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qu'on a tirées de cette passion demi-chrétienne. Le caractère de Clémentine', par exemple, est un chef-d'oeuvre dont la Grèce n'offre point de modèle. Mais pénétrons dans ce sujet : et, avant de parler de l'amour champêtre, considérons l'amour passionné. Cet amour n'est ni aussi saint

que

la piété conjugale, ni aussi gracieux que le sentiment des bergers; mais, plus poignant que l'un et l'autre, il dévaste les ames où il règne. Ne s'appuyant point sur la gravité du mariage, ou sur l'innocence des mæurs champêtres, ne mêlant aucun autre prestige au sien, il est à soi-même sa propre illusion, sa propre folie, sa propre substance. Ignorée de l'artisan trop occupé, et du laboureur trop simple, cette passion n'existe que dans ces rangs de la société où l'oisiveté nous laisse surchargés du poids de notre cour, avec son immense amour-propre et ses éternelles inquiétudes.

Il est si vrai que le christianisme jette

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I... Richardson.

une éclatante lumière dans l'abîme de nos passions, que ce sont les orateurs de l'Église qui ont peint les désordres du coeur humain avec le plus de force et de vivacité. Quel tableau Bourdaloue ne fait-il point de l'ambition! Comme Massillon a pénétré dans les replis de nos ámes, et exposé au jour nos penchants et nos vices! « C'est le caractère de cette passion, » dit cet homme éloquent, en parlant de l'amour, « de remplir le cour tout entier, ete: on ne peut plus s'occuper que d'elle; on en est possédé, enivré: on la retrouve partout; tout en retrace les funestes images; tout en réveille les injustes désirs: le monde, la solitude, la présence, l'éloignement, les objets les plus indifférents, les occupations les plus sérieuses, le temple saint lui-même, les autels sacrés, les mystères terribles en rappellent le souvenir'. »

« C'est un désordre, » s'écrie le mêine orateur, dans la Pécheresse', « d'aimer

1. Massillon, l'Enfant prodigue, Ire partie, tom. II.. 2. Première partie.

pour lui-même ce qui ne peut être ni notre bonheur, ni notre perfection, ni par conséquent notre repos: car aimer, c'est chercher la félicité dans ce qu'on aime; c'est vouloir trouver dans l'objet aimé tout ce qui manque à notre cæur; c'est l'appeler au secours de ce vide affreux

que

nous sentons en nous-mêmes, et nous flatter qu'il sera capable de le remplir; c'est le regarder comme la ressource de tous nos besoins, le remède de tous nos maux, l'auteur de tous nos biens...'. Mais cet amour des créatures est suivi des plus cruelles incertitudes : on doute toujours si l'on est aimé comme l'on aime; on est ingénieux à se rendre malheureux, et à former à soimême des craintes, des soupçons, des jalousies; plus on est de bonne foi, plus on souffre; on est le martyr de ses propres défiances: vous le savez, et ce n'est pas à moi

à à venir vous parler ici le langage de vos passions insensées '. »

1. Massillon, la Pécheresse, seconde partie. 2. Id., l'Enfant prodigue, seconde partie, tom. II.

Cette maladie de l'ame se déclare avec fureur, aussitôt que paraît l'objet qui doit en développer le germe. Didon s'occupe encore des travaux de sa cité naissante: la tempête s'élève et apporte un héros. La reine se trouble, un feu șecret coule dans ses veines: les imprudences commencent; les plaisirs suivent; le désenchantement et le remords viennent après eux. Bientôt Didon est abandonnée; elle regarde avec horreur autour d'elle, et ne voit que des abîmes. Comment s'est-il évanoui cet édifice de bonheur, dont une imagination exaltée avait été l'amoureux architecte ? palais de nuages que dore quelques instants un soleil prêt à s'éteindre! Didon vole, cherche, appelle Énée:

Dissimulare etiam sperasti? etc. '. Perfide, espérais-tu me cacher les desseins et l'échepper clandestinement de cette terre ? Ni notre amour, ni cette main que je t'ai donnée, ni Didon prète à étaler de cruelles funérailles, ne peuvent arrêter tes pas ? etc., etc.

Quel trouble, quelle passion, quelle vé

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1. Æneid. lih. iv, vers 305.

rité dans l’élcquence de cette femme trahie! Les sentiments se pressent tellement dans son cæur, qu'elle les produit en désordre, incohérents et séparés, tels qu'ils s'accumulent sur ses lèvres. Remarquez les autorités qu'elle emploie dans ses prières. Est-ce au nom des dieux, au nom d'un sceptre qu'elle parle ? Non: elle ne fait pas même valoir Didon dédaignée ; mais plus humble et plus amante, elle n'implore le fils de Vénus que par des larmes, que par la propre main du perfide. Si elle y joint le souvenir de l'amour, ce n'est encore qu'en l'étendant sur Énée: par notre hymen, par notre union commencée, dit-elle,

Per connubia nostra, per inceptos hymenæos '.

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Elle atteste aussi les lieux témoins de son bonheur, car c'est une coutume des malheureux, d'associer à leurs sentiments les objets qui les environnent; abandonnés des hommes, ils cherchent à se créer des appuis, en animant de leur douleur les êtres insen

1. Æneid. lib. iv, vers 316.

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