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Se peut connoître au discours que j'avance:
Chacun des trois fait un peuple fort grand :
Le Créateur en a béni l'engeance.
En toute affaire ils ne font que songer

Au moyen d'exercer leur langue.
, mon ami, tire-moi du danger,

Tu feras après ta harangue.

F A BLE X X.

Le Coq & la Perle,
UN jour un Coq détourna
Une Perle qu'il donna
Au beau premier Lapidaire.
Je la crois fine, dit-il,
Mais le moindre grain de Mil
Seroit bien mieux mon affaire.
Un ignorant hérita
D'un Manuscrit qu'il porta
Chez fon voisin le Librairę.
Je crois, dit-il, qu'il est bon,
Mais le moindre ducaton
Seroit bien mieux mon affaire.

F A BL E X X I. .

Les Frélons les Mouches à miel.

A L'quyre on connołt l’artisan,

Quelques rayons de miel fans maître se trouverent , ,

Des (1) Frelons les réclamerent,

Dès Abeilles s'opposant,
Devant certaine Guêpe on traduisit la cause.
Il étoit mal-aisé de décider la chose.
Les témoins déposoient qu'autour de ces rayons
Des animaux aîlés, bourdonnans, un peu longs,
De couleur fort tannée, & tels que les Abeilles
Avoient long-temps paru. Mais quoi ? Dans les
Frelons

Ces enseignes étoient pareilles.
La Guêpe ne sachant que dire à ces raisons,
Fit enquête nouvelle ; & , pour plus de lumiere,

Entendit une fourmilliere.
Le point n'en put être éclairci.
De grace, à quoi bon tout ceci?

Dit une Abeille fort prudente,
Depuis tantôt fix mois que la cause est pendante,

Nous voici comme aux premiers jours,

Pendant cela le miel se gâte.
Il est temps désormais que le Juge se hâte.

N'a-t-il point assez (2) lêché l'Ours?
Sans tant de contredits & d'interlocutoires,

Et de fatras & de grimoires,

Travaillons, les Frelons & nous: On verra qui fait faire , avec un suc si doux,

Des cellules si bien bâties.

(1) Espece de mouches qui s'introduisent dans les ruches des Abeilles pour en piller le miel, incapables elles-mêmes de composer un suc la

(2) Expresfion proverbiale , pour dire , succé, extenué les Parties en prolongeant les prom cès.

Le refus des Frelons fit voir

Que cet art passoit leur savoir;
Et la Guêpe adjugea le miel à leurs parties.

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Plût à Dieu qu'on réglât ainsi tous les procès !
Quc des Turcs en cela l'on suivît la méthode!
Le fimple sens commun nous tiendroit lieu de(3)code.

Il ne faudroit point tant de frais.
Au lieu qu'on nous mange, on nous gruge,

On nous mine par des longueurs.
On fait tant à la fin que l'huître est pour le Juge,

Les écailles pour les plaideurs.
(3) Recueil de Loix, desti- à embrouiller l'esprit des Juges,
nées à l'éclaircissement & à la & toujours à prolonger les pro-
décision des procès, mais qui, cès aux dépens des Parties in-
par l'adresle des Procureurs & téressées.
des Avocats, fervent quelquefois

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Le Chêne e le Roseau.

LE Chêne un jour dit au Roseau :
Vous avez bien sujet d'accuser la nature.
Un(1) Roitelet pour vous est un pesant fardeau.

Le moindre vent qui d'aventure
Fait rider la face de l'eau,

Vous oblige à baisser la tête :
(i) Fort petit oiseau. Qui sulter Plutarque, dans son Traité,
voudra savoir pourquoi cet oi- intitulé, Instruction pour ceux qui
feau a été appellé Roitelet , c'est- manient affaires d'Estat, chapi.
à dire , petit Roi, n'a qu'à con- tre 7. de la traduđion d'Amyot.

Cependant que mon front, au (2) Caucase pareil,
Non content d'arrêter les rayons du Soleil,

Braye l'effort de la tempête.
Tout vous eft Aquilon , tout me semble Zéphir,
Encor si vous naissiez à l'abri du feuillage

Dont je couvre le voisinage,
Vous n'auriez pas tant à souffrir,
Je vous défendrois de l'orage.

Mais vous naissez le plus souvent
Sur les humides bords des (3) Royaumes du vent.
La Nature envers vous me lemble bien injuste.
Votre compassion, lui répondit l'Arbuste,
Part d'un bon naturel, mais quittez ce souci :

Les vents me font moins qu'à vous redoutables. Je plie, & ne romps pas. Vous avez jusqu'ici

Contre leurs coups épouventables

Résisté fans courber le dos :
Mais attendons la fin. Comme il disoit ces mots :
Du bout de l'Orizon accourt avec furie

Le plus terrible des enfans
Que le Nord eût porté jusque-là dans ses flancs.

L'Arbre tient bon, le Roseau plie :
Le vent redouble ses efforts,

Et fait si bien qu'il déracine
(4) Celui de qui la tête au Ciel étoit voisine,

(2) Haute montagne en Asie.

(3) Comme les Joncs croirsent sur les bords des rivieres & des étangs, ils sont fans celle agités par les vents qui regnent dans ces endroits-là.

(4) Imité de Virgile, qui dit en parlant du Chêne :

Quæ quantum vertice
ad auras
Æthereas, tantum radice in

tartara tendit.
Georg. L. II. v. 291. 292,

Cüüj

(5) Et dont les pieds touchoient à l'empire des

Morts.

(s) Expresfion poëtique, pour dire , Et dont les racines pénétroient fort avant dans la terre.

Fin du premier Livre.

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