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dans la composition du cervelet, de leur disposition et de leurs connexions tant intrinsèques qu'extrinsèques. Je m'abstiendrai toutefois d'y représenter les filaments des petites cellules sur l'existence desquels je ne suis pas encore édifié. Il est inutile de dire que, dans ce schema, il n'y aura d'observé que les proportions relatives des cellules. Pour tenir compte de celles qui existent entre les parties blanches et grises, il faudrait donner à l'ensemble de la figure une

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a, ligne représentant une petite portion de la courbe du cervelet. - b, couches de

petites cellules formant le premier plan de la substance grise. — C, seconde couche formée par de grosses cellules à forme spéciale. – d, large couche de myelocytes. — e, arbre de vie où les prolongements des grosses cellules se trouvent débarrassés du voisinage des myélocytes. – f, cellules du corps rhomboïdal recevant les prolongements précédents. – m, fibre du pédoncule cérébelleux inférieur aboutissant à une cellule du bulbe représenté par la ligne limitante n. — 0, fibre du pédoncule cérébelleux moyen aboutissant à une cellule de la moitié opposée de la protubérance représentée par la ligne limitante p. — q, fibre du pédoncule cérébelleux supérieur aboutissant à une cellule du corps strié représenté par la courbe t.

étendue à laquelle ne pourrait satisfaire aucun tableau ni aucun format de livre.

Physiologie normale.

La quantité de théories et d'expériences dont le cervelet a été l'objet est prodigieuse et tout à fait désespérante. Mais le sentiment d'impartialité que j'ai toujours cherché à apporter dans ces leçons me force à les mentionner toutes. Je le ferai aussi succinctement que possible, sans suivre aucun ordre bien rigoureux, cherchant seulement à allier l'ordre chronologique avec le besoin de variété, sans laquelle l'étude devient monotone et se poursuit sans grand profit. Quand on reste toujours dans le même genre de vue, les simples variantes finissent par ne plus frapper l'esprit. Cet exposé historique une fois terminé, nous nous efforcerons de nous créer une opinion, si c'est possible, au milieu de ce dédale d'hypothèses et de conclusions.

Si on remonte aussi loin que possible, on voit que Malacarme plaçait dans le cervelet le siége de l'âme. Viennent ensuite plusieurs médecins qui, quittant le point de vue spiritualiste et ne se plaçant qu'au point de vue physiologique, attribuaient au cervelet, ou la mémoire seule, ou l'intelligence tout entière et les instincts. Cette dernière supposition a encore trouvé un défenseur, en 1864, dans M. Bourillon qui a fait sa thèse inaugurale sur ce sujet. Cette exhumation par un moderne d'une idée ancienne nous forcera à la réfuter dans la discussion générale. La première hypothèse sérieuse mise en avant, le fut par Villis. Suivant lui, le cervelet préside aux mouvements involontaires et aux fonctions de la vie organique. C'est de là qu'il faisait partir ce qu'on appelait alors les esprits vitaux destinés à animer les viscères. Sa théorie était uniquement basée sur l'anatomie, et il partait du reste d'une donnée fausse. Il faisait provenir le pneumo-gastrique du cervelet, particulièrement d'une petite saillie qui conserve encore aujourd'hui le nom de lobule du nerf vague. Comme ce nerf se distribue à peu près à tous les organes du thorax et de l'abdomen, il était logique de penser que ces viscères recevaient leur force vitale du foyer-cervelet, dont la dixième paire représentait le système de conduits de distribution.

Une théorie qui a eu beaucoup de succès, surtout en dehors du

monde médical, est celle de Gall. Il plaçait dans le cervelet l'instinct de la propagation et le penchant à l'amour physique. Il s'appuyait sur un assez grand nombre d'arguments qu'il nous sera facile de condamner dans la discussion: 1° sur l'existence constante de cet organe chez tous les animaux qui s'accouplent et sur son plus grand développement chez ceux qui se livrent le plus fréquemment à la copulation; 2° sur ce que le cervelet suivrait dans son développement les phases de l'amour physique; qu'il augmenterait considérablement de volume à l'époque de la puberté pour s'atrophier pendant la vieillesse; 3° sur ce que la femme, qui est moins portée que l'homme vers les rapports sexuels, a le cervelet plus petit que lui; 4° sur ce qu'il acquiert au contraire un grand déreloppement chez les idiots, qui tous se font remarquer par une grande salacité; 5° sur ce que chez les animaux le cervelet se montrerait turgescent au printemps, époque des amours, et presque exsangue pendant l'hiver; 6° sur ce qu'il s'atrophierait chez les animaux soumis à la castration; 7° sur ce que, dans l'espèce humaine, les arrêts de développement marcheraient de front du côté des organes génitaux et du côté du cervelet; 8° sur ce que les maladies de cet organe produiraient le priapisme ou bien l'impuissance, suivant qu'elles seraient de nature inflammatoire ou de nature paralysante.

Rolando, ayant remarqué que les animaux chez lesquels il avait mutilé le cervelet étaient atteints d'une telle faiblesse musculaire qu'ils étaient devenus tout à fait incapables de marcher et même de se tenir debout; tandis que ceux chez lesquels il se contentait d'irriter l'organe se montraient possesseurs d'une puissance musculaire bien au-dessus de la normale, en a conclu que le cervelet devait être considéré comme le centre où se crée toute la force motrice mise au service de la volonté. Il comparait même, sous ce rapport, le cervelet à une pile voltaique. L'enchevêtrement des replis de substance grise et de substance blanche dans l'arbre de vie donnait presque un appui matériel à celte hypothèse et rappelait l'alternance des disques de métaux différents de la pile.

Pourfour du Petit, Saucerotte et, depuis, Foville, ont fait du cervelet le siège du sensorium commune. Selon eux, il représenterait le foyer où sont perçues toutes les impressions afférentes à la sensibilité générale, sensations de toucher, de température, de chatouillement, de douleur. Le point de départ moderne de cette idée a été une erreur à la fois anatomique et physiologique que nous avons déjà eu maintes fois l'ocasion de réfuter. On s'est basé tout d'abord sur ce que les pédoncules cérébelleux inférieurs semblent être la continuation des cordons postérieurs et sur ce qu'on croyait ceux-ci chargés de transmettre les impressions sensitives. Nous savons qu'il n'en est rien. On s'est appuyé aussi sur ce que les maladies du cervelet donneraient lieu à une céphalalgie très-intense, sur ce que dans ces mêmes maladies, il y aurait altération de la sensibilité générale, hypéresthésie ou anesthésie. Nous verrons dans la physiologie pathologique qu'il est loin d'en être toujours ainsi. Développant le système primitif de Saucerotte, Foville a prétendu que c'était là que s'opérait aussi la perception des impressions visuelles et auditives. Aux faits pathologiques qui, en effet, montrent que, dans les maladies du cervelet, la vision et l'audition peuvent être compromises, il a cherché à joindre des preuves anatomiques, et il pense avoir suivi les racines du nerf auditif à travers les corps restiformes jusque dans le cervelet, et il admet dans les pédoncules cérébelleux supérieurs l'existence d'une lamelle blanche spécialement chargée de relier les points d'origine du nerf optique avec le cervelet.

Flourens est venu donner une tout autre direction aux idées classiques par des expériences qui, en raison même de la constance des résultats, lui font encore compter aujourd'hui parmi ses partisans la plupart des médecins. Comme Rolando, il voit dans le cervelet un organe affecté à la locomotion. Comme lui, il a constaté que la destruction du cervelet donnait lieu à des troubles du mouvement tels que la locomotion devenait presque impossible. Mais il est arrivé, par une observation minutieuse, à une autre conclusion. Selon lui, l'ablation partielle ou complète du cervelet altère la fonction locomotion, non pas parce que la force motrice vient à manquer, comme le pensait Rolando, mais parce qu'elle est mal dirigée et que les mouvements sont mal coordonnés, mal associés entre eux. Le cervelet est, non pas un foyer de force motrice, mais un organe d'équilibration et de coordination qui règle les actes des véritables centres du mouvement. Chez un grand nombre d'oiseaux il a enlevé le cervelet par couches successives. L'ablation des premières couches ne produisit qu'un léger manque d'harmonie dans les mouvements. Lorsque les couches moyennes furent enlevées, il se manifesta une agitation presque universelle, les mouvements devinrent brusques et déréglés. La faculté de sauter, de voler, de marcher, de se tenir debout se montra très. altérée. Les oiseaux n'arrivèrent plus à se tenir debout qu'en s'appuyant sur leurs ailes et sur leurs queues. Ils marchaient absolument comme s'ils étaient ivres. Ils tombaient souvent et roulaient sur eux-mêmes. Lorsque les dernières couches furent retranchées, la marche, le vol, la station, devinrent tout à fait impossibles. Placés sur le dos, les animaux étaient tout à fait incapables de se relever. « En un mot, dit Flourens, la volition, les « sensations, les perceptions persistent: la possibilité d'exécuter des « mouvements d'ensemble persiste aussi. Mais la coordination de « ces mouvements en mouvements de locomotion réglés et déter« minés est perdue. Dans le cervelet il existe donc une propriété « qui consiste à coordonner les mouvements voulus par certaines « parties du système nerveux, excités par d'autres. » Dans une autre série d'expériences, Flourens a obtenu des résultats qui avaient déjà été signalés par Magendie, et qui, selon lui, viennent à l'appui de la première conclusion. Les lésions de la partie postérieure du cervelet ont souvent produit une tendance à marcher ou à courir en avant; et les lésions des parties postérieures une tendance au recul. Il attribue ces effets à ce que les lésions partielles ne pouvaient que troubler les conditions d'équilibre. Duchenne de Boulogne va plus loin que Flourens. Se basant uniquement sur des faits pathologiques, il voit dans le cervelet quelque chose de plus qu'une machine bien organisée de coordination. Il en fait le siége d'une certaine faculté psychique d'harmonisation des mouvements.

Un physiologiste italien, Lussana, a, comme tout le monde, constaté la vérité des faits signalés par Flourens. II reconnaît aussi que ces faits ne doivent pas être attribués à une faiblesse musculaire. Mais il prétend que le cervelet n'est pas non plus un agent de coordination; que ce qu'on supprime en lésant cet organe, c'est le sens musculaire, et que le défaut d'harmonie n'est que la conséquence de cette suppression. Pour lui, le cervelet serait le centre de perception des impressions nées dans les muscles. Il serait l'agent central de cette sensibilité particulière qui nous donne la faculté de mesurer et par suite de gouverner les contractions musculaires. Dans l'échelle animale, il y aurait une correspondance parfaite entre la finesse du sens musculaire et le développement du cervelet. Ce sens, en effet, est assez prononcé chez les poissons qui montrent tant d'agilité à la nage. Il l'est peu chez les reptiles qui rampent ou sautent sans mesure. Aussi leur ceryelet est-il plus petit que chez les poissons. Les oiseaux, qui, anatomiquement, sont mieux favorisés que les ani

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