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ristote, dans Alexandrie, sous l'em. chef des Nominaux dans le quator-
pire de Dioclétien. S. Augustin blame ziéme siécle; Jean Duns[k], surnom-
Crescentius , de vouloir ôcer à l'église mé Scot, étoit le chef des Réalistes.
l'usage de la dialectique. Themistius Ces derniers suivoient Aristote plus à
précepteur de l'empereur Arcadius, la lettre; les Nominaux rejettoicat tou-
releva la philosophie d'Aristote. Théo- tes les entités superfluës, s'attachant à
doret donna de grands éloges, à cet ce principe, qu'ils tiroient aulli d'A.
admirable aveugle Didyme d'Alexan.. ristote, que la nature ne fait rien en
drie, un des plus sçavants hommes vain. Cette maxime a été appellée le
de son temps, parcequ'il avoit bien rasoir d'Occam, & des Nominaux.
entendu Aristote: Severin Boëce , qui Ils conservoient cependant les noms
fut crois fois Consul, & qui excella de l'échole, ce qui les fit appeller No.
dans la philosophie & dans les belles minaux: ils ont été regardés comme
lettres, étudia pendant dix-huit ans les précurseurs des Cartésiens.
à Athénes la philosophie d'Aristote , Les fcctes des Nominaux & des
& fit connoître plus généralement ce Réalistes fe firent en Allemagne uno
philosophe dans l'église Latine, par ses guerre qui alla jusqu'à l'extravagance
traduđions. S. Jean Damascéne, sous & à la fureur. Ce n'étoit plus des
Constantin Copronyme, fit un abregé disputes, c'étoit de véritables batail-
de la logique & de la morale d'Aristo- les : on ne soutenoit son opinion que
te. Peu aprés l'ignorance & la stupidi- par des violences. Ces cerribles Dia-
té furent si grandes, qu'on prenoit lecticiens étoient bien éloignés des dif-
pour des Nécromanciens ceux qui positions que Cicéron demande dans
avoient quelque sçavoir , ainsi qu'il la dispute [?], où il veut qu'il n'en-
arriva au pape Sylvestre II. suivant tre ni opiniâtrecé ni colére.Pour faire
letémoignage du cardinal Bellarmin. cesser les désordres en France , les li-

Dés le commencement du douzié. vres des Nominaux[m] furent enchaîQuerelles bastantes me fiécle, les Peripatéticiens se divi- nés dans les bibliothéques, avec défendes Nomi: ferent en Nominaux, & en Réalistes. se de les ouvrir, par ordonnance de Bades. Les Nominaux soutenoient que les na. Louis XI.

tures universelles n'étoient que des Quel triomphe pour un parti vain. noms , & les Réalistes soutenoient queur! li les livres des Nominaux eurqu'elles étoient réelles. Occam[i]cor- sent été condamnés au feu, on enau. delier Anglois , disciple de Scot, fut roic sauvé en secret le plus grand nom.

S3

72.

[i] Guillaume Occam fui furnommé le âgé de 33. ans. Il afferta de suivre des opidocteur invincible: il écrivit pour l'empereur nions opposées à celles de S. Thomas.ce qui a Louis de Baviére, contre le papelean xxn. produit dans l'échole de théologie les deux Trithéme rapporte que ce cordelier disoit au Jectes des Thomistes dans des Scotiftes, prince: Seigneur, prérez-moi votre épée pour [1] Nos & refellere sine pertinaciâ , me défendre, da ma plume fera toujours prêc & refelli fine iracundiâ poffumus cic. te à vous servir.

Acad.quaft.lib.2. [k] Jean Duns surnommé Scor , parce [m] Le p. Daniel dans le vosage du monde qu'il étoit Ecofois, fur surnommé le docteur de Descarr. part.2. p. 182. l'ordonnance et Imbril. Il mourut à Cologse le 8. Novemb. 1308. datée de Senlis du premier Mars 1473.

bre, & l'effet de la vengeance se fût Aprés replique sur replique, évanouï avec la fumée de l'incendie.

La haine des partis étoit le résultat. Mais cet enchaînement dans les bibliothéques étoit une inyention ad- Aristote se trouva défiguré par les mirable, pour jouir de la victoire. Les vaines subtilités, qui s'introduisirent Scotistes libres, feuilletés, comblés dans la philosophie. La passion déréd'honneur, voïoient à côté d'eux, glée, que chacun avoit pour le cirer leurs ennemis honteusement enchaî- de son côté & l'avoir dans son parti, més. Cette guerre des Réalistes & des ne fut pas une de ses moindres persé. Nominaux n'est pas le seul exemple cucions. Les livres d'Aristote a voicnt des fureurs excitées par les disputes les été apportés en France, dés le complus vaincs. La question appellée le

le mencement du treiziéme siécle , par pain des Cordeliers confiftoit à sça- les François qui avoient pris Constanvoir, ni le domaine des choses qui se tinople. Amauri, qui précendoit souconsument par l'usage, comme le tenir les erreurs par les principes d’A, pain & le vin, leur appartenoit ,ou ristote, aïant été condamné comme s'ils n'en avoient qu'un simple usage, hérétique par le concile de Paris l'an sans domaine , & sans propriété. Un 1209. ce concile defendit la lecture sujet fi frivole divisa les plus fameuses d'Aristote, & condamna ses ouvrages universités, causa presqu'un schisme, au feu. En 1215. les mêmes défenses & fit passer le plus grand nombre des furent renouvellées, par le légac qui Cordeliers dans le parti de l'empe- vint en France [0]; mais à l'égard de reur Louis de Baviére, contre le pape la métaphysique, & de la physique Jean XXII. leur animoficé les rendant seulement , & sa dialectique fut admiGibelins [n), de Guelphes qu'ils é: se dans les écholes. En 1231. une bultoient auparavant.

le de Grégoire IX. adoucit un peu

la Les vers suivants de l'abbé Regnier rigueur de la sentence prononcée par contiennent une histoire naïve de pref- le concile de Paris, en ce qu'elle dé. que toutes les disputes.

fendit la lecture des ouvrages d'Aristo

te, jusqu'à ce que le danger des er. J'ai vû deux partis disputer reurs en eût été retranché. En 1366. De la vérité fans l'entendre; les Cardinaux Jean de S. Marc, & Le public, sans y rien comprendre, Gilles de S. Martin , délégués par UrPour l'un ou l'autre s'entêter:

bain V. pour réformer l'université de Et de leur dispute authentique,

Paris [D], permirent la lecture de plu

sieurs ouvrages d’Aristote , & restrei. Qui moins s'entend plus on l'explique gnirent les anciennes défenses à la J'ai vû qu'aprés un long débat, seule physique. Le cardinal d'Estoute

[n] Dans les fang lantes querelles des [0 ] Launoius de variá Aristor.fortaná in Papes e des empereurs,qui ont causé d'affreux acad Paris. défordres dans l'Allemagne de dans l'italie, [p] Quelques auteurs rapportent à Charles partisans des empereur's portoient le nom lemagne , l'institution de l'université de Paris. de Gibelins, der ceux des papes le nom de Guel. Cette opinion ne paroit fondée,que sur les soins phes.

que cor empereur ssązant se donna pour faire fleurir les sciences. On n'a aucun monument , ces mors: Noverit universitas vestra,ou uniqui prouve que Charlemagne air infirué l’uni. verfitas magiftrorum & scholarium, le versité. Les premiers statuts font de l'an : 215. nom d'université leur demeura . Philippe Auguste lui a accordé des priviléges. [9] Ariftoteles, more Ottomanorum, Les papes innecent III. Honoré ni. Innocent regnare fe haud tutò posle putabat , nif IVAlexandre IV. lui en ont ani donné, fratres fuos omnes contrucidaflet. Verste Comme les bulles addressées par ces papes aux lam,de augm.scientiar, lib. 3.6.4. maitres, do aux écholiers commençaient par

L' OPINION

' N. ville, faisant plusieurs réglements en pte d'impiété, quoiqu'elle puisse être 1452. de l'autorité de Charles VII. entenduë dans un sens véritable, sçaconcernant l'université de Paris, or- voir que les disputes de la philodonna que les écholiers, & bacheliers lophie scholastique ont donné lieu feroient examinés principalement sur à un plus grand nombre de déci- . plusieurs chapitres de la métaphysique; fions de l'église. & de la morale d'Ariftote qu'il indique La doctrine d'Aristote aïant écé at& qu'il spécifie, & il ne parle point taquée par des théles en 1624. la fa- : de fa physique.

culté de théologie , & le parlement Ramusaiant attaqué la doctrine d’A- fe joignirent, & emploiérent leur auristote, François I. par lectres patentes torité en faveur d'Aristote, la Sordu 10. Mai 1543.lui fait trés-expresses bonne par un decret qui censura ces défenses d'ufer de médisances, & d'in- théles, & le parlement par un arrêt vectives contre Aristote, condamne, du 4. Septembre 1624. qui ordonne supprime, & abolit les livres de Ramus. que ces théses seront déchirées , banDans la suiteRamus aïant été assassiné à nit du ressort ceux qui les avoient soula S. Barthélemi, cet exemple fit mourir tenuës, & défend sous peine de la de pear Denys Lambin, qui n'avoit vie de tenir & d'enseigner aucune guéres eu plus de ménagement pour maxime contre les auteurs anciens & les Péripatéticiens de son temps. Cette approuvés. Les remontrances de la Sor. fecte avoit , pour ainsi dire , engloutibonne au parlement , sur lesquelles intoutes les autres , & le comte de Vé, tervint arrêt contre des chimistes en rulam dit [g] qu'Ariftote, suivant la 1629. portoient qu'on ne pouvoit chopolitique des Ottomans, ne croioit quer les principes de la philofophic pas pouvoir régner en sureté, s'il ne d’Aristote, fans donner atteinte à ceux faisoit mourir touts ses fréres. Par le de la théologie scholastique reçûë dans réglement fait pour l'université de Pa. l'église. ris en 1601. la lecture des ouvrages Nonobstant touts les réglements, d'Aristote est enjointe, même de les la sévérité des arrêts du parlement, livres de physique. Toutes les écholes la puissance de l'université & le grand retentirent alors de la seule philoso crédit de la philosophie d'Aristote, phie Péripatéticienne. Fra Paolo , dans Gassendi se déclara & écrivit contre fon histoire du concile de Trente, elle, & Descartes fe fit chef d'une noudic que nous aurions moins d'arti- velle fecte , vers le milieu du dix-sepcles de foi, fi Aristote avoit moins ciémc fiécle. Depuis cux, la philolo. écrit. Cette raillerie n'est pas exem- phie d'Aristote a beaucoup perdu de

la réputation ; elle ne conserve encore disciples prirent le nom de Cyrénaïques.
quelque autorité, que dans les univer- Aristippe aïant envoïé à Socrate une
ficés & dans les écholes. Galilée de grosse somme d'argent, qui faisoit par-
Florence, contemporain de Gassendi , tie de celles, qu'il tiroit de ses écholiers,
& de Descartes , suivit le fyfteme de Socrate la lui renvoïa,& blâma son ava-
Copernic , comme le plus grand nom- rice.
bre des modernes. Quoiqu'Aristote Horace rapporte cependant ( a ) un
n'ait pas embrassé, dans la physique, trait d'Aristippe, qui marque beau.
l'arrangement général des parties de coup d'indifférence pour les richesses,
l'univers, & que le fystéme de Pro Ce philofophe , voïageant dans les fa-
lémće n'ait été composé que plus de bles ardents de la Libye , & voïant
çoo. ans aprés Ariftote, le fyftéme de fes esclaves fatigués du poids de l'or
Copernic a fort ébranlé toute la.phy. qu'ils portoient, leur ordonna de le
fique Péripatéticienne.

jetter au milieu des déferts. Denys ty-
ran de Syracuse aïant dità Aristippe,
que les biens de la fortune écoiene
préférables à la philosophie „puisqu'oni
vosoit les philosophes chez les riches
& non pas les riches chez les philo-
fophes? C'est, répondit Aristippe,com-

me on voit les médecins chez les ma-
CHAPITRE CINQUIÉME. lades. Denys, dans une autre occa-

fion, lui demanda ce qu'un philoso

phe comme lui venoit faire à la cour ; Des Cyrenaiques Aristippe répondit : J'ai été trouver So

crate, lorsque j'ai voulu faire provin

fion des biens de la sagesse; mainte-
1. D' Ariftippe1. De la doctrinenant aïant besoin de ceux de la fors

fue la volupté. 3 Cette feite A tune, je viens à la cour des rois.
été une fource d'impiétés.

Diogéne le Cynique lui die un jour
[b]: Si Aristippe fçavoit fe contenter

de légumes, il ne voudroit avoir auE fecond des disciples de Soerate', cun commerce avec les rois: Aristip

qui fonda une sečte particuliére, pe repliqua. Si celui qui me reprend fut Aristippe natif de Cyrénc , d'où kes sçavoit vivre avec les rois, il méprisc

D' Agistippeo

,

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[n].... quid fimile isti
Gratcus Ariftippus ,qui fervos proji-

cere aurúón
In mediâ jussit Libya', quia tardius

irent
Propter onus fegnes, Hord

[6] Si prinderet olus patienter, re:

gibus uti
Nollet Aristippus. Si fciret regibas

uri,
Fastidiret olus, qui me notat. Hor, fik

1. epift. 17;

1

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2.

roit les légumes. Lucien [ c } le traite que j'aime Lais, mais je la poslés
d'homme troublé par la débauche. de, & elle ne me posséde pas.

Toute sorte de vie & d'état ac- Cette fe&te ne fut pas plus efti-
commodoit Aristippe; fon charactéo mée , qu'elle méritoit de l'être
re se conformoit aux conjon&ures & il paroît par un passage d'Ho-
[d] où il se trouvoit , & aux per- race, qu'il étoit peu honorable d'en
sonnes avec lesquelles il avoit å vis faire profesion (fi. Je retombe en
vre.

cachette , dit-il, dans les préceptes
Les Cyrénaïques méprisoient la d'Aristippe , & je tache de m'allu.
physique , comme une science rem- jétir les plaifirs, sans devenir leur
plie d'incertitude & d'obscurité esclave.
& inutile à l'usage de la vie . Ils La fille d'Aristippe

nomméc
ne s'appliquoient qu'à la morale , Arété , lui succéda : La fe&te Cy-
qu'ils dépravoient écrangement par rénaïque sut divisée en trois bran.
des opinions , qui les rendoient in.

qui les rendoient in- ches , des Hégésiaques , des Annidignes du nom de philosophes. cériens, & des Théodoriens. La re

Arriftippe , quoique forci de l'é de des Hégelaques fut formée par für une foar. sur la too chole de Socrate, ne suivit en rien Hégésias de Cyrénc , qui vivoit fous oedin. lupté. sa do&rine & ses préceptes . Il fit la 91. Olympiade , vers l'an 416.

consister le souverain bien dans la avant Jésus-Christ.
volupté : il expliqua cette voluptė, Il fut surnommé l'orateur đe la
par les satisfa&tions des sens , &

mort [8], parcequ'il enseignoit à
rapporta le bonheur à la volupté ses disciples à le caer , pour le moin-
du corps par cette raison , qu'elle dre degoût qu'ils relentoient de la
fait sur l'esprit la plus forte de cou. vie: & comme les Hégesiaques mct-
tes les impreffions, de même que toient souvent en pratique une doc-
rien n'affige & ne tourmente l'ef. trine si pernicicule , Prolémée fils
prit autant que la douleur cor. de Lagus craignant qu'elle ne dé.
porelle.

peuplâc ses états, défendit à Hégé-
Le seul contrepoison qu'il donó las d'enseigner.
noit à une do&trine fi dangereuse , Les Annicériens furent ainsi nom-
c'est que le sage , pour son propre més d'Anniceris leur chef ; qui fic
bonheur, ne le laisse pas dominer quelques changements peu impor-
par quelques attraits particuliers de tants à la doctrine d'Aristippe.
la volupté, mais qu'il s'en rend le Théodore, surnommé l'Athée,donna
maître au contraire , & qu'il s'é son nom aux Théodoriens. Hégésias,
léve au-deflus d'eux : C'est sur ce & Théodore enseignoient que le fage
principe qu'est fondée cette célebre n'est fait que pour lui-même , & qu'il
réponse d'Aristippe [e]: Il eft vrai ne doit rien à fa patrie ni à la société .
Tom. I.

T

[e] Eλω Λάιδαύκ έχομαι.
[f] Nunc in Aristippi furtim præcep-

ta relabor:

Et mihi res, non me rebus fubmittere

conor. Hor. lib. 1. epit, 1. [g] Πεισιθάνατος.

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