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GEORGE DANDIN ANGÉLIQUE. Va, va, traître, je suis lasse de tes déportements,

et je m'en veux plaindre sans plus tarder à mon père et à ma mère.

(Acte III, sc. vi.)

MOLIÈRE - v.

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GEORGE DANDIN. Ah ! qu'une femme demoiselle ? est une étrange affaire, et que mon mariage est une leçon bien parlante à tous les paysans qui veulent s'élever au-dessus de leur condition et s'allier, comme j'ai fait, à la maison d'un gentilhomme ! La noblesse de soi est bonne : c'est une chose considérable assurément; mais elle est accompagnée de tant de mauvaises circonstances qu'il est très bon de ne s'y point frotter. Je suis devenu là-dessus savant à mes dépens, et connais le style des nobles, lorsqu'ils nous font, nous autres, entrer dans leur famille. L'alliance qu'ils font est petite avec nos personnes : c'est notre bien seul qu'ils épousent; et j'aurais bien mieux fait, tout riche que je suis, de m'allier en bonne et franche paysannerie que de prendre une femme qui se tient au-dessus de moi, s'offense de porter mon nom, et pense qu'avec tout mon bien je n'ai pas assez acheté la qualité de son mari. George Dandin, George Dandin, vous avez fait une sottise, la plus grande du monde. Ma maison m'est effroyable maintenant, et je n'y rentre point sans y trouver quelque chagrin.

SCÈNE II : GEORGE DANDIN, LUBIN. GEORGE DANDIN, voyant sortir Lubin de chez lui. Que diantre ce drôle-là vient-il faire chez moi ?

LUBIN. - Voilà un homme qui me regarde.
GEORGE DANDIN. - Il ne me connaît pas.
LUBIN. - Il se doute de quelque chose.
GEORGE DANDIN. Ouais ! il a grand peine à saluer.

LUBIN. · J'ai peur qu'il n'aille dire qu'il m'a vu sortir de là dedans.

GEORGE DANDIN. Bonjour.

1. Demoiselle : noble.

LUBIN.

LUBIN. Serviteur.
GEORGE DANDIN. Vous n'êtes pas d'ici, que je crois ?

LUBIN. Non, je n'y suis venu que pour voir la fête de demain.

GEORGE DANDIN. Hé ! dites-moi un peu, s'il vous plaît, vous venez de là dedans ?

LUBIN. Chut !
GEORGE DANDIN. Comment ?
LUBIN. Paix !
GEORGE DANDIN. Quoi donc ?

LUBIN. Motus ! Il ne faut pas dire que vous m'avez vu sortir de là. GEORGE DANDIN, Pourquoi ?

Mon Dieu, parce.
GEORGE DANDIN.

Mais encore ?
LUBIN. Doucement ! J'ai peur qu'on ne nous écoute.
GEORGE DANDIN. Point, point.

LUBIN. C'est que je viens de parler à la maîtresse du logis, de la part d'un certain monsieur qui lui fait les doux yeux, et il ne faut pas qu'on sache cela. Entendez-vous ? GEORGE DANDIN.

Oui. LUBIN. Voilà la raison. On m'a enchargé de prendre garde que personne ne me vit, et je vous prie, au moins, de ne pas dire que vous m'avez vu. GEORGE DANDIN. Je n'ai garde.

Je suis bien aise de faire les choses secrètement, comme on m'a recommandé. GEORGE DANDIN. C'est bien fait.

- Le mari, à ce qu'ils disent, est un jaloux qui ne veut pas qu'on fasse l'amour à sa femme, et il ferait le diable à quatre si cela venait à ses oreilles. Vous comprenez bien ?

GEORGE DANDIN. Fort bien.
LUBIN. — Il ne faut pas qu'il sache rien de tout ceci.
GEORGE DANDIN. Sans doute.

LUBIN. On le veut tromper tout doucement. Vous entendez bien ?

DANDIN. · Le mieux du monde.

Si vous alliez dire que vous m'avez vu sortir de chez lui, vous gâteriez toute l'affaire. Vous comprenez bien ?

GEORGE DANDIN. Assurément. Hé ! comment nommez-vous celui qui vous a envoyé là dedans ?

C'est le seigneur de notre pays, monsieur le vicomte de chose... Foin ! je ne me souviens jamais comment diantre ils baragouinent ce nom-là. Monsieur Cli... Clitandre.

- Est-ce ce jeune courtisan qui demeure ?

LUBIN.

LUBIN.

GEORGE

LUBIN.

LUBIN.

GEORGE DANDIN.

LUBIN.

LUBIN.

LUBIN.

LUBIN. Oui. Auprès de ces arbres.

GEORGE DANDIN, à part. C'est pour cela que depuis peu cé damoiseau poli s'est venu loger contre moi. J'avais bon nez, sans doute, et son voisinage déjà m'avait donné quelque soupçon.

Tétigué ! c'est le plus honnête homme que vous ayez jamais vu. Il m'a donné trois pièces d'or pour aller dire seulement à la femme qu'il est amoureux d'elle, et qu'il souhaite fort l'honneur de pouvoir lui parler. Voyez s'il y a là une grande fatigue pour me payer si bien, et ce qu'est, au prix de cela, une journée de travail où je ne gagne que dix sols ! GEORGE DANDIN.

Eh bien ! avez-vous fait votre message ?

Oui. J'ai trouvé là dedans une certaine Claudine, qui, tout du premier coup, a compris ce que je voulais, et qui m'a fait parler à sa maîtresse. GEORGE DANDIN, à part. Ah ! coquine de servante !

Morguienne ! cette Claudine-là est tout à fait jolie ; elle a gagné mon amitié, et il ne tiendra qu'à elle que nous ne soyons mariés ensemble.

Mais quelle réponse a faite la maîtresse à ce monsieur le courtisan ?

LUBIN. Elle m'a dit de lui dire... attendez, je ne sais si je me souviendrai bien de tout cela... qu'elle lui est tout à fait obligée de l'affection qu'il a pour elle, et qu'à cause de son mari, qui est fantasque ?, il garde d'en rien faire paraître, et qu'il faudra songer à chercher quelque invention pour se pouvoir entretenir tous deux. GEORGE DANDIN, à part. Ah ! pendarde de femme !

Tétiguienne ! cela sera drôle, car le mari ne se doutera point de la manigance : voilà ce qui est de bon, et il aura un pied de nez avec sa jalousie. Est-ce pas ?

GEORGE DANDIN. Cela est vrai.

LUBIN. Adieu. Bouche cousue au moins. Gardez bien le secret, afin que le mari ne le sache pas.

Oui, oui.

Pour moi, je vais faire semblant de rien ; je suis un fin matois ?, et l'on ne dirait pas que j'y touche.

GEORGE DANDIN.

LUBIN.

GEORGE DANDIN.

LUBIN.

SCÈNE III : GEORGE DANDIN.

Eh bien ! George Dandin, vous voyez de quel_air votre femme vous traite ! Voilà ce que c'est d'avoir voulu épouser une demoiselle ! L'on vous accommode de toutes pièces, sans que vous puissiez vous venger, et la gentilhommerie vous tient les bras liés. L'égalité de condition laisse du moins à l'honneur d'un mari liberté de ressentiment, et, si c'était une

GEORGE DANDIN.

1. Fantasque : d'humeur bizarre.

2. Matois : homme rusé et hardi.

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