoir de leur et ceux qui me menacent. Voyez d'un æil de justice : ainsi, mon Dicu, je vous ai toujours misericorde les plaies que votre main m'a faites, été contraire.

ô mon Sauveur, qui avez aimé vos souffrances IX.

en la mort ! Ô Dieu, qui ne vous êtes fait homOui, Scigneur, jusques ici j'ai toujours été me que pour souffrir plus qu'aucun homme sourd à vos inspirations, j'ai méprise vos ora- pour le salut des hommes ! Dieu, qui ne vous cles ; j'ai jugé au contraire de ce que vous jugez; etes incarné après le péché des hommes, et qui j'ai contredit aux saintes maximes que vous n'avez pris un corps que pour y souffrir tous avez apportées au monde du sein de votre père les maux que nos péchés ont mérités ! ô Dieu, éternel, et suivant lesquelles vous jugerez le qui aimez tant les corps qui souffrent, que vous monde. Vous dites : Bienheureux sont ceux qui avez choisi pour vous le corps le plus accablé de pleurent, et malheur à ceux qui sont consolés. souffrances qui ait jamais été au monde ! ayez Et moi j'ai dit: Malheureux ceux qui gémissent, agréable mon corps, non pas pour lui-même, ni et très heureux ceux qui sont consolés. J'ai dit : pour tout ce qu'il contient, car tout y est digne Heureux ceux qui jouissent d'une fortune avan- de votre colère, mais pour les maux qu'il endure, tageuse, d'une réputation glorieuse, et d'une qui sculs penvent être dignes de votre amour. santé robuste. Et pourquoi les ai-je réputés Aimez mes souffrances, Seigneur , et que mes heureux, sinon parceque tous ces avantages maux vous invitent à me visiter. Mais, pour leur fournissoient une facilité très ample de achever la préparation de votre demeure, faites, jouir des créatures, c'est-à-dire de vous offen- ô mon Sauveur ! que si mon corps a cela de ser! Oui, Seigneur, je confesse que j'ai estimé la commun avec le vôtre, qu'il souffre pour mes santé un bien, non pas parcequ'elle est un moyen offenses, mon ame ait aussi cela de commun facile pour vous servir avec utilité, pour con

avec la vôtre, qu'elle soit dans la tristesse pour sommer plus de soins et de veilles à votre ser- les mêmes offenses; et qu’ainsi je souffre avec vice, et pour l'assistance du prochain ; mais par- vous, et comme vous, et dans mon corps, et cequ'à sa faveur je pouvois m'abandonner avec dans mon ame , pour les péchés que j'ai moins de retenue dans l'abondance des délices commis.

XI. de la vie, et mieux en goûter les funestes plaisirs. Faites-moi la grace, Seigneur, de reformer ma raison corrompue, et de conformer Faites-moi la grace, Seigneur, de joindre mes sentiments aux vôtres. Que je m'estime vos consolations à mes souffrances, afin que je heureux dans l'affliction, et que, dans l'im- souffre en chrétien. Je ne demande pas d'être puissance d'agir au dehors, vous purifiez telle- exempt des douleurs ; car c'est la récompense ment mes sentiments, qu'ils ne répugnent plus des saints : mais je demande de ne pas être aux vôtres ; et qu’ainsi je vous trouve au dedans abandonné aux douleurs de la nature sans les de moi-même, puisque je ne puis vous chercher consolations de votre esprit ; car c'est la maléau dehors à cause de ma foiblesse. Car, Sei- diction des Juifs et des païens. Je ne demande gneur , votre royaume est dans vos fidèles, et pas d'avoir une plénitude de consolation sans je le trouverai dans moi-même, si j'y trouve aucune souffrance; car c'est la vie de la gloire. votre esprit et vos sentiments.

Je ne demande pas aussi d'être dans une pléni

tude de maux sans consolation ; car c'est un X.

état de judaïsme. Mais je demande, Seigneur, Mais, Seigneur, que ferai-je pour vous obli- de ressentir tout ensemble, et les douleurs de la ger à répandre votre esprit sur cette miserable nature pour mes péchés, et les consolations de terre ? Tout ce que je suis vous est odieux, et votre esprit par votre grace; car c'est le vérije ne trouve rien en moi qui puisse vous agréer. table élat du christianisme. Que je ne sente pas Je n'y vois rien, Seigneur, que mes seules dou- des douleurs sans consolation; mais que je sente

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