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TABLE DES PIÈCES.

La Soirée.
L'Exigeant.
L'Éducation à la Mode.- Par BERQUIN.
Le Page.-Par BERQUIN.
La Mansarde des Artistes.Par E. SCRIBE.
Le Charlatanisme.

Par E. SCRIBE.
La Somnambule.-Par E. SCRIBE.
L'Intérieur d'un Bureau.-Par E. SCRIBE.
Le Mariage d'Argent.—Par E. SCRIBE.
La Métromanie.--Par PIRON.
Le Misanthrope.—Par MOLIÈRE.
Mérope.—Par VOLTAIRE.
Athalio.-Par RACINE.
Cinna, ou la Clémence d'Auguste.-Par CORNEILLE.

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CHEFS-D'EUVRE DRAMATIQUES

DE LA

LANGUE FRANÇAISE.

LA SOIRÉE.

PERSONNAGES.

MADAME DUSERVANT.

A DÈLE, seur de Charles. VICTOR,

FÉLIX DURAND.
CAROLINE
ses enfans.

EDOUARD, son jeune frère.
M. LEBRETON, ami de la maison. Les trois demoiselles BLINVAL.
MÉLANIE D'AUBERVILLE.
CHARLES GRANDSON.

La scène se passe à Paris, chez Madame Duservant.

MARGUERITE, } domestiques.

Le Théâtre représente un joli salon ; une porte s'ouvre dans le

fond, et deux autres de chaque côté.

SCÈNE PREMIÈRE.

Madame Duservant, Victor, Caroline.

Victor, (assis à une table et pliant une lettre.) Là! voilà notre dernière invitation. (Ramassant plusieurs lettres sur la table.) Je vais envoyer Baptiste les porter de suite, nous n'avons pas trop de temps.

Madame Duservant, (examinant une liste.) Mais il y a deux noms que je ne trouve pas sur ta liste.

Caroline. Deux noms ! eh! qui donc ?

Madame Duservant. C'est à ton frère que je fais la question.

Victor. Il me semble pourtant que tous nos amis s'y trouvent.

Madame Duservant. Je n'y vois pas les deux Durand.

Victor. Oh! ceux-là, nous nous paşserons bien d'eux;' et puis ils ne sont pas faits pour se trouver avec nous... Des enfans d'épicier!

Madame Duservant. Qu'est-ce à dire !?... Vous avez donc une opinion bien élevée de votre position pour rabaisser ainsi les autres ?

Caroline. Mon frère entend, ma chère maman, que tu nous as imposé de ne fréquenter que les personnes de notre rang.

Madame Duservant. Moi, j'entends seulement par là celles qui ont des sentimens honorables, et dont la conduite est exempte de reproches. Je n'ai jamais prétendu vous donner une leçon d'orgueil. Les jeunes Durand se font distinguer par leur mérite : c'est la seule chose qu'il faille voir en eux. Ce sont tes camarades de classe, Victor, et par conséquent tes égaux. Tu es donc bien ridicule, à ton âge, d'aller chercher des distinctions extravagantes qui n'appartiennent qu'aux petits esprits ou à une folle ambition.

Victor, (d'un air contraint.) Je vais réparer mon oubli en leur adressant une lettre. (Il se met à écrire.)

Madame Duservant. Je te sais gréé de cette déférence à mes observations; mais je voudrais croire que tu es convaincu de leur justesse.

CO ne. Mon frère en est touché comme moi, j'en suis sûre ; je me charge de les lui rappeler s'il les oublie.

Victor; (à part.) Oui! viens faire ta prude, et tu verras comme je te recevrai. (Haut.) Ma chère maman, c'est un trop beau jour aujourd'hui pour être grondé; je tâcherai de ne plus te mécontenter.

Madame Duservant, (les embrassant.) C'est bien, mes enfans, je suis heureuse de vous voir aussi soumis. Mais écoutez-moi, j'ai encore quelques recommandations à vous faire. Vous avez eu le désir de donner une petite soirée à vos amis, je vous ai laissé toute liberté pour cela, je vous abandonne ce salon, et j'ai mis mes domestiques à vos ordres ; vous allez donc agir en maîtres de maison ; mais je suis cu

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* Nous supporterons bien leur absence.
· Qu'est-ce que cela signifie ? Expression de blame.

Hanter, voir souvent.
* Je te sais gré, je suis satisfaite, je te remercie.
6 Prude, qui affecte un air sage.

rieuse de savoir comment vous allez vous comporter: ce n'est pas peu de chose, de faire les honneurs d'un salon.'

Caroline. Oh! maman, sois tranquille, nous saurons bien nous en tirer,' si Victor surtout veut me laisser faire.

Victor. Qui, cela ira à merveille pourvu que Caroline ne se mêle pas de faire sa Marie j'ordonne.

Madame Duservant. Vous n'êtes pas déjà d'accord; j'ai grand peur que vos pauvres invités n'aient à souffrir de votre humeur, si vous ne savez pas mieux vous concilier. Toi, Victor, je te connais un peu taquin, n'aimant guère à céder, et Caroline mérite qu'on lui reproche ses petits airs prétentieux et son ton tranchant. Tâchez au moins de soumettre vos caractères à l'obligation que vous contractez d'être aimables, car lorsque nous recevons des amis, nous devons entièrement nous oublier pour eux, et sacrifier nos propres plaisirs à leur agrément.

Victor. Tu verras, ma chére maman, qu'ils seront tous contens de nous.

Madame Duservant. Allons, comme je vous l'ai dit, je le désire; et pour que vous méritiez mieux ma confiance, je m'engage à vous laisser maîtres absolus.

Victor. Oh! c'est charmant! Vite ! je vais envoyer mes lettres, et ensuite m'habiller. (Il sort.)

Madame Duservant. C'est principalement sur toi, ma fille, que roulent les soins que je vous prescris de remplir. Ton sexe te commande d'être gracieuse et prévenante, de veiller à ce que rien ne manque, à avoir enfin mille petites attentions dont les détails nous appartiennent.

Caroline. Oh! tu verras! N'ai-je pas eu d'ailleurs un excellent modèle sous les yeux ?

Madame Duservant. Je ne te demande pas de me flatter, ma fille : tu me feras plus de plaisir en agissant convenablement.

Caroline, (l'embrassant.) Chère maman, je te le promets.

Madame Duservant. C'est bien. Va donner tes ordres à Marguerite ; dès ce moment tu es la maitresse, et songe ensuite à ta toilette, car il faudra que tu sois ici, ainsi que ton frère, pour recevoir votre monde.

Caroline. Oui, maman, j'y vais. Oh! que je suis heu. reuse ! (Elle sort en courant.)

i Faire les honneurs, recevoir poliment.
? Nous saurons bien faire les choses comme il faut,

Ton tranchant, décidé, péremptoire.

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