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et l'on se fait en même temps une conscience | repens pas d'avoir fait les Provinciales. Je réfondée sur l'honnêteté des sentiments qu'on y ponds que, bien loin de m'en repentir, si j'étois voit, qui éteint la crainte des ames pures, les- à les faire, je les ferois encore plus fortes. quelles s'imaginent que ce n'est pas blesser la Secondement, on m'a demandé pourquoi j'ai pureté; d'aimer d'un amour qui leur semble si dit le nom des auteurs où j'ai pris toutes ces sage. Ainsi l'on s'en va de la comédie le caur propositions abominables que j'y ai citées. Je si rempli de toutes les beautés et de toutes les réponds que, si j'étois dans une ville où il y eût douceurs de l'amour, l'ame et l'esprit si per- douze fontaines, et que je susse certainement suadés de son innocence, qu'on est tout pré- qu'il y en eût une empoisonnée, je serois obligé paré à recevoir ses premières impressions, ou d'avertir tout le monde de ne point aller puiser plutôt à chercher l'occasion de les faire naître de l'eau à cette fontaine ; et comme on pourroit dans le caur de quelqu'un , pour recevoir les croire que c'est une pure imagination de ma mêmes plaisirs et les mêmes sacrifices que l'on part, je serois obligé de nommer celui qui l'a a vus si bien dépeints dans la comédie. empoisonnée, plutôt que d'exposer toute une

ville à s'empoisonner. LXXVI.

En troisième lieu , on m'a demandé pourquoi Les opinions relâchées plaisent tant aux hom- j'ai employé un style agréable, railleur et dimes naturellement, qu'il est étrange qu'elles vertissant. Je réponds que si j'avois écrit d'un leur déplaisent. C'est qu'ils ont excédé toutes style dogmatique, il n'y auroit eu que les sales bornes. Et de plus, il y a bien des gens qui vants qui les auroient lues, et ceux-là n'en voient le vrai, et qui ne peuvent y alteindre. avoient pas besoin , en sachant, pour le moins, Mais il y en a peu qui ne sachent que la pureté autant que moi là-dessus. Ainsi j'ai cru qu'il de la religion est contraire aux opinions relâ- falloit écrire d'une manière propre à faire lire chées, et qu'il est ridicule de dire qu'une ré- mes Lettres par les femmes et les gens du compense éternelle est offerte à des moeurs li-monde, afin qu'ils connussent le danger de cencieuses.

toutes ces maximes et de toutes ces proposiLXXVII.

lions qui se répandoient alors, et dont on se J'ai craint que je n'eusse mal écrit, me

laissoit facilement persuader. voyant condamné; mais l'exemple de tant de

Enfin, on m'a demandé si j'ai lu moi-même pieux écrits me fait croire au contraire. Il n'est tous les livres que j'ai cités. Je réponds que plus permis de bien écrire.

non. Certainement il auroit fallu que j'eusse Toute l'Inquisition est corrompue ou igno- mauvais livres : mais j'ai lu deux fois Escobar

- passé une grande partie de ma vie à lire de très ranteIl

. est meilleur d'obéir à Dieu qu'aux hommes. Je ne crains rien ; je n'espère rien : le tout entier; et pour les autres , je les ai fait lire Port-Royal craint, et c'est une mauvaise poli- par quelques-uns de mes amis; mais je n'en ai tique de les séparer ; car quand ils ne craindront pas employé un seul passage sans l'avoir lu moiplus, ils se feront plus craindre.

même dans le livre cité, et sans avoir examiné Le silence est la plus grande persécution. Ja- avoir lu ce qui précède et ce qui suit, pour ne

Le silence est la plus grande persécution. Ja- la matière sur laquelle il est avancé, et sans mais les saints ne se sont tus. Il est vrai qu'il faut vocation ; mais ce n'est pas des arrêts du point hasarder de citer une objection pour une conseil qu'il faut apprendre si l'on est appelé;

réponse, ce qui auroit été reprochable et inc'est de la nécessité de parler.

juste. Si mes lettres sont condamnées à Rome, ce

LXXIX. que j'y condamne est condamné dans le ciel. L'Inquisition et la Société sont les deux fléaux

La machine arithmétique fait des effets qui de la vérité.

approchent plus de la pensée que tout ce que LXXVIII.

font les animaux; mais elle ne fait rien qui

puisse faire dire qu'elle a de la volonté comme On m'a demandé, premièrement, si je ne me | les animaux.

LXXX.

LXXXV. .

Certains auteurs, parlant de leurs ouvrages,

La maladie est l'état naturel des Chrétiens, disent : Mon livre, mon commentaire, mon his- parcequ'on est par-là, comme on devroit toutoire , etc. Ils sentent leurs bourgeois qui ont pi- jours être, dans la souffrance des maux, dans gnon sur rue, et toujours un chez moi à la bou- la privation de tous les biens et de tous les plaiche. Ils feroient mieux de dire : Notre livre, sirs des sens, exempt de toutes les passions qui notre commentaire, notre histoire , etc. , vu que travaillent pendant tout le cours de la vie, sans d'ordinaire il y a plus en cela du bien d'autrui ambition, sans avarice, dans l'attente contique du leur.

nuelle de la mort. N'est-ce pas ainsi que les chréLXXXI.

tiens devroient passer la vie? Et n'est-ce pas un

grand bonheur quand on se trouve par nécessité La piété chrétienne anéantit le moi humain, dans l'état où l'on est obligé d'être, et qu'on n'a et la civilité humaine le cache et le supprime,

autre chose à faire qu'à se soumettre humble

ment et paisiblement? C'est pourquoi je ne deLXXXII.

mande autre chose que de prier Dieu qu'il me

fasse cette grace. Si j'avois le coeur aussi pauvre que l'esprit, je serois bienheureux ; car je suis merveilleuse

LXXXVI. ment persuadé que la pauvreté est un grand moyen pour faire son salut.

C'est une chose étrange que les hommes aient

voulu comprendre les principes des choses, et LXXXIII.

arriver jusqu'à connoître tout! car il est sans

doute qu'on ne peut former ce dessein sans une J'ai remarqué une chose, que, quelque pauvre présomption ou sans une capacité infinie comme qu'on soit, on laisse toujours quelque chose en la nature.

LXXXVII. mourant. LXXXIV.

La nature a des perfections, pour montrer J'aime la pauvreté , parceque Jésus-Christ l'a qu'elle est l'image de Dieu ; et des défauts, pour

montrer qu'elle n'en est que l'image. aimée. J'aime les biens, parcequ'ils donnent moyen d'en assister les misérables. Je garde la

LXXXVIII. fidélité à tout le monde. Je ne rends pas le mal à ceux qui m'en font; mais je leur souhaite une

Les hommes sont si nécessairement fous, que condition pareille à la mienne, où l'on ne reçoit ce seroit être fou par un autre tour de folie que pas le mal, ni le bien de la plupart des hommes. de ne pas être fou. J'essaie d'être toujours véritable, sincère et fidèle à tous les hommes. J'ai une tendresse de

LXXXIX. caur pour ceux que Dieu m'a unis plus étroitement. Soit que je sois seul, ou à la vue des hom- monde : mettez la probabilité, on ne peut plus

Otez la probabilité, on ne peut plus plaire au mes, j'ai en toutes mes actions la vue de Dieu

lui déplaire. qui doit les juger, et à qui je les ai toutes consa

XG. crées. Voilà quels sont mes sentiments; et je bénis tous les jours de ma vie mon Rédempteur,

L'ardeur des saints à rechercher et pratiquer qui les a mis en moi, et qui, d'un homme plein le bien étoit inutile, si la probabilité est sûre. de foiblesse, de misère, de concupiscence, d'or

XCI. gueil et d'ambition, a fait un homme exempt de tous ces maux par la force de la grace à laquelle Pour faire d'un homme un saint , il faut que lout en est dù, n'ayant de moi que la misère et ce soit la grace; et qui en doute ne sait ce que l'horreur,

c'est qu'un saint et qu'un homme.

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On aime la sûreté. On aime que le pape soit Il est indigne de Dieu de se joindre à l'homme infaillible en la foi, et que les docteurs graves le misérable ; mais il n'est pas indigne de Dieu de le soient dans leurs moeurs, afin d'avoir son assu- tirer de sa misère.

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rance,

CI.

XCIII.

C. Il ne faut pas juger de ce qu'est le pape par Qui l'a jamais compris ! Que d'absurdités !... quelques paroles des pères, comme disoient les Des pécheurs purifiés sans pénitence, des justes Grecs dans un concile (règle importante!), mais sanctifiés sans la grace de Jésus-Christ, Dieu sans par les actions de l'Église et des pères, et par pouvoir sur la volonté des hommes, une prédesles canons.

tination sans mystère, un Rédempteur sans cerXCIV.

titude. Le pape est le premier. Quel autre est connu de tous ? Quel autre est reconnu de tous ayant Unité, multitude. En considérant l'Église pouvoir d'influer par tout le corps , parcequ'il comme unité, le pape en est le chef, comme tout. tient la maîtresse branche qui influe par-tout? En la considérant comme multitude, le papen'en

est qu'une partie. La multitude qui ne se réduit XCV.

pas à l'unité est confusion ; l'unité qui n'est pas Il y a hérésie à expliquer toujours omnes de multitude est tyrannie. tous, et hérésie à ne pas l'expliquer quelquefois de tous. Bibile ex hoc omnes : les hugue

CII. nots, hérétiques, en l'expliquant de tous. In quo omnes peccaverunt : les huguenots, hérétiques, ordinaire de son Église. C'en seroit un étrange,

Dieu ne fait point de miracles dans la conduite en exceptant les enfants des fidèles. Il faut donc suivre les pères et la tradition pour savoir la multitude, cela paroit si naturel , que la con

si l'infaillibilité étoit dans un; mais d'être dans quand , puisqu'il y a hérésie à craindre de part duite de Dieu est cachée sous la nature, comme et d'autre. XCVI.

en tous ses ouvrages.

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Tous les hommes se haïssent naturellement.

CIV. On s'est servi comme on a pu de la concupis

Dans un état établi en république, comme cence pour la faire servir au bien public. Mais ce n'est que feinte, et une fausse image de la Venise, ce seroit un très grand mal de contricharité; réellement ce n'est que haine. Ce vi- des peuples à qui Dieu l'a donnée. Mais dans un

buer à y mettre un roi, et à opprimer la liberté lain fonds de l'homme, figmentum malum , n'est état où la puissance royale est établie, on ne que couvert; il n'est pas ôté.

pourroit violer le respect qu'on lui doit sans une XCVIII.

espèce de sacrilége; parceque la puissance que

Dieu y a attachée étant non seulement une image, Si l'on veut dire que l'homme est trop peu mais une participation de la puissance de Dieu, pour mériter la communication avec Dieu, il faut on ne pourroit s'y opposer sans résister maniêtre bien grand pour en juger.

festement à l'ordre de Dieu. De plus la guerre

civile , qui en est une suite, étant un des plus l'objet de l'Écriture sainte; mais elle en est grands maux qu'on puisse commettre contre la aussi la porte. charité du prochain, on ne peut assez exagérer

CVII. la grandeur de cette faute. Les premiers Chrétiens ne nous ont pas appris la révolte , mais la

S'il ne falloit rien faire que pour le certain, patience, quand les princes ne s'acquittent pas on ne devroit rien faire pour la religion ; car elle bien de leur devoir.

n'est pas certaine. Mais combien de choses faitM. Pascal ajoutoit : J'ai un aussi grand éloi-on pour l'in certain, les voyages sur mer , les gnenient de ce péché que pour assassiner le batailles ! Je dis donc qu'il ne faudroit rien faire monde et voler sur les grands chemins : il n'y a du tout, car rien n'est certain ; et il y a plus de rien qui soit plus contraire à mon naturel, et certitude à la religion qu'à l'espérance que nous sur quoi je sois moins tenté.

voyions le jour dedemain: car il n'est pas certain

que nous voyions demain; mais il est certainecy.

ment possible que nous ne le voyions pas. On L'éloquence est un art de dire les choses de n'en peut pas dire autant de la religion. Il n'est telle façon : 1° que ceux à qui l'on parle puissent pas certain qu'elle soit ; mais qui osera dire les entendre sans peine et avec plaisir; 2° qu'ils qu'il est certainement possible qu'elle ne soit s’y sentent intéressés, en sorte que l'amour- pas ? Or, quand on travaille pour demain et propre les porte plus volontiers à y faire re- pour l'incertain , on agit avec raison. flexion. Elle consiste donc dans une correspon

CVIII. dance coeur de ceux à qui l'on parle, d'un côté, et, de les inventions des hommes vont en avançant l'autre, les pensées et les expressions dont on se de siècle en siècle. La bonté et la malice du sert; ce qui suppose qu'on aura bien étudié le monde en général reste la même. coeur de l'homme pour en savoir tous les ressorts,

CIX. et pour trouver ensuite les justes proportions du discours qu'on veut y assortir. Il faut se mettre Il faut avoir une pensée de derrière, et juger à la place de ceux qui doivent nous entendre, du tout par-là : en parlant cependant comme le et faire essai sur son propre coeur du tour qu'on peuple. donne à son discours, pour voir si l'un est fait

СХ. . par l'autre, et si l'on peut s'assurer que l'auditeur sera comme forcé de se rendre. Il faut se l'opinion; mais l'opinion est celle qui use de la

La force est la reine du monde, et non pas

force. simple naturel; ne pas faire grand ce qui est

CXI. petit, ni petit ce qui est grand. Ce n'est pas assez qu'une chose soit belle, il faut qu'elle soit Le hasard donne les pensées ; le hasard propre au sujet , qu'il n'y ait rien de trop, ni les ôte; point d'art pour conserver ni pour ac

quérir. L'éloquence est une peinture de la pensée ; et

CXII. ainsi ceux qui, après avoir peint, ajoutent encore, font un tableau au lieu d'un portrait.

Vous voulez que l'Église ne juge ni de l'intérieur, parceque cela n'appartient qu'à Dieu, ni de l'extérieur, parceque Dieu ne s'arrête qu'à

l'intérieur; et ainsi, lui Otant tout choix des L'Écriture sainte n'est pas une science de l'es- hommes, vous retenez dans l'Église les plus prit, mais du coeur. Elle n'est intelligible que débordés, et ceux qui la déshonorent si fort, pour ceux qui ont le coeur droit. Le voile qui que les synagogues des Juifs et les sectes des est sur l'Écriture pour les Juifs y est aussi pour philosophes les auroient exilés comme indignes, les Chrétiens. La charité est non seulement et les auroient abhorrés.

rien de manque.

CVI.

CXIII.

machine, cela est ridicule; car cela est inutile,

et incertain et pénible. Et quand cela seroit vrai, Est fait prêtre maintenant qui veut l'être , nous n'estimons pas que toute la philosophie comme dans Jeroboam.

vaille une heure de peine. CXIV.

ARTICLE XVIII. La multitude qui ne se réduit pas à l'unité est confusion ; l'unité qui ne dépend pas de la mullitude est tyrannie.

Pensées sur la mort , qui ont été extraites d'une

lettre écrite par Pascal, au sujet de la mort de CXV.

son père.

I. On ne consulte que l'oreille , parcequ'on manque de cœur.

Quand nous sommes dans l'affliction à cause

de la mort de quelque personne pour qui nous CXVI.

avons de l'affection, ou pour quelque autre malIl faut , en tout dialogue et discours, qu'on cher de la consolation dans nous-mêmes, ni

heur qui nous arrive, nous ne devons pas cherpuisse dire à ceux qui s'en offensent : De quoi dans les hommes, ni dans tout ce qui est créé; vous plaignez-vous ?

mais nous devons la cliercher en Dieu seul. Et CXVII.

la raison en est, que toutes les créatures ne sont

pas la première cause des accidents que nous Les enfants qui s'effraient du visage qu'ils ont appelons maux ; mais que la providence de barbouillé sont des enfants; mais le moyen que Dieu en élant l'unique et véritable cause , ce qui est si foible, étant enfant , soit bien fort l'arbitre et la souveraine, il est indubitable étant plus âgé ? on ne fait que changer de foi- qu'il faut recourir directement à la source, et blesse.

remonter jusques à l'origine pour trouver un CXVIII.

solide allégement. Que si nous suivons ce préIncompréhensible que Dieu soit , et incom- cepte,

et que nous considérions cette mort qui préhensible qu'il ne soit pas ; que l'ame soit nous afflige, non pas comme un effet du hasard),

ni comme une nécessité

ale de la nature,

ni avec le corps, que nous n'ayons pas

d'ame; quele monde soit créé, qu'il ne le soit pas, etc. ;

comme le jouet des éléments et des parties qui que le péché originel soit, ou qu'il ne soit composent l'homme ( car Dieu n'a pas aban

donné ses élus au caprice du hasard ), mais pas. CXIX.

comme une suite indispensable, inevitable,

juste, et sainte, d'un arrêt de la providence de Les athées doivent dire des choses parfai- Dieu , pour être exécuté dans la plénitude de tement claires; or, il n'est point parfaitement son temps; et enfin que tout ce qui est arrivé a clair que l'ame soit matérielle.

été de tout temps présent et préordonné en Dieu :

si, dis-je, par un transport de grace, nous reCXX.

gardons cet accident, non dans lui-même, et Incrédules, les plus crédules. Ils croient les hors de Dieu , mais hors de lui-même, et dans miracles de Vespasien pour ne pas croire ceux

la volonté mème de Dieu ; dans la justice de son

arrêt, dans l'ordre de sa providence, qui en de Moïse.

est la véritable cause, sans qui il ne fût pas arSur la philosophie de Descartes.

rivé, par qui seul il est arrivé, et de la manière

dont il est arrivé; nous adorerons dans un humIl faut dire en gros : Cela se fait par figure ble silence la hauteur impénétrable de ses et mouvement, car cela est vrai. Mais de dire secrets; nous vénérerons la sainteté de ses quelle figure et mouvement, et composer la arrêts, nous bénirons la conduite de sa provi

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