Page images
PDF
EPUB

CHAULIEU-NÉ EN 1639.

Il s'est illustré par ses poésies légères où l'on trouve un heureux assemblage de philosophie et de gaîté, d'esprit et de sensibilité, et enfin une sorte de négligence dans l'expression, qui, loin de blesser, annonce un goût exquis.— Mourut en 1720.

BRUEYS-NÉ EN 1640.

PALAPRAT-NÉ EN 1650.

Poètes dramatiques qui travaillèrent en commun. Nous leurs devons les comédies du Grondeur et de L'Avocat Patelin, pièces très gaies et toujours applaudies.-Brueys mourut en 1723; Palaprat mourut en 1721.

LAFARE-NÉ EN 1644.

Poète célèbre dans le genre badin. Ses vers respirent cet aimable abandon, cette heureuse facilité, et cette chaleur de sentiment que l'art tenterait en vain d'imiter. Mais ils ont aussi les défauts de la nature livrée à elle-même: on sent que c'est l'amour, que c'est Bacchus, plutôt qu'Apollon, qui les dictaient.--Mourut en 1712.

SAINTE-AULAIRE-NÉ EN 1644.

Digne rival de Chaulieu et de Lafare, il s'est comme eux distingué dans la poésie légère. Libre effusion du cœur, aisance, douce harmonie, voilà le caractère de ses compositions, dont les plus agréables, chose singulière, sont l'ouvrage de sa vieillesse.-Mourut en 1742.

HAMILTON-(Voyez vol. i.)

REGNARD-NÉ EN 1647.

Cet homme que la passion des voyages éloigna tant de fois de sa patric, et qui mena si longtemps une vie crrante

:

et aventureuse, est notre plus illustre comique après Molière. S'il n'en a pas la profondeur, il en a toute la gaîté. Le Joueur, où l'on dit qu'il s'est peint lui-même, est sa meilleure pièce c'est celle où il s'est le plus rapproché de Molière par la vérité et le comique des caractères. Le Légataire Universel et les Ménechmes sont plus gaies, et font beaucoup plus rire. Le Retour Imprévu renferme aussi des scènes fort plaisantes. Mais Démocrite, le Distrait, et les Folies Amoureuses méritent à peine qu'on en fasse mention. Regnard composa aussi un roman et quelques pièces fugitives, qui sont tombés dans l'oubli.-Mourut en 1710.

DUFRESNY-NÉ EN 1648.

Auteur dramatique. Nous lui devons quelques comédies dont la gaîté fait le caractère. Les plus amusantes sont le Double Veuvage, la Réconciliation Normande, et le Mariage Fait et Rompu.-Mourut en 1724.

LA FOSSE-NÉ EN 1658.

Ce poète doit toute sa réputation à sa belle tragédie de Manlius, bien qu'il ait laissé aussi des poésies fugitives, dont quelques-unes ont de la grâce.-Mourut en 1708.

DIX-SEPTIÈME SIÈCLE.

MORCEAUX CHOISIS.

STANCES SPIRITUELLES.

(MALHERBE.)

LOUEZ Dieu par toute la terre,

Non pour la crainte du tonnerre
Dont il menace les humains;

Mais parce que sa gloire en merveilles abonde,
Et que tant de beautés qui reluisent au monde,
Sont les ouvrages de ses mains.

Sa providence libérale

Est une source générale

Toujours prête à nous arroser :

L'Aurore et l'occident s'abreuvent en sa course;
On y puise en Afrique, on y puise sous l'Ourse;
Et rien ne la peut épuiser.

N'est-ce pas lui qui fait aux ondes
Germer les semences fécondes

D'un nombre infini de poissons?

Qui peuple de troupeaux les bois et les montagnes,
Donne aux prés la verdure, et couvre les campagnes
De vendanges et de moissons?

S'abreuvent, drink; on y puise, they draw in it; ourse, bear; épuiser exhaust; ondes, waters.

PARAPHRASE DU PSAUME CXLV.

(MALHERBE.)

N'espérons plus, mon âme, aux promesses du monde,
Sa lumière est un verre, et sa faveur une onde,
Que toujours quelque vent empêche de calmer;
Quittons ces vanités, lassons-nous de les suivre ;
C'est Dieu qui nous fait vivre,
C'est Dieu qu'il faut aimer.

En vain pour satisfaire à nos lâches envies,
Nous passons près des rois tout le temps de nos vies,
A souffrir des mépris, à ployer les genoux :

Ce qu'ils peuvent n'est rien; ils sont ce que nous sommes,
Véritablement hommes,

Et meurent comme nous.

Ont-ils rendu l'esprit, ce n'est plus que poussière
Que cette majesté si pompeuse et si fière,

Dont l'éclat orgueilleux étonnait l'univers;

Et dans ces grands tombeaux où leurs ombres hautaines Font encore les vaines

Ils sont mangés de vers.

Là se perdent ces noms de maîtres de la terre;

D'arbitres de la paix, de foudres de la guerre :

Comme ils n'ont plus de sceptre, ils n'ont plus de flatteurs; Et tombent avec eux d'une chute commune,

Tous ceux que leur fortune

A fait leurs serviteurs.

Lâches envies (cowardly), shameful passions; à ployer les genoux, in kneeling; rendu l'esprit, expired; foudres de la guerre, formidable

warriors.

À UN PÈRE SUR LA MORT DE SA FILLE.

(MALHERBE.)

Ta douleur du Perrier sera donc éternelle?

Le malheur de ta fille au tombeau descendue
Par un commun trépas,

Est-ce quelque dédale où ta raison perdue
Ne se retr uve pas ?

Je sais de quels appas son enfance était pleine,
Et n'ai pas entrepris,
Injurieux ami, de soulager ta peine
Avecque son mépris.

Mais elle était du monde où les plus belles choses
Ont le pire destin;

Et rose elle a vécu ce que vivent les roses,
L'espace d'un matin.

La mort a des rigueurs à nulle autre pareilles:
On a beau la prier,

La cruelle qu'elle est se bouche les oreilles,
Et nous laisse crier.

Le pauvre en sa cabane où le chaume le couvre
Est sujet à ses lois;

Et la garde qui veille aux barrières du Louvre

N'en défend point nos rois.

Trépas, death; dédale, maze; avecque (avec), with, by; on a beau_la prier, it is of no avail to entreat her; se bouche les oreilles (stops her ears), turns a deaf ear; chaume, thatch; veille, is watching.

SCÈNES DU CID.
(CORNEILLE.)

ACTE PREMIER.

SCÈNE I.

Chimène, Elvire.

Chi. Elvire, m'as-tu fait un rapport bien sincère?

Ne déguises-tu rien de ce qu'a dit mon père?

Elv. Tous mes sens à moi-même en sont encor charmés; Il estime Rodrigue autant que vous l'aimez;

Et, si je ne m'abuse à lire dans son âme,

Il vous commandera de répondre à sa flamme.

Chi. Dis-moi donc, je te prie, une seconde fois, Ce qui te fait juger qu'il approuve mon choix, Apprends-moi de nouveau quel espoir j'en dois prendre; Un si charmant discours ne se peut trop entendre; Tu ne peux trop promettre aux feux de notre amour La douce liberté de se montrer au jour.

« PreviousContinue »