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leurs noms,

ils été? leur patrie,

sont-ils connus? y a-t-il eu dans la Grèce des partisans ? que sont devenus ces importants personnages qui méprisoient Homère, qui ne songeoient dans la place qu'à l'éviter, qui ne lui rendoient pas le salut, ou qui le saluoient par son nom, qui ne daignoient pas l'associer à leur table, qui le regardoient comme un homme qui n'étoit pas riche, et qui faisoit un livre ? que deviendront les Fauconnets' ? iront-ils aussi loin dans la postérité que Descartes né François et mort en Suède ? ?

Du même fond d'orgueil dont l'on s'élève fièrement au-dessus de ses inférieurs, lement devant ceux qui sont au-dessus de soi. C'est le propre de ce vice, qui n'est fondé ni sur le mérite personnel ni sur la vertu, mais sur les richesses , les postes, le crédit, et sur de vaines sciences, de nous porter également à mépriser

l'on rampe

vi

Il y avoit un bail des fermes sous ce nom. 2 On connoissoit déja du temps de La Bruyère ce qu'on a appelé depuis l'éloquence des italiques. En imprimant ainsi les mots mort en Suède, il a certainement voulu insister sur cette circonstance, et rappeler à ses lecteurs les déplorables cabales qui ont éloigné Descartes de son pays, et l'ont envoyé mourir dans un royaume voisin du pôle.

ceux qui ont moins que nous de cette espèce de biens, et à estimer trop ceux qui en ont une mesure qui excéde la nôtre.

il y a des ames sales , pétries de boue et d'ordure, éprises du gain et de l'intérêt, comme les belles ames le sont de la gloire et de la vertu; capables d'une seule volupté, qui est celle d'acquérir ou de ne point perdre; curieuses et avides du denier dix ; uniquement occupées de leurs débiteurs; toujours inquiétes sur le rabais ou sur le décri des monnoies; enfoncées et comme abymées dans les contrats, les titres, et les parchemins. De telles gens ne sont ni parents, ni amis, ni citoyens, ni chrétiens, ni peut-être des hommes : ils ont de l'argent.

Commençons par excepter ces ames nobles et courageuses, s'il en reste encore sur la terre, secourables, ingénieuses à faire du bien, que

nuls besoins , nulle disproportion , nuls artifices, ne peuvent séparer de ceux qu'ils se sont une fois choisis pour amis; et, après cette précaution, disons hardiment une chose triste et douloureuse à imaginer : il n'y a personne au monde si bien lié avec nous de société et de bienveillance, qui nous aime, qui nous goûte, qui nous fait mille

offres de services, et qui nous sert quelquefois, qui n'ait en soi , par l'attachement à son intérêt, des dispositions très proches à rompre avec nous, et à devenir notre ennemi.

Pendant qu'Oronte augmente avec ses années son fonds et ses revenus, une fille naît dans quelque famille, s'éléve, croît, s'embellit, et entre dans sa seizième année; il se fait prier à cinquante ans pour l'épouser, jeune, belle, spirituelle : cet homme, sans naissance, sans esprit , et sans le moindre mérite, est préféré à tous ses rivaux.

Le mariage, qui devroit être à l'homme une source de tous les biens, lui est souvent, par la disposition de sa fortune, un lourd fardeau sous lequel il succombe : c'est alors qu'une femme et des enfants sont une violente tentation à la fraude, au mensonge, et aux gains illicites. Il se trouve entre la friponnerie et l'indigence : étrange situation !

Épouser une veuve, en bon françois , signihe faire sa fortune : il n'opère pas toujours ce qu'il signifie. Celui qui n'a de partage avec ses frères

que pour vivre à l'aise bon praticien, veut être officier ; le simple officier se fait magistrat; et le magistrat veut présider ; et ainsi de toutes les conditions où les hommes languissent serrés et indigents après avoir tenté au-delà de leur fortune, et forcé pour ainsi dire leur destinée, incapables tout à - la- fois de ne pas vouloir être riches et de demeurer riches.

Dîne bien, Cléarque, soupe le soir, mets du bois au feu, achète un manteau, tapisse ta chambre : tu n'aimes point ton héritier; tu ne le connois point, tu n'en as point.

Jeune, on conserve pour sa vieillesse ; vieux, on épargne pour la mort. L'héritier prodigue paie de superbes funérailles, et dévore le reste.

L'avare dépense plus mort, en un seul jour, qu'il ne faisoit vivant en dix années ; et son héritier plus en dix mois, qu'il n'a su faire luimême en toute sa vie.

que

l'on prodigue, on l'ôte à son héritier : ce que l'on épargne sordidement, on se l’ôte à soi-même. Le milieu est justice pour soi et pour les autres.

Les enfants peut-être seroient plus chers à leurs pères , et réciproquement les pères à leurs enfants , sans le titre d'héritiers. Triste condition de l'homme, et qui dégoûte

Ce

de la vie! il faut suer, veiller, fléchir, dépendre, pour avoir un peu de fortune, ou la devoir à l'agonie de nos proches : celui qui s'empêche de souhaiter que son père y passe bientôt, est homme de bien.

Le caractère de celui qui veut hériter de quelqu’un rentre dans celui du complaisant: nous ne sommes point mieux flattés, mieux obéis, plus suivis, plus entourés, plus cultivés, plus ménagés, plus caressés de personne pendant notre vie , que de celui qui croit gagner à notre mort, et qui desire qu'elle arrive.

Tous les hommes, par les postes différents , par les titres, et par les successions, se regardent comme héritiers les uns des autres, et cultivent par cet intérêt, pendant tout le cours de leur vie, un desir secret et enveloppé de la mort d'autrui : le plus heureux dans chaque condition est celui qui a plus de choses à perdre par sa mort, et à laisser à son successeur.

L'on dit du jeu qu'il égale les conditions; mais elles se trouvent quelquefois si étrangement disproportionnées, et il y a entre telle et telle condition un abyme d'intervalle si immense et si profond, que les yeux souffrent de voir de telles

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