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dans le Gouvernement, et que l'Etat manque de liaison.

Lequel vaut le mieux, d'un Gouvernement simple ou d'un Gouvernement mixte? Question fort agitée chez les politiques, et à laquelle il faut faire la même réponse que j'ai faite. ci-devant sur toute forme de Gouvernement.

Le Gouvernement simple est le meil. leur en soi, par cela seul qu'il est simple. Mais quand la puissance exécutive ne dépend pas assez de la législative, c'est-à-dire, quand il y a plus de rapport du Prince au Souverain que dız Peuple au Prince, il faut remédier à ce défaut de proportion en divisant le Gouvernement; car alors toutes ses parties n'ont pas moins d'autorité sur les sujets, et leur divifion les rend toutes ensenze ble moins fortes contre le Souverain.

On prévient encore le même irxconvénient en établissant des magistrats intermédiaires, qui, laissant le Gouvernement en son entier, fervent feulement å balancer les deux puissances et à maintenir leurs droits respectifs. Alors le Gouvernement n'est pas mixte, il est tempéré. On peut remédier par des

moyens semblables à l'inconvénient opposé, et. quand le Gouvernement est trop lâche, ériger des tribunaux pour le concentrer., Cela se pratique dans toutes les démocraties. Dans le premier cas on divise le Gouvernement pour l'affoiblir, et dans le second pour le renforcer; car les maxinium de force et de foiblesse se t'ouvent également dans les Gouverne mens fimples, au lieu que les formes mixtes donnent une force moyenne.

CH A P I TRE VII.

Que toute forme de Gouvernement n'est

pus propre à tout Pays. La liberté n'étant pas un fruit de tous les climats, n'est pas à la portée de tous les peuplés. Plus on médite ce principe établi par Moutesqnieu , plus on en sent la vérité. Plus: on le conteste, plus on donne, occasion de l'établir par de nou. velles preuves.

Dans tous les Gouvernemens du monde la personne publique consomme et ne produit rien. D'où lui vient donc la substance consommée? Du travail de ses membres. C'est le fuperflu des particuliers qui produit le nécessaire du public. D'où il suit que l'état civil ne peut sublifter qu'autant que le travail

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des hommes rend au-delà de leurs besoins.

Or, cet excédent n'est pas le même dans tous les pays du monde. Dans plusieurs il est considérable, dans d'au. tres médiocre, dans d'autres, ul, dans d'autres négatif. Ce rapport dépend de la fertilité du climat, de la sorte de trayail que la terre exige, de la nature de ses productions, de la force de ses habitans, de la plus ou moins grande consommation qui leur est nécessaire, et de plusieurs autres rapports semblables desquels il est composé.

tous les Gouvernea mens ne sont pas de même nature; il

a de plus ou moins dévorans, et les différences sont fondées sur cet autre principe, que, plus les contributions publiques s'éloignent de leur source et plus elles sont onéreuses. Ce n'est pas sur la quantité des impofitions qu'il faut mesurer cette charge, mais sur le chemin qu'elles ont à faire pour retourner

D'autre part,

y en

dans les mains dont elles sont sorties ; quand cette circulation est prompte et bien établie, qu'on paie peu ou beaucoup, il n'importe; le peuple eft toujours riche et les finances vont toujours bien. Au contraire, quelqne per que le peuple donne, quand ce peu ne lui revient point,

en donnant toujours bientôt il s'épuise; l'Etat n'est jamais riche, et le peuple est toujours gueux.,

Il fuit de-là que plus la distance du peuple au Gouvernement augmente, et plus les tribats deviennent onéreux; ainsi dans la démocratie le peuple est le moins chargé, dans l'aristocratie it l'est davantage, dans In monarchie il porte le plus grand poids. La monarchie ne convient donc qu'aux nations opulentes, l'aristocratie aux Etats inédiocres en richesse ainsi qu'en grandenr, la démocratie aux Etats petits et parivres.

En effet, pluus on y réfléchit, plus on trouve en ceci de différence entre les Etats libres et les monarchiques; dans

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