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SCÈNE XVIII.

Les Précédents ; Sophie. Sophie. Mon père ! mon père ! voilà des voitures, des gendarmes !

Germont. Des voitures ! des gendarmes !

Delmar. Qui, ils arrivent pour son cours de physiologie, qu'il termine aujourd'hui !

Germont. Nous y assisterons tous ! un cours de physiologie, c'est très-amusant.

Sophie. Et puis, voici les journaux du soir ; ils viennent d'arriver ; il y a un article superbe sur M. Rémy. Tenez, lisez plutôt. On y dit en toutes lettres qu'il y a une place vacante à l'Académie de médecine, et que s'il y avait une justice, c'est lui qui devrait être nommé.

Rémy. Vraiment !

Germont, (qui a regardé le journal.) C'est ma foi vrai, c'est imprimé.

Rondon. Il ne manquait plus que cela pour leur tourner la tête.

Germont. Ah! mon Dieu ! ma fille! mes enfants ! il est question de moi.

Delmar, (prenant le journal.) Ce n'est pas possible ! Rondon, (bas.) Si vraiment, j'avais soigné le beau-père.

Delmar, (lisant le journal en regardant Germont.) “Un peintre célèbre, l'honneur de la province, vient d'arriver à Paris ; c'est M. Germont, auteur du fameux tableau du Massacre des Innocents. On dit qu'il s'est enfin déterminé à publier son Cours d'Agriculture, si impatiemment attendu par les savants.'

Germont. Je commence donc à percer ?

Delmar. C'est à votre gendre que vous devez cela. Tout ce qui tient à un homme célèbre acquiert de la célébrité.

Germont, (à Rondon.) Eh bien, monsieur! vous qui pré. tendiez que Rémy n'avait ni talent ni réputation, que ditesvous de cet article-là, de cet article où on lui donne de si grands éloges ?

Rondon, (avec noblesse.) Je dis, monsieur, que l'article est de moi.

Germont et Rémy. Il se pourrait !

Rondon. Je suis Rondon, homme de lettres, celui qu'on vous avait proposé pour gendre. Comme rival, je n'étais point obligé de dire du bien de monsieur; mais comme juge, je devais la vérité, et je l'ai dite.

Delmar, (à part.) C'est bien cela! charlatanisme de générosité !

Rémy, (allant à Rondon.) Monsieur, je n'oublierai jamais un trait aussi généreux; vous êtes un homme d'honneur, vous êtes un galant homme.

Rondon. Monsieur, je suis un bon enfant, et voilà tout.

SCÈNE XIX. Les Précédents ; Madame de Melcourt. Madame de Melcourt. Mes amis, mon cher Rémy, recevez mes compliments, j'étais chez la femme du vice-président à attendre le résultat de l'élection académique: vous êtes nom. mé.

Tous. Il serait vrai!

Rémy. Je ne peux pas en revenir; car enfin je ne m'étais pas mis sur les rangs; je n'avais pas même fait de visites. Eh bien, mes amis, que vous disais-je ce matin ? Vous voyez bien que, sans intrigues, sans cabale, sans charlatanisme, on finit toujours par arriver.

Delmar. Oui, tu as raison. (A part.) Mes chevaux sont en nage. (S'essuyant le front.) Et moi, je n'en puis plus.

SCÈNE XX. Les Précédents ; John, avec un gros ballot sur les épaules.

John. Monsieur, nous sommes sur les dents ;' il y a encore deux ballots comme ceux-là en bas : c'est toute l'édition.

Delmar. Veux-tu bien te taire !

John. Il n'y manque qu'un seul exemplaire, qui a été en. levé.

Delmar. C'est bon ; porte la première édition dans ma chambre: (à part) cela servira pour la seconde.

Rémy. Que veux-tu dire ? et quels sont ces livres ?

Delmar. Tu le sauras plus tard; jouis de ton triomphe, tu le peux sans rougir, car cette fois du moins la vogue a rencontré le mérite ; mais disons, en l'honneur de la morale, que les réputations qui se font en vingt-quatre heures se détruisent de même; et que si le hasard ou l'amitié commence les renommés, c'est le talent seul qui les soutient et qui les consolide.

· Nous sommes épuisés de fatigue.

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LA SOMNAMBULE,

COMÉDIE-VAUDEVILLE EN DEUX ACTES,

PAR E. SCRIBE.

PERSONNAGES.

M. DORMEUIL.

BAPTISTE, valet de Gustave. CÉCILE, sa fille.

MARIE, femme de chambre de Cécile. FRÉDÉRIC DE LUZY.

UN NOTAIRE. GUSTAVE DE MAULÉON.

PARENTS ET AMIS DE M. DORMEUIL. La scène se passe dans le château de M. Dormeuil.

ACTE PREMIER. Le Théâtre représente un salon élégant ; des croisées au fond donnant sur un jardin ; une table à droite des spectateurs.

SCÈNE PREMIÈRE.

M. Dormeuil, Cécile, Marie. M. Dormeuil, (tenant à la main plusieurs billets d'invitation.) Enfin, voilà donc nos billets de faire part. Comme c'est écrit ! comme c'est moulé! et cet hymen qui tient un flambeau ! Vraiment, ce cher Griffard, l'imprimeur du département, entend très-bien le billet de mariage. Ah çà! où est mon gendre, le capitaine ?

Marie. Votre gendre ? est-ce qu'il peut rester en place ? À chaque instant il regardait sur la route de Paris pour voir si son coureur et sa corbeille de noces n'arrivaient pas. Dans son impatience, il riait, il chantait, il m'embrassait, en me parlant de mademoiselle.

Dormeuil. Je le reconnais bien là. (A Cécile.) Il pense toujours à toi.

Marie. Enfin, n'y pouvant plus tenir,' il m'a dit qu'il allait voir au haut de la montagne si on ne découvrait rien; il a pris son fusil, et il est parti en chassant à travers la forêt.

- Ne pouvant plus résister à ses désirs.

Dormeuil. Comment ! à la chasse aujourd'hui ?

Marie. Sans doute : c'est un monsieur si singulier que monsieur votre gendre. Dormeuil. Singulier... En quoi ?

Marie,

Air : Ces postillons.
Il n'a point d'ordre et donne à tout le monde.

Dormeuil.
Bon, c'est qu'il est trop généreux.

Marie.
Rien ne l'affecte, il rit quand on le gronde.

Dormeuil.
C'est qu'il possède un caractère heureux.

Marie.
Des jours entiers il se tue à la chasse.

Dormeuil.
C'est par ardeur et par activité.

Marie.
Mais sans tuer ni lièvre ni bécasse.

Dormeuil.

C'est par humanité. (Bis.)
Marie. Et, en outre, un garçon d’une raison...

Dormeuil. Sa raison, sa raison ; je n'ai jamais parlé de sa raison : mais à cela près,'c'est un cavalier parfait. Ce cher Frédéric ! jeune, aimable, spirituel ; à vingt-cinq ans, capitaine de cavalerie ! (A Cécile.) Voilà l'époux qu'il te faut, le gendre qui me convient. Il est pour toi d'une attention, et pour moi d'une complaisance... toujours de mon avis : il est vrai qu'il n'en fait qu'à sa tête ; mais c'est toujours une marque de déférence dont on doit lui savoir gré. Tiens, je t'avoue que toute ma crainte était que ce mariage ne vint à manquer; mais enfin, nous

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voilà. Notre cousin le notaire vient d'arriver, et ma foi, dans une heure...

Cécile, (timidement.) Mon père !

Dormeuil. Eh bien! hâtons-nous : toute la société attend au salon.

Marie, (bas à Cécile.) Allons, mademoiselle, du courage : c'est le moment, ou jamais.

Cécile. Mon père, je voudrais vous parler.

Dormeuil. Me parler! Ah! j'entends : dans un pareil moment on a toujours quelques petits secrets à confier. Marie, laisse-nous. (Marie sort.)

* Excepté cela.

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