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Un rameau du laurier qui ombrage le tombeau de Virgile près de Naples, m'étant dernièrement parvenu, j'ai cru devoir faire quelques recherches sur l'histoire de ce tombeau dont on parle beaucoup, mais qu'en réalité l'on connaît peu, parce qu'aucun écrivain, du moins que je sache, ne s'en est occupé spécialement. Comme ce sujet rappelle le souvenir de l'un des plus beaux génies de l'antiquité, il m'a semblé que le résultat de ces recherches ne serait peut-être pas indigne de fixer un instant votre attention; je me hasarde donc, Messieurs, à vous faire part de ce faible travail, et à prier l'Académie d'en agréer l'hommage.

Dans cet opuscule, j'exposerai en premier lieu les opinions des savants sur l'origine du tombeau de Virgile; je parlerai ensuite de certains pélerinages dont il a été l'objet , et du laurier merveilleux qui le couvre; enfin je terminerai par le récit de quelques honneurs particuliers rendus à la mémoire du divin poète.

Voyons d'abord si le vieux monument dont il existe encore une partie en ruine sur le revers du mont Pausilippe, à l'entrée du chemin souterrain qui conduit de Naples à Pouzzol, ' est réellement le tombeau de Virgile. Quoique la tradition lui ait constamment donné ce nom, la chose n'en est pas moins douteuse et la question assez difficile à résoudre, car si rien ne prouve que ce soit véritablement le tombeau du poète, il faut convenir aussi que rien ne prouve le contraire. On pourrait peut-être pencher pour l'affirmative, d'après les détails rapportés dans une Vie de Virgile qui date du ive siècle, et où il est dit que ce grand homme, revenant d'Athènes, mourut à Brindes, sous le consulat de C. Sentius et de Q. Lucretius, le 10 des calendes d'octobre, c'est-àdire le 22 septemb. de l'an 19 av. J. C.?. L'auteur nous

Une note sur le mont Pausilippe est renvoyée à la fin du Mémoire.

2 Cette vie est attribuée à Ælius Donatus, célèbre grammairien qui vivait en 354, et qui a été le précepteur de St. Jérôme. On pense que cette biographie peut bien avoir été composée dans le principe par cet Ælius Donat, mais qu'ensuite elle a été altérée par un autre Donat , nommé Tiberius. Claudius Donatus, qui a vécu postérieurement à Ælius , et plus altérée encore par les copistes et par les légendaires qui y ont ajouté des prodiges attribués à Virgile dont ils ont fait un magicien, un homme à sortilège.

Cependant il faut convenir que les détails de la vie de ce poète ne sont connus que par cet ouvrage, et qu'ils paraissent très-avérés dans tout ce qui ne tient point aux fables et aux superstitions dont on a surchargé ce livre dans le moyen âge.

3 Virgile avait alors 51 ans 11 mois et 8 jours, étant né dans les environs de Mantoue, sous le consulat de Licinius Crassus et de Cn. Pompeius Magnus , le jour des ides d'octobre , l'an 684 de R. , c'est-à-dire le 15 octobre de l'an 70 av. J.-C. Si l'on est d'accord sur cette date, on ne l'est pas également sur le lieu précis de sa naissance. Les Anciens ont tous nommé Andes apprend ensuite que peu de jours avant sa mort, Virgile avait exigé par l'une des clauses de son testament ! que son corps fût transporté de Brindes à Naples; ce qui fut exécuté non seulement en vertu de cette clause, mais par un ordre exprès d’Auguste; enfin le biographe ajoute que les cendres du poète furent déposées sur le chemin de Pouzzol, près de la seconde pierre milliaire, sepulta fuére ossa in vid puteoland intrà lapidem secundum. Or cet emplacement désigné par intra lapidem secundum, annonce une distance qui s'accorde assez bien avec celle qui sépare Naples du vieux monument dont les restes subsistent encore. Voilà une première induction en faveur de l'opinion qui place là le mausolée de Virgile. Mais bien plus, ce monument dont l'intérieur annonce un véritable tombeau, est, ainsi qu'on le voit par

comme devant être ce lieu ; mais où était cet Andes? Maffei l'a cherché aux environs de Cavriana et de Volta dans le Véronnais; l'historien Visi de Mantoue le suppose à sept lieues de cette ville, près de Rivalta. Les savants étaient partagés entre ces deux opinions, quand M. Casali, dans son Mémoire Del luogo natale di Virgilio; Mantoue, 1800, in-4° de 40 p., a cherché à prouver par des autorités et des arguments difficiles à réfuter, que Maffei et Visi se sont trompés , et que l'endroit autrefois appelé Andes est le même village qui porte aujourd'hui le nom de Periola. Il faut cependant convenir que crtte opinion n'est pas nouvelle ; elle avait été soutenue par plusieurs savants italiens ; mais l'autorité de Maffei et de Visi l'avait fait révoquer en doute ; M. Casali l'a rétablie et appuyée de raisonnements qui paraissent sans réplique.

On peut consulter les détails que nous avons donnés sur le testament de Virgile , dans notre Choix des Testaments anciens et modernes , remarquables par leur importance , leur singularité, etc. ; Paris, Renouard, 1829, 2 vol. in-8°. (Vor. tom. II, pp. 346-49.)

ses débris, revêtu en mattoni , ou briques en losanges, sorte de construction romaine qui, au dire de tous les antiquaires , était en usage du temps d'Auguste. Ajoutons que Silius Italicus, poète du premier siècle de l'ère vulgaire, avait fait acquisition du lieu où reposaient les cendres de Virgile sur le chemin de Pouzzol, qu'il fit des réparations à ce mausolée et qu'il s'y rendait comme à un temple. Rien ne répugnerait donc à penser que le vieux monument qui nous occupe, remontant à des temps peu éloignés de la mort du poète, pourrait bien être réellement son tombeau. Cependant quelques savants modernes, et entre autres. Cluvier, dans son Italia antiqua , lib. iv, c. 3, p. 1153, prétendent que les restes de Virgile n'ont point été déposés au mont Pausilippe, et qu'il faut chercher leur emplacement à l'orient de Naples dans le voisinage du Vésuve; ils s'étaient de ce passage de Stace :

Maronei sedens in margine templi,
Sumo animum ac magni tumulis accanto magistri.....

... Fractas ubi Vesbius, egerit undas. Le pied du Vésuve aurait donc été dépositaire des. cendres de notre poète. Cette opinion a été partagée par Addison et par plusieurs autres écrivains. Il est encore un autre objet qui pourrait faire douter que le monument actuel fût le tombeau de Virgile ; c'est l'aspect de son intérieur. L'abbé Romanelli, antiquaire napolitain, mort en 1819, nous en a donné la description: Le tombeau, dit-il, est maintenant détérioré, mais l'intérieur est conservé; il consiste en une chambre carrée, surmontée d'une voûte en maçonnerie grecque; chaque côté de cette chambre est d'environ 18 palmes' de

Le palme de Naples est de 9 pouces 7 lignes.

large, et elle porte près de 15 palmes dans sa plus grande hauteur. Sur les côtés, on remarque onze niches propres à recevoir des urnes sépulcrales. Autrefois on en voyait une en marbre , qui, placée au milieu sur une base soutenue par neuf petites colonnes également en marbre, renfermait, dit-on, les cendres du poète. D'après cette description de l'abbé Romanelli, ces onze niches annonceraient un lieu de sépulture, non pas pour un seul homme, mais pour une famille entière; c'est ce que les Romains appelaient columbarium; or Virgile était des environs de Mantoue, et son tombeau élevé près de Naples n'avait besoin que d'une niche ou d'un autel pour recevoir son urne; donc le monument avec ses onze niches ne peut être le tombeau du poète. Ce raisonnement n'est pas rigoureusement conséquent, car Virgile a pu avoir des amis, des affranchis, des esclaves dévoués qui, en faisant construire son tombeau, auraient pris des précautions pour qu'un jour leurs cendres y fussent déposées autour de celles du grand homme qu'ils avaient tendrement chéri.

Quoi qu'il en soit, on peut dire que le monument du Pausilippe a été, depuis les temps les plus anciens, et est encore aujourd'hui en possession de l'honneur d'a-, voir renfermé les cendres de Virgile; aucun autre lieu spécialement désigné dans les environs de Naples ne le lui a disputé. Pétrarque, qui est mort en 1374, dit qu'à la fin du sentier obscur, c'est-à-dire du chemin souterrain qui conduit de Pouzzol à Naples, dès que l'on cominence à voir clair, on aperçoit sur une éminence le tombeau de Virgile, qui est d'un travail fort ancien. On ne faisait donc aucun doute dans le xive siècle et longtemps auparavant, que les cendres de Virgile ne reposassent dans cet endroit.

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