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considérable, puisqu'elles font remonter dans le côlon les balles de plomb, le ba de marbre assez lourdes qu'on fait avaler au cheval. Peut-être ne sont-elles étrangères au développement de cette invagination par laquelle la pointe de l'orgar remonte dans l'arc et vient sortir dans le côlon replié.

La disposition si remarquable du cæcum des solipèdes n'est pas fort cornmany parmi les mammifères : clle se rapproche beaucoup de celle du cæcom du lierit, du lapin et de plusieurs pachydermes; mais elle n'a plus rien de commun avec ce e qu'on observe chez les ruminants et les carnivores, car chez cenx-ci le cæc om est cylindrique, sans replis, sans bosselures ni bandes longitudinales ; et il n'y ex séparé du côlon par aucun étranglement qui puisse empêcher les matières alimelaires de passer aisément de l'un dans l'autre. D'ailleurs chez les ruminants et les carpassiers il est réduit à un rôle d'une minime importance.

Les aliments, une fois arrivés dans le côlon, s'y accumulent en grande quantité, surtout chez les vieux chevaux et les animaux qui digèrent mal. Ils sont encore très-délayés dans les premières sections, depuis le cæcum jusqu'à la courbure sus sternale et de celle-ci à la courbure pelvienne ; mais ils prennent de la consistance à mesure qu'ils se rapprochent du côlon flottant. Leur marche est favorisée, au lieu d'être ralentie, par les plis appelés improprement valvules conniventes, valvules qui divisent la masse, l'ébranlent portion par portion, par un mécanisme analogue à celui des palettes d'une roue hydraulique. Le ralentissement de cette progression lient à l'étendue du trajet que les matières parcourent, puis au rétrécissement de la courbure pelvienne, et de l'origine du côlon flottant, dans lequel elles ne parviennent qu'après avoir été privées d'une forte proportion de leur véhicule aqueux. Elles s'arrêtent même au niveau des rétrécissements si elles sont sèches ; elles s'y durcissent et forment les pelotes stercorales qui occasionnent si fréquemment des coliques graves ou mortelles ; mais ce n'est pas dans ces points que séjournent ces calculs énormes dont le poids s'élève jusqu'à 8 à 10 kilogrammes, sans que leur présence soit incompatible avec l'entretien régulier des fonctions digestives.

Les contractions du gros intestin n'ont pas la vivacité qui appartient à celles de l'intestin grêle; cependant leur énergie est quelquefois très-considérable. On les voit très-bien sur un animal tué depuis quelques minutes et dont l'intestin est étalé hors de la cavité abdominale. On les voit de même sur un animal vivant dont le côlon modéréinent lesté est mis à découvert. Dès que l'impression de l'air s'est fait sentir depuis quelques instants, les contractions, auparavant très-faibles, prennent une vivacité graduellement croissante. Les bosselures se changent en dépres. sions, Jes dépressions deviennent des bosselures, suivant une succession souvent assez rapide. Le côlon, dans ses parties déjà rétrécies, se resserre et se dilate tour à tour, au point que, par moments, la courbure pelvienne arrive à n'avoir plus que e tiers de son diamètre normal.

Ces contractions, d'autant plus sensibles que l'intestin est moins distendu, ont besoin d'une grande énergie pour faire progresser des masses énormes d'aliments, et souvent contre les lois de la pesanteur, comme de la courbure sus-sternale à la courbure pelvienne, et de la courbure diaphragmatique à la naissance du côlon flotlant. Les fibres circulaires qui les déterminent prennent des points d'appui sur les sories bandes longitudinales dont l'usage essentiel est, comme l'avait remarqué

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Galien, de donner de la solidité aux parois intestinales. Quant à ces rubans euxmêmes, ils ne paraissent pas se contracter sur le côlon replié et le cæcum, mais leur contraction devicnt parfois sensible sur le côlon soltant, où ils sont très-évidemment et exclusivement de nature musculaire.

Les matières parvenues dans le côlon flottant ont cédé aux absorbants une grande partie des liquides qui les imprégnaient. A mesure qu'elles cheminent dans cette dernière section du tube digestif, elles acquièrent une plus grande consistance. Les valvules conniventes divisent la masse en petites pelotes qui se tassent progressivement et se recouvrent d'une légère couche de mucus. En passant d'une cellule : dans la cellule suivante, chaque pelote conserve sa forme et son volume, sans jamais se réunir avec celles qui l'avoisinent. Elles s'entassent dans le rectum en quantité plus ou moins considérable, jusqu'au moment de leur élimination.;

Chez un grand nombre d'animaux, le côlon, au lieu d'offrir la disposition si re: marquable qui appartient aux solipèdes, aux pachydermes et à quelques rongeurs, conserve l'aspect de l'intestin grêle. Il n'a dans les ruminants et les carnassiers, par exemple, ni dilatations ni resserrements alternatiss; il y est dépourvu de bosselures, de valvules, de bandes Jongitudinales. Cependant les matières stercorales s'y rassemblent en petites pelotes, comme on le voit chez le mouton, la chèvre, le dromadaire, Ic lièvre, le lapin, etc. Ce résultat, dont la cause ne réside point dans une disposition anatomique, tient au mode spécial de contraction des dernières parties du gros intestin qui s'étranglent de distance en distance, de manière à prendre l'aspect moniliforme d'une corde noueuse. Les pelotes, souvent assez espacées, peuvent s'amasser dans le rectum sans se confondre les unes avec les autres..

Chez les carnivores dont le côlon est extrêmement court, ce mode de contraction ne s'observe pas. Le gros intestin reste dilaté uniformément. Les excréinents, s'ils sont consistants, s'y moulent sous la forme d'un cylindre, que coupent en plusieurs segments les contractions du sphincter.. · Les matières stercorales, lorsqu'elles se sont entassées dans lc rectum, font naître une sensation spéciale qui exprime le besoin de la défécation. Le sphincter de l'anus, jusqu'alors resserré, sans l'intervention de la volonté, se relâche volontairement; le rectum se contracte d'avant en arrière; le diaphragie et les muscles abdominaux viennent au secours du dernier segment intestinal, dont l'action isolée resterait le plus souvent impuissante, bien qu'elle ne manque pas d'énergie, car Haller, Legallois et d'autres l'ont vuc chez le chien suffire à l'expulsion des fèces, pendant que l'abdomen était ouvert. Il est à noter que souvent cette évacuation a lieu sans que le reclum soit rempli sur toute sa longueur. On voit, en effet, assez fréquemment chez le bæuf, au moment où l'anus s'ouvre, les matières venir de loin et remplir bientôt les parties postérieures de cet intestin momentanément dilatées.

Les matières alimentaires, pour traverser toules lcs scctions du tube digestif, c'est-à-dire pour parcourir, chez le cheval, un trajet moyen de 30 mètres, chez le mouton, de 32 mètres, et chez le bæuf, de 56 mètres, n'emploient pas un temps bien considérable. Nous avons vu, en effet, que les petits tubes, les boules creuses, que Réaumur et Spallanzani faisaient avaler à des moutons, étaient quelquefois rendus avec les excrémcols, Irente, trenle-trois licures après leur ingestion, et pour. G. COLIN. — Physiol. comp., 2e édit.

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1. - 54

nakart

tant ces corps étrangers avaient probablement séjourné plus que les aliments dar, les compartiments gastriques. Les petits sachets, les masses de chair, les boules e verre, les billes de marbre, que je faisais avaler à des chevaux, étaient rendus are les malières stercorales, de la vingt-deuxième à la trentième heure, rarement a bout d'une période plus longue.

Le travail de la digestion est maintenant achevé. Tous les actes si variés de cette importante fonction n'étaient destinés, en définitive, qu'à préparer les inatière alimentaires à céder aux absorbants une partie de leurs principes assimilables. Pe l'analyse rapide que nous venons d'en faire, on a pu voir combien d'opératiois combinées étaient nécessaires pour arriver à un tel résultat. Il a fallu aux animaut des instincts pour les guider dans la recherche et le choix de leurs aliments, de sensations pour les avertir du besoin d'en prendre, pour régler la mesure suivant laquelle ils doivent en user, et en apprécier les diverses qualités ; il a fallu l'action d'organes spéciaux pour saisir l'aliment, celle d'autres organes pour le diviser e le broyer, l'imprégner de salive et l'amener dans les réservoirs gastriques ou intestinaux; il a fallu enfin les produits de nombreuses glandes pour l'élaborer, ude immense surface pour en saisir les principes nutritifs, des expansions contractiles pour le mettre en mouvement et en expulser les résidus.

Nous avons vu avec quelle harmonie ces actions s'accomplissent simultanément ou successivement. Nous avons fait la part des forces vitales et des forces chimiques dans ces opérations complexes qui transforinent la substance étrangère en matière organisée. Les puissances vitales ont présidé au travail dans son ensemble et dans tous ses détails; elles ont déterminé les conditions dans lesquelles les autres pouvaient agir ; elles ont donné aux sensations leur caractère, aux sécrétions leur cachet spécial, aux mouvements leur rhythme si bien coordonné. Dès que les suas modificateurs ont été versés, et que ces réactifs ont été mis en contact avec l'aliment, il s'est transformé mieux qu'il ne l'aurait fait dans un réservoir inerte, car ses transformations s'effectuent dans un appareil admirableinent organisé, sorle de vaisseau qui se meut de lui-même, reçoit et garde les matières à élaborer, produit les fluides dissolvants, absorbe les principes réparateurs, et expulse les résidus; vaisseau servant d'atelier mystérieux où les puissances chimiques travaillent silencieusement sous la direction des forces, d'ordre supérieur, qui président aux actions digestives comme à toutes les autres fonctions de l'économie animale.

FIN DU TOME PREMIER.

.. TABLE DES MATIÈRES

CONTENUES DANS LE TOME PREMIER

.........

35

PRÉFACE .......
INTRODUCTION.......... ..........
I. De l'organisation en général, de

ses formes et de ses lois........
II. De la vie en général, et de ses

manifestations ................
III. Del'observation considérée comme

moyen d'arriver à la connaissance
des phénomènes de la vie. .....

IV. De l’expérimentation..........
V. De la systématisation...........
VI. Des méthodes en physiologie, de

la marche et des progrès de cette
science .....................

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LIVRE PREMIER
DES FONCTIONS DU SYSTÈME NERVEUX

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128

134

136

I. Coup d'ạil anatomique et micro-

graphique ....................
II. Propriétés de la moelle épinière..
III. Fonctions conductrices de la

moelle épinière.....
IV. Actions réflexes de la moelle épi-

nière ......................
V. Action de la moelle sur différentes

fonctions....................
VI. Mouvements de la moelle épinière.
VII. Influence de la circulation sur

les fonctions des centres nerveux.

88

Chap. I. Du système nerveux en

général, et de l'ensemble de ses
fonctions ....
1. Formes du système nerveux dans

le règne animal...............
II. Propriétés générales du système

nerveux .....................
III. Action nerveuse en général.....
Chap II. Fonctions de l'encéphale.
Du cerveau ou des hémisphères céré-

braux ............. ..........
I. Rôle des hémisphères cérébraux

relativement à la sensibilité géne-

rale et aux sensations...........
II. Role des hémisphères cérébraux

relativement aux mouvements....
III. Rôle des hémisphères cérébraux

relativement aux facultés intellec-

tuelles et instinctives, ..........
Du cervelet....................
Du mésocéphale................
De la moelle allongée ............
Des mouvements de l'encéphale.....

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considérable, puisqu'elles font remonter dans le côlon les balles de plomb, les bir de marbre assez lourdes qu'on fait avaler au cheval. Peut-être ne sont-elles étrangères au développement de celle in vagination par laquelle la pointe de l'org remonte dans l'arc et vient sortir dans le côlon replié.

La disposition si remarquable du cæcum des solipèdes n'est pas fort cornid" parmi les mammifères : clle se rapproche beaucoup de celle du cæcum du lierre du lapin et de plusieurs pachydermes; mais elle n'a plus rien de commun avec orih qu'on observe chez les ruminants et les carnivores, car chez ceux-ci le cæcus est cylindrique, sans replis, sans bosselures ni bandes longitudinales; et il n'ye séparé du côlon par aucun étranglement qui puisse empêcher les matières alimen

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carnassiers il est réduit à un rôle d'une minime importance.

Les aliments, une fois arrivés dans le côlon, s'y accumulent en grande quantie surtout chez les vieux chevaux et les animaux qui digèrent mal. Ils sont encara très-délayés dans les premières sections, depuis le cæcum jusqu'à la courbure sassternale et de celle-ci à la courbure pelvienne ; mais ils prennent de la consistance à mesure qu'ils se rapprochent du côlon flottant. Leur marche est favorisée, au lieu d'être ralentie, par les plis appelés improprement valvules conniventes, valvules qui divisent la masse, l'ébranlent portion par portion, par un mécanisnie analogue à celui des palettes d'une roue hydraulique. Le ralentissement de cette progression tient à l'étendue du trajet que les matières parcourent, puis au rétrécissement de la courbure pelvienne, et de l'origine du côlon flottant, dans lequel elles ne parviennent qu'après avoir été privées d'une sorte proportion de leur véhicule aqueux. Elles s'arrêtent même au niveau des rétrécissements si elles sont sèches; elles s'y durcissent et forment les pelotes stercorales qui occasionnent si fréquemment des coliques graves ou mortelles ; mais ce n'est pas dans ces points que séjournent ces calculs énormes dont le poids s'élève jusqu'à 8 à 10 kilogrammes, sans que leur présence soit incompatible avec l'entretien régulier des fonctions digestives.

Les contractions du gros intestin n'ont pas la vivacité qui appartient à celles de l'intestin grêle; cependant leur énergie est quelquefois très-considérable. On les voit très-bien sur un animal tué depuis quelques minutes et dont l'intestin est étalé hors de la cavité abdominale. On les voit de mêine sur un animal vivant dout le côlon modéréinent lesté est mis à découvert. Dès que l'impression de l'air s'est fait sentir depuis quelques instants, les contractions, auparavant très-faibles, prennent une vivacité graduellement croissante. Les bosselures se changent en dépressions, les dépressions deviennent des bosselures, suivant une succession souvent assez rapide. Le côlon, dans ses parties déjà rétrécies, se resserre et se dilate tour à tour, au point que, par moments, la courbure pelvienne arrive à n'avoir plus que e tiers de son diamètre normal.

Ces contractions, d'autant plus sensibles que l'intestin est moins distendu, ont besoin d'une grande énergie pour faire progresser des masses énormes d'aliments, et souvent contre les lois de la pesanteur, comme de la courbure sus-sternale à la courbure pelvienne, et de la courbure diaphragmatique à la naissance du côlon flotlant. Les fibres circulaires qui les déterminent prennent des points d'appui sur les sorles bandes longitudinales dont l'usage essentiel est, comme l'avait remarqué

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