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» quel droit lui niez-vous ses douleurs, vous

qui n'en avez eu nulle pitié? Des per» sonnes non suspectes les démentent. » Moi, je m'en tiens à un seul fait; il était à » Charenton. Et vous, qui l'y avez conduit, » qui l'y avez retenu, pendant neuf mois;

qui l'avez séparé de tout ce qui pouvait le » sauver, vous étiez sa femme, sa fille et » son gendre.

Le défenseur de la femme, de la fille et du gendre, cherchait sa réponse. L'honnête homme, dont je rapporte l'entretien, saisit ce moment, pour ébranler son antagoniste ; et la vue d'un enfant de huit ans, qui était présent, lui inspira un moyen, dont l'éloquence, simple et naïve, m'a paru devoir être conservée dans cette cause. « Écoute , » ma fille, lui dit-il; ton pauvre père a déjà » eu bien des chagrins. Tu lui en donneras » peut-être de plus grands encore. Sa tête » se troublera dans ses douleurs; il t'écrira , » avec son bon cour, une lettre sans raison. » Tu iras trouver M. le lieutenant de poli» ce, tu lui diras : Il faut enfermer mon » père; et il sera enfermé. Pour comble de » malheurs, il saura que c'est toi; et, avant

» de se donner la mort, il te donnera sa ma» lédiction. » Alors l'enfant, fondant en larmes , et se jetant au cou de son père, comme pour l'arracher au sort, dont il lui avait offert l'image : Non, mon papa, je ne te ferai jamais enfermer; et si jamais on t'enferme, j'irai mourir avec toi dans la prison.

Ainsi répond la nature. Quand nos adversaires auront tout dit, nous les ramènenerons à ce mot d'un enfant; et il retentira sans cesse dans tous les coeurs.

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PENSÉES

ET RÉFLEXIONS.

LIVRE TROISIÈME.

SUR LES FEMMES.

1. Les devoirs de la dépendance ont été portés dans la femme, comme plus propre à se les adoucir par ces aimables moyens, qu'elle tire de sa faiblesse même.

11. On doit aux femmes cette justice, que jamais elles ne rendent davantage à leurs époux, que dans les choses, où la loi cesse de leur imposer l'obéissance.

III. On en a vu venir, de toute leur fortune, au secours d'un mari, de qui elles avaient beaucoup à se plaindre.

iv. D'autres s'attacher à leur malheur, et se réconcilier avec eux, pour les suivre dans un exil.

v. On en a yu, pour ces nobles sacrifices, briser des liens secrets, qui leur étaient plus chers que la vie; obtenir sur ellesmêmes une victoire, qu'on n'aurait pu leur offrir; et ne plus chercher le bonheur que dans ces consolations, si pures et si douces, d'un beau devoir, fidèlement rempli; qu'elles savent aussi goûter de toute la sensibilité de leur âme.

vi. C'est surtout dans les femmes d'un ordre distingué, que cette vertu éclate le plus, parce qu'il faut le secours de l'éducation et la passion de l'estime publique, pour rendre le caur si délicat et si généreux.

vii. Les femmes ne sont si malheureuses, au déclin de leurs charmes, qu'en oubliant que la dignité d'une mère est destinée à remplacer la beauté d'une épouse.

vi. L'estime du public a plusieurs degrés; et sa sévérité s'adoucit, suivant les situations et les personnes. Cette indulgence est plutôt un progrès, qu’un relâchement dans les moeurs et la morale.

ix. La loi ne nous relève pas des impru

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