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machine) (1), on sera toujours en état de déterminer par leur moyen de quelle nature est certe électricité, si elle est positive ou négative.

Ainsi, non-seulement en été, dans les orages & dans les autres temps on pourra décider la nature de l'électricité de l'air ou des nuages, mais encore dans l'hyver , où elle est moins forte, & peut-êrre même dans les brouillards ; car il est bien certain , comme je l'ai dit, qu'ils sont électriques.

Rien n'est plus curieux que de voir dans les orages comment les aigrettes & les points lumineux se succedent , l'appareil étant électrisé tantôt en plus, tantôt en moins. Dans le commencement, l'électricité est ordinairement positive ; ensuite elle change & devient négative, souvent après un grand éclair toute l'électricité de l'appareil disparoîc entiérement, & ensuite elle revient peu à peu jusqu'au même degré où elle étoit auparavant. Alors on peut prédire que l'éclair reparoîtra bientôr. On observe dans le même temps un mouvement dans le barometre qui est fort sensible dans ceux qui sont à aiguilles , & qui peut pareillement servir à prédire le retour de l'éclair.

Au reste, la machine que je viens de décrire, n'empêche pas qu'on ait dans le même appartement un de ces petits carillons éle&triques communiquant avec le fil de l'appareil , & qui servent à avertir quand il y a de l'électricité; mais il feroit à propos dans ce cas-là que les deux fonds de la machine fussent de verre, afin qu'on n'eût qu'à détacher le fil Fa qui communique avec le plancher , pour que l'électricité ne se perdît pas, fil qu'on remettroit quand on voudroit faire des observations avec cette machine; car il est important, pour rendre les feux bien sensibles, que ce fil Fa communique bien intimement avec le plancher.

(1) Pour rendre sensible les feux alternatifs des deux faces du carreau de Leyde , je fis faire, il y a près de vingt ans, une machine presque semblable à celle que je viens de décrire. On en peut voir le principe à l'article Coup foudroyant, vol. 4c de l'Encyclopédie, & il y cvoit longtems que cette derniere étoic imaginée, lorsque je trouvai avec plaisir que je m'étois rencontré avec le P. Beccaria , qui en décrit une à peu près la même pour le fonds, page 138 de son excellent Ouvrage Dell-Elettricismo terreftre atmosferico.

M É MO I RE
Sur la combinaison du Mercure avec l'acide marin par la voie humide ;

l'on expose plusieurs procédés pour obtenir cette combinaison dans
le même état du fublimé corrosif ;

Par M. MONNET, des Académies Royales des Sciences de Stock

holm, de Turin , &c. Depuis Académie EPUIS long-temps plusieurs Chymistes s'étoient apperçus, qu'en Royale des faisant la combinaison du mercure avec l'acide marin par la voie huSciences de mide , ou faisant ce qu'on appelle communément le précipité blanc, il Stockholm. restoit toujours une portion de cette combinaison dissoute dans la liqueur, 1770.

soit que l'opération eût été faite par le sel marin ou par l'acide marin pur. Il arrivoir même assez souvent, qu'en s'écartant de quelque chose du procédé ulicé, on n'obrenoit que très-peu de précipité, ou même point du tout; ou celui qu’on obtenoit avoit une qualité différente, c'est-àdire qu'il étoit plus corrosif que celui qu'on obtient par le procédé ordinaire. L'attention que je portai à ces effers me fir voir que cela tenoit à la grande disposition qu'a le mercure de s'unir avec un excès d'acide marin, tant par la voie humide, que par la voie feche (1); & sachant que plus le mercure est avec excès d'acide, plus il est soluble; & qu'aux contraire moins le mercure contient de cet acide, moins il est soluble : je voyois la chose s'expliquer comme d'elle-même. Dès lors je sentis la pollibilité qu'il y avoit d'unir au mercure par la voie humide aílez d'acide marin pour qu'il fût égal au sublimé corrosif. Avant d'entrer dans le détail des expériences que j'ai faites à ce sujet , il convient que nous nous arrêtions à considérer les circonstances dans lesquelles cette union du mercure avec l'acide marin par la voie humide, le présente différemment. La premiere observation que je fis sur ce sujet , fuc de reconnoître que plas on étendoit la dissolution mercurielle dans l'eau, aussi bien que la diffolution du sel marin ou l'esprit de sel, plus on avoiç de précipité, & plus au contraire ces liqueurs étoient concentrées , moins on avoit de ce précipité. Pourquoi cette différence ? C'est que dans la premiere circonstance le mercure ne reçoit point la quantité luf. fisante d'acide , ou du moins il en reçoit beaucoup moins que dans la seconde; & il y a apparence que cela vient encore de ce que dans la premiere, la double décomposition se faisant dans un rapport moindre, le mercure ne reçoit de l'acide marin que ce qu'il lui en faut pour être sous cette forme de précipité ; au lieu que dans le second, les parties te touchant de plus près, la double décomposition se fait avec plus d'activiré & de violence, & dans un rapport plus égal. L'acide nitreux quirtant le mercure pour s'unir à la base du lel marin , en dégage de l'acide proportionnellement à la quantité; de sorte que le mercure se trouvant uni à une plus grande quantité d'acide marin, demeure dissous dans la liqueur ; ou s'il s'en précipite, on voit que ce précipité est beaucoup plus soluble que le commun , & par conséquent plus caustique , puisqu'une de ces propriétés indique toujours l'autre. A l'égard de l'acide marin pur, plus il est versé en abondance dans une dissolution mercurielle , moins on a de précipité, & plus au contraire on l'y verse lentement ou affoiblic par l’eau, plus on a de précipité. Il arrive ici la même chose que ce que nous venons de dire : le mercure surchargé d'acide marin ne le précipite point, ou du moins il s'en précipite peu, pendant que peu d'acide marin s'unissant à beaucoup de mercure , il en résulte beaucoup plus de précipité, puisque ce mercure ne se trouve pas chargé d'assez d'acide pour le tenir dissous. Une chose importante que j'ai observée, c'est que si une dissolution mercurielle n'est point entiérement saturée de mercure; ou si elle contient un excès d'acide, il n'y a point de précipité dans l'une ni dans l'autre des circonstances dont nous venons de parler. Les liqueurs mêlées restent claires & transparentes ; ce qui a lieu, à ce que je crois, pour deux raisons. La premiere, parce que le jeu des doubles décompolitions est dérangé, & que l'échange des bases ne se fait que difficilement & lentement ; & la seconde, parce qu'à mesure que le mercure s'unir à l'acide marin, l'excédence de l'acide nitreux l'empêche de se précipiter, puisqu'il le tient dissous. Voilà ce qui a fait dire à quelques-uns que le mercure étoit dissoluble dans l'eau régale; mais cela n'eft vrai que dans cette circonstance, & qu'autant que le mercure est déjà uni à l'acide marin ; (1) il seroit plus juste de dire que le inercure

(1) Je suis obligé de me servir de cette maniere de parler pour me faire entendre; car je suis bien éloigné de regarder l'acide marin dans le sublimé corrosif, comme y étant dans un excès relativement au mercure. On verra au contraire par la (uite, que je regarde l'acide marin dans le sublimé corrosif, comme y étant dans une saturation parfaite ; & que la propriété corrosive de ce composé est due à ce nouvel être luiniême , & non à l'acide marin en particulier,

moins

(1) Il ne faut entendre cependant cette non-dissolution du mercure par l'eau régale, que dans le cas d'une cau régale parfaite, c'est-à-dire, faite dans les proportions qu'on a coutume de la faire pour l'usage ; car il est certain qu'une cau forte, quoị qu'un peu régalinc , dissout cependant le mercure. Témoins nos eaux fortes du commerce, qui, faites avec du salpêtre de la premiere cuite, contiennent assurément un peu d'esprit de sel. Il y a donc apparence qu'une petite quantité d'acide marin a'em. pêche absolument pas l'action de l'esprit de nitre sur le mercure, Tome III, Pari.I. 1774.

B

uni à l'acide marin eft foluble dans l'eau forte. Car on fait bien

que

le mercure est inattaquable directement par l'eau régale. C'est ce que notre digne Confrere, M. le Chandelier, a mis, il n'y a pas long-temps en évidence dans un Mémoire qu'il a lu à l'Académie de Rouen, & qui a été depuis inséré dans le Journal de Médecine. On sait d'ailleurs qu'il est pollible de faire dissoudre du sublimé corrosif dans l'esprit de nitre, quoiqu'un peu difficilement.

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D'après ces observations je pris une livre de mercure que je fis dissoudre dans une f. q. d'eau forte. Lorsque la dissolution fut faite, je la mis dans une terrine de grès ; je n'attendis pas qu'elle fût entiérement froide ; je versai dessus tout-à-coup une dissolution d'une livre & demie de sel marin. Il se fit dans l'instant un grand frémissement dans ce mêlange; des vapeurs rouges s'en éleverent, & il s'y fit un précipité assez conlidérable, mais qui se redissolvit bien promptement. Ayant laissé reposer quelque temps cette liqueur, j'y trouvai une très-grande quantité de petits crystaux en poignard à trois faces flexibles : en un mot, des crystaux , tels que le sublimé corroff en donne , étant dissous dans l'eau. J'enlevai ces crystaux par le moyen d'un filtre sur lequel je versai le tout; car il n'y avoit que ce moyen pour les obtenir. Je les laislai sécher sur le filtre, après quoi j'en pris la moitié que je fis fublimer dans une phiole au bain de sable. Je m'apperçus que la sublimation se faisoit très-promptement & avec peu de chaleur. Je pris ensuite l'autre partie de ces crystaux ; je la triturai dans un mortier de verre avec autant de mercure qu'il en falloit pour le rendre en mercure doux ; j'en fis la sublimation; ce qui alla à deux onces de mercure sur trois onces de ces crystaux ; proportions qui sont les mêmes à peu-près que celles qu'on emploie poue faire le mercure doux , suivant les dispensaires.

Par ce premier procédé on voit que le mercure s'étoit uni avec assez d'acide marin pour ne différer en rien du sublimé corrosif ordinaire. Content de ce succès, j'entrepris d'exécuter un autre procédé encore plus en grand, espérant de faire prendre au mercure une plus grande quantité d'acide.

E x P É RIENCE 11. Je pris deux livres de mercure, je les fis dissoudre comme ci-dessus dans l. q. d'esprit de nitre, & même un peu plus ; car mon dessein étoit de ne pas faturer entiérement cet acide de mercure , pour voir ce qui en arriveroit. Je verfai deslus une dissolution de trois livres de sel marin; il se fit, comme dans la premiere expérience , un mouvement très

,

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confidérable : beaucoup de vapeurs rouges en partirent ; mais, à peine la liqueur blanchit-elle un instant; elle reprit sa transparence trèspromptement; & ce que je trouvai de bien fingulier, c'eft qu'elle avoit acquis une belle couleur d'un bleu clair. Comme j'avois employé le moins d'eau possible pour la dissolution du sel marin, & que ma liqueur se trouvoit par conséquent extrêmement chargée, elle ne tarda

pas me donner une très-grande quantité de crystaux, tout pareils à ceux que j'avois obtenus par le premier procédé. Après les avoir enlevés, comme j'ai déjà dit , j'exposai ma liqueur sur le bain de sable, & j'en fis évaporer environ un bon quart. L'ayant laissée refroidir , j'eus encore une crystallisation assez considérable. Je laissai sécher mon sel mercuriel; après quoi je l'essayai avec du mercure pour en faire du sublimé doux. Je vis avec le même plaisir qu'il avoit pris aurant de mercure que le sublimé corrosif du commerce.

Il y a ici une remarque très importante à faire au sujet de cerre fublimation. Ce fel mercuriel, différant du sublimé corrosif, en ce qu'il contient de l'eau , puisqu'il s'est crystallisé, il faut mener la chaleur très-lentement dans le commencement : si on alloit trop víre , l'eau de la crystallisation se mettant en vapeurs, emporteroit avec beaucoup de rapidité du sublimé hors du vaisseau, ou même risqueroit de le faire caller. C'esi encore avec beaucoup plus de ménagement qu'on doit agir à l'égard de notre sel, lorsqu'on veut le faire sublimer seul.

Quant au nitre quadrangulaire qui résulte dans ces occasions, c'est-àdire de la combinaison de l'acide nitreux avec la base du fel marin, étant très-difficile à se crystalliser , & ayant au contraire beaucoup de disposition à attirer l'humidité de l'air , il n'y a pas à craindre que dans les premieres crystallisations de notre fel mercuriel il s'y en trouve. Il est vrai que ces crystaux mercuriels sont imbibés de la liqueur qui contient ce nitre quadrangulaire ; mais cette liqueur s'en sépare par les papiers sur lesquels on fait sécher ce sel mercuriel. Je pris ensuite les liqueurs provenantes de ces deux expériences, je les fis évaporer jusqu'à ficcité dans une terrine de grès au bain de sable. A mesure que la matiere faline se desséchoit , quoique cela fùc à une chaleur très-modérée, il se sublimoit de notre sel sur les parois supérieures de ce vaisseau. Je m'apperçus par conséquent que j'en perdois beaucoup. L'ayant néanmoins amené à une parfaite dellication, je me disposai à en séparer par la sublimation tout mon fel mercuriel. Pour cela je réduisis toute la masse saline en poudre, & je commençai par en garnir fix phioles à moitié de leur volume : je les plaçai convenablement dans un bain de sable , & poussai le feu par degrés , pour faire faire la sublimation. Dans très-peu de temps la voûte fupérieure de ces phioles fur garnie de fublimé; & je me réjouiffois d'obtenir une bonne quantité de sublimé corrosif de cette maniere, lorsqu'il s'éleva avec bruit de la phiole qui étoit dans le centre du bain de

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