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XX

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AVERTISSEMENT

DE

L'ÉDITE U R.

L

Es réimpressions des lettres de Madame de Sévigné ont été fi

si fréquentes en France & dans les Pays Etrangers, qu'une nouvelle Edition devenoit inutile, si ces Lettres n'avoient eu qu'une vogue passagere. Mais , puisqu'il est certain qu'elles iront à la postérité, tout semble avoir exigé qu'on les fit reparoître avec un nouvel éclat.

Il y a déja quelques années, qu'après bien des recherches j'eus le bonheur de recouvrer un nombre considérable de Lettres de la mere à la fille, que je croyois, ou perdues, ou égarées : je compris dès-lors que si on les inséroit

dans une seconde Edition, selon l'ordre chronologique parmi celles qui ont déja paru , ce feroit rendre un nouveau service au Public ; & je sentis en même-temps que la premiere Edition auroit besoin d'être revue sur les originaux mêmes, si on vouloit que celle-ci acquît une plus grande perfection.

Mais combien de difficultés vinrent ensuite s'offrir à mon efprit ? Il falloit débroạiller les nouvelles Lettres, en découvrir les dates; il falloit revenir sur les anciennes ; il falloit accompagner les unes & les autres de quelques notes assez courtes pour ne point embarrasser le texte, mais nécessaires à la plupart des Lectcurs. En un mot, j'étois comme effrayé à la vue d'une entreprise que j'aurois infailliblement abandonnée, si je n'avois moins consulté mes forces, que mon zele pour la mémoire de Madame de Sévigné.

Les fonctions d'un Editeur ne sont pas toujours aussi bornées qu'on le pense ordinairement. Jaloux du succès d'un ouvrage pofthume qu'il publie, il doit se représenter sans cesse ce qu'auroit fait l’Auteur lui-même, si celuici avoit eu le temps d'y mettre la derniere main. Il est vrai que l'Editeur n'a jamais le droit de mêler quelque chose du sien dans l'Ouvrage d'un autre ; mais lui contestera-t-on la liberté de supprimer ce qui ne lui paroît point également propre à voir le jour Or, comme il s'agit de faire un choix, & que ce choix dépend de l'intelligence & du gout de l'Editeur , je conviendrai fans peinc qu'il n'a manqué à la gloire de Madame de Sévigné qu'un · Pellisson , pour lui rendre après sa mort les mêmes services qu'il rendit autrefois à Sarasin, & que de nos jours l'Abbé Massieu a rendus à un Académicien de ses amis. Les admirables Préfaces de

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Meslieurs Pelliffon & Maffieu peuvent-elles seules dédommager le Public de n'avoir pas reçu des mains mêmes de Sarasin & de Tourreil les excellentes pro ductions qu'ils ont laissées ? Mais persuadé qu'on ne me soupçonnera point de la sotte vanité de croire avoir réusli , comme ces deux illustres Editeurs, je me contenterai de dire que j'ai du moins tâché de suppléer par une application longue & afsidue , à tout ce qui me manque d'ailleurs.

Si Madame de Sévigné avoit prévu que ses Lettres seroient un jour imprimées , il est à présumer qu'elle y auroit mis , & plus d'art, & plus de soin ; mais est-il bien sûr qu'elle fût arrivée au point de perfection que l'on remarque dans ses Lettres, si en les écrivant, elle ne s'étoit entiérement livrée à son naturel (1) Son

(1) J'ai toujours pensé qu'il en étoit de Madame de Sévigné pour les Lettres, com

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